lundi 28 mars 2011

Cantonales à Villeurbanne

Petit compte rendu des élections dans la circonscription où j'ai voté, Villeurbanne nord (Rhône).

Au premier tour, à peine un tiers des électeurs se sont exprimés, une très faible participation, de 11 points inférieure à la moyenne nationale…

À part cette notable différence, on pouvait tirer à peu près les mêmes enseignements qu'au niveau national des suffrages exprimés :
  • Un parti socialiste largement en tête avec plus de 30% (2330 voix)
  • Une droite déstructurée, représentée par un ex-Modem ayant rallié la “majorité départementale” (Richard Moralès), qui a récolté moins de 9% des suffrages, et un divers droite, lui aussi étiqueté “majorité départementale”, à un peu plus de 10%.
  • Un Front national rassemblant près du quart des suffrages (22,6%), avec 1735 voix, contre 1462 à la droite républicaine.
Contrairement à Villeurbanne centre (où un écologiste vient de battre le PS !), Jean-Claude Ray, d'Europe-écologie-les-verts, n'a pas pu accéder au second tour. Il lui manquait pour cela 182 voix (2,4% des exprimés).
Si l'on prend les chiffres de façon purement arithmétique, les reports de voix semblent avoir été tout ce qu'il y a de plus “républicains” au second tour.
En effet, le candidat PS, Gilbert Devinaz a obtenu exactement 5725 voix, soit à peu de choses près l'addition de celles des candidats autres que le FN du premier (5900 voix). La participation a un peu augmenté, atteignant 38%. Mais la plupart des nouveaux votants sembleraient s'être tournés vers Stéphane Poncet, qui, avec 2667 bulletins en sa faveur, frôle le tiers des exprimés (31,8%).

À Villeurbanne centre, à côté de la mairie socialiste, les écologistes l'ont emporté avec 270 voix d'avance, à 52% contre 48% au PS. Un duel qui aura sûrement agité les états-majors de ces deux partis !

À Villeurbanne sud, le contexte ressemblait étonnamment à celui du nord, puisqu'au premier tour le candidat écologiste s'était aussi fait doubler de peu par le Front national (200 voix d'écart seulement sur 7600 suffrages exprimés). Au second tour, même score également, avec un 69/31 en faveur du PS.

dimanche 27 mars 2011

Horrible doute

Il m'est venu un horrible doute, soudain tout-à-coup, comme dit un copain.
J'espère vivement me tromper. Je souhaite que ce soit un effet d'optique, comme disent les technocrates.
En voici la teneur.

Si l'on disposait de deux estimations :
  1. Le coût de l'intervention en Libye, tous pays confondus.
  2. La valeur financière des aides apportées par lesdits pays au Japon (aide alimentaire, humanitaire, assistance technique pour le nucléaire, moyens en hommes et en matériel)
Quel est celle qui excède l'autre ?
Et si, par une atroce malchance, la première l'emportait sur la seconde, alors faudrait-il en conclure que, au-delà des objectifs “humanitaires” (?) de l'intervention en Libye, l'homme (sans grand H, là) serait plus enthousiaste quand il s'agit d'aller détruire que quand il s'agit d'aider à reconstruire ?

Ôtez-moi ce doute de l'esprit…

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Voyant venir les objections, précisons qu'en Libye des rebelles continuent à mourir en dépit des “frappes chirurgicales” des forces de l'ONU. Que l'aide humanitaire, là-bas, “vient du ciel” avant tout, et que ce ciel n'est guère clément, dans l'absolu. Au Japon, on déplore près de 10000 morts. En Libye, on espère en “économiser” le maximum. Mais comment en être sûrs ? Ah, je sais, il y a des choses qui ne sont “pas comparables”. J'exagère peut-être, mais je trouve, là, que si, elles sont comparables et qu'à tout le moins il aurait fallu avoir le même empressement à aider le Japon qu'à aider la Libye…


ADDENDUM du 28 mars
Comme j'en suis convaincu, la lecture de la presse, quotidienne ou hebdomadaire, apporte des compléments d'informations utiles. En pages 16-17 de Libération de ce matin, un article intitulé “Hauts secours pour le Japon” commence à lever le doute décrit dans ce billet. Quelques données sur les secours apportés au pays sinistré :
  • Deux avions français ont apporté 250 tonnes de matériel (dosimètres, masques, combinaisons de protection, gants, 10 tonnes d'acide borique, absorbeur de neutrons)
  • La Croix-Rouge japonaise a reçu 1 millions d'euros d'Areva (!), 100000 dollars de la Corée du Nord (re!) et 500000 dollars tirés de la fortune personnelle du dictateur coréen (re-re!)
  • 20 pays ont déployé des secours et au total 133 nations ont fourni une aide, ainsi que 33 organisations internationales.
  • Les Américains ont déployé 12 navires de leur flotte du Pacifique et 80 hélicoptères de l'US Navy distribuent des biens aux sinistrés.
Et, du coup, le mieux à faire était encore de trouver un organisme auprès duquel verser un don. Ce sera la Croix-Rouge.

