lundi 31 décembre 2012

Le “Monde” sous le signe du 13

Le Monde finit l'année en beauté, sous le symbole du 13.

Entendez bien le Monde, en italiques : le quotidien qu'on dit “de référence” (et qui, à mes yeux, le demeure).


C'est assez rare qu'un quotidien couvre trois journées : 1 numéro pour 3 jours (et sur deux années, pour corser le tout : 30-31 janvier 2012 et 1er janvier 2013). Un dimanche et un jour férié sont passés par là. Un Monde qui compte triple, par conséquent !


Autre symbole du 13, l'augmentation du prix du quotidien, qui passe de 1,60 à 1,80 €, soit (presque) 13% d'augmentation (12 et demi, nous avons arrondi !)
Les deux dernières hausses remontent à décembre 2010 (de 1,40 à 1,50 €) et à juillet 2012 (de 1,50 à 1,60 €), soit près de 30% en deux ans seulement.

Mais nous ne jetterons pas la pierre au Monde. La presse écrite souffre, c'est un fait : baisse des budgets publicitaires, hausse du prix du papier, difficultés de diffusion dans les kiosques, les maux s'accumulent. Si 20 centimes de hausse sont le prix à payer pour profiter de cette lecture quotidienne, eh bien nous les dépenserons (avec une nuance : les abonnés ne sont pas concernés, pour le moment, par cette hausse).

Petit retour en arrière. Je me souviens que le Monde était vendu 50 centimes (de franc) en 1968. Le site France-Inflation nous donne une inflation cumulée depuis cette année-là équivalant à une multiplication par huit (tout de même !) Toutes choses égales par ailleurs, le quotidien devrait donc valoir 60 centimes d'euros. Son prix, en valeur constante, aura donc été multiplié par 3 en 44 ans…

dimanche 30 décembre 2012

Des commentaires gratuits…

Hier, le Conseil constitutionnel a annoncé la censure de la taxe spéciale de 75% sur les revenus de plus d'un million d'euros. Sur le site du Monde, les commentaires ont vite fait d'affluer. Ce qui frappe, dans ce web dit “2.0” où chacun peut s'exprimer anonymement, ce sont le manque de nuance et les affirmations gratuites et non vérifiées.

En voici un premier exemple.


Mlk relève avec raison que le Conseil compte, en plus de ses 9 membres nommés, 3 membres de droit (et de… droite), les anciens présidents de la République Giscard d'Estaing, Chirac et Sarkozy. Il suffit cependant de lire la décision du Conseil constitutionnel sur son site officiel pour constater ceci, tout en bas du document, pour le moins copieux d'ailleurs :


Lisez bien et comptez bien : 9 membres, pas d'ancien président de la République ! (Rappel : pour zoomer, cliquer sur l'image).

Un autre commentaire livre une analyse manquant singulièrement de nuance :


Ce “Petit Rapporteur” résume la méthode Sarkozy de façon très personnelle : laisser filer les déficits ne semblait plus être la devise de l'ancien président de la République en 2011 et 2012. Comment auraient réagi les marchés et nos partenaires européens si François Hollande avait décidé de les laisser filer, ces déficits ? Et qu'en auraient dit les commentateurs de droite ? “Irresponsabilité !” auraient-ils clamé d'une seule voix !

Quant à la paresse, ce phénomène ne se soigne pas par une politique fiscale, me semble-t-il. Supprimer une taxe à 75%, que l'on peut critiquer, suffira-t-il à rendre les paresseux… courageux ? Dans ce cas, il faudrait supprimer aussi tous les jeux d'argent (loteries, tiercé, loto…) Et la vieille rengaine contre l'assistanat mériterait aussi une analyse plus mesurée. J'espère juste que ce “Petit Rapporteur” n'aura pas besoin, un jour, d'être “assisté” pour cause de maladie, de dépression ou de revers économique (licenciement, faillite).

On donnera partiellement raison au Rapporteur sur l'impact psychologique du taux de 75%. Même si le dynamisme ne se mesure pas qu'à l'aune d'un revenu de plus d'un million d'euros, l'effet d'affichage du seul taux a permis d'alimenter toutes sortes de défiances. Un taux plus modéré, avec une assiette plus large, aurait permis d'aboutir à des recettes comparables sans déclencher l'ire des adversaires de la solidarité par l'impôt…

lundi 24 décembre 2012

Europe : une passoire fiscale

Au-delà de ses aspects “people” et polémiques, l'affaire de l'exil fiscal de Gérard Depardieu illustre une fois encore une absurdité fondamentale de l'organisation européenne : la libre circulation des personnes et des capitaux, la concurrence fiévreusement entretenue par les institutions communautaires comme la flamme par la vestale, sans aucun garde-fou contre leurs effets pervers.

Il ne s'agit pas ici de promouvoir le rétablissement des frontières, tant économiques que physiques, ni d'entraver l'activité économique de l'UE, ce (trop) fameux “marché unique” qui génère des débouchés pour tous les membres de l'Europe à 27. Il ne faut cependant pas occulter un vice structurel néfaste : la quasi-absence de coordination fiscale. Nous écrivons “quasi”, car certains aspects de la politique fiscale sont coordonnés, à commencer par la TVA – on se rappelle des difficultés à obtenir l'autorisation de baisser le taux applicable aux cafés et restaurants (alors que, étrangement, une hausse ne semble pas nécessiter d'autorisation, mais passons !).

Ce n'est pas nouveau : la sacro-sainte concurrence “libre et non faussée”, le dogme européen, est en pratique unijambiste. Les agents économiques peuvent librement commercer entre eux, certes. Cependant, c'est comme si nous jouions tous au Monopoly, mais avec des cartes Chance et Caisse de communauté qui nous sont propres, une case départ où l'on ne touche pas les mêmes montants, et un capital de départ plus ou moins gros. Les règles fiscales et de protection sociale diffèrent fortement d'un pays à l'autre. Dès lors, comment s'étonner que ceux qui le souhaitent ne choisissent le territoire pratiquant la fiscalité qui leur paraît la plus favorable ? Avez-vous déjà proposé, pendant une partie de Monopoly, de doubler de votre propre initiative le montant à verser à la Caisse de communauté ?

Le pire, dans cette Europe, ce sont les petits pays qui, de fait, jouent aux “paradis fiscaux”. On songe au Luxembourg, à l'Irlande ou, dans une moindre mesure, à la Belgique. Leur faible PIB, en valeur absolue, leur permet de réduire fortement leurs niveaux d'imposition, car les agents économiques qui s'y installent vont verser des impôts qui, toujours en valeur absolue, représenteront des sommes très élevées. Que Google, Apple, Amazon ou PayPal décident de payer leurs impôts en Irlande ou au Luxembourg, même à des taux très bas, et ces pays recueillent une manne gigantesque à leur échelle.

Cette concurrence fiscale est intolérable : elle met en péril les systèmes de solidarité des grands pays de l'UE. Une “communauté” européenne ne peut s'appuyer sur un principe d'égoïsme placé au centre du système. C'est la course au moins-disant fiscal (et social), dont la conséquence logique ne peut être que la baisse perpétuelle des niveaux de dépenses publiques. Pour nombre d'économistes libéraux, c'est probablement un objectif majeur. Pour la plupart des citoyens européens, c'est plutôt un désastre.

Nous serions bien inspirés d'y réfléchir à deux fois avant de procéder de la même façon à l'intérieur de chaque pays. La décentralisation a ses limites : à force de prôner une plus large autonomie fiscale locale, nous pourrions créer des paradis fiscaux à l'intérieur même de nos frontières. Nombre de régions françaises, par exemple, sont plus importantes économiquement que l'Irlande ou le Luxembourg…

Pour revenir à l'affaire Depardieu, il convient d'être justes. Les effets combinés de la réforme Sarkozy de l'ISF et du bouclier fiscal et des mesures exceptionnelles prises par l'actuel gouvernement aboutissent de fait à une surimposition de contribuables de sa catégorie – le taux de 85% sur ses revenus qu'il invoque. Dès lors que l'Europe autorise le tourisme fiscal, il est bien difficile de lui demander, au nom du seul patriotisme, de rester un contribuable français. Il faudrait au contraire mettre en place une harmonisation fiscale progressive. Quel chantier ! Pas étonnant qu'il ait été occulté jusqu'ici.

Nous n'échapperons pas à réfléchir à des règles fiscales communes, même modestes : taux plancher et assiettes communes pour l'impôt sur les sociétés, impôt sur la fortune coordonné, imposition sur les titres et les plus-values au moins générales, sinon de proportions comparables, impôt sur le revenu encadré. Les règles de “territorialisation” devront enfin être amendées, de façon à ce qu'un acteur économique dont l'activité n'a pas de support physique suffisamment précis soit imposé dans le pays où il réalise son chiffre d'affaires.

Peut-être l'avez-vous expérimenté, tout comme l'auteur de ces lignes. Acheter un logiciel, comme la suite Adobe en ce qui nous concerne, a conduit à payer une facture émise en Irlande, alors même que cette suite logicielle est bel et bien utilisée en France (*). Google procède de même pour son nouvel environnement Google Play, toujours depuis l'Irlande. PayPal, dont le siège est au Luxembourg, fait comme si son activité ne se développait que dans ce minuscule duché. Comprenez bien que les sommes que vous payez pour ces services ne rapportent pas un centime au pays dans lequel vous vivez et exercez votre activité professionnelle. Absurde !

