jeudi 10 mars 2011

Vacuité du débat politique

L’agitation médiatique autour des scores supposés de Marine le Pen au premier tour d’une élection présidentielle révèle la vacuité du débat politique.

Qu’observe-t-on ? D’un côté, la droite UMP court après les thèses de l’extrême droite. Échec assuré. De l’autre, la gauche PS est dans le déni, sur le mode “il n’y a pas de problèmes réels, l’extrême droite se situe dans le registre du fantasme”. Échec garanti.

Pourquoi des attitudes aussi binaires ? Parce que le débat politico-médiatique n’accepte pas la nuance et les raisonnements en deux temps. C’est trop long, les « petites » phrases ne peuvent inclure de telles subtilités.

Pour éviter une répétition d’un 21-avril, quel que soit sa configuration, il n’y a pas 36 solutions.
La gauche (et la droite) doivent adopter un discours en deux temps :
  1. Oui, il y a des difficultés avec l’islam sur le plan de la laïcité, oui, il existe des problèmes sociaux spécifiques à certaines communautés, oui, l’immigration n’est pas une question binaire (accueillir ou rejeter)
  2. Non, la réponse n’est ni le racisme, ni l’exclusion, ni la « stigmatisation » (terme à la mode), non, la réponse n’est pas la fermeture hermétique des frontières ou la “préférence nationale” chère aux frontistes, non, la réponse n’est pas que sécuritaire ou que préventive.
En conséquence, chacun doit être capable de proposer des analyses et des solutions respectueuses de sa ligne politique propre, en s’attaquant vraiment aux problèmes soulevés, au lieu de les nier (à gauche) ou de les exacerber (à droite), avec dans les deux cas une bêtise choquante.

Tant que le monopole de fait de l’expression de tous ces problèmes sera laissé au Front national, il ne pourra que se renforcer. Ce n’est tout de même pas difficile à comprendre ! La gauche, en particulier, doit abandonner son attitude perverse consistant à :
  1. Affirmer que les sujets abordés par le Front national ne doivent pas être évoqués car ce serait “devenir” fasciste, et donc qu’il faut refuser tout dialogue avec les classes populaires révoltées,
  2. Prendre le contre-pied naïf des problèmes soulevés en disant en substance que l’islam ne “pose pas de problèmes”, que l’accueil sans fin (et sans frein) de tous les migrants est non seulement possible, mais se déroule toujours sans difficultés d’intégration économique et sociale, et que l’insécurité n’est qu’un fantasme de JT de 20 heures,
  3. À stigmatiser (le choix du terme est délibéré) par principe toute personne évoquant ces questions au motif qu’elle serait de ce simple fait islamophobe ou raciste ou encore immorale. Eh oui, l’amalgame doit être dénoncé partout où il se trouve !
Étant donné la tournure que prend le débat actuel, nous sommes mal partis pour la présidentielle ! S’empoigner sur les techniques des sondages est certes légitime, mais on ne peut se contenter de discuter de la fiabilité du thermomètre : il faut étudier en détail les symptômes, puis proposer des remèdes aux maladies économiques et sociales.
Sinon, à quoi bon ?

ADDENDUM du 26 mars 2011
L'hystérie politique autour des cantonales est arrivée…
Heureusement, Laurent Joffrin, dans son éditorial du Nouvel Observateur daté des 24-30 mars, apporte un éclairage lucide sur les questions évoquées dans ce billet, dont la rédaction m'avait plongé dans de terribles doutes. En voici quelques phrases intéressantes:
Face à une droitisation de la droite qui profite surtout au Front national, la gauche ne doit pas se contenter d'une posture morale : il lui appartient d'inventer et de proposer une incarnation nouvelle du principe républicain.
En politique, on croit trop souvent que la “posture” suffit. Au contraire, ce sont ces postures qui empêchent le débat.
L'indignation, selon le mot à la mode, ne suffit pas. On ne peut pas se contenter de déclarer : Guéant dit la même chose que le Front national, il est donc disqualifié, comme si cette simple énonciation valait démonstration. Certains Français, en effet, ne se sentent plus chez eux dans certains quartiers. Il faut bien leur dire quelque chose qui dépasse la simple protestation contre des propos à connotation xénophobe. La gauche n'a pas encore trouvé la bonne réponse.
Je ne crois pas qu'il exagère. Ne trouvez-vous pas qu'il y a de ça ? Je suis pour ma part impatient que la gauche “trouve la bonne réponse”. Il y a désormais urgence. Allez, le PS, encore un petit effort !


L'exemple vient du local, ainsi qu'en témoigne ce tract du PS de Villeurbanne (cliquez pour zoomer et le lire). Il met en avant les notions de solidarité ainsi que les valeurs de la République, justement.

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