samedi 31 mars 2012

Ne ratez pas le TGV de 20h57 !

Il y a quelques jours, j'avais publié un billet sur le train et l'écriture, évoquant les longs trajets qui m'avaient permis d'écrire…
Seulement, attention : abuser nuit ! (au double sens du terme, confer Raymond Devos).
Si vous ratez le TGV Paris-Lyon de 20h57, par exemple mercredi prochain, réfléchissez bien.
Voici ce que proposent les ordinateurs de voyages-sncf.com, avec la naïveté dont font souvent preuve les algorithmes des programmes informatiques, à l'humour forcément involontaire :


L'horaire proposé a tout d'un roman ! Il ne reste plus qu'à l'écrire…
21h23 à la gare de Paris-Austerlitz, soit seulement 26 minutes après le TGV précité. Attention, il ne vous reste que peu de temps pour franchir le pont Charles-de-Gaulle, entre la gare de Lyon et celle d'Austerlitz.
De là, un “Intercités de Nuit” mettra 7 heures et quelque pour vous emmener à Crest.
Crest se trouve au sud-est de Valence.
Une attente de 42 minutes – ça doit être agréable, à Crest, en pleine nuit – vous permettra de monter dans un autocar qui, en une demi-heure, vous remontera à Valence, ou vous arriverez à 5h50.
À Valence, c'est un TER qui va, à nouveau, remonter vers le nord pour vous conduire à Lyon, dans cette petite gare récemment créée : Lyon-Jean-Macé.
De quoi regretter amèrement la suppression du TGV Paris-Lyon de 22 heures, qui exista de nombreuses années et a été supprimé récemment…

Une combinaison de trajets que même un amateur de trains tel que le signataire de ces lignes aurait du mal à choisir !

“Point trop n'en faut”, comme disaient mes grands-parents.

jeudi 29 mars 2012

Train et écriture

Durant les voyages en train, j'ai remarqué combien les idées viennent à Grande Vitesse. Est-ce de se déplacer qui accélère le fonctionnement des cellules grises ? Pour ma part, je ne compte plus le nombre de trajets durant lesquels j'ai eu des intuitions m'aidant à résoudre tel ou tel problème professionnel. C'est de surcroît sur les tablettes des voitures Corail ou de TGV que j'ai rédigé nombre de textes, dont certains sont devenus des livres.

Le tout premier livre que j'aie eu la chance de publier, au Fleuve Noir, était un roman noir, une sorte de road-movie déjanté, dans lequel les personnages s'enfuyaient à Paris en TGV. Eh oui ! Intitulé Corinne n'aimait pas Noël, il date d'il y a déjà longtemps (1996).

Sur la quatrième de couverture, l'éditeur avait rédigé ainsi l'habituelle notice biographique :
« Jean-Luc Tafforeau est né en 1957. Passionné de randonnée en haute montagne, c'est tout naturellement qu'il écrit dans les trains et gagne sa vie comme consultant en informatique. »
Au-delà du côté convenu de ces notices, l'éditeur avait raison : ce livre a été écrit en quasi-totalité dans le train, entre la Haute-Savoie ou l'Isère et Paris, à la faveur de trajets relativement longs (4 à 6 heures).

C'est pour cette raison, probablement, que j'ai choisi comme thème du premier volume de la collection Une Journée Particulière des éditions AO, “ma” maison d'édition, les voyages en train. Il est en vente sur le site, à cette adresse.
Il voyage en solitaire relate deux journées durant lesquelles je m'étais rendu à Paris pour le travail, mais en axant les récits sur les “à-côtés” du voyage : observations, réflexions, idées… sans pour autant oublier de relater fidèlement, avec humour (j'espère) et authenticité (j'en suis sûr), les différentes étapes de ces “voyages solitaires”.
Le titre fait référence à Gérard Manset, dont l'une des plus célèbres chansons est ainsi dénommée.
La photo de couverture a été prise avec un iPhone dans le TGV qui me ramenait à Lyon au terme du second voyage. Un coup de chance : le “bougé” involontaire lui donna tout son cachet, sans que ce fût prémédité !
Depuis, une dizaine d'autres volumes sont venus s'ajouter à la collection Une Journée Particulière. Autant d'auteurs et de contextes différents, qui donnent à la série tout son sel… Et d'ailleurs, c'est le plus souvent en train que ces auteurs se rendent aux séances de dédicaces que nous organisons régulièrement.

