mardi 31 janvier 2012

Une Taxe Véritablement Ardue

Prenons quelques instants pour essayer d'y voir clair sur cette désormais célèbre TVA “sociale”.

Quelques hypothèses, légèrement simplifiées, pour disposer d'ordres de grandeur :
La réduction de charges sociales sur salaires (suppression de la cotisation familiale) représenterait à peu près 5% (on supposera que les salariés de nos exemples sont tous dans la fourchette concernée).
La hausse de la TVA nette à payer correspondrait à 1,6%.

Pour que l'économie de charges soit égale au supplément de TVA, il faudrait donc que les salaires représentent 1,6 / 0,05 = 32% de l'ensemble des charges de l'entreprise.
En effet, dans ce cas, les ventes (100) passeraient à 98,4 (100-1,6) tandis que la masse salaires+charges baisserait de 32 x 5% = 1,6.
Ci-contre une tentative d'illustration : les deux flèches et zones rouges représentent les deux nouveautés (et les proportions !)

Toutes choses égales par ailleurs, comme disent les économistes, la situation serait donc inchangée pour une entreprise dont les charges en personnel sont égales à un tiers de leurs ventes.

Imaginons une entreprise dont les charges d'exploitation seraient exclusivement composées de salaires. Dans son cas, l'économie serait de 5, contre un accroissement de TVA de seulement 1,6. Cas certes théorique. À un niveau de 50%, ce sont 2,5 (5/2) qui doivent être comparés à 1,6. Soit 0,9% d'économie.
À partir de là, l'entreprise pourrait soit embaucher (environ) un salarié de plus pour 100 existants, ou bien augmenter ses bénéfices de l'équivalent. Elle pourrait enfin augmenter ses prix – si son marché le permet – et accroître sa marge dans cette hypothèse des 2,5% économisés sur les cotisations sociales.

En revanche, une entreprise dont les charges de personnel sont inférieures au tiers voit sa marge diminuer – ou bien doit augmenter ses prix de vente. Quant à l'entreprise 100% robotisée, elle n'économisera rien, et devra, encore une fois, soit augmenter ses prix, soit perdre les 1,6% de TVA supplémentaire. Il en serait de même pour l'entreprise d'import-export se contentant d'acheter hors d'Europe (sans TVA récupérable) pour revendre en France.

Cela ressemble aux hypothèses qu'il faudrait creuser, en les confrontant à des données incontestables sur la structure des comptes de résultats des entreprises françaises, pour estimer la validité de la TVA “sociale”.

Ah, certes, “c'est compliqué”. Mais si on refuse tout ce qui est “compliqué”, alors il n'y a plus de possibilité de se faire une opinion aussi fiable que possible…

Bien entendu, ces développements ne sont aucunement garantis quant à leur exactitude : l'auteur de ces lignes a tenté d'être aussi rationnel que possible… sans être certain d'y être parvenu. Toutes les remarques et critiques sont bienvenues !

lundi 30 janvier 2012

Une Taxe Vraiment Ambiguë

Ah, la TVA “sociale”, ce concept qui, selon notre président, “n'a aucun sens”. Elle n'a pas fini de faire parler d'elle !

Nicolas Sarkozy a précisé hier soir que la mesure n'entrerait en application qu'en octobre. Pour quelles raisons ?
“D'abord parce qu'il y a des problèmes techniques pour régler les ordinateurs là-dessus.”
En tant que développeur informatique (quand je ne suis pas blogueur), je suis reconnaissant à ce président qui songe à tous ceux qui auraient laissé des 19,6% “en dur” dans leur programmation. Quelle sollicitude pour les soi-disant professionnels qui auraient oublié que la TVA n'est pas fixée une fois pour toutes ! Dans d'autres circonstances, les chaînes informatiques ont dû s'adapter beaucoup plus vite à la rapidité des décisions gouvernementales, ne serait-ce que pour la hausse du taux réduit, effective dès le 1er janvier (et le 1er avril pour les livres). Là, les ordinateurs ont dû se “régler” sans délai !
“Et deuxièmement parce que nous espérons avec le gouvernement que ça va déclencher des achats par anticipation qui vont nous permettre de doper la croissance.”
Cette seconde raison me laisse songeur : quelques minutes plus tôt, le président avait pris le “pari” que la hausse de 1,6 point de TVA n'aurait pas d'effet sur les prix : “Je ne crois en rien à une hausse des prix !” avait-il affirmé.
Pourquoi, dès lors, faire des achats par anticipation, si les prix n'augmenteront pas en octobre ?
Tout cela n'a effectivement pas beaucoup de sens.

