dimanche 23 janvier 2011

Performance : quesaco ?

Croissance infinie
Quoi qu'on en pense, notre système économique et social est conditionné par la croissance. Année après année, nous sommes condamnés à croître, à faire “mieux que l'année précédente”, au risque d'être dépassés, déclassés, un peu comme des voyageurs qui resteraient à quai après le départ d'un train.

Deux méthodes
Pour croître, il n'y a pas 36 méthodes – juste deux. Soit on découvre de nouveaux marchés, de nouvelles techniques, soit on tente de produire plus à moyens inchangés (la productivité). Quand la première fait défaut, on se reporte sur la seconde. En période de “crise”, c'est typiquement le cas.

Performance
D'où la notion de “performance”. Encore une fois, le sens des mots est lourd de conséquences.
La performance a comme synonyme “prouesse”, elle désigne un résultat obtenu dans une compétition, ou encore le résultat optimal d'une machine. Prouesse, compétition, optimum.

Effets secondaires
S'il ne nous reste que la performance pour croître, on en voit immédiatement les limites. Impossible en effet de réaliser en permanence des prouesses, de battre des records, d'être au maximum de ses possibilités. Sauf à s'exposer à des effets secondaires. Pour les machines, ce sont les imprévus liés à un usage intensif. Pour les êtres humains, c'est le stress, puis la dépression. Or, aujourd'hui, notre économie repose de plus en plus sur les services, dont la composante humaine est prépondérante.

Absence de marges
Les récentes difficultés de la SNCF illustrent avec éclat ce problème. Lorsqu'un système recherche la performance, il réduit inévitablement ses marges de sécurité. Il se conçoit en outre dans l'optique d'un refus des conditions extrêmes, exceptionnelles ou résultant de probabilités faibles. Le “ça passe ou ça casse”. La saturation de certains axes de transports, TGV (4 minutes entre chaque rame) ou RER et métro (90 secondes) ne laisse la place à aucun impondérable. L'entretien ou la prévention sont limités au strict minimum, car considérés comme coûtant trop cher. Dès lors, le réel n'étant jamais en permanence égal à la moyenne (on pense aux “moyennes saisonnières” de la météo), on est implicitement dans le risque maximum.

Impasse
Notre système économique et social est saturé par l'obsession de la performance. Comme s'il était arrivé au bout du bout de ses capacités. Après la performance, la prouesse, l'optimum, il n'y a plus rien. Car s'il faut courir le 100 mètres de la compétition économique en 10 secondes, on comprend bien que c'est une performance. Mais les possibilités de s'améliorer sont tellement amenuisées qu'elles tendent vers zéro. L'homme ne courra jamais le 100 mètres en 5 secondes.
Côté humain, les vagues de suicides en milieu professionnel sont la terrible illustration de cette obsession de la performance. Si la société tend à ne choisir que les “recordmen” de chaque activité, un peu comme si l'on ne recrutait que des Usain Bolt dans les entreprises, pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que le chômage s'accroisse !

Quelle croissance ?
Oui, il y a bien une “bonne” et une “mauvaise” croissance. Une croissance solide et une croissance fragile, aléatoire, dans laquelle tout imprévu conduit au désastre.
Au lieu de rechercher le travail bien fait, dans des délais corrects, avec de la souplesse et de l'adaptibilité, on s'enferme progressivement dans des schémas rigides : quand on parle de “juste à temps” ou de “flux tendus”, on comprend que l'on est coincé !

La parade ? J'aimerais la connaître. Probablement une autre mesure de la croissance. Encore faudrait-il qu'elle fasse autorité. Or, la financiarisation de l'économie va exactement dans le sens inverse. Dans ce domaine, c'est bien la performance pure qui est recherchée, et elle n'est que statistique. Des taux de rendement de 15% par an, une productivité toujours plus forte. Une perte totale du sens des réalités, de la matière et des possibilités humaines. Une croissance virtuelle en quelque sorte.

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