jeudi 3 novembre 2011

Le référendum grec

L'actualité des derniers jours m'a rappelé un (vieux) souvenir d'étudiant, ce sujet de dissertation :
« Un référendum est-il plus démocratique qu'une élection ? »
Le référendum envisagé par le premier ministre grec au sujet du plan de sauvetage de la Grèce – et de l'euro – confère une acuité spectaculaire à la question !

Démocratie directe ou démocratie représentative ? C'est une classique. À première vue, on a tendance à préférer le référendum, car ce sont les citoyens qui répondent directement. C'est oublier que le référendum souffre d'un grave défaut : une réponse binaire, oui ou non. Plus grave encore : en cas de “non”, aucune solution de rechange ne peut être proposée par les votants. On se souvient de la polémique sur le “plan B” lors du référendum français de 2005 sur le traité européen. La réponse négative n'est pas non plus motivée : on ne demande pas aux citoyens de dire pourquoi ils votent “non”. D'où de terribles confusions, l'amalgame d'oppositions incompatibles. Et songeons aux référendums tenus récemment en Suisse. Ils n'auguraient pas de décisions… démocratiques ! Le pire aura été la confusion, en 1969, entre la question posée par de Gaulle – dont pas grand monde ne se souvient – et la réponse négative qui était un congé donné au vieux président.

On pourrait préférer la démocratie représentative. Si, si, vous savez : ce qu'on appelle des “députés” se rassemblant dans un “parlement” et votant des textes. Mieux encore : ils peuvent les amender, ils peuvent débattre, ils peuvent voter à plusieurs reprises, ils peuvent relayer ce qu'ils entendent dans leurs circonscriptions. Dans une situation telle que la Grèce, ne serait-ce pas une meilleure formule ? À condition, bien sûr, que les représentants aient la confiance du peuple…

Le référendum a sa justification pour approuver (ou rejeter) des choses précises et concrètes : un traité, une constitution, une loi importante. En 1946, la première mouture de la constitution française avait été refusée, une autre a vu le jour un peu plus tard – avec nouveau référendum. On n'est pas sûr d'avoir gagné au change, mais c'est une autre question ! On le comprend bien : un référendum réussi doit être précédé d'un débat devant le parlement – c'est d'ailleurs ce que prévoit la constitution de la Vème République (même si de Gaulle avait transgressé cette règle).

Les partisans du référendum affirmeront que pour la Grèce, la décision à prendre est aussi importante qu'une constitution ou un traité. On en leur donnera pas tort. Que M. Papandréou prenne garde, cependant. Si la question du référendum est “approuvez-vous l'accord conclu avec nos partenaires européens en octobre”, et que la réponse est “non”, que pourra-t-il se passer ? Un nouveau plan sera-t-il bâti ? Mais surtout lequel ? Et puis, comment le faire ré-approuver sans perdre encore de précieux mois ?
Comme le disent nombre de commentateurs, il y a un côté roulette russe dans le projet du premier ministre grec.

EΥPΩ - Cela me rappelle la question posée par un petit garçon à son père à propos des nouveaux billets de banque en euros. C'était en 2001. « Papa, ça veut dire quoi, EYPO ? » Et le père de répondre : « Eh bien, tu vois, c'est parce que les grecs n'ont pas le même euro que nous. Chez eux, c'est l'eypo ! » Il y a fort à craindre que cette remarque naïve était prémonitoire…

Il se peut que mes propos soient déjà obsolètes tant l'actualité va vite ses derniers jours. Je vais aller jeter un œil sur les actualités…
[18h10 : il semble en effet que M. Papandréou soit en train de renoncer à son projet de référendum]

Et si la Grèce sortait de la zone euro ?
Un article de l'Expansion explique assez clairement les conséquences, pour un pays comme la Grèce, d'une sortie de l'euro (http://lexpansion.lexpress.fr/economie/si-les-grecs-disaient-non-a-l-euro_268516.html)
  • Dévaluation immédiate de la drachme (de l'ordre de 50% par rapport à l'euro).
  • Gain de compétitivité à l'exportation (et en tourisme), mais renchérissement symétrique des prix à l'importation (notamment l'énergie), or la Grèce importe beaucoup.
  • Renchérissement, aussi, des dettes des entreprises grecques, contractées en euros.
  • Même punition pour la dette souveraine. Le gouvernement grec pourrait alors faire défaut à 100%, ce qui aurait de graves conséquences : refus de tout autre prêt, alors que le déficit des finances publiques subsiste (et donc nouveau tour de vis sur les impôts et nouvelles coupes dans les dépenses).
  • Les banques grecques devraient dire adieu au remboursement de leurs créances sur leur propre État, et devraient être recapitalisées. Mais comme la Grèce n'aurait plus de ressources, elle ne pourrait faire autrement que d'utiliser la création monétaire (la “planche à billets”), et d'entrer dans une spirale inflationniste.
De quoi nous faire réfléchir, non ?

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