lundi 31 octobre 2011

La TVA augmentera

En dépit des dénégations de notre président de la République, une hausse de la TVA est inévitable. Il l'a d'ailleurs avoué de façon très détournée en disant qu'il n'y aurait pas de “hausse généralisée”. Je n'avais d'ailleurs pas compris le sens exact de la formule. “Généralisée” signifierait donc : “tous les taux” (il y en trois, le super-réduit à 2,1%, le réduit à 5,5% et le normal à 19,6%). Comprendre : “il y en aura au moins un qui augmentera”. Complexe, la langue de bois, n'est-ce pas ?

Curieusement, la presse semble indiquer que ce serait le taux réduit qui pourrait augmenter, ce qui semble mal inspiré, celui-ci étant en principe appliqué aux “produits de première nécessité”, que l'on devrait au contraire protéger pour d'évidentes raisons de justice fiscale.

La raison en est malheureusement claire : le taux réduit ne s'applique pas uniquement aux produits indispensables, puisqu'on y trouve les entrées de parcs de loisirs, que M. Raffarin avait défendu bec et ongles. Mais ce n'est pas tout : les nuits d'hôtels bénéficient aussi de ce taux, probablement pour favoriser le tourisme – un point qui a été stupidement “corrigé” par une taxe spéciale de 2% sur les prestations excédant 200 euros. Au nombre des bénéficiaires de ce taux figurent aussi les livres, les abonnements de télévision, les travaux dans les logements, les fleurs et les transports publics de voyageurs – sans oublier les prestations des bars et restaurants !

Tout cela plaide en faveur d'un taux intermédiaire, dont l'apparition est désormais probable. Rappelons qu'il a existé un tel taux jusqu'en 1977, un moment à 13%, tandis qu'existait un taux “majoré” de 33,33% sur les produits dits de luxe, qui incorporaient… les automobiles. Je me suis toujours demandé ce qui avait passé par la tête d'un fonctionnaire du ministère des Finances pour avoir choisi le “virgule 6” du taux normal (1977). Nous le traînons depuis lors, même s'il a évolué : 17,6%, puis 18,6% en 1982, 20,6% en 1995, réduit sous Jospin à 19,6% (avril 2000).

Pour ma part, voici ce que je proposerais : comme nous traversons une période difficile, on pourrait baisser le taux réduit, par exemple de 5,5 à 5%. Parallèlement, les produits et prestations ne relevant pas de la “première nécessité” seraient imposés à un taux intermédiaire de l'ordre de 8%. Enfin, pour contribuer au bouclage du budget, le taux normal passerait à 20%. La simplification apportée par des calculs désormais “ronds” permettrait d'économiser de l'énergie (ordinateurs, calculettes, cerveaux des comptables, patience des informaticiens se battant avec les arrondis), ce qui est “bon pour la planète”. Là, je plaisante, vous l'aurez compris.
Quant aux boissons sucrées, au lieu de créer une taxe spéciale (encore !!), mieux aurait valu les faire passer au futur taux intermédiaire, voire au taux normal, au moins ce serait clair et net. Et tant pis si Coca-Cola crie à la misère !
Mais, je vous en conjure, mesdames et messieurs des Finances, arrêtez de multiplier les petites taxes annexes, il n'y a rien de plus absurde et inefficace, sans oublier la complexité que cela induit. Et personne n'est dupe, rien ne sert de se cacher derrière son petit doigt.

vendredi 28 octobre 2011

Présent de narration


J'ai une marotte, celle de la conjugaison, et de l'abus du présent de narration, qui a l'inconvénient de gommer toute référence temporelle. En voici un exemple criant, si l'on peut dire, relevé durant l'interview de Nicolas Sarkozy, jeudi 27 octobre au soir.

Jean-Pierre Pernaut. — Est-ce que vous vous sentez visé par le climat actuel de ces affaires ?
Nicolas Sarkozy. — Oh, pas du tout ! Pourquoi ? Je suis candidat aux présidentielles en 2007, on me découvre des comptes, c'est l'affaire Clearstream…
Yves Calvi. — Vous êtes candidat ?
Nicolas Sarkozy. — Non, en 2007, j'étais candidat…
Yves Calvi. — Ah !
Nicolas Sarkozy. — Pardon, c'est une… c'est peut-être un manque de concentration, monsieur Calvi, j'ai parlé de 2007, c'est l'affaire Clearstream…

Si M. Sarkozy avait dit : “Quand j'étais candidat aux présidentielles, en 2007, on m'a découvert des comptes…”, tout aurait été clair. Yves Calvi ne se serait pas saisi du présent “je suis”. De même, lorsqu'il rectifie, M. Sarkozy aurait dû poursuivre au passé composé : “J'ai parlé de 2007, c'était l'affaire Clearstream”.
Cette mode du présent à tout prix tourne à la confusion, c'est inévitable !

mercredi 26 octobre 2011

Deux sons de cloches


Il est toujours sain de confronter les points de vues. Deux livres parus récemment, signés de deux personnalités aux compétences économiques reconnues, traitent de la façon de sortir des difficultés économiques que nous traversons. Leurs thèses sont radicalement opposées, mais pourtant démontrées avec application et précision.