Chercher l'erreur… ou le “solitaire”.

lundi 26 mars 2012

Drôle de campagne…

La campagne électorale présidentielle a officiellement commencé.
Comment pourrait-on la résumer ? Difficile…
Vacarme, injures, faux-semblants, personne ne semble s'y retrouver. Même les instituts de sondages sont dubitatifs, au point que les courbes, plutôt que de se croiser, convergent, indice d'incertitude.

De surcroît, une grande inconnue subsiste : la participation. Ce sera l'arbitre du scrutin.
L'alternance de petites phrases et de grands drames – la tuerie de Toulouse – ne favorisent pas la sérénité et les prises de distance. Nous sommes “le nez collé au présent”, sans guère de perspective.


Étonnamment, le site de Nicolas Sarkozy ne compte pas de rubrique Programme, mais une copieuse rubrique Bilan (voir ci-dessus le sommaire figurant en pied de page). N'a-t-on pas clamé qu'on n'était pas élu sur un bilan ? À moins que cette campagne ne devienne l'exception qui confirme la règle…

L'évitement semble devenu général : les grands sujets “qui fâchent” ont du mal à émerger (crise économique, chômage, déficits budgétaire et social, politique européenne, environnement), tandis que l'on se focalise sur des enjeux “passionnels”.

Le “nœud” d'intentions de votes formé par les scores attribués au trio Bayrou-Mélenchon-Le Pen (autour de 13%) traduit un désarroi chez les futurs votants (s'ils vont voter), tandis que le duel Sarkozy-Hollande ne cesse d'alterner petites montées et petites descentes. Étrange ! Cette volatilité, si tard dans la campagne, ne peut que rendre dubitatif.

Décidément, nous vivons une “drôle de campagne” !

samedi 17 mars 2012

Sarkozysme ?

Le Monde a publié le 13 mars dernier une double page “Débats” intitulée “Mais qu'est-ce donc que le sarkozysme ?” Rarement analyse aura montré une telle pertinence, une telle précision dans le diagnostic.

En liminaire, notons que l'on écrit “sarkozysme” avec un Y, et non… “sarkozisme”, une orthographe qui signifie qu'il n'existe pas de doctrine sarkoziste, tout au plus le comportement personnel d'un homme. La nuance – de taille – avait été relevée par Thomas Legrand dans un livre.

Contradictions revendiquées
Dans cette série d'articles, Marcel Gauchet trouve les formules les plus justes.
L'omniprésence médiatique du président de la République, la multiplication des annonces rendent l'action publique illisible, déplore-t-il, car “les citoyens ne s'y retrouvent pas dans ces discours sans suite et ces zigzags permanents, voire ces contradictions élevées à la hauteur d'une institution.”
Ajout du 18 mars. Qui a proclamé : "On ne respecte pas les Français quand pour esquiver le débat, on dit tous les jours le contraire de ce qu'on a dit la veille" ? La solution est à cette page.

L'incohérence délibérée
Denis Bertrand et Jean-Louis Missika relèvent que ces contradictions font “de l'incohérence un élément-clé de la communication”, ce qui permet l'évitement de tout bilan, et “entraîne les adversaires dans une sorte de vertige.” Au final, c'est même l'oubli qui domine – je me permettrai d'ajouter : un oubli sélectif, en ce que chaque partisan de Nicolas Sarkozy peut retenir uniquement ce qui lui convient dans le fatras des paroles présidentielles, et y trouver son compte (surtout que les annonces ne sont pas toujours suivies d'actes, loin s'en faut !)

