jeudi 30 juin 2011

Casino des ambitions

François Fillon a peut-être trouvé la formule juste quand il a dénoncé le “casino des ambitions”… sauf qu'il l'appliquait à la primaire socialiste, alors qu'elle me paraît convenir à merveille à l'élection présidentielle.

Un casino dont la roulette fut bien cruelle quand elle priva Lionel Jospin de second tour en 2002 pour un écart de 0,68% des suffrages exprimés (moins de 200000 voix)

Un casino à quitte ou double quand Valéry Giscard d'Estaing l'emporta le 19 mai 1974 avec un peu plus de 400000 voix d'avance sur François Mitterrand (sur un total de suffrages exprimés dépassant les 26 millions)

Un casino où tout le monde se presse – on devrait installer des physionomistes à l'entrée ! – figurants d'extrême gauche pourtant adversaires résolus des élections (“pièges à cons” selon eux), animateurs de télévision, ancien juge d'instruction, représentants de chasseurs,  dissidents et doublons de tout acabit, royalistes, fascistes, trublions et autres vociférateurs… en attendant footballeurs professionnels et mannequins de mode (tiens ! voilà une idée pour 2017 !)

N'est-ce pas le casino des ambitions qui transforme un homme politique pourtant intelligent en “colossal sans finesse” (Jean-François Copé), qui incite un candidat à torpiller son collègue (Chirac en 1981), qui empêche un centriste de se trouver un parti tant il la “joue perso” (Bayrou à deux et bientôt trois reprises), ou pousse une candidate socialiste à dérailler dans la bravitude sous les attaques de ses congénères ?

Oui, il y a quelque chose de malsain dans cette ultra-personnalisation de l'élection, qui ne profite pas vraiment à la démocratie.
Vous pensez que j'exagère ? Rendez-vous fin avril 2012, et vous constaterez qu'il y aura de ça…

En ce sens, la primaire socialiste ressemble plus à un garde-fous qu'autre chose, en jouant le rôle de filtre, pour le meilleur… et pour le pire.
Pour ma part, je serais bien en peine de faire un pronostic pour octobre 2011 : qui l'emportera du trio infernal Aubry-Royal-Hollande, quand on sait les haines recuites qui les séparent, en particulier Royal-Hollande (les deux “ex”) et Royal-Aubry (celle à qui la seconde a “piqué” son poste de justesse).

mardi 21 juin 2011

Principe(s) de précaution

Dans son dernier numéro, Marianne examine une série de médicaments qui “menacent notre santé”. Parmi eux figure, d'après l'hebdomadaire, un produit destiné au sevrage du tabac, qui contient de la varénicline.

Son remboursement par la Sécurité Sociale n'est plus admis car l'un de ses effets secondaires est d'entraîner des dépressions, voire des suicides.
Est-ce vraiment un problème ? Il suffirait d'apposer une mention claire avertissant les consommateurs sur le paquet, dans l'esprit du montage ci-contre. Le principe de précaution, nous y sommes habitués, puisqu'il est inscrit dans la Constitution. Et comme il semble que le budget de la Sécurité Sociale soit gravement grevé des frais induits par les maladies des fumeurs, mieux vaudrait à nouveau rembourser ce médicament : il permettra d'importantes économies grâce à ses effets secondaires…

NB : ce billet est signé d'un fumeur, qui exagère, même s'il y a de ça…

lundi 20 juin 2011

Peut-on se “démondialiser” ?

Dans son petit livre publié chez Flammarion (1) Arnaud Montebourg prône une “démondialisation”, à rebours de la tendance générale. L'initiative est courageuse et ne manque pas de pertinence. À lecture de ces quelque 80 pages, on constate que la mondialisation que certains nous disent “heureuse” (2) est en réalité un vaste désordre. Pas étonnant que ses effets secondaires – voire “pervers” – soient nombreux.

Un cas exemplaire (page 22)
Un transporteur fait venir à Marseille par avion-charter des chauffeurs de camions turcs. Ils prennent le volant de leurs poids-lourds dès leur débarquement du bateau qui les achemine, et s'en vont livrer leurs chargements en France. Cette astuce permet de diviser par deux le coût du transport, et dans certains cas, de contourner la législation du travail française. Montebourg précise que sur les parkings l'entente avec les routiers français est peu cordiale. La mondialisation heureuse n'est pas passée par là. Peut-être M. Minc devrait-il faire une tournée d'été des parkings d'autoroutes ?