Pour Jean Peyrelevade (proche de François Bayrou), l'état critique de la France, en particulier de ses finances publiques, nécessite un rééquilibrages des budgets et une restauration de la compétitivité passant par d'inévitables sacrifices des agents économiques, au premier rang desquels les ménages.

Pour Jacques Généreux (proche de Jean-Luc Mélenchon), il serait possible de changer de paradigme en prenant des mesures draconiennes au regard tant de la dette publique que du contexte de la concurrence néo-libérale.

Rien de commun entre ces deux thèses, si ce n'est peut-être leur “radicalité”. J'entends par là des affirmations et des remèdes draconiens dans les deux cas !
Je ne trancherai pas ici, je n'en ai pas la compétence…

Jacques Généreux expose la façon dont un président tel que Mélenchon devrait gérer son arrivée au pouvoir. Quelques mesures autoritaires paraissent à la fois inquiétantes et surtout déphasées. Schématiquement, il propose de fermer les Bourses et les marchés de capitaux durant une période transitoire à l'arrivée au pouvoir du Front de Gauche. Le problème est qu'on n'arrive pas au pouvoir sans préavis (sauf révolution violente) et que, par conséquent, les acteurs économiques anticiperaient lesdites mesures ! Si vraiment Mélenchon accédait au second tour de la présidentielle avec des chances raisonnables d'être élu, on imagine sans peine l'ambiance durant les deux semaines d'entre-deux-tours : fuite des capitaux, mesures conservatoires de la part des marchés, etc.

Jean Peyrelevade, de son côté, envisage une cure d'austérité (appelons les choses par leur nom) qui aurait l'avantage de remettre en ordre les “fondations” de notre politique budgétaire et sociale. Cependant, il y va fort ! Si l'on peut, à certaines pages, être convaincu par ses démonstrations, on s'inquiète en revanche de l'accueil que la population ferait à de telles mesures.

C'est pourquoi, en un sens, je me permets ici d'émettre l'opinion, toute personnelle et subjective j'en conviens, qu'une politique intermédiaire, dont François Hollande est le promoteur, pourrait être plus efficace : restaurer les équilibres budgétaires avec doigté, afin d'éviter tout tsunami financier ou récession, puis, une fois les “fondations” de l'édifice consolidées, envisager des réformes plus audacieuses – et surtout plus exaltantes !

dimanche 16 octobre 2011

Deux impétrants

Arnaud Montebourg a récemment qualifié les finalistes de la primaire du PS d'impétrants.
Contrairement à nombre d'esprits chagrins, je trouve rafraîchissantes ces initiatives des politiques d'employer des mots rares. On se souvient du succès de l'abracadabrantesque de Jacques Chirac, ou du verbe instiller, remis au goût du jour par François Mitterrand, je crois, à propos du mode de scrutin (“instiller une dose de proportionnelle”). Il y eut aussi le retour de l'embellie, amélioration momentanée d'une situation, à propos de l'économie.
En procédant ainsi, ces personnalités politiques donnent immédiatement une notoriété large et rapide à des termes tombés en désuétude, participant à l'enrichissement de notre langue quotidienne.

Alors, qu'est-ce qu'un impétrant, terme à connotation juridique qu'un avocat tel que Montebourg a lâché en une sorte de réflexe ?
Le Robert indique qu'impétrer, c'est obtenir quelque chose d'une autorité compétente à la suite d'une requête. Si le mot sonne un peu “ancien régime”, il convient assez bien à la position de François Hollande et Martine Aubry qui, en ce dimanche 16 octobre, cherchent à obtenir de l'autorité du suffrage universel – les citoyens – la faculté de devenir le candidat du PS pour l'éléction présidentielle de 2012.
Cet aspect “requête” les ramène à plus de modestie face à ceux qui placeront leur bulletin dans l'urne.

Tout cela me convient très bien ! Rien d'abracadabrantesque là-dedans : Montebourg n'a fait qu'instiller un peu de vocabulaire dans les médias, une embellie langagière que je ne puis que saluer !

vendredi 14 octobre 2011

Voilà !

