samedi 10 septembre 2011

Grèce : qu'en penser ?

Que va devenir la Grèce ? Quelle opinion avoir sur ses déboires ? Je ressens pour ma part une indubitable ambivalence.

D'un côté, comment imaginer une monnaie commune sans un minimum de solidarité et de péréquation ? Surtout à l'égard d'un pays dont le poids économique est somme toute modeste. Imaginerait-on, en France, de se désolidariser d'une région au motif qu'elle serait moins riche que les autres ? On peut être indisposé par la position hésitante de l'Allemagne, qui semble vouloir bénéficier des avantages de l'euro sans cependant en assumer les inconvénients (i.e. disposer d'un marché d'exportation dans la zone euro sans accepter de mutualiser la dette). La cure d'austérité imposée à la Grèce peut aussi apparaître comme cruelle et, surtout, inefficace, puisque la récession qu'elle provoque ne fait que creuser ses déficits.

D'un autre côté, force est de reconnaître que quatre constatations ne plaident pas en faveur d'Athènes :

1. Avoir maquillé ses comptes publics, qui plus est avec l'aide d'experts américains, la banque Goldman Sachs. Que voilà une curieuse attitude de “conseil”, de surcroît de la part d'un établissement financier dont le rôle dans la crise des subprimes fut pour le moins trouble…

2. La part de l'économie souterraine atteint les 20% du PIB, un taux record, qui a augmenté depuis que les impôts ont été eux aussi augmentés. Dès lors, il n'est guère étonnant que les recettes fiscales soient amputées dans des proportions dramatiques. Il est révoltant pour les autres pays de la zone euro de financer indirectement cette économie hors la loi. Il y a là un problème d'éthique, qui touche également l'Italie (15 à 17% selon les estimations). Cette “tradition” méditerranéenne empoisonne l'Union Européenne. Notons que la France n'est pas en reste, avec un ordre de grandeur de 4 à 10% (une large fourchette !)

3. Pour tout arranger, l'administration fiscale grecque est corrompue : il serait relativement aisé de payer les contrôleurs fiscaux pour qu'ils ferment les yeux. Dans ces conditions, il y a peu d'espoir d'un redressement des finances publiques de la Grèce.

4. Les mesures arrêtées pour tenter de juguler l'hémorragie des finances grecques sont certes discutables. Il n'en demeure pas moins qu'elles sont la condition sine qua non de l'application d'un plan d'aide de la part de ses partenaires de la zone euro. Mais elles tardent à être mises en œuvre. Athènes joue avec le feu.

Quand on apprend que la Finlande exige des garanties spéciales avant de contribuer au plan d'aide, que l'Allemagne renâcle de plus en plus à le pérenniser, et que la Slovaquie ne se presse pas pour le faire approuver par son parlement alors qu'il y a urgence, on peut légitimement se demander ce qui va se passer dans les mois qui viennent.

Sans vouloir jouer les Cassandre – déesse grecque, rappelons-le – je me demande sincèrement comment l'on pourra éviter une sortie de l'euro de la Grèce, qui ne pourra que déclencher de graves turbulences dans toute la zone, au premier rang desquelles l'envolée des taux des dettes souveraines*.

(*) Nous payons à peu près 50 milliards d'intérêts par an, pour une dette de l'ordre de 1800 milliards, ce qui équivaut à environ 2,7% de taux moyen. Imaginez le “trou” dans nos finances si ce taux n'augmentait ne serait-ce que d'un point ! Et pour disposer d'un ordre de grandeur, certains éléments de la dette de la Grèce sont refinancés par les marchés au taux de 25%…

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