Quant à la date d'application, le 1er octobre, c'est oublier que dans l'intervalle il y aura une élection. Comment le gouvernement s'y prendra-t-il pour faire abstraction de ce rendez-vous démocratique ? Aurait-il une astuce pour rendre irréversible cette hausse de 1,6 points, au mépris du suffrage universel ? Si c'était le cas, nous ne serions pas loin de la forfaiture.

Quoi qu'il en soit, cette TVA sociale est décidément une Taxe Vraiment Ambiguë, et les explications d'hier soir n'auront pas, loin s'en faut, levé toutes ces ambiguïtés !

Post-scriptum de “politique-fiction”. Et si notre président, suractif et surbooké, oubliait de déposer sa candidature le 16 mars prochain ? Et si Marine le Pen n'obtenait pas ses 500 signatures ? Voilà des “surprises” qui rendraient le scrutin très différent de ce qu'il semble devoir être, non ?
Oui, je sais, j'exagère !

samedi 28 janvier 2012

Numérologie

Un vent de nouveauté souffle !
Considérez cette suite de nombres :


Ça ne vous dit rien ? Presque 12 ans qu'elle nous était familière…

Considérez maintenant celle-ci :


Remarquez la première ligne : 2120. C'est 2012, dans lequel le zéro se déplace de deux rangs.
Apprenez cette liste par cœur, elle pourrait vous servir !

Vous n'y êtes pas ?
Un petit graphique pour vous mettre sur la voie :


Il commence en 1968 et nous conduit jusqu'en 2012.
Vous restez coi ?
Rendez-vous demain soir !

vendredi 27 janvier 2012

Arrogance ?

Les réactions de l'UMP à la prestation de François Hollande sur France 2 hier soir sont assez plaisantes.
Après l'avoir traité de moins que rien, d'incapable et de “mou”, voici soudain que ces messieurs (Guéant, Copé) et dames (NKM) le trouvent “arrogant”. Il faudrait savoir ! Il y a de la “paille et la poutre” dans ces formules : notre “président sortant” et ses “snipers” ne sont-ils jamais arrogants ? Juste un petit peu de temps à autre, non ?

Par ailleurs, les mêmes déplorent qu'il se projète dans des fonctions de président de la République. Bizarre autant qu'étrange : ont-ils oublié qu'il est candidat (lui) ? Comment préciser son programme autrement qu'en se projetant dans la fonction que l'on brigue ? Il faudrait qu'on m'explique…
La plus grave arrogance, à mon humble avis, est celle de cette UMP qui se croit seule autorisée à exercer le pouvoir dans notre pays.

Alain Juppé n'a pu s'empêcher, avec aigreur, de lancer à François Hollande en conclusion de leurs échanges : “Le favori de janvier n'a jamais été élu”. On attendait un peu plus de maîtrise de soi de la part d'un ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Quoi qu'il en soit, le match reste ouvert. Et dimanche prochain, gageons que l'actuel président saura riposter aux arguments développés par le candidat socialiste.
Sans arrogance ?

mardi 24 janvier 2012

François Hollande n'aurait pas de programme ?

