vendredi 3 décembre 2010

Le sens des mots

À toute chose malheur est bon : Jacques Julliard ayant quitté le Nouvel Obs pour Marianne, sa chronique est remplacée par celle de Jean-Claude Guillebaud. Et ça, c'est une excellente nouvelle !
N'ayant pas la télévision, je ne lisais du supplément télé de l'hebdomadaire que la dernière page, où la chronique de Jean-Claude Guillebaud était bien peu mise en valeur.

Or, cet homme écrit souvent ce que je ressens sans parvenir toujours à l'exprimer, ou bien attire mon attention sur des faits que je n'avais pas remarqués.

Sa première chronique, intitulée Le Devoir de colère, m'a tout particulièrement plu car elle aborde la question du choix des mots, parfois remplacés par des pseudo-synonymes sournois et manipulateurs.
Le sous-titre de son billet est : “Dans une démocratie d'opinion, il faut aussi savoir se battre sur le véritable sens des mots”.
Il cite trois exemples édifiants de substitutions de termes qui “transmettent de manière subliminale la même injonction, […] clairement démobilisatrice” :
  1. Gouvernement -> Gouvernance
  2. Réglementation -> Régulation
  3. Volonté -> Volontarisme
Il relève avec justesse que la gouvernance* est moins contraignante, la régulation** plus évasive et le volontarisme*** une posture plus qu'autre chose. Et il conclut avec pertinence :
Par le truchement du langage, on désarme en douceur une démocratie en l'empêchant “mentalement” de résister aux marchés. Les peuples sentent bien qu'après avoir ruiné leurs finances, on a confisqué leur langage.
J'ajouterai que ce n'est pas un hasard si au moins deux de ces trois mots sont des transferts (et non des traductions) de la langue anglo-saxonne. N'y voyez aucun ostracisme, juste le souci des mots justes.
Guillebaud donne d'autres exemples, dont celui-ci, qui résume tout : le mot “capitalisme” remplacé par “libéralisme”. Sur le mode sournois, c'est, je trouve, assez emblématique !

* La gouvernance est un terme venu des entreprises. Il fait plutôt référence à “gestion” qu'à de véritables décisions. Une sorte d'animation, sans le moindre désir de changement.
** Je ressens dans régulation l'image du fleuve que l'on canalise, sans pour autant réduire le volume d'eau ni la vitesse du courant, et encore moins l'orientation du cours d'eau.
*** Notre président de la République en est l'exemple parfait. Il ne cesse d'afficher son volontarisme tout en étant versatile et sans suite dans les idées. On est loin de la “volonté” de peser sur les choses.

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