Nous n'avons rien contre ces “petits pays”, comprenez-le bien, cher lecteur. Mais nous préférerions que cette solidarité s'exerce au grand jour, par des crédits liés à un budget européen voté explicitement, et non en catimini par des règles fiscales dignes des taux d'usure de prêts bancaires, mais à l'envers. On le voit : il faudrait créer des “planchers” fiscaux en deçà desquels la fiscalité d'un pays serait considérée comme abusive par son laxisme. Pour balayer devant notre porte, il ne serait pas inutile non plus de créer quelques plafonds, ne serait-ce que pour nous aider à ne pas inciter maladroitement des contribuables à s'exiler…

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(*) Il en irait autrement si l'achat avait été facturé depuis le pays d'origine d'Adobe, les États-Unis. Ce serait une importation classique. Qu'il soit facturé depuis l'Irlande, en revanche, n'a aucune autre justification que l'optimisation fiscale : l'intelligence qui a permis de créer ces logiciels ne provient pas d'Irlande, mais bien de San José (Californie).

vendredi 7 décembre 2012

Radio-bruits

La différence entre la radio et la télévision, vous l'aurez remarqué, c'est que la première ne diffuse que du son, et la seconde du son et des images. Une remarque superflue, me direz-vous, nous prenez-vous pour des demeurés ?
Pas vraiment ! Je m'explique.

Avez-vous noté combien il est difficile, au 20-Heures, de se concentrer sur une information illustrée d'images animées ? L'attention aux commentaires oraux, au son, est distraite par ce que l'on regarde, quitte à brouiller le message. Les exemples sont nombreux. Comme cette personnalité qui quitte le tribunal en voiture, innocentée, à peine visible derrière la vitre, semblant cacher sa honte. On ressent une “fuite d'un coupable” à l'écran, tandis que le commentaire dit le contraire.

C'est l'une des raisons qui me fait préférer la radio, comme France-Info. On va à l'essentiel, il suffit d'écouter, c'est bref, pas de brouillage.

Or, depuis maintenant une année au moins, France-Info semble frustrée de ne pas diffuser de vidéo. Et voici que la radio singe la télévision, en se servant des bruits.

Exemple : un journaliste décrit une de ces “scènes de liesse” dans la bande de Gaza, il indique que “les manifestants tirent des coups de feu en l'air avec leurs fusils”. Et l'on entend : “pan ! pan ! pan !”. Puis il ajoute que des gens crient leur satisfaction. On entend des “ha, bah, houah, ha, ho, ho !!” Etc.
Au lieu d'ajouter à l'information, ces bruits la perturbent. Le montage, naïf, donne de surcroît l'impression d'un bruitage a posteriori, un peu comme dans les vieux films.
C'en est souvent risible :
“Il monte dans sa voiture - clac ! (bruit de portière) - puis démarre sans répondre à nos questions - vroum ! vroum ! - tandis que les flashs crépitent - flash ! flash ! flash !”

Tout cela est amusant. Mais ça n'apporte rien à la qualité de l'information. On perd du temps, de la concentration et, in fine, de l'efficacité, pour une radio dont chaque seconde est comptée. Autant de secondes gâchées.

Dommage !

jeudi 29 novembre 2012

Une ruche d'abeille…

L'actualité du spam est abondante, ces derniers jours. Et l'occasion de nouvelles perles, comme celle-ci :


L'avant-dernier paragraphe utilise une expression surprenante :


J'avoue ne pas connaître l'expression “traîner une ruche d'abeille” derrière quelqu'un. Certainement une expression idiomatique traduite directement d'une autre langue. Ah, le charme du spam… Inaltérable ! Quelqu'un connaît-il cette expression ?

mercredi 28 novembre 2012

Un objet costaud

L'art du spam déploie une inventivité qui laisse pantois.
Comment, par exemple, s'assurer que le message apparaisse immédiatement et attire l'attention du “recipient” (anglicisme, vous l'aurez noté) ? Rien de plus simple : insérer l'intégralité du texte dans… l'objet du courriel ! Exemple.


Le classique parmi les classiques, l'inusable proposition de remise d'une somme coquette (ici, la bagatelle de 5 millions de dollars), doit faire toujours recette auprès de personnes naïves.
L'art du spam consiste aussi à soigneusement doser les petites erreurs et effets de style décalés. Comme de s'adresser à un “bien aimé”, d'avouer franchement que l'on a utilisé un “robot électronique” pour trouver l'adresse mail du destinataire, et ce sur un ordinateur PC de type W.7AR (Windows 7 Aller-Retour ?). Petite note très “polar”, la “malette de couleur noire”, ça c'est du concret, coco ! La somme était destinée bien sûr à aider les enfants, ainsi que les femmes enceinte (sans S à enceinte). Il ne reste plus qu'à répondre au mail pour, vous vous en doutez, que l'on vous demande quelques dizaines ou centaines d'euros en frais de dossier et de transfert. Libre à vous de tenter votre chance !

Une rapide recherche sur le taux de retour des spams semble indiquer un ordre de grandeur de 1 sur plus de 10 millions. C'est assez faible… Cependant, nombre de robots, à l'image de celui évoqué dans ce mail, sont capables d'en envoyer des quantités spectaculaires. Avec une réponse par jour, l'escroquerie peut se révéler rentable pour les auteurs…

Mais la véritable conclusion de ce billet est la suivante : bon sang, mais c'est bien sûr, je vais désormais rédiger mes messages carrément dans l'objet du courriel, c'est tellement plus élégant ! Ainsi, les destinataires pressés en verront immédiatement le contenu. Super !

mardi 27 novembre 2012

Elections “gigogne”

Le feuilleton de l'UMP atteint des sommets.

Dernière idée : organiser un référendum interne à l'UMP pour savoir s'il faut réorganiser des élections afin de désigner le président du parti.
Bon. Pourquoi pas ?
Mais que se passera-t-il s'il n'y a que 50 voix en faveur du “oui” ?
Une seule solution : organiser un référendum pour savoir s'il faut organiser un référendum…
Etc.
En informatique, ça s'appelle : une boucle sans fin. Ça tourne en tâche de fond, éternellement.

Comme le sigle UMP se retourne en PMU, finissez-en une bonne fois pour toutes : tirez à pile ou face. Ça ne coûte pas cher et c'est radical. Il n'y a qu'un seul vote à comptabiliser. Ce devrait être à la portée du premier umpiste venu…

L'UMP… dissolu ?

Rien de plus délicat que les “tweets”. Ce moyen de communication rapide est sujet aux coquilles et autres gags. C'est ainsi que nous lisons celui de Lionel Tardy, annonçant la création d'un groupe parlementaire UMP dissident à l'Assemblée nationale. En voici le texte :

François Fillon demande une nouvelle élection sous 3 mois et constitue un groupe "le rassemblement UMP" [suite : ] ce groupe sera dissolu dès que les nouvelles élections auront été organisées

Ah, ce verbe “dissoudre” ! Il en évoque, des choses : la dissolution ratée de 1997, par exemple, un quitte ou double resté historique. Sa conjugaison est un véritable piège, et plus encore ses dérivés. “Dissous” ou… “Dissolu” ? On songe à l'expression “une vie dissolue”. L'adjectif est en effet synonyme de corrompu ou… débauché ! Est-ce l'inconscient du “tweetos” qui l'a conduit à taper un mot pour un autre ? Il est vrai que, en un sens, les mœurs de l'UMP semblent particulièrement “dissolues”, ces derniers jours. Le grand parti de droite risque-t-il de devenir “soluble” dans la concurrence effrénée entre les deux prétendants à sa présidence ?

mercredi 21 novembre 2012

Vous avez dit “communication” ?

Plus nous disposons de moyens de communications et moins nous parvenons à communiquer efficacement. L'abondance des TIC – Technologies de l'Information et de la Communication – crée un désordre parfois dommageable.

Retour en arrière
Quand j'ai commencé à travailler en entreprise, la communication s'effectuait par courrier postal, ce qui supposait d'anticiper les délais d'acheminement, et par téléphone bien sûr. En cas d'urgence collective (des dizaines de personnes à prévenir), on recourait au telex. Je ne m'en suis servi qu'une seule fois, c'était épique : une sorte d'énorme machine à écrire, dotée des seules lettres capitales, où l'on ne pouvait effacer un caractère car il était immédiatement transmis. C'était fastidieux, quoique relativement efficace…
Puis est arrivé le fax. Engouement immédiat ! On économisait les délais postaux. Au début, les services s'envoyaient des kilomètres de télécopies, dont les banderoles étaient souvent accrochées aux murs pour être lues, un peu comme les dazibao chinois. Le plus souvent, on photocopiait les fax car l'impression sur papier thermique ne tenait que quelques jours. Cet outil, porté aux nues par les consultants en NTIC (les TIC étaient “nouvelles” à l'époque), finit par lasser tout le monde.

L'arrivée du courrier électronique a paru merveilleuse : croisement entre la lettre et le télégramme, entre langage écrit et langage parlé, il permettait de ne pas déranger son interlocuteur tout en s'assurant de le solliciter. Extrêmement efficace, légèrement désynchronisé, c'était une panacée pour nombre de ses utilisateurs, d'autant qu'on peut y joindre des documents sous forme électronique.

Le courriel a plutôt bien tenu le coup. Une quinzaine d'années. Pas mal ! Aujourd'hui, peu à peu, nos interlocuteurs saturent et ne répondent plus aux mails. Il faut téléphoner pour relancer sur le contenu du mail. Certains arguent même ne pas l'avoir reçu pour se dédouaner. Mais, en téléphonant, on tombe de plus en plus sur une messagerie, surtout sur les fixes, messageries qui, à leur tour, ne sont plus consultées – aucun espoir d'être rappelé, tandis que certaines annonces demandent d'envoyer un mail (on tourne en rond, là).
Le mobile est censé être le “sans-fil à la patte” moderne : tout un chacun mettait un point d'honneur à répondre en toutes circonstances : dans la rue, dans les transports, en pleine nuit, dans l'ascenseur, voire aux toilettes (en attendant sous la douche). Inévitablement, la saturation guette. Et le message laissé sur le mobile n'obtient pas plus de réponse. Il faut alors passer au SMS, sorte de “mail téléphonique” en plus bref (et le plus souvent payant). Si ce nouveau mode de communication échoue, il ne reste plus que FaceBook  – pour ceux qui y sont, et, condition supplémentaire, qui ne reçoivent pas 500 messages de leurs 5000 amis chaque jour, auquel cas le vôtre se noiera dans la masse.