François Hollande n'aurait pas fait de propositions lors de son meeting inaugural, répètent les “snipers” de l'UMP. On peut certes être opposé aux mesures proposées par le candidat du PS. En revanche, une simple exploitation du texte complet de son intervention permet de dresser la liste ci-dessous. Encore une fois, on peut les désapprouver, penser qu'elles ne seront pas réalisées ou qu'elles seraient “impossibles” à mettre en œuvre. Il n'empêche, elles sont là.
Alors, de grâce, que le petit jeu de la mauvaise foi érigée en système cesse (vœu pieu).
Pour ma part, je ne me sens aucunement militant – ce n'est pas dans mon témpérament. Certaines de ces mesures sont discutables, d'autres novatrices ou volontaristes. À tout le moins, prenons-en connaissance avant d'exprimer une opinion !
(On excusera les éventuelles erreurs de typographie ou d'orthographe résultant d'un retraitement rapide du texte du discours, le temps m'a manqué…)

Institutions
  • Non-cumul des mandats pour les Parlementaires
  • Part de proportionnelle à l’Assemblée nationale
  • Parité dans l’exercice des responsabilités
  • Exonérations de cotisations sociales supprimées aux entreprises qui ne respectent pas la règle d'égalité salariale hommes-femmes
  • Réduction de 30 % des indemnités du Président et des membres du gouvernement
  • Ne plus nommer les présidents des chaînes ou des radios du service public audiovisuel et laisser cette mission à une autorité indépendante
  • Inscrire la loi de 1905 dans la Constitution
  • Engager un nouvel acte de la décentralisation
  • Promouvoir les partenaires sociaux et reconnaître leur rôle dans la Constitution
  • Faire participer les citoyens aux grands débats qui les concernent, et le premier sera l’avenir de l’énergie en France
Immigration
  • Droit de vote des étrangers aux élections locales
  • Être ferme y compris à l’égard de l’immigration clandestine et de ceux qui l’exploitent.
  • Traiter dignement les étrangers en situation régulière et ceux qui ont vocation à l’être sur la base de critères objectifs.
  • Accueillir les étudiants étrangers qui veulent apprendre dans notre pays pour enrichir le leur et qui font rayonner la France

Politique internationale et européenne
  • Retrait d'Afghanistan
  • Proposer une taxe sur toutes les transactions financières
  • Mettre en place au niveau européen une agence publique de notation
  • Proposer un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance
  • Renégocier le traité européen issu de l’accord du 9 décembre pour lui apporter la dimension qui lui manque, c’est-à-dire la coordination des politiques économiques, des projets industriels, la relance de grands travaux dans le domaine de l’énergie et puis les instruments pour dominer la spéculation, un fonds européen qui puisse avoir les moyens d’agir sur les marchés avec l’intervention de la Banque centrale européenne qui devrait être, finalement, au service de la lutte contre la spéculation. 
  • J’agirai en faveur de la création d’euro-obligations 
  • Une contribution écologique sera installée aux frontières de l’Europe
  • Proposer à la chancelière d’Allemagne l’élaboration d’un nouveau traité franco-allemand

Finances et banques
  • Vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives
  • Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux
  • Création d'une banque publique d’investissement qui, en complément des fonds régionaux, accompagnera le développement des entreprises stratégiques
  • Les produits financiers toxiques, c’est-à-dire sans lien avec les nécessités de l’économie réelle seront purement et simplement interdits
  • Les stocks options seront supprimées et les bonus encadrés
  • Favoriser la production en France en orientant les financements et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investissent sur notre territoire, qui y localisent leurs activités, qui y mettent leurs emplois et qui sont en plus offensives à l’exportation 
Politique fiscale
  • Pour maîtriser la dette, rétablir l’équilibre budgétaire d'ici la fin de manda
  • Revenir sur les allègements de l’impôt sur la fortune
  • Revenus du capital taxés comme ceux du travail
  • Fusionner, après les avoir rapprochés, l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée, dans le cadre d’un prélèvement progressif sur le revenu
  • Tranche supérieure à 45 % de l’impôt sur le revenu pour ceux qui touchent plus de 150 000 euros
  • Plafonnement des avantages des niches fiscales à 10 000 euros de diminution d’impôts par an
  • Toute nouvelle dépense sera financée par des économies, le nombre total de fonctionnaires n’augmentera pas, mais il sera mis fin à la règle aveugle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite
  • Mobiliser l’épargne des Français en créant un livret d’épargne dont le produit sera entièrement dédié au financement des PME et des entreprises innovantes
Retraites et sécurité sociale
  • Tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé 41 années retrouveront le droit à partir à la retraite à taux plein
  • La négociation portera ensuite sur la pénibilité, les décotes, le montant des pensions, l’âge légal, l’évolution des recettes, indispensable, et la pérennité de notre système par répartition
  • Nouveau système de tarification, qui fera la part entre l’activité et le service public
  • L'hôpital public conforté dans ses tâches et dans ses missions
  • Personne dans notre pays ne sera à plus d’une demi-heure de transport d’un lieu de traitement des urgences médicales d'ici cinq ans

