samedi 29 janvier 2011

Toujours le chômage…

2,7 millions de sans-emploi en France, 4 millions si l'on inclut les temps (très) partiels.
35 années de chômage de masse, depuis le premier “choc pétrolier” de 1973.

Voilà les indices les plus patents d'un dysfonctionnement de la “machine économique”. Sur les causes, les experts s'affrontent, comme on dit, mais personne n'a jamais trouvé de mesures vraiment efficaces, mis à part la fuite en avant dans la croissance. On invoquera tantôt l'inadaptation de l'offre à la demande, la “paresse” des chômeurs (comme le dit mon coiffeur), le non-dit du “chantage” au chômage censé calmer les exigences des salariés, les changements trop rapides de l'économie, les délocalisations, que sais-je encore ?

Peu importe finalement. Le plus grave est que ce chômage de masse a des effets dévastateurs, sur ceux qui n'ont pas d'emploi, au premier chef, mais aussi sur ceux qui en ont un – la pression, que les managers cyniques croient utiliser pour plus d'efficacité. Mais la peur est-elle durablement efficace ?
L'efficience d'un système économique ne se mesure pas seulement aux chiffres de rentabilité. Quand on pense que, dans les années 70, on considérait le chômage comme une donnée “sociale” et pas “économique”. À se demander si l'on n'en est pas encore là.

Alors on va écrire une banalité : tant que l'être humain ne sera pas vraiment remis au centre de nos systèmes économiques et sociaux, le chômage perdurera. Tant que l'on considèrera un salarié comme une “charge”, aucun espoir. Tant que les humains resteront la première “variable d'ajustement”, aucune raison que le problème ne soit un jour résolu. Étrange : les sociétés humaines ont réussi à concevoir des systèmes dont leurs membres sont exclus, y compris du côté des écologistes ultra, qui voient l'homme comme un pollueur ennemi de la nature.

Y'a encore du chemin à parcourir avant que le chômage ne se réduise significativement.

dimanche 23 janvier 2011

Performance : quesaco ?

Croissance infinie
Quoi qu'on en pense, notre système économique et social est conditionné par la croissance. Année après année, nous sommes condamnés à croître, à faire “mieux que l'année précédente”, au risque d'être dépassés, déclassés, un peu comme des voyageurs qui resteraient à quai après le départ d'un train.

Deux méthodes
Pour croître, il n'y a pas 36 méthodes – juste deux. Soit on découvre de nouveaux marchés, de nouvelles techniques, soit on tente de produire plus à moyens inchangés (la productivité). Quand la première fait défaut, on se reporte sur la seconde. En période de “crise”, c'est typiquement le cas.

Performance
D'où la notion de “performance”. Encore une fois, le sens des mots est lourd de conséquences.
La performance a comme synonyme “prouesse”, elle désigne un résultat obtenu dans une compétition, ou encore le résultat optimal d'une machine. Prouesse, compétition, optimum.

Effets secondaires
S'il ne nous reste que la performance pour croître, on en voit immédiatement les limites. Impossible en effet de réaliser en permanence des prouesses, de battre des records, d'être au maximum de ses possibilités. Sauf à s'exposer à des effets secondaires. Pour les machines, ce sont les imprévus liés à un usage intensif. Pour les êtres humains, c'est le stress, puis la dépression. Or, aujourd'hui, notre économie repose de plus en plus sur les services, dont la composante humaine est prépondérante.

Absence de marges
Les récentes difficultés de la SNCF illustrent avec éclat ce problème. Lorsqu'un système recherche la performance, il réduit inévitablement ses marges de sécurité. Il se conçoit en outre dans l'optique d'un refus des conditions extrêmes, exceptionnelles ou résultant de probabilités faibles. Le “ça passe ou ça casse”. La saturation de certains axes de transports, TGV (4 minutes entre chaque rame) ou RER et métro (90 secondes) ne laisse la place à aucun impondérable. L'entretien ou la prévention sont limités au strict minimum, car considérés comme coûtant trop cher. Dès lors, le réel n'étant jamais en permanence égal à la moyenne (on pense aux “moyennes saisonnières” de la météo), on est implicitement dans le risque maximum.

Impasse
Notre système économique et social est saturé par l'obsession de la performance. Comme s'il était arrivé au bout du bout de ses capacités. Après la performance, la prouesse, l'optimum, il n'y a plus rien. Car s'il faut courir le 100 mètres de la compétition économique en 10 secondes, on comprend bien que c'est une performance. Mais les possibilités de s'améliorer sont tellement amenuisées qu'elles tendent vers zéro. L'homme ne courra jamais le 100 mètres en 5 secondes.
Côté humain, les vagues de suicides en milieu professionnel sont la terrible illustration de cette obsession de la performance. Si la société tend à ne choisir que les “recordmen” de chaque activité, un peu comme si l'on ne recrutait que des Usain Bolt dans les entreprises, pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre que le chômage s'accroisse !

