lundi 20 juin 2011

Peut-on se “démondialiser” ?

Dans son petit livre publié chez Flammarion (1) Arnaud Montebourg prône une “démondialisation”, à rebours de la tendance générale. L'initiative est courageuse et ne manque pas de pertinence. À lecture de ces quelque 80 pages, on constate que la mondialisation que certains nous disent “heureuse” (2) est en réalité un vaste désordre. Pas étonnant que ses effets secondaires – voire “pervers” – soient nombreux.

Un cas exemplaire (page 22)
Un transporteur fait venir à Marseille par avion-charter des chauffeurs de camions turcs. Ils prennent le volant de leurs poids-lourds dès leur débarquement du bateau qui les achemine, et s'en vont livrer leurs chargements en France. Cette astuce permet de diviser par deux le coût du transport, et dans certains cas, de contourner la législation du travail française. Montebourg précise que sur les parkings l'entente avec les routiers français est peu cordiale. La mondialisation heureuse n'est pas passée par là. Peut-être M. Minc devrait-il faire une tournée d'été des parkings d'autoroutes ?

Au-delà du constat, malheureusement, Arnaud Montebourg peine à nous convaincre que son programme pourrait être appliqué. Il faudrait pour cela rallier à son panache (dont il ne manque pas) les institutions européennes et l'OMC, une mission que même Jim Phelps refuserait d'entreprendre. Il faudrait aussi convaincre l'Allemagne, nation qui tire des avantages stratégiques de ladite mondialisation, en particulier la vente de machines-outils aux pays émergents. Il faudrait enfin compter  avec les représailles des marchés financiers…

Pourtant, le bon sens serait de comprendre que des pays aux normes sociales et aux niveaux de revenus sans aucune commune mesure avec ceux de l'Europe posent des problèmes de “compatibilité”, pour utiliser une métaphore informatique. Des systèmes trop hétérogènes fonctionnent mal ensemble et causent des plantages, comme on dit en jargon. Ne faudrait-il pas imaginer des “tampons” (buffers), ou autres “sas”, afin que les chocs soient moins violents ? Car cette concurrence largement faussée ne crée le bonheur ni d'un côté, ni de l'autre.

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(1) Votez pour la démondialisation !, Arnaud Montebourg, avec une préface d'Emmanuel Todd, éditions Flammarion 2011, ISBN 978-2-0812-6883-8. Prix de vente : 2 € seulement. On notera que l'impression est réalisée en France, et que la mise en pages – de très grande qualité – est signée de Meta-systems (Roubaix).

(2) La seule preuve, en définitive, que Montebourg pourrait avoir visé juste est que l'auteur du livre La mondialisation heureuse, Alain Minc, a perdu son calme et qualifié les thèses du candidat PS à la primaire de “débilités”… avant de le mettre dans le même sac que Marine le Pen, étiqueté “connards antieuropéens”.
Source : page 4 de l'interview accordée par Alain Minc au site nonfiction.fr du 23 mai 2011, en ligne à la date de rédaction de ce billet sur le site.

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