Écologie et logement
  • Un million de logements neufs et anciens bénéficieront d’une isolation thermique de qualité
  • La part du nucléaire dans la production d’électricité sera réduite de 75 % à 50 % d’ici 2025 
  • Tarif progressif de l’eau, comme du gaz et de l’électricité, qui garantira, au moins pour un certain volume, un prix stable et juste
  • L'État mettra immédiatement à la disposition des collectivités locales tous ses terrains disponibles pour leur permettre de construire de nouveaux logements dans un délai de cinq ans
  • Plus de logements sociaux, en doublant le plafond du Livret A
  • Encadrement des loyers là où les prix sont manifestement excessifs
  • Multiplication par cinq des sanctions qui pèsent sur les communes qui ne respectent pas la loi de solidarité urbaine
Éducation et jeunesse
  • Création de 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation, pas seulement de professeurs, mais de surveillants, d’infirmières, d’assistantes sociales, de tous ceux qui contribuent à l’accueil, à l’accompagnement, à la réussite des jeunes
  • À la fin du quinquennat avoir divisé par deux le nombre de jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire
  • Créer progressivement 150 000 emplois d’avenir réservés aux jeunes, en particulier ceux issus des quartiers difficiles
  • Contrat de génération, pour permettre l’embauche de jeunes en contrat à durée indéterminée dès lors qu’ils sont accompagnés par un salarié plus expérimenté, qui lui-même est maintenu dans l’emploi jusqu’à son départ à la retraite
Sécurité
  • Création de zones de sécurité prioritaires là où il y a les taux de délinquance les plus élevés, en mettant des postes supplémentaires, 1 000 chaque année, dans la Justice, dans la Police, dans la Gendarmerie, en rapprochant les Forces de l’ordre des citoyens
  • Lutte contre tous les trafics, toutes les mafias
Numérique
  • Organiser avec les collectivités locales et les industriels la couverture intégrale de la France en très haut débit d’ici 10 ans
  • Loi Hadopi remplacée par une grande loi signant l’acte 2 de l’exception culturelle

mardi 17 janvier 2012

Industrie ! industrie !

L'industrie, l'industrie, l'industrie ! Tous les candidats psalmodient ce mantra, cette incantation.
Achetez français, développons l'industrie “comme l'Allemagne”, relocalisons, protégeons nos produits industriels. Une unanimité spectaculaire.

Certes, l'industrie a son importance. Il ne faudrait cependant pas oublier les services.
Car la population active française, 25,5 millions de personnes, se répartit ainsi aujourd'hui :
  • Secteur primaire (agriculture et pêche) : 3%
  • Secteur secondaire : 21% (industrie 14% et construction 7%)
  • Secteur tertiaire : 76%
Si l'industrie a perdu de nombreux emplois en 30 ans, de l'ordre de 1,5 millions en tenant compte des emplois d'intérim, enregistrés dans le secteur tertiaire, il y a eu aussi un transfert d'emplois vers les services.

Résorber le chômage en ne parlant que de l'industrie ne pourra suffire. Cette focalisation sur un seul secteur n'est guère rassurante quant aux chances de réussite des programmes des candidats. Avec 4 millions de chômeurs, comparés à un effectif industriel de l'ordre de 3,5 millions (25,5 x 14%), on prend la mesure du problème.

