mercredi 5 janvier 2011

Des inégalités qui explosent

Pour croître et être de plus en plus rentables, les employeurs, au sens large, recherchent à tout prix de nouvelles marges. Comme ils peuvent difficilement réduire les rémunérations des personnes en poste, ils les réduisent sur les plus âgés – retraites anticipées, arrêt des recrutements au-delà de 40-50 ans, voire harcèlement pour les pousser à la démission – et sur les plus jeunes : salaires d'embauche moindres à qualification égale, stages longue durée non rémunérés, voire statut de freelance.

Les inégalités explosent donc, encore accentuées par les écarts avec ceux qui maintiennent leurs avantages : jeunes très diplômés monnayant leurs compétences au juste prix, seniors bien implantés dans des postes de responsabilité.

Mais ce n'est pas tout. La stratification des conditions de retraites, au fil des réformes, crée mécaniquement de fortes inégalités selon l'âge de départ, totalement arbitraires. À quelques années près, la pension sera – à cotisations égales – non seulement retardée, mais drastiquement réduite. Cependant, le niveau de pension est fixé “à vie”. Les inégalités sont alors cristallisées, entre des retraités aisés et des retraités miséreux, mais aussi entre les retraités et les actifs, au point que, dans certaines catégories, les retraités gagnent plus que les actifs…

En effet, les effets des économies, réductions et autres réformes n'atteignent pas les “inclus”, ceux dont la retraite a déjà été liquidée et dont les droits sont acquis (aucun risque de licenciement !). En revanche, ceux qui sont encore en activité subissent de plein fouet hausses de cotisations, baisse de la rémunération à l'embauche et périodes de chômage.

Il n'a jamais été question, dans les réformes des retraites, ou alors très timidement (CSG), de faire participer les retraités les plus aisés à l'austérité ambiante. Leur poids électoral et la forte représentation de seniors parmi les décideurs économiques ou politiques, explique cette position de force. Au passage, constatons aussi que les syndicats ne sont jamais aussi pugnaces que lorsqu'il s'agit des retraites. On les voit moins prendre la défense des jeunes sous-payés ou des chômeurs !
Alors, on pourrait imaginer un gel des retraites les plus élevées (et d'ailleurs une revalorisation des plus basses), un régime d'imposition plus équitable, voire – soyons iconoclastes un instant – de demander aux retraités de 60-65 ans de se remettre au travail 2-3 ans pour aider à financer le départ de leurs cadets ! Certes, j'exagère, mais si l'on a vu des salariés accepter des réductions de salaires, des indemnités de chômage baisser ou  des pays européens diminuer les traitements des fonctionnaires, on n'a jamais vu (à ma connaissance) de pensions de retraites globalement réduites* ! On comprend, dans ces conditions, que l'on attende avec impatience cette période de la vie – à condition de ne pas mourir avant…

Enfin, un dernier élément renforce cruellement ces inégalités : le logement. La hausse spectaculaire de son coût (loyers, achat) réduit d'autant le pouvoir d'achat des jeunes et des actifs, tandis que nombre de retraités sont propriétaires. Les inégalités nettes de l'effort-logement sont accrues d'autant. À revenu égal, ils économisent une partie du loyer ou des charges d'emprunts. Alors bien sûr, nombre de parents et grands-parents aident leurs enfants. Ultime facteur d'inégalité : s'il n'a pas de parents pour l'aider, le jeune salarié subit, encore une fois, une inégalité. Quant au transfert, avouons qu'il est étrange : des retraités sont amenés à verser une… pension à leurs enfants ou petits-enfants !

Ça fait beaucoup, non ?

Ces propos m'ont été inspirés par un article de Louis Chauvel, paru dans Le Monde du 4 janvier.

* On rétorquera que ce serait scandaleux que les pensions, un droit pour les plus âgés, soient réduites. Mais est-il moins scandaleux d'être un jeune rémunéré 200 euros par mois en stage longue durée, d'être embauché au SMIC à bac+5 ou d'être un actif compétent mis au chômage avec violence, juste pour “accroître la rentabilité”, pour être traité ensuite de “paresseux” ? Une fois encore, l'indignation est très sélective !

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