samedi 26 mars 2011

Horripilé-e-s

Nous sommes tous étonné-e-s en constatant cette nouvelle mode orthotypographique. N'avez-vous pas l'impression de bégayer-er en lisant tous ces adjectifs et formules allongé-e-s de tirets ? Il y a une certaine naïveté-e-s dans ce procédé-e-s alambiqué-e-s que je trouve un peu forcé-e-s, avec une tou-ouche de politiquement co-correct à la sauce amerlo-o-que qui a le don de nous rendre horripilé-e-s.
Vous trouvé-e-ez que je suis exagéré-e-s ? Il y a-a de ça-a, non-on ?

Luc Taff & Jannoro

En tant qu'internautes, vous avez forcément joué un jour ou l'autre à la recherche d'homonymes sur le Web. Quand on porte un nom relativement peu répandu, comme l'auteur de ces lignes, la surprise est d'autant plus grande de découvrir quelqu'un qui répond non seulement au même nom, mais à un prénom identique. Où l'affaire se corse, c'est lorsque ledit homonyme réalise l'un de vos rêves récurrent, par exemple devenir auteur-compositeur, donner des concerts et publier des CD.


Si l'on se trouvait dans un roman fantastique, il n'y aurait pas loin d'imaginer que la puissance de ce rêve ait donné naissance à un “autre soi”, capable de concrétiser ledit rêve. Mais rien de tout cela – restons modestes, attention aux fantasmes de toute-puissance !

Trève d'égotisme ! Il existe bel et bien un autre Jean-Luc Tafforeau, nettement plus jeune que celui qui tient ce blog, et c'est de lui qu'il s'agit ici. Guitariste accompli, chanteur à la voix élégamment timbrée, il a passé son enfance à l'extrême Ouest de notre beau pays.

Au moment de lancer sa carrière, il avait envisagé de garder son état civil complet, pour se rendre compte assez vite qu'un prénom composé et un nom à la phonétique parfois malcommode étaient peu appropriés.

Tous les Tafforeau le comprendront !
Combien de fois a-t-on déformé leur patronyme ? Incalculable ! Combien de “Tafaro”, de “Tatoufeau”, de “Rafato” même n'ont-ils pas entendus ? Seul le milieu du foot parvenait à la rigueur à ne pas se tromper en écrivant le nom*, grâce à l'émergence de Grégory Tafforeau. Notre guitariste-chanteur n'y a pas échappé. Aussi a-t-il choisi comme nom le diminutif qui, d'ailleurs, nous est familier : Taff. Pour le prénom, il a ôté l'un de ceux qui le composent, gardant “Luc”, pour sa brièveté et sa sonorité. Luc Taff était né ; il est unique (Pierre Dac dirait : “Il est vareuse”). D'où une astuce tentante : si votre serviteur se lançait à son tour dans la chanson, il ne lui resterait plus donc qu'à s'appeler Jean Oreau, ou Jannoro à la rigueur… Pas évident !

Pour vous rendre compte de son style et de l'ambiance musicale de ses créations, vous pouvez aller écouter des titres sur noomiz, à l'adresse www.noomiz.com/luctaff. Je me permets de vous recommander Ouvre-toi, le titre qui, justement, “ouvre” le CD (ha, ha !).
Son slogan ?
« Luc Taff écrit des chansons avec des vrais mots et des vrais morceaux de guitare dedans. »

Il nous reste à souhaiter bon vent à Luc Taff – ses attaches bretonnes rendant l'expression de circonstance !

* Imaginez le nombre d'orthographes possibles ! En variant les sonorités "O" entre O, AU, EAU, en ajoutant des X, des OT ou AUD, en doublant ou pas le F, en le remplaçant par PH ou en plaçant un H après le T, vous obtenez aisément une centaine de possibilités…

vendredi 25 mars 2011

Éclairons notre lanterne

Félicitations au Monde Magazine pour sa démarche positive : ses articles “dépasser le nucléaire” ont une tonalité résolument optimiste. Et pourquoi pas ?