À titre de ressenti personnel, ce genre d'ellipse me plonge toujours dans l'expectative.

Il me semble, mais je ne suis pas spécialiste, qu'une plus grande attention à l'organisation du secteur tertiaire serait encore plus porteuse de créations d'emplois que l'industrie à elle seule. Car la “mode” du remplacement des hommes par des machines commence à sévir dans les services, alors même qu'ils sont à base d'être humains, beaucoup plus que la fabrication de produits.

En clair : autant une chaîne de production dotée de robots est efficace, autant la délocalisation permet d'obtenir (presque !) les mêmes produits que lors de leur fabrication en France, autant les machines dégradent la qualité des services. Les exemples sont légion, celui des automates des services (!) d'assistance téléphonique en est un que nous connaissons tous… Le robot qui peint des carrosseries de voitures est efficace. Celui qui se targue de remplacer l'homme dans une relation de service n'est qu'une grotesque caricature.

Le procédé consistant à remplacer des emplois dans les services en faisant travailler gratuitement les consommateurs est un autre phénomène très répandu : se servir en carburant, acheter ses places de cinéma sur un automate, enregistrer ses achats dans un supermarché (les caisses dites abusivement “automatiques” alors que l'automate… c'est nous !), imprimer ses factures et ses billets (SNCF, EDF, téléphones…), aller remplir son assiette (restaurants dits “à volonté” avec buffet), etc.
On objectera que ce travail gratuit fourni par les consommateurs fait baisser les prix. Certes ! Il fait aussi augmenter le chômage, et donc les indemnités, ASS et autres RSA, sans oublier les aides que les parents doivent apporter à leurs enfants sans emploi…

Vous trouvez que j'exagère ? N'y aurait-il pas un peu de ça, tout de même?

dimanche 15 janvier 2012

De la politique-fiction (bis)

La politique-fiction est un genre littéraire mineur, ne serait-ce qu'en raison de sa rapide obsolescence. Pour autant, j'avoue ici que la lecture de tels ouvrages m'amuse toujours. Ils ont une qualité indéniable, celle d'illustrer par un récit concret des hypothèses politiques. J'avais chroniqué ici le livre de Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, 18 mois chrono. Ces jours-ci, j'ai lu Panique à l'Elysée, de Dominique Paillé. Au-delà des polémiques que le CV de l'auteur pourraient déclencher, j'ai trouvé sa lecture instructive et souvent drôle (même si on rit jaune).

Sans révéler l'intrigue, voici quelques notes de lecture…
La césure entre réalité et fiction se situe grosso modo au 1er janvier. L'auteur évoque la dégradation de la note souveraine de la France, qu'il date de début février. Nous avons un peu d'avance…
En revanche, et c'est assez savoureux, il imagine que c'est François Hollande qui propose… une TVA sociale, suivant en cela une idée de Manuel Valls. D'ores et déjà, la réalité a dépassé la fiction !
Bien sûr, il place dans la campagne des accidents médiatiques de bas étage, qui viennent infléchir les votes du premier tour des élections. On peut craindre que la réalité en soit également parsemée…

Le plus intéressant est ce qu'on pourrait appeler “l'hypothèse Bayrou”.
Que se passerait-il, en effet, si François Bayrou était élu ?
Cela dépendrait évidemment du contexte. Dans le livre, il est assez agité. Quoi qu'il en soit, on peut effectivement se demander comment le Béarnais transformerait son “essai” présidentiel dans les urnes des législatives. Soit son élection créerait un “mouvement de recomposition”, comme il l'affirme, soit, et c'est une hypothèse envisageable, le bipartisme demeurerait vivace.
Si des partis comme l'UMP ou le PS restaient intacts, ou au moins suffisamment solides, que pourrait faire un président centriste face à l'absence de majorité… centriste, justement ? Même si nombre d'ex-UDF ou d'ex-Nouveau centre le rejoignaient, cela pourrait ne pas suffire. Quant au PS, on ne le voit pas “éclater” aussi facilement. Les deux grands partis pourraient donc “faire de la résistance” et  condamner un président Bayrou à une sorte de cohabitation du troisième type…