L'ultime solution, dès lors, est de monter dans sa voiture ou dans un TGV, et d'aller carrément rendre visite physiquement à son interlocuteur. C'est un peu plus coûteux, et nettement plus consommateur en temps et en énergie.
À quand des cabines de téléportation qui nous transmettront par “paquets IP” via Internet d'un bout à l'autre de la planète ?

mardi 20 novembre 2012

Ric-Rac

Étranges, ces effets statistiques !
  • Souvenez-vous, en 2000, George W. Bush l'emporte sur Al Gore avec 51 millions de suffrages contre 50,5 millions. Un écart représentant seulement 0,5%. Il a fallu attendre des recomptages pour que le résultat soit proclamé.
  • Souvenez-vous, encore, en novembre 2008, Martine Aubry est élue secrétaire générale du PS avec 67451 voix contre 67349 voix à Ségolène Royal, soit un écart de 102 voix, de seulement 0,08% !
  • Et tout récemment, c'est l'UMP qui parvient difficilement à départager les deux candidats à sa présidence, Jean-François Copé ayant très légèrement dépassé son rival François Fillon de… 98 voix sur un total de 174678 suffrages, soit 0,06%, record battu !
Par quel phénomène les suffrages finissent-ils par se répartir en deux groupes quasiment égaux ?
Difficile à dire ! En tout cas, même si la majorité démocratique se joue, théoriquement, à une voix près, on ne peut s'empêcher de rappeler que tout scrutin de masse ayant une marge d'erreur, ces trois exemples se situent à l'intérieur de celle-ci.

À côté de ces scores, le plus serré de notre Vème République, l'élection présidentielle de 1974, semble presque remportée largement par un Giscard d'Estaing recueillant 424000 voix de plus que François Mitterrand, soit un écart de 1,6%…

Addendum du 25 novembre
Dans Le Monde daté du 24, Jean-Pierre Dupuy (professeur émérite de philosophie), nous livre quelques réflexions complémentaires sur ce qu'il appelle une “élection à pile ou face”. Il parle aussi de cette élection américaine de 2000, soulignant l'illusion de croire qu'à condition “d'y mettre le temps et l'argent” on peut obtenir une marge d'erreur aussi faible qu'on le souhaite. Il enfonce le clou : “Un homme de science donne toujours le résultat de ses expériences avec une marge d'erreur”, et l'on n'atteint jamais une marge égale à zéro. Le dépouillement d'un scrutin n'échappe pas à cette règle. Et quand “la marge d'erreur incompressible [se révèle] supérieure au seuil critique qui fait basculer la victoire d'un camp dans l'autre”, alors on se trouve dans le domaine du hasard, un “immense pile ou face”. L'UMP ne peut croire qu'une précision de 100 voix, a fortiori de 25, soit possible sur un total de presque 200000.
Les jours qui viennent nous en dirons plus sur la solution que l'UMP trouvera à ce dilemme statistique…

samedi 17 novembre 2012

Tourner les pages du “Monde”…

Il y a des jours où la lecture d'un quotidien déclenche un feu d'artifice d'émotions : indignation, passion, exaspération… Ce fut le cas pour l'édition du Monde datée de ce samedi 17 novembre.

Les intérêts de la dette
Page 14, j'ai mesuré combien les intérêts que la France paye à ses créanciers représentent un épée de Damoclès redoutable. La mauvaise réputation des dettes italienne, espagnole ou portugaise, en attirant les prêteurs sur nos titres, nous aura permis d'économiser cette année 2,4 milliards d'euros par rapport à ce qui était prévu fin 2011… l'équivalent du budget de la culture !
Les intérêts représenteront au total plus de 46 milliards d'euros sur l'année, à comparer aux sommes consacrées à notre défense (38 milliards) ou à l'éducation (62 milliards).
A ce compte-là, si l'on ose l'expression, que va-t-il se passer en 2013 ? De deux choses l'une : soit “les marchés”, rassurés par la politique rigoureuse du gouvernement, acceptent toujours des taux bas, soit, apeurés par la dégradation de notre économie (quasi-stagnation, explosion du chômage), ils font repartir les taux à la hausse. Et là, des milliards pourraient à nouveau s'envoler vers d'autres cieux…

L'huile de palme : Nutella panique
Double page couleur (12 et 13) achetée par Nutella pour vanter les mérites de la célèbre crème, nous assurer que l'huile de palme n'est “pas dangereuse” pour la santé, tandis que le producteur a un objectif “zéro déforestation”. Quelques pages en arrière, on apprend que BP a payé une amende de 4,5 milliards de dollars pour la marée noire que la société a déclenchée. C'est toujours a posteriori que ces problèmes de nuisances, au sens large, se traitent…

Print ou Web ?
Page 18, le médiateur du Monde rend compte du débat entre le “papier” et l'écran. Que doit privilégier un quotidien ? L'un des lecteurs qu'il cite, geek en diable, apprécie énormément de pouvoir réagir en commentant les articles sur le site lemonde.fr (tout comme je le fais ici à ma manière). En m'incluant dans la critique, je suis souvent dubitatif, pour ne pas dire horripilé, en consultant les commentaires publiés par les internautes : mauvaise foi, virulence, absence de toute argumentation… Non, à ce compte-là, je préfère les lettres du courrier des lecteurs dans la version papier, comme celle de ce médecin évoquant la grève de ses confrères : “La revendication [de ces grévistes] est essentiellement vénale. […] Je ressens un sentiment de honte devant un tel cynisme, un tel égoïsme, quand une proportion importante de la population souffre financièrement”.

Par une sorte d'ironie, ces questions sont “emballées” dans une Une dont le titre proclame :
“Notre-Dame-des-Landes, plate-forme des colères”
J'avoue ma perplexité. Je n'ai pas d'opinion autorisée (au sens d'auteur, argumentée) sur l'opportunité de construire cet aéroport. À première vue, il me semble que ce ne soit pas un équipement crucial pour Nantes. Quoi qu'il en soit, je ressens une réelle tristesse à constater que les “alter” vont faire joujou à la révolution dans ce secteur, dans un état d'esprit qui m'apparaît quasi nombriliste, alors que tant de nos concitoyens souffrent avant tout de la conjoncture économique dégradée. Peut-être obtiendront-ils l'abandon de ce projet. Très bien. Et puis ? En quoi cela améliorera-t-il le sort des Français ? À part une poignée d'habitants – que je respecte – ça ne changera rien. Mais on aura fait du raffut, joué aux héros, bref, du spectacle pour distraire le téléspectateur au 20-Heures.

Vous trouvez que j'exagère ? Je pense qu'il y a de ça, tout de même (et peut-être est-ce moi, tout simplement, qui suis en colère, qui sait ?).

PS : je suis sûr que l'un des lecteurs de ce blog (au moins) aura envie de commenter ;-)

mardi 13 novembre 2012

Un phishing en émail

L'art du “phishing" (hameçonnage) et un art difficile. Ce courrier électronique, reçu dans ma boîte aujourd'hui, se distingue par sa mauvaise rédaction et sa grande naïveté. Jugez-en :

L'un des moyens de repérer un faux message est, en premier lieu, de se méfier… des fautes d'orthographe ! Et là, elles sont cocasses, leurs coquilles :
“Congestion de touts les utilisateurs de comptes émail"
Outre ce joli “touts”, remarquez la confusion entre “l'émail” et l'email ! Et la “congestion” ne semble guère le mot approprié !
Le formulaire ridicule, avec ces petits points, incluant la saisie… du mot de passe ! Et puis quoi encore ? serait-on tenté de dire. Jamais, au grand jamais, ne communiquez un mot de passe par courrier électronique. Et qu'est-ce que cette “occupation” qu'on nous demande d'indiquer ?
Quant au “compte suspendu en permanence”, la formule est bien peu correcte !

Surtout, ne répondez jamais à ce genre de plaisanterie douteuse.

lundi 12 novembre 2012

Des droites pour tous les goûts

Vu dans le magazine “20-Minutes” : une intéressante anthologie des “droites” de toutes sortes que l'UMP a fait éclore en son sein, et qui rappelle la structuration en courants du PS.

Le paradoxe est de rigueur : c'est ainsi que la Droite sociale de Laurent Wauquiez a comme slogan prioritaire la lutte contre l'assistanat. Qu'entendent-ils par “social”, alors ? Quant à la Droite populaire, animée par Thierry Mariani, peut-être aurait-elle dû s'appeler Droite populiste, tant son absence de complexes la pousse aux extrémités – pardon, vers les extrêmes. La Droite forte, elle, semble au contraire se faire remarquer par la faiblesse de ses idées (plutôt courtes).
Il reste la France moderne et humaniste, qui se définit par le slogan : “Plus d'entreprises, moins d'impôts”. Qu'est-ce qui est “moderne” ou “humaniste” dans ce slogan ? Aux lecteurs de le deviner…

Il reste aux UMPistes à piocher dans cette brochette aux goûts variés, sinon avariés, pour élire leur futur dirigeant.

mercredi 7 novembre 2012

Les deux Monde(s)

Abonné au quotidien Le Monde, je le reçois dans ma boîte aux lettres avec un léger retard. Le lundi, par exemple, c'est le numéro du “dimanche-lundi” qui me parvient.

Ce lundi 5 novembre, ce sont non pas un, mais deux Monde(s) que je découvre en ouvrant la boîte.
Deux Monde estampillés “dimanche-lundi”, titrant tous les deux sur Mitt Romney.