Quelle croissance ?
Oui, il y a bien une “bonne” et une “mauvaise” croissance. Une croissance solide et une croissance fragile, aléatoire, dans laquelle tout imprévu conduit au désastre.
Au lieu de rechercher le travail bien fait, dans des délais corrects, avec de la souplesse et de l'adaptibilité, on s'enferme progressivement dans des schémas rigides : quand on parle de “juste à temps” ou de “flux tendus”, on comprend que l'on est coincé !

La parade ? J'aimerais la connaître. Probablement une autre mesure de la croissance. Encore faudrait-il qu'elle fasse autorité. Or, la financiarisation de l'économie va exactement dans le sens inverse. Dans ce domaine, c'est bien la performance pure qui est recherchée, et elle n'est que statistique. Des taux de rendement de 15% par an, une productivité toujours plus forte. Une perte totale du sens des réalités, de la matière et des possibilités humaines. Une croissance virtuelle en quelque sorte.

mercredi 12 janvier 2011

Les envies de Ségolène et les visions de François


Ségolène Royal déclare au Monde :
J'ai envie de succéder à François Mitterrand.
Que signifie exactement “avoir envie de…” ? Ouvrons le dictionnaire !
Désirer (tiens, tiens : désir d'avenir ?), souhaiter, ne pouvoir s'empêcher de, mais aussi convoiter (un héritage ?) ou encore ressentir un caprice, un désir inattendu (“désir de femme enceinte”), et enfin, plus prosaïquement, un désir organique (avoir envie de faire pipi). D'où l'expression : “ça lui prend comme une envie.” Reconnaissons que la formulation laisse à… désirer !


Son ex-compagnon, François Hollande, ne manque pas de lui répondre, dans Libération cette fois :
Il s'agit de prétendre à l'exercice de la fonction présidentielle et donc de délivrer une vision. Pas simplement une envie.
Lui semble donc avoir plutôt des “visions” que des “envies”. C'est déjà un pas de franchi.

En ce qui me concerne, j'ai très envie de dire que tout cela reste un tantinet superficiel !

Quand on valide la rédaction d'un billet sur “blogger” qui, rappelons-le, est la propriété de Google, des liens commerciaux sont proposés dans la foulée, à partir d'une analyse du texte dudit billet. En voici le résultat, instructif :


Un sondage à propos de Ségolène, un dictionnaire (merci, j'en avais déjà un sous les yeux), les actions l'Oréal (quel rapport ? à moins que la royale candidate ne soit une amie de Liliane, mais j'en doute…) et, enfin, une publicité pour des jumelles à vision nocturne. Excellent, ce dernier lien ! Voilà qui devrait permettre à Ségolène et François de regarder l'avenir de concert, et de voir quelque chose dans la nuit de l'avenir du PS ! À condition de ne pas se tromper de sens, au risque de grossir leurs différends.

jeudi 6 janvier 2011

Illusions d'optique

Suivant la façon dont on regarde une image, on ne voit pas la même chose.
C'est ainsi que, pendant des années, je n'avais pas vu le C de Carrefour dans son logo :


Je ne voyais qu'un triangle rouge suivi d'une étrange flèche bleue dotée d'une sorte de poignée…
L'excellent JCFrog note pareille étrangeté sur le site du gouvernement français :


Il y voit ce qui ressemble à une tête d'alien de science-fiction, la gueule menaçante et grimaçante. Allez voir sur le site : http://www.gouvernement.fr/ pour comprendre l'origine de la méprise.

La conception de logos, art difficile s'il en est, tombe souvent dans ce genre de piège, l'un des plus célèbres étant le logo du TGV qui, à l'envers, ressemble à un escargot stylisé :


Il n'est pas impossible que les concepteurs aient délibérément imaginé cette plaisanterie. Erreur ! Elle permettra aux télévisions d'ironiser méchamment lors de grèves ou de retards, soit une contre-publicité “gratuite” qui coûte cher en termes d'image. Ce qui s'appelle “donner des verges pour se faire fouetter”.

mercredi 5 janvier 2011

Des inégalités qui explosent

Pour croître et être de plus en plus rentables, les employeurs, au sens large, recherchent à tout prix de nouvelles marges. Comme ils peuvent difficilement réduire les rémunérations des personnes en poste, ils les réduisent sur les plus âgés – retraites anticipées, arrêt des recrutements au-delà de 40-50 ans, voire harcèlement pour les pousser à la démission – et sur les plus jeunes : salaires d'embauche moindres à qualification égale, stages longue durée non rémunérés, voire statut de freelance.

Les inégalités explosent donc, encore accentuées par les écarts avec ceux qui maintiennent leurs avantages : jeunes très diplômés monnayant leurs compétences au juste prix, seniors bien implantés dans des postes de responsabilité.

Mais ce n'est pas tout. La stratification des conditions de retraites, au fil des réformes, crée mécaniquement de fortes inégalités selon l'âge de départ, totalement arbitraires. À quelques années près, la pension sera – à cotisations égales – non seulement retardée, mais drastiquement réduite. Cependant, le niveau de pension est fixé “à vie”. Les inégalités sont alors cristallisées, entre des retraités aisés et des retraités miséreux, mais aussi entre les retraités et les actifs, au point que, dans certaines catégories, les retraités gagnent plus que les actifs…

En effet, les effets des économies, réductions et autres réformes n'atteignent pas les “inclus”, ceux dont la retraite a déjà été liquidée et dont les droits sont acquis (aucun risque de licenciement !). En revanche, ceux qui sont encore en activité subissent de plein fouet hausses de cotisations, baisse de la rémunération à l'embauche et périodes de chômage.