Au-delà du constat, malheureusement, Arnaud Montebourg peine à nous convaincre que son programme pourrait être appliqué. Il faudrait pour cela rallier à son panache (dont il ne manque pas) les institutions européennes et l'OMC, une mission que même Jim Phelps refuserait d'entreprendre. Il faudrait aussi convaincre l'Allemagne, nation qui tire des avantages stratégiques de ladite mondialisation, en particulier la vente de machines-outils aux pays émergents. Il faudrait enfin compter  avec les représailles des marchés financiers…

Pourtant, le bon sens serait de comprendre que des pays aux normes sociales et aux niveaux de revenus sans aucune commune mesure avec ceux de l'Europe posent des problèmes de “compatibilité”, pour utiliser une métaphore informatique. Des systèmes trop hétérogènes fonctionnent mal ensemble et causent des plantages, comme on dit en jargon. Ne faudrait-il pas imaginer des “tampons” (buffers), ou autres “sas”, afin que les chocs soient moins violents ? Car cette concurrence largement faussée ne crée le bonheur ni d'un côté, ni de l'autre.

——————
(1) Votez pour la démondialisation !, Arnaud Montebourg, avec une préface d'Emmanuel Todd, éditions Flammarion 2011, ISBN 978-2-0812-6883-8. Prix de vente : 2 € seulement. On notera que l'impression est réalisée en France, et que la mise en pages – de très grande qualité – est signée de Meta-systems (Roubaix).

(2) La seule preuve, en définitive, que Montebourg pourrait avoir visé juste est que l'auteur du livre La mondialisation heureuse, Alain Minc, a perdu son calme et qualifié les thèses du candidat PS à la primaire de “débilités”… avant de le mettre dans le même sac que Marine le Pen, étiqueté “connards antieuropéens”.
Source : page 4 de l'interview accordée par Alain Minc au site nonfiction.fr du 23 mai 2011, en ligne à la date de rédaction de ce billet sur le site.

mardi 14 juin 2011

Des “Non” francs et massifs

Aïe, aïe ! Rarement résultat de référendum aura été aussi net ! Voici qu'en Italie le triple-référendum organisé ce dimanche s'est soldé par plus de 90% de "Non". De quoi se souvenir de la célèbre formule de De Gaulle : “Un oui franc et massif”… en inversé. Au jeu des différences, on notera que si de Gaulle avait envisagé de démissionner en 1960 s'il n'obtenait pas une majorité de Oui par rapport aux inscrits, Silvio Berlusconi ne voit pas les conséquences politiques de la consultation du même œil ! Mais il est également vrai qu'il s'agissait de référendums d'initiative populaire – nuance !! – conduisant le chef de l'État italien à demander à ses concitoyens… de ne surtout pas aller voter !

Humour involontaire des paradoxes…

mercredi 8 juin 2011

Abracadabrantesque !

Apprendre l'Histoire en s'amusant ?
C'est le défi relevé par Marie-France Lavarini et Jean-Yves Lhomeau avec leur livre Une histoire abracadabrantesque, abécédaire de la République.

Toutes les expressions qui ont laissé une trace dans notre Cinquième République sont autant de prétextes à de brefs rappels du contexte qui les a vues naître. Passionnant !
On pourrait reprocher au livre de faire la part un peu trop belle à de Gaulle. Reconnaissons qu'il fut, cependant, l'un des plus prolixes.

Échantillons
Avions renifleurs, bravitude, cactus, droit dans ses bottes, grain à moudre, je vous ai compris, Liliane fais les valises, monopole du cœur, oui franc et massif, petit télégraphiste, plan B, quarteron de généraux en retraite, roquet, sauvageons, travailler plus pour gagner plus, vieux kroumirs racornis…

Si vous êtes capables de retrouver les auteurs et l'époque de ces quelques formules, c'est que vous êtes très fort !

mardi 7 juin 2011

Présomptions

À propos de la bactérie qui vient de causer la mort de nombreuses personnes en Allemagne et en Europe, José Bové dénonçait le manque de coordination des pays européens en les comparant à des “coqs sur leurs tas de fumier”.

Une image bien choisie, que j'appliquerais pour ma part aux médias : de vrais coqs, qui crient à tort et à travers, perchés sur le tas de fumier de leurs pseudo-révélations…

Sans avoir aucune certitude, se fondant sur des présomptions (un terme très usité ces temps-ci), ils ont tous titré sur “le concombre”, la “bactérie tueuse” et tutti quanti, causant de graves difficultés à de nombreux exploitants agricoles. Le coût du plan d'aide en cours de mise en place au niveau européen est de 180 millions d'euros.

Et si l'on demandait à tous ces médias prompts à diffuser des informations non certaines – voire totalement fausses – de participer aux réparations des dommages collatéraux de leur irresponsabilité ?
Il ne suffit pas d'incriminer les rumeurs propagées sur Internet si les professionnels de l'information eux-mêmes en propagent à leur façon – avec infiniment plus de conséquences ! Et quand bien même ces rumeurs seraient initiées par des gouvernements, ce n'est pas une excuse suffisante…


Voir le site du concombre masqué, personnage de BD bien connu…