Étrange ! Serait-ce une facétie du quotidien, qui aurait édité deux numéros légèrement différents à l'occasion du week-end ? Une édition spéciale, liée à l'élection présidentielle américaine ? Dans ce cas, pourtant, on aurait pu imaginer que l'une affiche Romney et l'autre Obama…

Un examen plus attentif (cliquez sur l'image pour zoomer) me donne toutefois la solution de l'énigme… du moins partiellement.

Le journal en bas de la photo est bien daté des 4-5 novembre, alors que l'autre (en haut), date des… 26-27 août derniers !

Par quel hasard le numéro 21026 a-t-il attendu plus de deux mois pour me parvenir ? La Poste l'avait-elle égaré, puis retrouvé ? Ou bien serait-ce le service d'expédition du Monde qui l'aurait oublié dans un recoin ?

Le mystère reste entier !

Le monde selon… Obama
Quoi qu'il en soit, nous savons aujourd'hui que le président Obama a été réélu. Nous n'aurons donc pas à voir les Américains “à droite toute”, ni à subir “Le monde selon Romney”. Au passage, notez l'importance de la première lettre du mot “monde”. Sans majuscule, c'est le monde, la Terre. Avec une majuscule, c'est le quotidien Le Monde. Écrire “Le Monde selon Romney” aurait indiqué que le candidat à la présidentielle aurait été rédacteur en chef du numéro des 4-5 novembre !

lundi 5 novembre 2012

Thérapies de choc

Alors que le rapport Gallois est rendu public, deux mots-clés font les Unes des médias : “choc” et “pacte”. Du côté du Medef et de la droite, on préconise un “choc de compétitivité”, du côté du gouvernement on préfère parler de “pacte”. L'économiste Michel Didier, sur France Info, avouait une préférence pour un “choc” de l'ordre de 30 milliards d'euros, sous la forme de baisse de cotisations sociales patronales.

Les mauvaises habitudes sont tenaces ! Déjà, en 2007, Nicolas Sarkozy voulait créer un “choc fiscal” avec son “paquet” du même nom. Il en a résulté un choc des déficits. Aujourd'hui, alors qu'une relative unanimité semble exister autour de l'impératif de réduction de ces déficits, est-il responsable de prôner une diminution drastique des recettes ? N'oublions pas qu'un déficit social de 14 milliards d'euros est programmé pour 2013. Dans ces conditions, l'allègement de 30 milliards devrait être financé d'une façon ou d'une autre : réduction des dépenses – or elles sont d'ores et déjà difficiles à maîtriser, ou hausse des recettes. Car financer ce choc par une hausse des déficits à due proportion serait irresponsable !
Un transfert vers la CSG est une hypothèse. Le sigle l'indique, cette contribution est “généralisée”. Donc, elle toucherait tout le monde, y compris les ménages et les revenus du capital, ce qui mécontenterait à la fois la gauche, qui veut protéger le pouvoir d'achat, et la droite, qui souhaite privilégier l'investissement.

Ce parti délibéré de ne regarder qu'un aspect de la question est désespérant. L'économiste interviewé par France Info n'a pas voulu répondre à la question : qui payera la réduction des charges patronales salariales ? Un économiste incapable de raisonner en “dépenses / recettes”, en “débit / crédit”, voilà une lacune fondamentale ! Comment débattre sereinement si l'on ne cesse d'occulter les composantes d'une problématique ?

Il ne faut pas se voiler la face : réduire les cotisations sociales, c'est demander une contribution des ménages, in fine, soit par la baisse des prestations sociales, soit par la hausse de leurs cotisations (CSG, mutuelles si l'on “dérembourse” des dépenses de santé, etc.) Ne pas poser sur la table cet aspect du débat est ridicule… Alors, on peut toujours rêver : si ledit choc de compétitivité permettait d'accroître à due proportion nos exportations, on pourrait imaginer que cela réduise le chômage et / ou accroisse les salaires dans les entreprises exportatrices. Encore faudrait-il le démontrer, messieurs les économistes distingués (les économistes sont toujours “distingués”, c'est bien connu !)

dimanche 4 novembre 2012

Il exagère, Bruckner !

Le quotidien Le Monde daté du samedi 3 novembre publiait dans sa page Débats une tribune de Pascal Bruckner. Sans vraiment connaître cet essayiste et écrivain, je crois savoir qu'il se distingue par le manque de nuances de ses propos. Il exagère sûrement… mais il y a de ça ! Quelques-unes de ses analyses rejoignent en effet mon ressenti sur certains points.

Chauvinisme régional
« L'Europe a bien érodé le patriotisme des États qui la composent, elle n'a pas su élaborer un patriotisme européen, nous laissant orphelins de toute appartenance. C'est de là que fleurissent les chauvinismes régionaux, qui ont hérité de tous les défauts du nationalisme, à échelle réduite. »
Il faudrait nuancer la dernière phrase : les régions aux velléités sécessionnistes, comme l'Écosse, la Flandre ou la Catalogne, n'ont pas (jusqu'à présent !) le principal défaut du nationalisme : son agressivité militaire… Mais l'absence de “patriotisme européen” est patent. Jean-Claude Guillebaud le relevait d'ailleurs dans son récent essai (Un autre monde est possible), déplorant que l'on nous ait laissés “au milieu du gué” : abandons de souveraineté sans contreparties sérieuses au niveau européen.

Les peurs
Pascal Bruckner relève aussi la montée de la peur, des peurs, plutôt, qu'il voit “érigées en vertu cardinale” (peut-être exagère-t-il, là !). Cependant, quand il en dresse la liste – peurs de la science, de la technologie, de la médecine, du climat, des intempéries… – force est de reconnaître qu'elles sont bien présentes dans les médias. Selon l'essayiste, le but ne serait plus désormais “d'inventer le meilleur”, mais “d'éviter le pire”, ce qu'il qualifie d'“entrée dans l'ère du renoncement”. Bigre !

Le devoir de mémoire
Il stigmatise avec la même vigueur le “lamento des imprécateurs”, trouvant que ce “devoir de mémoire” dont on parle tant est, par certains aspects, “la faculté de ne se souvenir que des mauvaises choses pour mieux s'empêcher d'entreprendre”. Un autre constat sévère, que l'on ressent parfois à l'écoute de ces litanies mémorielles. Est-ce l'obsession du présent qui caractérise notre époque qui, par ricochet, déclenche cette angoisse de l'oubli de l'Histoire ? Au point d'en faire trop ? Difficile à dire, tant ces questions sont délicates et sensibles…

mercredi 31 octobre 2012

TVA et restauration

Dure, dure, la politique économique !

C'est l'exclamation qui m'est venue en lisant dans Le Monde daté de ce 31 octobre les réactions des professionnels de la restauration sur une éventuelle hausse de la TVA. Rappelons que le rapport d'un député suggère de remonter le taux de TVA dans ce secteur, abaissé en 2009 du taux normal (19,6%) au taux réduit (5,5%, puis 7%) par le gouvernement Fillon.

Que lit-on ? La baisse de la taxe aurait permis de créer de 20000 à 53000 emplois selon les sources (rapport du député vs organisations patronales). Or, le rétablissement du taux normal pourrait détruire… 100000 emplois, dixit l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie.

Comme quoi il faut vraiment beaucoup réfléchir avant de prendre des décisions coûteuses en termes de rentrées fiscales et, de surcroît, presque… irréversibles !

(Il faudrait bien sûr analyser dans le détail les causes et conséquences de ces phénomènes. Il n'en demeure pas moins que de telles décisions sont sujettes à des “effets de cliquet” spectaculaires.)

lundi 29 octobre 2012

Les Chéserys : solution du petit jeu

Le récent billet sur les Chéserys proposait un petit jeu.
Retrouver le relais et le spit de départ sur cette photo :


En voici la solution :


Cliquez sur les photos pour zoomer, ce sera plus commode ;-)

samedi 27 octobre 2012

Fumeurs : la double peine

C'est un fait : fumer nuit à la santé. Une fois ce préalable posé, quelle politique “anti-tabac” mettre en place ? La gauche, revenue au pouvoir, n'a pas fait preuve de beaucoup d'imagination. Les taxes sur le tabac ont été une nouvelle fois augmentées.

Au-delà des couplets des “talibans anti-tabac”, peut-on réfléchir quelques instants ?

La politique des prix élevés concerne à l'évidence d'abord les moins favorisés, à plusieurs titres. On le sait, le tabac est une drogue, qui, parfois, joue le rôle d'antidépresseur. Or, qui souffre le plus ? Les plus modestes. A contrario, les plus aisés sont en mesure d'augmenter leur budget de fumeurs s'ils le souhaitent, tandis qu'ils disposent des ressources – financières et psychologiques – pour tenter de soigner leur addiction. Quid de l'égalité ?

C'est donc bien d'une sorte de double peine dont il s'agit : vous êtes chômeur ? Vous fumez pour tenter de tenir le coup ? Ce n'est pas bien : vous payerez plus. Et même le tabac à rouler, le tabac des pauvres, sera plus onéreux – il augmentera plus que les paquets de cigarettes… Malheur aux faibles !

J'aurais espéré de la part d'un gouvernement de gauche d'autres mesures : des crédits pour aider ceux qui veulent arrêter de fumer, par exemple, ou des normes de taux de goudrons plus sévères – histoire de montrer qu'on se soucie de la santé des fumeurs, et pas uniquement de leur porte-monnaie. Mais certainement pas de matraquer les plus modestes. Aurait-il fallu augmenter les taxes sur les cigares ? Peut-être que nos gouvernants ont eu peur que les fumeurs de cigares ne choisissent l'exil…

Il demeure l'ambivalence de cette politique de prix : la consommation ne baissant pas à proportion de la hausse des prix, l'objectif “sanitaire” n'est pas atteint (sans oublier l'évasion par le trafic ou les achats frontaliers). L'objectif budgétaire, lui, est atteint. C'est exactement comme pour les taxes vertes : elles devraient, à terme, ne rien rapporter car l'ajustement des comportements devrait les compenser…

Alors, bien sûr, la réponse toute faite, selon les grands principes du “yaka”, fusera : “Il n'y a qu'à arrêter de fumer !” Certes ! Mais nous, êtres humains, avons nos faiblesses. Pour les corriger, reconnaissons qu'il existe d'autres méthodes que l'anathème, l'agressivité simpliste ou… la contrainte financière. Ne dit-on pas que vouloir le bien des gens malgré eux est l'une des définitions de la dictature ?