Pacte émotionnel
D'où cela vient-il, au-delà du caractère de l'homme ? D'une “démocratie de l'émotion”. Le chef de l'État se “rend sur place” pour exprimer sa compassion, annonce des mesures et c'est tout. Le sociologue Michel Maffesoli développe ce qu'il nomme un “pacte émotionnel” :
Le pathos est à l'ordre du jour. Marche blanches, collectes lors des catastrophes, indignations diverses, pleurer ensemble, sympathiser, sont les manifestations actuelles du collectif plus que les combats pour un avenir meilleur.
Dans ces conditions, la peur de l'avenir et l'angoisse causée par le chagrin l'emportent fatalement, et enlèvent toute crédibilité à l'action publique, qui se limite désormais à l'“accompagnement des émotions collectives” (Gauchet). On comprend mieux, dans ce contexte, pourquoi un livre titré “Indignez-vous” peut se vendre à des millions d'exemplaires… sans que rien ne bouge ! On se borne à l'émotion, sans considérer un quelconque projet. L'avenir n'est plus considéré. Seul le présent nous (é)meut.

Effacement des traces
Jacques Attali, de son côté, se focalise sur la “trace” que ne laisserait pas l'actuel président, en ayant négligé les grands monuments commandés par ses prédécesseurs. C'est un peu court ! Seule sa conclusion trouve une image frappante comparant Nicolas Sarkozy à “un homme marchant à reculons, un balai à la main, effaçant ses propres traces.”

L'obsession de l'instant
De sarkozisme, donc, il n'y a point. Non plus que de sarkozysme d'ailleurs. Ces “décrypages” (dixit Le Monde) ressemblent plus au portrait d'un déséquilibré. Précisons : pas d'un déséquilibré psychique en tant que personne, mais plutôt d'un déséquilibré public immergé jusqu'au paroxysme de la noyade dans un geyser médiatique sans épaisseur, sans réflexion ni raison. Le sarkozysme est donc plus un symptôme qu'une idéologie, l'obsession de l'instant, ce que Bertrand et Messika résument par “une inconstante sincérité de l'instant”, les deux termes s'annihilant par construction… Elle dépasse d'ailleurs la seule personne de Nicolas Sarkozy, et doit nous interpeller sur notre façon de rompre tout lien entre passé et avenir, en nous limitant maladivement au présent : une véritable cécité ! C'était peut-être cela, la “rupture” proposée en 2007 !

Qui avait dit : “gouverner, c'est prévoir” ?

vendredi 16 mars 2012

Combien de candidats ?

Ce n'est pas encore définitif, mais il semblerait que 10 candidats postuleraient à l'élection présidentielle (par ordre alphabétique) :
  • Nathalie Artaud
  • François Bayrou
  • Jacques Cheminade
  • Nicolas Dupont-Aignan
  • François Hollande
  • Eva Joly
  • Marine Le Pen
  • Jean-Luc Mélenchon
  • Philippe Poutou
  • Nicolas Sarkozy
Un nombre qui se situerait dans la moyenne observée depuis 1974, comme le montre cette liste (source : Les Élections présidentielles, Dalloz, 2011) :


  • 1965 : 6 candidats
  • 1969 : 7 candidats
  • 1988 : 9 candidats
  • 1995 : 9 candidats
  • 1981 : 10 candidats
  • 1974 : 12 candidats
  • 2007 : 12 candidats
  • 2002 : 16 candidats 


Les candidats auraient pu être beaucoup plus nombreux, quand on dénombre les postulants qui n'ont pu rassembler les 500 parrainages requis ou avaient envisagé de se présenter avant de renoncer :
  • Christine Boutin
  • Jean-Marc Governatori
  • Carl Lang
  • Corinne Lepage
  • Frédéric Nihous
  • Dominique de Villepin
  • Avaient renoncé : Jean-Pierre Chevènement, Hervé Morin et Jean-Louis Borloo
Nous aurions alors largement dépassé la configuration (record) de 2002… dont on sait ce qu'elle donna !

vendredi 2 mars 2012

Neuvième campagne

Comme beaucoup de gens de ma génération, les élections présidentielles ont ponctué mon existence, autant de jalons posés sur les années passées.