Avez-vous remarqué combien le mot “voilà” est répété dans les médias ?
Lors du débat Aubry-Hollande, c'est la candidate qui a, de loin, battu le record.
Plus tard, sur BFM-TV, la présentatrice a ponctué la quasi-totalité de ses phrases par un “voilà” satisfait.
Reconnaissons que le mot est commode quand on est en panne d'inspiration :
« Je pense que, en fait, je dirais que… Bon, voilà ! », et c'est réglé.
Un jeu à proposer : compter les “voilà” à la radio ou à la télévision et décerner le Prix de la plus grande densité à l'heure (peut-être même un groupe Facebook existe-t-il déjà pour ce faire).

Voilà, c'est dit !

samedi 1 octobre 2011

Récidive ?

Après “Spitnik”, la tentation était grande de profiter encore une fois de la météo clémente pour retourner “grimpailler”. Ce sera aux Chéserys, juste au-dessus de Tré-le-champ, où un topo (voir en fin d'article) annonçait une voie récente aux caractéristiques alléchantes : “Aubade”. Annonce confirmée : une très belle escalade, 100% en dalles, jamais pénible, oscillant entre le 4c et le 5b, qui se révèle être la plus longue des Chéserys avec ses 200 mètres.

La première longueur part directement du sentier. Ah, le gneiss des Aiguilles Rouges et sa couleur caractéristique !

Au terme d'une première longueur de quelque 50 mètres. La dalle d'attaque est visible en bas à droite de la photo.

Un chamois semble avoir décidé de nous suivre. De quoi attraper des complexes !

Le chamois (le vrai), observe les bipèdes qui… l'observent.

Tout en haut de la voie, dans une dalle aisée qui suit un élégant bouclier rocheux assez redressé.

Bis repetita : après l'autoportrait dans “Spitnik”, Zian récidive avec talent. L'avant-dernier relais est installé dans la végétation.

Ce que l'on peut admirer depuis le sommet de la voie. Comme “toile de fond”, on trouve difficilement mieux !

Premier rappel : le “monchu”, les doigts de pied en éventail, se repose tandis que le premier de cordée s'en va à la recherche de l'ancrage suivant…

 Et c'est reparti pour un nouveau rappel de cinquante (et quelques) mètres.

Je ne peux que récidiver ma conclusion de l'article de la semaine dernière :
Il me reste à remercier Zian pour cette expérience ô combien plaisante, organisée avec un soin et un professionnalisme hors-pair ! (Ainsi que pour les photos, bien sûr).

Sources

La toute dernière édition du guide Vamos, une référence, avait permis de découvrir la voie “Aubade”, ouverte tout récemment, en septembre 2010. On ne saurait trop recommander de se procurer cet épais volume, illustré à la fois d'itinéraires dessinés et de photos légendées. Écrit par deux guides, Dominique Potard et François Burnier – ce dernier faisant d'ailleurs partie des ouvreurs de “Aubade“ avec Denis Poussin et Robert Lehmann –, ce topo en est à sa huitième édition !
Lien vers la page du topo sur le site des éditions Vamos.




Hasard ou coïncidence ? J'ai découvert le lendemain de l'ascension qu'un tracé très bien cadré de la voie était apparu tout récemment sur le site d'Hervé Thivierge, Grimpailler.com (où nous avions déjà déniché le topo de “Spitnik” la semaine dernière).
À noter pour les répétiteurs : lors de notre ascension du 1er octobre 2011, le passage-clé (5b) était devenu obligatoire en raison d'un spit dépourvu de plaquette (seul le pas de vis dépassait du rocher). Il s'agit d'un rétablissement délicat au-dessus d'un petit ressaut plus raide que la moyenne de la voie.
L1 : très belle dalle verte
L2 : ressaut en dalle
L3 : nouveau ressaut, plus technique
L4 : le “crux” et un mur soutenu
L5 : nouveau mur, comparable au précédent. Les ouvreurs ont eu le talent de “renifler” les beaux passages
L6 : tout petit passage raide (3-4 m) et marche
L7 : marche, avec ou sans les mains selon les goûts
L8 : bouclier assez raide, bonnes prises, très agréable
L9 : l'inclinaison diminue
L10 : deux bouts de rocher juste pour aller s'installer confortablement dans un espace dégagé
Dans la pratique, il est possible d'enchaîner deux longueurs, mais l'addition dépasse les 50 mètres. Samedi, nous avons effectué une unique longueur de R5 à R9.