Ajoutons pour terminer que la découverte récente (!) de la nocivité des particules de diésel, qui cause encore plus de décès que le tabac, n'émeut pas à due proportion. C'est un fait : il est toujours plus facile de “taper” sur ceux dont le “vice” ne souffre pas de doute, ça défoule, et ça évite de se poser des questions plus complexes et subtiles.

mercredi 24 octobre 2012

Blondes chéseries

Le temps nous était compté : une courte matinée pour aller “grimpailler”. Le site des Chéserys, en amont de la vallée de Chamonix, convenait à cette contrainte : une approche brève (1h), une falaise de hauteur modeste (150 m). Guidé une nouvelle fois par Zian, j'ai eu le plaisir de gravir l'une des voies récentes ouvertes sur ces rochers aux ressources infinies (voir notre billet sur la voie Aubade de l'année dernière).

Un groupe de grimpeurs a ouvert à l'automne 2009 trois voies (Jacqueline et André Grobéty, Pierre-Alain Chevalley et Anne-Lise Jost). Pour les baptiser, ils ne se sont pas compliqué la vie, jugez-en : La Brune, la Blonde et la Rousse sont leurs trois dénominations !
Addendum 2014 : j'ai fini par comprendre la raison de ces choix !

Topo en mains, nous avons choisi la voie “La Blonde” car c'est la moins difficile des trois. Aucune interprétation psychanalytique n'en sera tentée ici. Tout juste déplorera-t-on les possibles vexations lorsque, de retour, l'on annonce à sa compagne, rousse par exemple, que l'on a “fait la blonde”…

Haute de 150 mètres, la voie est peu soutenue. Les passages un tantinet techniques sont toujours brefs, presque des “pas de blocs”. Le style prédominant est bien sûr la dalle, avec une sortie plus redressée, qui présente dans la dernière longueur deux courts passages de niveau 5a/5b. L'équipement est généreux. Il faut d'ailleurs s'attacher à bien suivre la ligne des spits, au risque de se retrouver dans du “trop facile” si l'on s'écarte de la ligne d'ascension.

 À l'attaque de “la Blonde”, une… blonde (cigarette) au bec.

La première longueur propose une jolie dalle à petites prises (5a).

Quelques beaux mouvements d'équilibre.

Ambiance d'automne, avec des mélèzes… plus roux que blonds ! À Argentière, la mer de nuages n'est pas encore dissoute.

Recadrage “sport” pour corser l'ambiance…

Même méthode !

Un montage pour rassembler deux clichés et donner une idée du décor somptueux dans lequel nous évoluions.

On reste sans voix – clavier muet – face à tant de beauté…

Le topo proposé ici ne prétend pas à l'exactitude. Quelques prises de notes pendant la montée, et des recoupements avec la description du guide édité par Vamos (François Burnier et Dominique Potard) ont permis de le dessiner. À noter qu'il est possible de descendre en seulement trois grands rappels, à condition de disposer de 50 mètres de longueur de corde.
La cotation se limitant à une seule cote par longueur n'est pas adaptée à cette voie, car aucune longueur n'est soutenue, les passages de 4c et 5a/b étant tous très courts.
La première longueur, sur ce croquis, peut être découpée en deux (relais intermédiaire équipé).

NB : vous pouvez zoomer en cliquant sur l'image pour mieux consulter le document.

Ascension réalisée le 24 octobre 2012 sous la conduite de Zian. Merci à lui ! (Y compris pour les photos).

Une petite devinette en “bonus” : retrouvez le relais et le premier spit de protection sur cette photo de la dernière longueur.

La solution figure dans le billet du 29 octobre.

mardi 2 octobre 2012

Apple Mail versus Microsoft Entourage 2008

Ce billet, spécialement long, partage des expériences avec Microsoft Entourage sous Mac OS, en particulier un défaut de la gestion des “identités”, suivi du détail des opérations de transfert réalisées pour basculer sous Apple Mail.

Utilisateur de Microsoft Entourage sous Mac OS depuis presque dix ans, j'ai été déçu par la version 2008 pour une raison toute simple : à l'ouverture d'Entourage (ou d'autres applications de la suite Office), je dois subir une “mise à niveau de l'identité”, dont la durée peut s'avérer extrêmement longue. Ce traitement se produit après chaque redémarrage de l'ordinateur.

Un traitement qui met notre patience à rude épreuve !

Des recherches sur le Web montrent que d'autres ont été confrontés au problème, sans que de véritables parades soient possibles. La cause pourrait être l'ancienneté de la base de données liée à Entourage, ainsi que son volume – la mienne pesant plus de 5 Go. L'une des explications à ce volume est la conservation des pièces jointes des courriels reçus ou envoyés. Il est possible, en faisant une recherche sur les messages comportant des pièces jointes, de supprimer ces dernières pour alléger la base de données. Cependant, il faut la reconstruire pour que le gain en espace-disque se concrétise, la structure de cette base de données ne lui permettant pas de se compacter spontanément. Elle forme un tout indivisible, contrairement à celle d'Apple Mail, qui dispose d'un fichier pour chacun des messages récupérés par le logiciel.

À plusieurs reprises, j'ai décidé de reconstruire cette base, espérant que cela supprimerait le traitement de mise à niveau. Pour cela, plusieurs méthodes sont possibles, l'une d'entre elles consistant à maintenir la touche Option (Alt) pendant le démarrage d'Entourage, ce qui affiche le dialogue ci-dessous :

Dialogue de l'utilitaire de base de données Office.
Le traitement le plus complet consiste à Reconstruire la base de données (option 3).

Malheureusement, cette reconstruction n'apporta aucun remède. Les mises à niveaux “sauvages” se poursuivaient. Il pouvait même arriver que la mise à niveau se bloque. Dans ce cas, il est possible de s'en tirer en recourant au Moniteur d'activité. Notez cependant qu'il est toujours risqué d'interrompre un traitement de cet acabit, car on ne peut pas en prévoir les conséquences avec certitude.

Interruption de la mise à niveau via le Moniteur d'activité (cliquez pour zoomer)

Si le traitement ne figure pas dans la liste proposée par la commande “Forcer à quitter” du menu Pomme, on peut l'identifier en ouvrant le moniteur d'activité (dossier Utilitaires des Applications). Si l'on a lancé Entourage avant la mise à niveau, l'interruption de cette dernière déclenche le processus de reconstruction de la base de données. C'est une façon de s'en sortir pour accéder à ses messages. Elle peut prendre du temps. Ne pas s'impatienter, et laisser les quelque cinq étapes de reconstruction s'enchaîner.

Ladite base de données figure dans le dossier Données utilisateur Microsoft, lui-même installé dans le dossier Documents standard. Les fichiers sont dans un autre sous-dossier : Identités Office 2008. Lors de la reconstruction, les anciennes identités sont sauvegardées.

Tout cela fait perdre beaucoup de temps !

Une mise à jour de Microsoft Office 2008 vers la version 12.3.4 n'a pas modifié le comportement défectueux décrit ci-dessus. Je n'ai pas trouvé de notes sur ce problème dans les descriptifs des mises à jour précédentes. Dommage !

Quelles remèdes trouver ? Il y en a deux principaux.
1. Recréer la base Entourage en créant une nouvelle identité de zéro, après exportation des données depuis l'ancienne, puis réimportation dans la nouvelle.
2. Basculer vers l'application Apple Mail, a priori plus stable car conçue directement pour Mac OS, et de surcroît disponible sans supplément de prix.

Constatant le peu de soin et d'attention que Microsoft apporte à ces versions Mac OS, on est tenté d'opter pour la seconde solution… On a parfois l'impression que Microsoft “bâcle” ses versions Mac OS pour entretenir la confusion : un utilisateur lambda aura l'impression que Mac OS est défectueux puisque la suite Office fonctionne moins bien dans cette configuration que sous Windows. Et pour cause ! La responsabilité n'en revient pas à Apple mais bien à Microsoft.

Basculement vers Apple Mail
Les développements ci-dessous restituent les opérations que nous avons réalisées pour basculer vers Apple Mail. Elles sont le résultat d'essais (et d'erreurs) de différentes méthodes de travail.
Après le basculement, pour éviter de retrouver les inconvénients mentionnés ci-dessus, il reste à créer une nouvelle identité dans Entourage, dans laquelle vous indiquerez une adresse mail unique, et dont vous ne vous servirez plus. Basculez ensuite vers cette identité depuis Entourage. Cette identité “minimaliste” vous évitera les mises à jour déplorées. Si vous ne supprimez pas l'ancienne identité, vous pourrez éventuellement la réouvrir, à condition bien sûr que le traitement de mise  niveau ne vous en empêche pas…

Exportation des données Entourage
Parmi les nombreuses méthodes envisageables, il m'a semblé que l'exportation au format “mbox” figurait parmi les plus commodes.
Pour exporter, il suffit en effet de sélectionner dans Entourage la boîte de réception (dans la liste des “dossiers de mon ordinateur”) et de la faire glisser sur le bureau. Ce glisser-déposer déclenche la création d'un fichier unique, de type mbox. Pour une dizaine de milliers de courriels, cette action n'a pris que quelques minutes, ce qui reste supportable (attention à laisser le traitement se terminer en vérifiant la taille du fichier mbox dans une fenêtre du Finder, qui doit se stabiliser. Si vous interrompez le processus en activant Entourage, il peut alors manquer des messages dans le fichier d'export mbox).