Un scénario qu'il n'est pas inutile d'explorer…

mercredi 11 janvier 2012

La campagne du vacarme

La campagne présidentielle 2012 sera la campagne du vacarme. Désormais, c'est à qui criera le plus fort pour couvrir la parole de l'autre.
Que François Hollande ouvre la bouche pour proposer une idée… et c'est un concert de hurlements du côté le l'UMP.
Que François Hollande “pense” à quelque chose – sans même prononcer le moindre mot comme dans le cas du quotient familial – et ce sont à nouveau les gueulards de l'UMP qui donnent de la voix. Et ils ont un réel talent dans ce domaine : hurler les invectives les plus spectaculaires, immédiatement reprises par les médias, friands de ce genre de petites phrases – pardon, de grands cris – ça marche !
En un sens, c'est bien joué : un candidat inaudible ne peut l'emporter.
Il est donc assez clair qu'il n'y aura pas de débat. Juste des cris.
La politique n'en sortira pas grandie !

Je me souviens d'une astuce d'un prof : quand il y avait trop de bruit dans la classe, il parlait doucement. Au bout de quelques secondes, le vacarme tombait, afin que les élèves puissent entendre ce qu'il disait.
Les candidats en embuscade – au premier rang desquels Bayrou – l'ont compris.
Mais les électeurs, assourdis, pourront-ils encore entendre quelque chose ?

On peut en douter. Ce sera donc une campagne “dialogue de sourds”. De quoi désespérer les plus motivés…

samedi 7 janvier 2012

C'est nouveau : dernier-moment.gouv.fr

Dernier moment, juste à temps, quick and dirty
Notre président de la République a décidé d'employer les grands moyens pour animer la campagne présidentielle. L'idée est la suivante : plutôt que de proposer un programme, il va l'appliquer dans les deux mois qui viennent.
Nouveau traité européen, TVA sociale, taxe sur les transactions financières… et, pourquoi pas, règle d'or budgétaire, nouvelle réforme des retraites, etc, etc. Pas de problème : en deux mois, tout sera plié ! De quoi ouvrir un nouveau site web : dernier-moment.gouv.fr

Outre que cette façon de procéder est très discutable – à la veille d'une consultation, prendre des décisions comme si rien n'allait se passer – elle va conduire à des textes bâclés, à des réformes mal pensées, bref, du plus pur quick and dirty. On songe aux distinctions byzantines entre la TVA à 5,5% et celle de 7% dans l'alimentation (consultez le tableau aux ** ci-dessous, c'est surréaliste !)…

Que se passera-t-il, dès lors ?
Soit l'actuel président sera réélu, auquel cas il devra reprendre ses lois ratées, soit il n'est pas réélu, et son successeur ne pourra qu'abroger les mesures prises, dans un grand gâchis : modifications informatiques*, à-coups financiers… Pitié !

Urgent pour urgent, alors il faut assumer !
Tout cela milite en faveur de ce que je prônais ironiquement dans un billet récent : si vraiment il y a urgence, alors finissons-en : que notre président démissionne et se représente dans la foulée. En un peu plus d'un mois, tout sera réglé, et il pourra – s'il est réélu – entreprendre ces réformes si “urgentes”.

* Quand on pratique l'informatique, on comprend les gâchis des mesures complexes et mises en place à toute allure. Modifications de programmes, rapiéçages, délais et dysfonctionnements. Songeons à cette TVA sociale : si elle entrait en vigueur dans quelques semaines, que de modifications à effectuer (à l'instar de celles sur le prix du livre)… pour éventuellement recommencer dans six mois en cas de changement de président. À quoi rime un tel gâchis ? Les entreprises ont autre chose à faire que de modifier dans la précipitation leurs chaînes informatiques uniquement pour que Notre Vibrionnant Monarque puisse épater la galerie !