Une étude de l'université de Stanford (USA), signée de Mark Z. Jacobson et Mark A. Dellucchi, affirme qu'il serait possible de fournir l'électricité nécessaire à l'éclairage et au chauffage des populations à partir des seules énergies naturelles et renouvelables, et ce en seulement 20 ans (2030). Quant au futurologue Ray Kurzweil, il pense à peu près la même chose, misant principalement sur l'énergie solaire, ce qui est encore plus ambitieux (comme cet homme avait, dit l'article, prédit que les téléphones deviendraient mobiles, ce que peu de futurologues avaient imaginé, on peut lui accorder un peu de crédit).

Cependant, la consommation d'électricité ne concerne pas que les besoins privés de la population. Un tour sur le site d'EDF permet de se faire une idée pour la France :


L'industrie et l'agriculture représenteraient donc à peu près un tiers de la consommation. À noter au passage que les transports ferroviaires et urbains sont très sobres : à peine 3%. Bon à savoir !
Il reste deux tiers pour l'habitat… et le tertiaire, autrement dit les bureaux, boutiques et centres commerciaux ainsi que l'éclairage public (supposé-je).
Par conséquent, si l'on imaginait couvrir tous les besoins de la population par des énergies renouvelables, il resterait tout de même ce “gros tiers” (on croirait entendre Christine Lagarde) de l'industrie et des transports à fournir par d'autres moyens – ou plus si l'on entend par “besoins de la population” les seuls besoins “privés”.

Des ordres de grandeur qui éclairent – ha, ha ! – notre lanterne, dont le feu était bien chancelant ces dernières semaines…

Reconnaissons que ce type de “centrale” a meilleure allure que celles de Tchernobyl ou de Fukushima pour ne citer qu'elles…

lundi 21 mars 2011

Un cocktail… étonnant

Face à tous les drames qui s'accumulent depuis une dizaine de jours, le blogueur reste sans voix. Que dire, en effet, quand on est muet de stupeur ? Surtout, que dire de sensé-?
Aussi, je botte en touche avec cette coupure de presse, extraite de la Une du quotidien Le Monde daté du 18 mars. Les éditions Robert Laffont (et / ou Libération et son chroniqueur) sont tombées dans le piège orthographique qui m'avait moi-même menacé lors de récentes relectures de textes.
Pour un journal réputé pour son orthographe et sa typographie rigoureuse, cette coquille, qui plus est en Une, détonne (avec deux N). Elle n'est “pas dans le ton”. En revanche, un cocktail doit normalement être “détonant” (avec un seul N), c'est-à-dire susceptible de causer une détonation. Voilà qui dénote une certaine agitation face à tous les événements à la fois étonnants, détonants et détonnants qui ont fondu sur le monde (pas seulement le quotidien, donc sans majuscule) ces jours-ci…

jeudi 10 mars 2011

Vacuité du débat politique

L’agitation médiatique autour des scores supposés de Marine le Pen au premier tour d’une élection présidentielle révèle la vacuité du débat politique.

Qu’observe-t-on ? D’un côté, la droite UMP court après les thèses de l’extrême droite. Échec assuré. De l’autre, la gauche PS est dans le déni, sur le mode “il n’y a pas de problèmes réels, l’extrême droite se situe dans le registre du fantasme”. Échec garanti.

Pourquoi des attitudes aussi binaires ? Parce que le débat politico-médiatique n’accepte pas la nuance et les raisonnements en deux temps. C’est trop long, les « petites » phrases ne peuvent inclure de telles subtilités.

Pour éviter une répétition d’un 21-avril, quel que soit sa configuration, il n’y a pas 36 solutions.
La gauche (et la droite) doivent adopter un discours en deux temps :
  1. Oui, il y a des difficultés avec l’islam sur le plan de la laïcité, oui, il existe des problèmes sociaux spécifiques à certaines communautés, oui, l’immigration n’est pas une question binaire (accueillir ou rejeter)
  2. Non, la réponse n’est ni le racisme, ni l’exclusion, ni la « stigmatisation » (terme à la mode), non, la réponse n’est pas la fermeture hermétique des frontières ou la “préférence nationale” chère aux frontistes, non, la réponse n’est pas que sécuritaire ou que préventive.
En conséquence, chacun doit être capable de proposer des analyses et des solutions respectueuses de sa ligne politique propre, en s’attaquant vraiment aux problèmes soulevés, au lieu de les nier (à gauche) ou de les exacerber (à droite), avec dans les deux cas une bêtise choquante.