Un fichier mbox après création par glisser-déposer depuis Entourage
Si votre boîte de réception comprend des sous-dossiers, il faut bien sûr répéter l'opération pour chacun de ces sous-dossiers.
NB : nous avons constaté qu'en exportant le dossier “racine” (par exemple la boîte de réception), les données exportées étaient incomplètes. Parade : créer un sous-dossier et y transférer les messages enregistrés au premier niveau, puis exporter le sous-dossier ainsi créé.
Vous procéderez de même avec la boîte d'envoi, bien sûr…

La remarque qui s'impose à ce niveau est bien entendu de faire le ménage dans ses courriels avant de les exporter, un peu comme l'on procède lors d'un déménagement : mieux vaut jeter les objets inutiles avant de faire les caisses destinées aux déménageurs. Du volume de gagné, et moins de soucis au moment d'emménager !

Quid des contacts ?
Plutôt que d'exporter et importer les contacts, opération toujours pénible en raison des correspondances de champs difficiles à établir, mieux vaut synchroniser Entourage avec les contacts Apple, comme on le fait d'ailleurs lorsqu'on souhaite assurer la synchronisation avec un iPhone par exemple. Cette option figure dans les préférences d'Entourage :

Entourage est capable de synchroniser ses contacts avec le Carnet d'adresses Apple

L'effet de cette synchronisation est de retrouver ses contacts Entourage du côté du Carnet d'adresses et, partant, d'Apple Mail (et de votre iPhone après synchronisation via iTunes).

Basculement dans Apple Mail
Nous ne sommes pas au bout de nos peines… Pour passer à Apple Mail, la première opération consiste à créer le (ou les) compte(s) de messagerie afin de pouvoir envoyer et recevoir des courriels.

Anciens comptes de type POP
Il se trouve que l'assistant de Mail se croit trop intelligent et peut rendre impossible la création de comptes un peu anciens (comme les comptes Wanadoo par exemple). Impossible ? Du moins en apparence.

Ce qui se produit (des forums en témoignent) est un paramétrage systématique en IMAP. Ce faisant, les messages ne sont pas supprimés de chez votre fournisseur de courriels, ils restent dans sa base de données, ce qui ne correspond pas à l'état d'esprit le plus répandu d'un logiciel de messagerie autonome (c'est la démarche, en revanche, d'une consultation de ses messages via un navigateur en se connectant par son intermédiaire à son fournisseur).

Une parade m'a donc été fournie par un forum – merci à eux !
Elle consiste à forcer Apple Mail à présenter le dialogue complet de paramétrage, permettant de passer à un compte de type POP (qui, lui, rapatrie les messages puis les supprime, selon des modalités paramétrables par ailleurs).

Depuis les Préférence d'Apple Mail, accédez à l'ongle “Comptes”. Cliquez sur le bouton + en bas à gauche de la liste des comptes.
NB : si vous n'avez pas encore utilisé Apple Mail, cette étape n'a pas lieu d'être car l'assistant apparaît alors automatiquement.


Saisissez l'intitulé du compte (“nom complet”), l'adresse mail exacte, puis un mot de passe erroné (laisser le champ Mot de passe vide ne suffit pas). Cliquez alors sur Continuer. Apple Mail cherche à se connecter au compte…

…et n'y parvient pas, le mot de passe étant faux. Notez qu'il tente de se connecter en mode IMAP.
Cliquez (avec obstination) sur Continuer.


Cette fois, vous avez accès au Type de compte et vous pouvez choisir l'option POP.
Mettez à jour le serveur de réception (de type “pop”) et, cette fois, saisissez le mot de passe exact.
En cliquant sur Continuer, le processus parvient à son terme, après saisie du serveur d'envoi (un serveur de type smtp.wanadoo.fr ou smtp.orange.fr par exemple).

Importation des courriels
La récupération des messages s'effectue à l'aide de la fonction d'importation d'Apple Mail, en choisissant le format “mbox”, adopté lors de l'exportation depuis Entourage.


L'importation est accessible par la commande de menu Fichier - Importer des boîtes aux lettres.
L'option “mbox” est proposée en dernière position.

Remarque : l'option 2, Microsoft Entourage, ne nous a pas donné satisfaction, car elle n'importait que quelques milliers de messages et non la totalité de ceux-ci !

Après traitement, vous retrouvez les messages dans la rubrique Sur mon mac / Importation / Boîte de réception (par exemple pour ce dernier terme). Pour environ 10000 messages, le temps de traitement a été de l'ordre de quelques minutes.
Vous pouvez alors marquer tous les messages importés comme “non lus”, et constater que les pièces jointes ont été également récupérées (attendez que le traitement d'identification des pièces jointes s'achève si l'importation était volumineuse, et effectuez un clic droit sur la liste pour visualiser la présence de ces pièces en ajoutant la colonne ad hoc).
Il est possible aussi de sélectionner tous ces messages et de les basculer dans la boîte de réception standard d'Apple Mail.

Les opérations d'import doivent être répétées pour toutes les données exportées. Encore de quoi passer beaucoup de temps devant son ordinateur.

Après une semaine d'utilisation
Apple Mail donne satisfaction dans l'ensemble, après les nécessaires adaptations à ses particularités.
Pour ceux qui ont activé TimeMachine (sauvegarde automatique Apple), le système des fichiers de mails indépendants économise du temps. En effet, lors de la sauvegarde, l'identité Entourage formant un tout devait être sauvegardée à chaque fois dans sa totalité, alors qu'avec la configuration Apple Mail, seuls les nouveaux messages le sont.

On regrette de ne pas pouvoir organiser la fenêtre à la façon d'Entourage, c'est-à-dire verticalement (liste à gauche, contenu du message sélectionné à droite). Apple Mail ne propose que l'affichage horizontal (à moins qu'une préférence cachée ne nous soit pas apparue).

Quelques points que nous n'avons pas résolus, et sur lesquels nous sommes preneurs de retours d'expérience (n'hésitez pas à prendre contact !) :
  • Lors de l'insertion d'une pièce jointe au format image (par exemple JPEG), l'image semble intégrée directement dans le message, alors que nous souhaiterions n'afficher que l'icône de pièce jointe. Suite à un test avec relève de courrier dans Entourage, ce point est résolu. L'image visible dans le message au départ d'Apple Mail se retrouve en simple pièce jointe, classiquement, à l'arrivée dans Entourage.
  • Nous n'avons pas trouvé comment personnaliser la formule annonçant la citation du message auquel on répond (le classique “le 5 octobre 2012 à 18:22:02 Roland Dupont a écrit :”). Il existe peut-être un moyen…

Remarque du 12 octobre
La cause de la mise à jour systématique de l'identité semble être déconnectée d'Entourage.
Pour tenter de la neutraliser, nous avions créé une identité “allégée”, comportant une seule adresse mail (peu usitée) et aucun contact. L'ancien dossier d'identité complète a été sorti du dossier utilisé par Microsoft Office (Documents/Données utilisateur Microsoft/Identités Office 2008), et sauvegardé ailleurs.
Néanmoins, lors de l'ouverture d'une application Office (par exemple Word), une mise à jour se déclenche, rapide et fugace compte tenu de l'allègement prévu, mais effective tout de même.
Il semble donc rester un problème de fond, plus large, dont nous sommes incapables d'identifier la cause exacte.

À suivre !

mardi 25 septembre 2012

Réformes et “curseurs”

Depuis que le nouveau gouvernement est au travail, un certain nombre de décisions ont été prises. Si elles déçoivent, c'est qu'il ne s'agit pas de réformes, qui modifient la structure même des systèmes en vigueur, mais seulement d'une évolution de leurs paramètres. On pourrait comparer ces changements au “remixage” d'un morceau de musique. Les curseurs des différents “effets” sont légèrement déplacés. La chanson reste cependant la même…

Avant le changement de majorité, voici quels étaient les positions de quatre “curseurs” :


Après le changement de majorité, ils ont tous les quatre légèrement évolué :


On pourrait multiplier les exemples, comme en matière fiscale, avec la création d'une nouvelle tranche d'impôt sur le revenu, à 45% contre 41% pour la précédente.

Côté logement, après l'annonce d'un relèvement du seuil minimum de logements sociaux dans les grandes communes (25% contre 20%), d'un plafond de livret A augmenté de quelque 4000 €, on parle désormais d'un remplacement du “dispositif Scellier” par un “dispositif Duflot”. Encore une fois, rien ne change sur la structure : une niche fiscale chasse l'autre, amendée sur le niveau des loyers et les zones géographiques concernées.

Quel manque d'imagination !

À notre humble avis, déplacer des curseurs ne constitue en rien une “réforme” – un terme décidément bien galvaudé, au point qu'on en perd le véritable sens. Est-ce à cause de la mauvaise réputation de l'expression “réformes structurelles”, véritable pléonasme comme seuls les Anglo-Saxons en ont le secret (on songe avec horreur au “viol sous contrainte” des Républicains intégristes des USA), que l'on n'ose plus entreprendre de vraies réformes, touchant à la structure profonde des systèmes en place_?

Il reste à espérer qu'après l'été des curseurs, nous entrions dans l'automne des réformes audacieuses et inventives… Les Français rêvent d'entendre une autre musique, qu'il reste au gouvernement et au parlement à composer. Souhaitons-leur d'être inspirés !

samedi 8 septembre 2012

Qui veut payer des millions ?

La polémique sur l'imposition à 75% des revenus de plus de 1 million d'euros bat son plein. Il est toujours intéressant de regarder de plus près la façon dont la mesure pourrait s'appliquer, et d'évaluer le supplément d'impôt sur le revenu qui en résulterait.