** Exemple de mesures mal conçues débouchant sur des usines à gaz (et encore, les usines à gaz fonctionnent, elles) :

ProduitTaux de TVACommentaire du fisc
Repas servi dans un restaurant traditionnel 7% Visé par le m de l’article 279 du CGI.
Plats servis dans une brasserie, une cafétéria, un bar, un café, etc. 7% Visé par le m de l’article 279 du CGI.
Restauration sur place dans un fast-food. 7% Visé par le m de l’article 279 du CGI.
Consommation à emporter dans un fast-food. 7% Sauf les boissons non alcooliques dont le conditionnement permet la conservation
Sandwichs et salades salées ou sucrées avec assaisonnement ou couverts quels que soient leur emballage et leur lieu de vente 7% Ventes à emporter, sauf lorsqu’ils sont vendus surgelés
Frites, sushis, pizzas, quiches etc., destinés à une consommation immédiate et quel que soit le lieu de vente 7% Ventes à emporter .
Frites, sushis, pizzas, quiches etc., non destinés à une consommation immédiate et quel que soit le lieu de vente. 5,50% Produits pouvant être conservés du fait de leur conditionnement
Produits surgelés ou plats cuisinés effectivement consommés immédiatement dans les locaux de l’enseigne de distribution alimentaire. 7% Grâce à la mise à disposition de couverts, de fours à micro-ondes et de tables / chaises / comptoirs.
Sachets de chips, yaourts vendus avec ou sans cuiller, fruits (même vendus à l’unité). 5,50% Ces produits n’ont pas vocation à être consommés immédiatement.
Viennoiseries et pâtisseries sucrées 5,50% Ces produits n’ont pas vocation à être consommés immédiatement.
Glaces destinées à une consommation immédiate (vendues à l’unité non conditionnées en cornet, en pot individuel, glaces dites « italiennes », esquimaux). 7% Quel que soit le lieu de vente (par exemple vendeur ambulant).
Glaces non destinées à une consommation immédiate 5,50% Vendues par des commerces alimentaires .
Produits livrés destinés à une consommation immédiate 7% Dès lors que la préparation, la vente et la livraison se suivent immédiatement (pizzas livrées chaudes, sushis, etc.).
Produits préparés chez le charcutier-traiteur vendus à emporter ou à livrer. 5,50% Ces produits n’ont pas vocation à être consommés immédiatement, à l’exclusion des produits destinés à une consommation immédiate
Produits vendus par un charcutier-traiteur en association avec un service (fourniture de salle, de matériel, de personnel, etc., liée à la vente de la nourriture, par exemple pour des fêtes
familiales).
7% L’ensemble est considéré comme un service de restauration sur place
Boissons non alcooliques vendues dans des contenants ne permettant pas leur conservation(gobelet, verre en plastique, tasse en carton,
etc.).
7% Boissons destinées à la consommation immédiate
Boissons non alcooliques vendues dans des contenants permettant leur conservation (bouteille, fût, brique, cannette, etc.). 5,50% Boissons pouvant être conservées du fait de leur conditionnement.
Boissons alcooliques. 19,60%
Ventes à emporter de produits alimentaires au taux normal 19,60% Confiseries, certains types de chocolat… relevant du taux normal de TVA
 


Rien que de très simple, n'est-ce pas ?

lundi 2 janvier 2012

Les dix ans de l'euro

L'euro et les hausses de prix. Le serpent de mer !
Alors que la monnaie fête ses dix ans en pleine crise de confiance, le refrain habituel retentit : l'euro a entraîné une forte hausse des prix.
Si des ajustements abusifs ont pu intervenir en 2002, la plupart des médias oublient délibérément que dix ans ont passé, dix années avec une inflation certes modérée, mais néanmoins substantielle.
Et ne rêvons pas : si, d'un coup d'un seul, nous revenions au franc, les prix ne baisseraient pas instantanément pour revenir au niveau de 2001. Nous sommes là en pleine fantasmagorie !

