vendredi 2 mars 2012

Neuvième campagne

Comme beaucoup de gens de ma génération, les élections présidentielles ont ponctué mon existence, autant de jalons posés sur les années passées.

Rétrospective
La toute première élection, en décembre 1965, avait été un grand événement : je m'en souviens encore alors que je n'avais que huit ans à l'époque ! Celle de 1969, dramatisée par la démission abrupte de De Gaulle, encore marquée par la proximité de Mai 68, avait été un curieux duel Poher-Pompidou, une configuration restée inédite. En 1974, à nouveau un drame, avec le décès soudain de Georges Pompidou et l'ascension fulgurante de l'encore jeune Valéry Giscard d'Estaing (48 ans à son élection). 1981, ce fut le basculement à gauche, la Grande peur des électeurs de droite, annonçant l'entrée des chars russes dans Paris (curieusement, ce ne fut pas le cas, mais au contraire l'anéantissement programmé du PC). En 1988, contexte de réélection, un peu dans l'évitement, avec surtout le sprint de Chirac qui dépassa Raymond Barre sans pour autant l'emporter au second tour. En 1995, l'affrontement fratricide Balladur-Chirac se combina à la surprise d'un Jospin prenant la tête du premier tour… pour perdre le second. Quant à 2002, on sait ce qu'il en advint. Un second tour bien triste. Le début, peut-être, de l'affadissement de cette élection pourtant majeure. Une élection frustrante ! En 2007, la campagne fut animée, d'apparence passionnante, pour déboucher sur le chaos et la mauvaise com', d'un côté comme de l'autre d'ailleurs, tant Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy rivalisèrent de petites phrases et de déclarations absurdes. Seul, peut-être, François Bayrou représentait une autre approche, malheureusement pauvre en propositions programmatiques et dans une solitude qui lui fut fatale.

Et nous voici au seuil de la neuvième campagne présidentielle de la Ve République.

Crispations
Dans ce contexte de crise économique, la campagne apparaît nerveuse et crispée. La révolution Internet étant passée par là (Twitter, YouTube, Facebook, les blogs…), l'agitation médiatique a décuplé, pour le pire plus que pour le meilleur. Une grande confusion règne, attisée par le président sortant et ses “snippers” de l'UMP, qui rivalisent de mauvaise foi et de vulgarité. Ce n'est pas glorieux, comme on disait dans les années soixante ! À gauche, François Hollande tente de garder son calme, une entreprise périlleuse dont il se tire bien – pour le moment. Mélenchon joue le tribun avec un indéniable talent, mais sans que ses mesures paraissent “jouables”. François Bayrou peine à se distinguer, cette fois, incapable de se positionner sur l'échiquier politique : il est “ailleurs”, comme Michel Jobert le proclama un jour, au risque de se retrouver “nulle part”. Du côté des petits candidats, pour l'instant, c'est l'implosion : ils sont tous en dessous des 5%, et même plus proches des 1%, écologistes compris. Enfin, Marine Le Pen annonce un déficit de 50 signatures à deux semaines du dépôt des candidatures. Si elle ne pouvait se présenter, l'agitation serait à son comble, en particulier du côté du président sortant, avide de récupérer ses suffrages.

Comptable ?
La difficulté majeure a trait à la crise, en particulier ses conséquences budgétaires. On entend ici ou là des médias – télévision en tête – refuser d'aborder des problèmes qualifiés avec dédain de “comptables”, au motif que ce ne serait pas attrayant. Attention ! On connaît des peuples, les Grecs pour ne pas les nommer, qui ont refusé d'aborder ces questions “comptables”. On voit où ils en sont…

La foire d'empoigne n'a donc pas encore commencé.
On en saura plus dans trois semaines, quand la bataille fera rage.
Aucun pronostic n'est possible à ce stade. L'instabilité et l'incertitude règnent. Tous les mauvais coups semblent permis et la désorientation des électeurs est à son paroxysme.

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