Nous prendrons un cas théorique simplifié – la conclusion expliquera l'adjectif “théorique”. Soit donc un contribuable (célibataire) déclarant 2 millions d'euros de revenu brut.

Combien devrait-il avoir payé en 2012, sur ses revenus 2011 ?


La déduction de 10% pour frais étant plafonnée à 14157 €, notre contribuable passe à la moulinette des tranches la somme de 1985843 €. N'oublions pas la surtaxe décidée pour les revenus 2011, soit 3% entre 250000 et 500000 €, puis 4% au-dessus, ce qui aboutit à un supplément de l'ordre de 67000 €.
L'imposition totale ressort à 867746 €, soit un peu plus de 43% du revenu.
Nous l'avons vérifiée sur le site officiel, avec un (très léger) écart : 867772 € (26 €).

Passons l'année suivante, en imaginant que notre multi-millionnaire déclarerait à nouveau 2 millions bruts de revenus salariaux.

Les règles n'étant pas encore fixées, voici comment nous les avons simulées :
  • Ajout d'une tranche à 45% (contre 41%) pour les revenus supérieurs à 150000 € (promesse de campagne de François Hollande).
  • Analyse du taux de 75% comme une autre tranche, au-delà cette fois du million d'euros.
  • Suppression de la surtaxe, remplacée par les mesures ci-dessus

Résultats ?
La tranche à 75% correspond à un prélèvement de 740000 €. Il ne s'agit cependant pas d'un supplément de 740000 €, puisque, auparavant, la tranche était à 41% (hors surtaxe), mais de “seulement” 335000 € et quelque (ce qui est, selon cette expression galvaudée et sans grande signification : non négligeable). Sans oublier la tranche à 45%, l'addition dépasse au final les 1170000 €.
Au total, notre riche célibataire payerait donc 300000 € de plus que l'année précédente, son taux d'imposition global passant de 43% à 58,5%, soit 15 points de plus.

Et dans la pratique ?
Vous imaginez, cher lecteur, qu'un contribuable susceptible de verser plus d'un million d'euros au Trésor public aura par construction les moyens de payer de confortables honoraires à des spécialistes de l'optimisation fiscale pour tirer le meilleur parti des nombreuses niches fiscales proposées par notre législation. Prélever dix ou vingt mille euros de ses revenus pour en économiser plusieurs centaines de milliers est, reconnaissons-le, tentant !
Ces calculs demeurent par conséquent très théoriques. Au moins illustrent-ils les ordres de grandeur.

Deux petites considérations complémentaires.
1. Jean-Luc Mélenchon, plus radical, proposait une tranche à 100% (“Au-dessus de tant d'euros, on prend tout”, disait-il). Dans ce cas, le calcul 2012 ci-dessus donnerait un impôt de plus d'1,4 million, soit un taux global de 71%.
2. Quid des étalements pour certaines catégories ? N'oublions pas que ce système existe déjà depuis une trentaine d'année. Il est décrit dans l'article 100 bis du Code général des impôts, et concerne, nous citons : “Les bénéfices imposables provenant de la production littéraire, scientifique ou artistique de même que ceux provenant de la pratique d'un sport”. Son effet est de répartir l'imposition de revenus exceptionnellement élevés sur plusieurs années (3 ou 4). Si, cependant, les revenus des années suivantes restent élevés, le lissage tend à s'annuler.

Les calculs ont été réalisés avec un tableau Excel de notre composition, qui était décrit en détails dans un billet de notre blog 100 conseils pour mieux utiliser Excel.

jeudi 6 septembre 2012

Monopole et omnipotence

En lisant La Théorie de l'information, d'Aurélien Bellanger, la joute judiciaire qui oppose Apple et Samsung m'est apparue sous un autre jour. À première vue, en effet, quoi de plus logique que de défendre ses innovations contre la concurrence ? Ce sont les tendances monopolistiques, pour ne pas dire les rêves d'omnipotence, des géants de l'informatique qui deviennent effrayants. Bellanger l'illustre à sa façon, et ne manque pas d'épingler la mégalomanie des dirigeants de Microsoft, Apple ou Google. Voici donc qu'Apple refuserait à Samsung de “l'imiter”. Soit. Mais revenons un peu en arrière dans le temps…

Je ne me souviens pas de procès retentissants de Rank Xerox contre Apple quand le Lisa, puis le Macintosh, recyclèrent la souris, les menus déroulants, pourtant inventés par le premier. Je ne me souviens pas plus de querelles juridiques lorsque Windows réutilisa les fenêtres, les icônes, les dossiers et la… corbeille de la firme à la pomme. Pas de procès non plus quand Apple installa les menus contextuels dans son OS. Et quid des logiciels dits “libres”, qui proposent de véritables clones de célèbres logiciels et systèmes ? Mais peut-être des arrangements ont-ils eu lieu, dont je n'avais pas eu vent.

Chaque innovation de l'informatique, en particulier en termes d'ergonomie, s'est progressivement diffusée au sein des systèmes d'exploitation et des logiciels, pour devenir une norme implicite. L'homogénéité ergonomique en résultant a permis a tous de développer ses produits, et de les vendre. Chacun a récupéré chez l'autre ce qu'il avait de meilleur pour, progressivement, améliorer la qualité et la maniabilité des applications. Il aurait été ridicule, sous prétexte de brevets, de devoir manipuler chaque logiciel avec des règles différentes ! Ce sont les limites de la notion de brevet à l'anglo-saxonne. Il y a quelque chose d'exagéré, vous en conviendrez, à breveter les double, triple, voire quadruple clics de souris (dépêchez-vous de déposer le quintuple, il doit être encore disponible). Dans la pratique, ce furent heureusement de permanents “à charge de revanche”, bien compris.

Vouloir à tout prix bloquer le processus, ou, du moins, réclamer des royalties conséquentes, a tout de l'obsession monopolistique, et entre en contradiction flagrante avec la concurrence, tant vantée par ailleurs par ces firmes du monde “ultralibéral".

jeudi 30 août 2012

Un horaire du TMB en 1958

En feuilletant un livre de ma bibliothèque, je suis tombé sur cette coupure de presse datant de… 1958. Ceux qui s'intéressent au mont Blanc, aux chemins de fer de montagne et, plus précisément, au Tramway du Mont Blanc (TMB) pourront consulter cet horaire de l'époque (l'image est disponible en plus grande définition par un simple clic).


En 1958 l'aller-retour du Fayet au Nid d'Aigle (alias Glacier de Bionnassay) était facturé 1250 francs (anciens, bien sûr !) À quoi cela équivaudrait-il en euros d'aujourd'hui ? Le site France-Inflation nous propose un convertisseur que j'ai déjà eu l'occasion d'employer. Il nous donne la valeur de 22 euros. En 2012, la Compagnie du Mont Blanc facture 30,40 euros. Par rapport à la moyenne de l'inflation, l'augmentation serait donc de près de 40%. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts – et beaucoup de neige sur les voies du TMB. Des travaux ont été entrepris, en particulier cet été (le service s'arrête au Mont-Lachat).
 Ceci explique en partie cela !

Plus amusant sont les trains de soirée, qui permettaient aux touristes hébergés à l'hôtel du col de Voza de rentrer au bercail après une soirée à Saint-Gervais. Pour peu que 20 voyageurs en émettent le souhait, un train partait du Fayet à 23h30, desservait Saint-Gervais à 23h40 et atteignait le col de Voza à 0h20. Dans l'autre sens, les “fêtards” du col de Voza pouvaient redescendre dans la vallée, par le même train au retour (arrivée au Fayet à 1h20 !) Des dessertes comparables au métro parisien !

Le TMB était aussi plus matinal, puisqu'en 1958 le premier train (du 1er juin au 1er septembre) partait dès 7h40 du Fayet (contre 8h00 en 2012), desservant le Nid d'Aigle un peu avant 9h.


samedi 25 août 2012

Ah ! Le livret A…

Le gouvernement chercher à développer la construction de logements sociaux. La mesure-phare consiste à relever le plafond du livret A, dont une partie des encours sert à financer le logement social (par des prêts). Cependant, le nerf de la guerre, en matière de construction, ce sont les terrains. Car on a beau offrir des prêts, en l'absence de foncier, il ne se passera rien. C'est la raison pour laquelle la ministre envisage de céder des terrains publics – ou semi-publics – aux bailleurs sociaux.

Cela ne suffira pas. Les résistances risquent d'être fortes chez des propriétaires comme la SNCF et RFF, dont l'endettement incite à valoriser les réserves foncières. Plusieurs pistes pourraient être explorées :
  • Rendre possible l'essaimage du logement social, sous la forme de logements acquis, ou réservés, de façon ponctuelle dans d'autres ensembles immobiliers. Une révolution culturelle qui sera difficile, tant les bailleurs sociaux sont habitués à gérer des “cités” ou, à tout le moins, des immeubles entiers !
  • Exploiter les micro-parcelles des villes (les fameuses “dents creuses”) en autorisant la construction de logements à loyers inférieurs au marché sur ces emplacements. Un travail de détail, certes, mais dont les résultats seraient intéressant en “recousant” le tissu urbain, moyennant une légère sur-densification de surcroît élégante visuellement (je m'étais essayé à décrire ce processus dans un billet de 2008). Ce parti semble plus efficace que le supplément “forfaitaire” de constructibilité imaginé par le gouvernement précédent.
  • Essayer de supprimer la “césure” entre logement social et logement privé à loyers élevés. Cette marche d'escalier énorme laisse en effet un “vide” au niveau intermédiaire (surtout en Île-de-France ou, a fortiori, à Paris). Il ne faudrait plus de “solution de continuité” entre les niveaux de loyers, avec un système d'aides (aux locataires ou aux bailleurs) dégressives au fur et à mesure que le loyer s'accroît.
  • Préférer les baux fonciers à long terme sans redevance à la cession gratuite, afin de mieux disposer les propriétaires publics mentionnés plus haut. Une cession gratuite est à double tranchant : sur le très long terme, d'autres gouvernements, en privatisant les bailleurs ayant bénéficié de cessions gratuites, pourraient générer des rentes de situation injustes !
  • Financièrement, ne pas oublier que les prêts accordés à partir des fonds du livret A ne sont pas à taux zéro. L'équilibre d'exploitation des opérations ne supporte pas toujours une forte quotité de prêts. Dans la pratique, ce seraient plutôt des subventions qu'il faudrait accorder – en particulier en cas de charge foncière élevée ou de coûts de construction hors normes (on songe encore une fois à l'Île-de-France).
Construire 150000 logements “sociaux” par an relève de la gageure ! Il faudra beaucoup plus que les deux mesures symboliques annoncées ces jours derniers.

vendredi 24 août 2012

Rien de bien réjouissant ?

