lundi 2 janvier 2012

Les dix ans de l'euro

L'euro et les hausses de prix. Le serpent de mer !
Alors que la monnaie fête ses dix ans en pleine crise de confiance, le refrain habituel retentit : l'euro a entraîné une forte hausse des prix.
Si des ajustements abusifs ont pu intervenir en 2002, la plupart des médias oublient délibérément que dix ans ont passé, dix années avec une inflation certes modérée, mais néanmoins substantielle.
Et ne rêvons pas : si, d'un coup d'un seul, nous revenions au franc, les prix ne baisseraient pas instantanément pour revenir au niveau de 2001. Nous sommes là en pleine fantasmagorie !

Comparer les prix 2012 avec les prix 2002 sans tenir compte de l'inflation est d'une malhonnêteté insigne. C'est ainsi que j'ai entendu sur France Info que la baguette de pain coûtait 1 franc en 2001 et 1 euro aujourd'hui, sans que le journaliste ne corrige. En réalité, ladite baguette valait environ 4,40 francs à l'époque (confer Le Monde daté de ce week-end), et a donc augmenté un peu plus que l'inflation, sous la pression de la hausse des prix de matières premières (le blé). L'euro n'y est pas pour grand-chose.
Certains produits emblématiques ont cassé la réputation de l'euro, au premier rang desquels le fameux café : les cafetiers avaient profité de l'arrivée de l'euro pour rattraper des années de hausse inférieures à l'inflation. L'effet d'image en a été désastreux ! De là à généraliser à l'ensemble des prix, il n'y avait qu'un pas.

Pour ne rien arranger, les changements d'organisation des marchés agricoles européens (beaucoup moins régulés et encadrés) ainsi que les fortes hausses de leurs coûts de production ou d'importation (les marchés des matières premières) ont entraîné des hausses sur les produits alimentaires supérieures à celles du pouvoir d'achat. Là encore, des phénomènes étrangers à l'euro, certes regrettables, ont joué.

Le SMIC horaire brut a augmenté durant la période de 35% environ. Si tous les salaires n'ont pas augmenté dans les mêmes proportions, loin s'en faut, c'est une mesure à prendre en compte. L'inflation moyenne, quant à elle, a représenté une hausse un peu inférieure à 20%.

En revanche, ce qui est vrai, c'est que depuis le début de ce nouveau siècle, le pouvoir d'achat net des ménages n'a cessé de diminuer, sous l'effet conjoint de hausses de salaires inférieures à l'inflation* et d'un renchérissement notable de l'immobilier (loyers ou achats). Ces deux facteurs auraient été tout aussi agissants si l'euro n'avait pas été créé. Comme s'y ajoute une hausse des charges sociales, de certains impôts, du coût de l'énergie ainsi que la part croissante de personnes au chômage ou ayant dû accepter un nouvel emploi moins bien rémunéré que le précédent, il est patent que la situation économique d'ensemble de nombreux ménages s'est dégradée en dix ans. C'était d'ailleurs sur ce thème que Nicolas Sarkozy s'était fait élire en 2007… sans y apporter de réponse convaincante.

* Les entreprises ont joué sur le refus de percevoir l'inflation de la part des ménages. Affirmer que la baguette de pain devrait coûter le même prix qu'en 2001 dévoie le raisonnement : s'il n'y a pas d'inflation, alors pourquoi augmenter les salaires ? C'est exactement ce qui s'est produit dans nombre d'entreprises, qui ont souvent bloqué les salaires pendant de nombreuses années.

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