Tant que le monopole de fait de l’expression de tous ces problèmes sera laissé au Front national, il ne pourra que se renforcer. Ce n’est tout de même pas difficile à comprendre ! La gauche, en particulier, doit abandonner son attitude perverse consistant à :
  1. Affirmer que les sujets abordés par le Front national ne doivent pas être évoqués car ce serait “devenir” fasciste, et donc qu’il faut refuser tout dialogue avec les classes populaires révoltées,
  2. Prendre le contre-pied naïf des problèmes soulevés en disant en substance que l’islam ne “pose pas de problèmes”, que l’accueil sans fin (et sans frein) de tous les migrants est non seulement possible, mais se déroule toujours sans difficultés d’intégration économique et sociale, et que l’insécurité n’est qu’un fantasme de JT de 20 heures,
  3. À stigmatiser (le choix du terme est délibéré) par principe toute personne évoquant ces questions au motif qu’elle serait de ce simple fait islamophobe ou raciste ou encore immorale. Eh oui, l’amalgame doit être dénoncé partout où il se trouve !
Étant donné la tournure que prend le débat actuel, nous sommes mal partis pour la présidentielle ! S’empoigner sur les techniques des sondages est certes légitime, mais on ne peut se contenter de discuter de la fiabilité du thermomètre : il faut étudier en détail les symptômes, puis proposer des remèdes aux maladies économiques et sociales.
Sinon, à quoi bon ?

ADDENDUM du 26 mars 2011
L'hystérie politique autour des cantonales est arrivée…
Heureusement, Laurent Joffrin, dans son éditorial du Nouvel Observateur daté des 24-30 mars, apporte un éclairage lucide sur les questions évoquées dans ce billet, dont la rédaction m'avait plongé dans de terribles doutes. En voici quelques phrases intéressantes:
Face à une droitisation de la droite qui profite surtout au Front national, la gauche ne doit pas se contenter d'une posture morale : il lui appartient d'inventer et de proposer une incarnation nouvelle du principe républicain.
En politique, on croit trop souvent que la “posture” suffit. Au contraire, ce sont ces postures qui empêchent le débat.
L'indignation, selon le mot à la mode, ne suffit pas. On ne peut pas se contenter de déclarer : Guéant dit la même chose que le Front national, il est donc disqualifié, comme si cette simple énonciation valait démonstration. Certains Français, en effet, ne se sentent plus chez eux dans certains quartiers. Il faut bien leur dire quelque chose qui dépasse la simple protestation contre des propos à connotation xénophobe. La gauche n'a pas encore trouvé la bonne réponse.
Je ne crois pas qu'il exagère. Ne trouvez-vous pas qu'il y a de ça ? Je suis pour ma part impatient que la gauche “trouve la bonne réponse”. Il y a désormais urgence. Allez, le PS, encore un petit effort !


L'exemple vient du local, ainsi qu'en témoigne ce tract du PS de Villeurbanne (cliquez pour zoomer et le lire). Il met en avant les notions de solidarité ainsi que les valeurs de la République, justement.

Essence prends garde !

Les prix des carburants s'envolent. Sans attendre, notre ministre des économies se rend “sur zone” pour prendre des mesures. En voici la teneur :
  • Le carburant coûte cher ? Eh bien faites jouer la concurrence, et sillonnez votre département au volant de votre véhicule, à la recherche de la station proposant les meilleurs prix.
  • Votre budget est grevé par ces dépenses ? Eh bien, roulez moins, et levez le pied de votre accélérateur.
À quand les conseils pour ceux que le budget de chauffage étrangle financièrement ?
  1. Évitez d'ouvrir les fenêtres
  2. Habillez-vous chaudement dans votre logement
  3. Soyez rassurés : le printemps arrive !
C'est beau, le volontarisme en politique !

vendredi 4 mars 2011

Points finauds

Le 1er mars, Robert Solé a signé son ultime “billet” en dernière page du Monde, intitulé “Point final”. Impossible de le laisser partir ainsi sans lui adresser un petit mot !
Cher Monsieur Solé,
Ainsi, vous êtes venu au monde en 1969 ? Pardon : venu au Monde, eh oui, les capitales et l’italique permettent d’éviter d’imprudents jeux de mots.
Puisque nous voici sur le terrain de la typographie, permettez-moi de m’exclamer : “Quel dommage que vous ayez mis un point final à votre rôle de billettiste !” Que votre point final soit un point d’interrogation me plonge toutefois dans la perplexité. Mais je sais que vous n’avez pas dit votre dernier mot, fort heureusement. Soyez donc remercié de tous vos points finauds, nous serons nombreux à regretter l’absence de votre signature en dernière page de ce Monde décidément trop changeant. Il me reste à vous souhaiter de dépasser désormais allègrement les 1190 caractères, de vous répandre avec bonheur dans de magnifiques livres de 1190 pages (au moins). Vous allez continuer à nous surprendre, je vous en fiche mon billet!
Au plaisir de vous lire…