Peu après 7 heures, ce matin, la présentatrice de France Info introduit la météo : “Rien de bien réjouissant, ce matin !” Le météorologue le confirme sur un ton contrit : des orages et de la pluie. “Il faudra attendre lundi pour que ça s'améliore” conclut la journaliste. Il y a quelques jours seulement, les mêmes protagonistes se lamentaient parce qu'il faisait trop chaud, les “alertes canicules” étaient réitérées sans relâche. Alors, à quelles conditions la météo pourrait-elle être “réjouissante” ?

Ces petits travers entrent en écho avec des extraits d'un livre de Jean-Claude Guillebaud intitulé Une autre vie est possible, publiés dans Le Nouvel Obs. L'auteur nous fournit une analyse pertinente :
Par définition, le flux médiatique est un discours attristé, voire alarmé. Il s'habille en noir. […] À n'insister que sur les ombres, on pèche – et on ment – par omission. […] L'optimisme n'est plus “tendance” depuis longtemps. On lui préfère le catastrophisme déclamatoire.
Pourtant, comme Guillebaud le dit joliment un peu plus loin :
L'espérance a beaucoup à voir avec le petit matin. […] L'idée d'un commencement, d'une remise en route, d'une infatigable renaissance.
Difficile de ressentir l'espérance du petit matin quand, dès ses premiers bulletins, le principal média spécialisé dans l'information qualifie tout négativement, jusqu'au retour (espéré !) de la pluie et la fin des grosses chaleurs, qualifiés de “pas réjouissant” !

Il ne s'agit pas évidemment de tout repeindre en rose, de se voiler la face sur la réalité des choses. Citons une dernière fois Jean-Claude Guillebaud pour préciser notre propos:
Or la réalité n'est jamais aussi sombre. Elle est faite d'ombres et de lumières.
Petit message à l'intention de la rédaction de France Info : accordez l'égalité du temps de parole à l'ombre et à la lumière !
Merci d'avance, chers journalistes radiophoniques.

NB : j'ai envoyé à France Info un lien vers ce billet, espérant qu'ils y trouvent matière à réflexion.

jeudi 23 août 2012

Pour un label "humain"

C'est un billet de blog de mon copain Daniel qui m'y a fait songer. Il évoquait la question du "made in France" et de l'impact des choix des consommateurs, par exemple à partir de ces fameux "labels". Je me suis d'ailleurs fendu d'un commentaire que je vais un peu préciser ici.

Notre société souffre du chômage, du harcèlement au travail, de la précarité et de toutes sortes d'abus qui deviennent, peu à peu, la norme.
Une simple recherche sur Google montre qu'il y a pléthore de labels, depuis le bio jusqu'à l'environnement, en passant par le respect des animaux. Paradoxalement, rien sur… les êtres humains !

J'ai été frappé, par exemple, par le slogan du label Nature et Progrès (www.natureetprogres.org) :
« À Nature et Progrès, les paysans n'exploitent pas la terre, ils la cultivent ! »
Dans le même ordre d'idée, des labels s'assurent également que les animaux impliqués dans la production ne font pas l'objet de mauvais traitements (les tests de cosmétiques notamment).

Ah, je sais, cela va paraître audacieux, voire hors de propos. Pourtant, s'il existait un label Emploi et Respect, avec un slogan voisin, comme : « À Emploi et Respect, les employeurs n'exploitent pas les salariés, ils les respectent », cela ne donnerait-il pas envie d'acheter les produits et services des entreprises adhérentes ?

Les critères seraient aisés à trouver pour le cahier des charges :
  • Absence de méthode de management de type anglo-saxon à base de harcèlement
  • Aucune rémunération en deçà du SMIC + 20%
  • Proportion de CDD et d'intérimaires en deçà d'un seuil modeste
  • Absence de licenciements économiques depuis plusieurs années
  • Absence de conflits aux prud'hommes dans les dernières années
  • Proportions de jeunes et de seniors dans les effectifs conformes à la moyenne nationale de la population active
  • Etc.
On pourrait y ajouter, bien sûr, des critères relatifs aux emplois extérieurs à notre territoire, sur la condition des employés lorsque des produits sont importés.
Notez que, depuis 1977 (35 ans tout de même !), les entreprises de plus de 300 salariés sont tenues de publier un “Bilan social”, dont les indicateurs pourraient permettre d'enrichir et d'évaluer un tel label.

Pour autant, quelles seraient les entreprises qui parviendraient à obtenir le label ? La question mériterait d'être posée…

mardi 14 août 2012

La pointe du Dard : une course “impeccable”

Ce 13 août 2012, le trio Benoît, Louis et Jean-Luc avait bouclé ses sacs en vue de l'ascension de la pointe du Dard (3206 m), dans le massif de la Vanoise. Particularité notable : pour Louis (pas encore onze ans), ce serait sa toute première course en haute montagne. Un événement !


Le point de départ de la course est le refuge du col de la Vanoise (2517 m), atteint en 2h30 depuis le mont Bochor (2022 m), où notre guide, Émile, nous a rejoints pour le dîner. Car le trio susnommé sera emmené vers les hauteurs par un professionnel !


Après une nuit en dortoir, un lever matinal (4h) et le petit déjeuner “dans le coaltar”, nous avons pris le départ vers 5h, les lampes frontales éclairant notre chemin. L'obscurité favorise la concentration et atténue l'inévitable monotonie de toute marche d'approche. Nous montons ainsi de quelque cinq cents mètres de dénivelé…


…pour prendre pied sur l'immense plateau glaciaire de la Vanoise, à 3000 m d'altitude. C'est le moment pour Louis de découvrir les crampons, et en premier lieu la façon de les fixer solidement aux pieds. À cette altitude et à cette heure, la température est voisine de 0° C : toujours étonnant en plein été !


Ainsi équipés, nous pouvons progresser sur les surprenants reliefs formés par le dégel et le regel à la surface du glacier. Ces vaguelettes, aussi nommées “pénitents”, ne favorisent pas la régularité de la marche : il faut, selon l'expression galvaudée mais qui a ici son sens propre, “regarder où l'on met les pieds”. Notre objectif, la pointe du Dard (flèche à droite) est encore éloigné, puisqu'il nous faudra parcourir près de 4 kilomètres (en 1h45) pour atteindre la base de ses rochers.


Au passage, quelques petites crevasses et autres “moulins” agrémentent le cheminement. Louis les franchit sans barguigner, salué par les “impeccable !” de son guide.


Derrière nous, le soleil se lève et illumine le superbe décor alpin qui nous entoure. Magnifique !


Enfin, vers 8h30, après trois heures et demi de marche patiente, nous sommes sur le point de toucher la “rive” de cette mer de glace. De là, il sera aisé de rallier le cairn sommital (flèche), où ce seront les congratulations d'usage ! Bravo, Louis ! La joie de la cordée est à la mesure des motivations de chacun des participants : outre la toute première course de Louis, Benoît, son père, réalise sa troisième ascension dans ce secteur (après la Réchasse et le mont Pelve), et Jean-Luc, la cinquantaine bien avancée, est enchanté d'avoir partagé l'aventure avec Louis et d'ajouter à sa liste cette course inédite. Quant à Émile, nous ne savons pas combien de fois il a traversé ce glacier – plusieurs dizaines sans aucun doute – et admirons son enthousiasme intact, exprimé par ses multiples commentaires pédagogiques ou topographiques, ainsi que par le soin apporté à rendre l'expérience agréable à son tout jeune client (“Ça va, Louis ? – Oui, ça va ! – Impeccable !”)


Depuis la pointe du Dard, le panorama s'étend tous azimuts, y compris sur Sa Majesté le mont Blanc, qui émerge fièrement à l'horizon (au centre de la photo). Nous ne resterons que trois quarts d'heure là-haut, car il faut penser à redescendre : 1200 m de dénivelé nous attendent.


Dès 9h30, c'est donc reparti. Nous allons retraverser le glacier, mais par une ligne plus directe – et plus accidentée. De grandes vagues de glace figées sont autant d'occasions d'exercices de cramponnage en pente inclinée comme on le voit ci-dessus (avec la Grande Casse en toile de fond).


Comme souvent, une légère impatience nous habite tandis que le refuge apparaît “tout en bas” (à gauche du lac sur la photo) et que l'on a plus de six heures de marche dans les pattes…
Nous y engloutirons omelettes et crêpes avec appétit avant d'entreprendre la descente du refuge en direction des Barmettes.

Sacrée journée !

Tous mes remerciements à :
Émile Chaillan pour nous avoir guidés et encouragés
Benoît et Louis pour m'avoir accepté dans leur cordée
L'équipe du refuge du col de la Vanoise, organisée et accueillante

Un compte rendu signé de Benoît figure aussi sur Camp To Camp à cette adresse.