Il n'a jamais été question, dans les réformes des retraites, ou alors très timidement (CSG), de faire participer les retraités les plus aisés à l'austérité ambiante. Leur poids électoral et la forte représentation de seniors parmi les décideurs économiques ou politiques, explique cette position de force. Au passage, constatons aussi que les syndicats ne sont jamais aussi pugnaces que lorsqu'il s'agit des retraites. On les voit moins prendre la défense des jeunes sous-payés ou des chômeurs !
Alors, on pourrait imaginer un gel des retraites les plus élevées (et d'ailleurs une revalorisation des plus basses), un régime d'imposition plus équitable, voire – soyons iconoclastes un instant – de demander aux retraités de 60-65 ans de se remettre au travail 2-3 ans pour aider à financer le départ de leurs cadets ! Certes, j'exagère, mais si l'on a vu des salariés accepter des réductions de salaires, des indemnités de chômage baisser ou  des pays européens diminuer les traitements des fonctionnaires, on n'a jamais vu (à ma connaissance) de pensions de retraites globalement réduites* ! On comprend, dans ces conditions, que l'on attende avec impatience cette période de la vie – à condition de ne pas mourir avant…

Enfin, un dernier élément renforce cruellement ces inégalités : le logement. La hausse spectaculaire de son coût (loyers, achat) réduit d'autant le pouvoir d'achat des jeunes et des actifs, tandis que nombre de retraités sont propriétaires. Les inégalités nettes de l'effort-logement sont accrues d'autant. À revenu égal, ils économisent une partie du loyer ou des charges d'emprunts. Alors bien sûr, nombre de parents et grands-parents aident leurs enfants. Ultime facteur d'inégalité : s'il n'a pas de parents pour l'aider, le jeune salarié subit, encore une fois, une inégalité. Quant au transfert, avouons qu'il est étrange : des retraités sont amenés à verser une… pension à leurs enfants ou petits-enfants !

Ça fait beaucoup, non ?

Ces propos m'ont été inspirés par un article de Louis Chauvel, paru dans Le Monde du 4 janvier.

* On rétorquera que ce serait scandaleux que les pensions, un droit pour les plus âgés, soient réduites. Mais est-il moins scandaleux d'être un jeune rémunéré 200 euros par mois en stage longue durée, d'être embauché au SMIC à bac+5 ou d'être un actif compétent mis au chômage avec violence, juste pour “accroître la rentabilité”, pour être traité ensuite de “paresseux” ? Une fois encore, l'indignation est très sélective !

mardi 4 janvier 2011

Plus ou… Davantage

L'année commence sur les chapeaux de roues, avec l'exploit de Manuel Valls, qui d'entrée de jeu marque un clivage décisif et absolu entre droite et gauche, de surcroît se résumant en un seul mot. Bravo !
À ma gauche : Monsieur Davantage - à ma droite : Monsieur Plus

Explications : Manuel Valls a récemment déclaré qu'il faudrait “déverrouiller les 35 heures” afin que les Français puissent “travailler davantage”. Sans aller jusqu'à parler de “nécrose intellectuelle” (dixit Jean-Luc Mélenchon), je me contenterais de constater que Valls travaille du chapeau -- de plus en plus, pardon, davantage ! En ce qui le concerne, une réduction de l'horaire travaillé serait bénéfique. Plutôt que de chapeaux, d'ailleurs, il serait préférable de parler de “bonnets” (bonnets blancs et blancs bonnets).

samedi 1 janvier 2011

1/1/11

1/1/11 ? De quoi souhaiter une année “Numéro 1”.
Quelques vœux, donc, comme c'est l'usage !
  • Avant tout que la situation économique s'améliore, afin que le nombre des sans-emploi diminue, ainsi que celui des exclus de toutes sortes.
  • Le recul de la violence et des instincts archaïques et primaires. Nous sommes dans le troisième millénaire, tout de même ! Que l'on cesse de régresser.
  • Que le monde politique français revienne à plus de raison et s'attache à construire de solides programmes politiques pour l'élection présidentielle de 2012. Qu'on passe d'un casting de personnes à un véritable débat de fond. Qu'on passe de sujets anecdotiques aux thèmes primordiaux.
Et, pour chacune et chacun, allégresse, santé et chance !

Et le petit bonus que j'ajoute pour la bonne bouche :
La mise au pas des agences de notation, capables de plonger des nations entières dans le chaos à partir de l'avis de quelques pseudo-économistes en chambre qui entraînent les “marchés” dans leur hystérie spéculative.
La disparition des médias les plus stupides, au premier rang desquels TF1 (qui ouvrait son 20 heures sur les mobilisations policières pour le réveillon, toujours négatif et anxiogène). On peut toujours rêver !