Rétrospective
La toute première élection, en décembre 1965, avait été un grand événement : je m'en souviens encore alors que je n'avais que huit ans à l'époque ! Celle de 1969, dramatisée par la démission abrupte de De Gaulle, encore marquée par la proximité de Mai 68, avait été un curieux duel Poher-Pompidou, une configuration restée inédite. En 1974, à nouveau un drame, avec le décès soudain de Georges Pompidou et l'ascension fulgurante de l'encore jeune Valéry Giscard d'Estaing (48 ans à son élection). 1981, ce fut le basculement à gauche, la Grande peur des électeurs de droite, annonçant l'entrée des chars russes dans Paris (curieusement, ce ne fut pas le cas, mais au contraire l'anéantissement programmé du PC). En 1988, contexte de réélection, un peu dans l'évitement, avec surtout le sprint de Chirac qui dépassa Raymond Barre sans pour autant l'emporter au second tour. En 1995, l'affrontement fratricide Balladur-Chirac se combina à la surprise d'un Jospin prenant la tête du premier tour… pour perdre le second. Quant à 2002, on sait ce qu'il en advint. Un second tour bien triste. Le début, peut-être, de l'affadissement de cette élection pourtant majeure. Une élection frustrante ! En 2007, la campagne fut animée, d'apparence passionnante, pour déboucher sur le chaos et la mauvaise com', d'un côté comme de l'autre d'ailleurs, tant Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy rivalisèrent de petites phrases et de déclarations absurdes. Seul, peut-être, François Bayrou représentait une autre approche, malheureusement pauvre en propositions programmatiques et dans une solitude qui lui fut fatale.

Et nous voici au seuil de la neuvième campagne présidentielle de la Ve République.

Crispations
Dans ce contexte de crise économique, la campagne apparaît nerveuse et crispée. La révolution Internet étant passée par là (Twitter, YouTube, Facebook, les blogs…), l'agitation médiatique a décuplé, pour le pire plus que pour le meilleur. Une grande confusion règne, attisée par le président sortant et ses “snippers” de l'UMP, qui rivalisent de mauvaise foi et de vulgarité. Ce n'est pas glorieux, comme on disait dans les années soixante ! À gauche, François Hollande tente de garder son calme, une entreprise périlleuse dont il se tire bien – pour le moment. Mélenchon joue le tribun avec un indéniable talent, mais sans que ses mesures paraissent “jouables”. François Bayrou peine à se distinguer, cette fois, incapable de se positionner sur l'échiquier politique : il est “ailleurs”, comme Michel Jobert le proclama un jour, au risque de se retrouver “nulle part”. Du côté des petits candidats, pour l'instant, c'est l'implosion : ils sont tous en dessous des 5%, et même plus proches des 1%, écologistes compris. Enfin, Marine Le Pen annonce un déficit de 50 signatures à deux semaines du dépôt des candidatures. Si elle ne pouvait se présenter, l'agitation serait à son comble, en particulier du côté du président sortant, avide de récupérer ses suffrages.

Comptable ?
La difficulté majeure a trait à la crise, en particulier ses conséquences budgétaires. On entend ici ou là des médias – télévision en tête – refuser d'aborder des problèmes qualifiés avec dédain de “comptables”, au motif que ce ne serait pas attrayant. Attention ! On connaît des peuples, les Grecs pour ne pas les nommer, qui ont refusé d'aborder ces questions “comptables”. On voit où ils en sont…

La foire d'empoigne n'a donc pas encore commencé.
On en saura plus dans trois semaines, quand la bataille fera rage.
Aucun pronostic n'est possible à ce stade. L'instabilité et l'incertitude règnent. Tous les mauvais coups semblent permis et la désorientation des électeurs est à son paroxysme.