Comparer les prix 2012 avec les prix 2002 sans tenir compte de l'inflation est d'une malhonnêteté insigne. C'est ainsi que j'ai entendu sur France Info que la baguette de pain coûtait 1 franc en 2001 et 1 euro aujourd'hui, sans que le journaliste ne corrige. En réalité, ladite baguette valait environ 4,40 francs à l'époque (confer Le Monde daté de ce week-end), et a donc augmenté un peu plus que l'inflation, sous la pression de la hausse des prix de matières premières (le blé). L'euro n'y est pas pour grand-chose.
Certains produits emblématiques ont cassé la réputation de l'euro, au premier rang desquels le fameux café : les cafetiers avaient profité de l'arrivée de l'euro pour rattraper des années de hausse inférieures à l'inflation. L'effet d'image en a été désastreux ! De là à généraliser à l'ensemble des prix, il n'y avait qu'un pas.

Pour ne rien arranger, les changements d'organisation des marchés agricoles européens (beaucoup moins régulés et encadrés) ainsi que les fortes hausses de leurs coûts de production ou d'importation (les marchés des matières premières) ont entraîné des hausses sur les produits alimentaires supérieures à celles du pouvoir d'achat. Là encore, des phénomènes étrangers à l'euro, certes regrettables, ont joué.

Le SMIC horaire brut a augmenté durant la période de 35% environ. Si tous les salaires n'ont pas augmenté dans les mêmes proportions, loin s'en faut, c'est une mesure à prendre en compte. L'inflation moyenne, quant à elle, a représenté une hausse un peu inférieure à 20%.

En revanche, ce qui est vrai, c'est que depuis le début de ce nouveau siècle, le pouvoir d'achat net des ménages n'a cessé de diminuer, sous l'effet conjoint de hausses de salaires inférieures à l'inflation* et d'un renchérissement notable de l'immobilier (loyers ou achats). Ces deux facteurs auraient été tout aussi agissants si l'euro n'avait pas été créé. Comme s'y ajoute une hausse des charges sociales, de certains impôts, du coût de l'énergie ainsi que la part croissante de personnes au chômage ou ayant dû accepter un nouvel emploi moins bien rémunéré que le précédent, il est patent que la situation économique d'ensemble de nombreux ménages s'est dégradée en dix ans. C'était d'ailleurs sur ce thème que Nicolas Sarkozy s'était fait élire en 2007… sans y apporter de réponse convaincante.

* Les entreprises ont joué sur le refus de percevoir l'inflation de la part des ménages. Affirmer que la baguette de pain devrait coûter le même prix qu'en 2001 dévoie le raisonnement : s'il n'y a pas d'inflation, alors pourquoi augmenter les salaires ? C'est exactement ce qui s'est produit dans nombre d'entreprises, qui ont souvent bloqué les salaires pendant de nombreuses années.

dimanche 1 janvier 2012

Je ne souhaite pas…

Des vœux pour 2012 ? C'est l'usage !
Histoire de le prendre à contre-pied, voici ce que je ne souhaite pas pour l'année qui vient de commencer.
  • Je ne souhaite pas que la zone euro explose. Les dégâts seraient trop graves pour tout le monde.
  • Je ne souhaite pas que la campagne de l'élection présidentielle soit marquée de rumeurs, slogans simplistes et autres story telling (littéralement : raconter des histoires).
  • Je ne souhaite pas que le printemps arabe de 2011 débouche sur un hiver autoritaire, avec des régimes religieux “durs”. Mais les peuples n'ont peut-être pas les mêmes souhaits. À eux de décider…
  • Je ne souhaite pas que le chômage s'accroisse, ni que la récession ne s'installe.
La liste pourrait être allongée à l'infini.

Il reste à espérer que tous les vœux qui vont se déverser sur la Toile, sur les réseaux téléphoniques, par voie postale ou tout autre canal ne soient pas des vœux pieux, mais débouchent sur du positif.
Au risque de paraître rabat-joie, 2012 m'apparaît au contraire comme l'année de tous les dangers.
La conscience du danger rend-elle plus avisé, plus efficace ? Permet-elle de dépasser les égoïsmes, la cupidité et l'enfermement dans des certitudes illusoires ?
C'est ce que nous verrons !

Bonne année à toutes et à tous.