samedi 17 mars 2012

Sarkozysme ?

Le Monde a publié le 13 mars dernier une double page “Débats” intitulée “Mais qu'est-ce donc que le sarkozysme ?” Rarement analyse aura montré une telle pertinence, une telle précision dans le diagnostic.

En liminaire, notons que l'on écrit “sarkozysme” avec un Y, et non… “sarkozisme”, une orthographe qui signifie qu'il n'existe pas de doctrine sarkoziste, tout au plus le comportement personnel d'un homme. La nuance – de taille – avait été relevée par Thomas Legrand dans un livre.

Contradictions revendiquées
Dans cette série d'articles, Marcel Gauchet trouve les formules les plus justes.
L'omniprésence médiatique du président de la République, la multiplication des annonces rendent l'action publique illisible, déplore-t-il, car “les citoyens ne s'y retrouvent pas dans ces discours sans suite et ces zigzags permanents, voire ces contradictions élevées à la hauteur d'une institution.”
Ajout du 18 mars. Qui a proclamé : "On ne respecte pas les Français quand pour esquiver le débat, on dit tous les jours le contraire de ce qu'on a dit la veille" ? La solution est à cette page.

L'incohérence délibérée
Denis Bertrand et Jean-Louis Missika relèvent que ces contradictions font “de l'incohérence un élément-clé de la communication”, ce qui permet l'évitement de tout bilan, et “entraîne les adversaires dans une sorte de vertige.” Au final, c'est même l'oubli qui domine – je me permettrai d'ajouter : un oubli sélectif, en ce que chaque partisan de Nicolas Sarkozy peut retenir uniquement ce qui lui convient dans le fatras des paroles présidentielles, et y trouver son compte (surtout que les annonces ne sont pas toujours suivies d'actes, loin s'en faut !)

Pacte émotionnel
D'où cela vient-il, au-delà du caractère de l'homme ? D'une “démocratie de l'émotion”. Le chef de l'État se “rend sur place” pour exprimer sa compassion, annonce des mesures et c'est tout. Le sociologue Michel Maffesoli développe ce qu'il nomme un “pacte émotionnel” :
Le pathos est à l'ordre du jour. Marche blanches, collectes lors des catastrophes, indignations diverses, pleurer ensemble, sympathiser, sont les manifestations actuelles du collectif plus que les combats pour un avenir meilleur.
Dans ces conditions, la peur de l'avenir et l'angoisse causée par le chagrin l'emportent fatalement, et enlèvent toute crédibilité à l'action publique, qui se limite désormais à l'“accompagnement des émotions collectives” (Gauchet). On comprend mieux, dans ce contexte, pourquoi un livre titré “Indignez-vous” peut se vendre à des millions d'exemplaires… sans que rien ne bouge ! On se borne à l'émotion, sans considérer un quelconque projet. L'avenir n'est plus considéré. Seul le présent nous (é)meut.

Effacement des traces
Jacques Attali, de son côté, se focalise sur la “trace” que ne laisserait pas l'actuel président, en ayant négligé les grands monuments commandés par ses prédécesseurs. C'est un peu court ! Seule sa conclusion trouve une image frappante comparant Nicolas Sarkozy à “un homme marchant à reculons, un balai à la main, effaçant ses propres traces.”

L'obsession de l'instant
De sarkozisme, donc, il n'y a point. Non plus que de sarkozysme d'ailleurs. Ces “décrypages” (dixit Le Monde) ressemblent plus au portrait d'un déséquilibré. Précisons : pas d'un déséquilibré psychique en tant que personne, mais plutôt d'un déséquilibré public immergé jusqu'au paroxysme de la noyade dans un geyser médiatique sans épaisseur, sans réflexion ni raison. Le sarkozysme est donc plus un symptôme qu'une idéologie, l'obsession de l'instant, ce que Bertrand et Messika résument par “une inconstante sincérité de l'instant”, les deux termes s'annihilant par construction… Elle dépasse d'ailleurs la seule personne de Nicolas Sarkozy, et doit nous interpeller sur notre façon de rompre tout lien entre passé et avenir, en nous limitant maladivement au présent : une véritable cécité ! C'était peut-être cela, la “rupture” proposée en 2007 !

Qui avait dit : “gouverner, c'est prévoir” ?

2 commentaires:

  1. Je l'ai vu sur canal + ce soir. Très fort, trop fort même, capable de se moquer de lui-même, de rire avec Barthès et même d'assumer ses contradictions et ses failles. Du grand art. Il se confirme qu'il est bien une bête de campagne et la mémoire courte de ses congénères humains sera son meilleur atout.
    Après cela, tu m'expliqueras comment tu as fait pour écrire ce billet demain...
    s.h.

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  2. Blogger ne contrôle pas vraiment les dates. Si on publie un message en date automatique, et que l'on change ensuite la date, il reste publié, avec une date future. Je vais faire un autre essai…

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