mercredi 22 décembre 2010

Chère richard…

Plantons le décor pour que vous compreniez ce qui suit. Ayant fréquenté l'Institut d'études politiques de Paris dans les années soixante-dix, Sciences Po selon son diminutif d'usage, j'étais jusqu'à récemment adhérent de l'Association des anciens (alumni pour faire chic). Entre autres prestations, l'organisme se charge de publier un volumineux annuaire, et organise toutes sortes de manifestations. Côté courriels, malheureusement, 90% ont pour but de faire la quête, réclamant sans cesse des dons, avec une insistance qui devient vite irritante. Il en résulte un humour involontaire que je me devais de partager avec vous, “chères” internautes de tout poil (vous comprendrez le féminin de l'adjectif plus loin).

Celui qui détenait le pompom datait de septembre, et m'invitait au Sciences Po Alumni UK Charity Gala Dinner, organisé dans le “magnifique Fishmonger's Hall de la City, à Londres”. En guest-speaker (sic), nous bénéficiions de la participation d'Ernest-Antoine Sellières.

 La “dynamique caritative du Gala s'inscrit pleinement dans la campagne de levée de fonds Sciences Po 2013”, précisait le texte, empli de cette délicieuse langue de bois anglo-saxonne. On comprend mieux la dynamique caritative en lisant que “le prix d'une place individuelle est de £100. Si vous décidez de prendre une table de 12 (ou 10), nous pouvons gérer l'inscription directement bien évidemment.” J'avais trouvé amusant ce “12 (ou 10)” comme s'il y avait eu un regret au moment de l'écrire. Derechef, j'avais réservé une voiture entière d'Eurostar en Business Premier (39 places) et trois tables, en prévoyant que les 3 invités en surréservation se serreraient un peu, heureux de faire le bien autour de moi…

Mais ce n'était pas tout. À la veille des fêtes de fin d'année, le nouveau courriel de quête que je viens de recevoir mérite un Prix spécial du blogueur.

On aurait espéré pour commencer un “joyeuses fêtes” et / ou “bonne année 2011”. Eh bien non. Ça commence par une coquille rigolote : “Chère Jean-Luc Tafforeau”. Mais il doit s'agir de l'inconscient fêtard du signataire qui pense à la bonne chère prévue pour son repas de Noël.

Quant aux vœux, on ne parlera pas de 2011, non plus que de 2012, l'Institut étant déjà loin en avant, avec la “campagne Sciences Po 2013”.
C'est ensuite au radin qui sommeille en nous que l'on s'adresse : “Un don versé avant le avant le (bis repetita) 31 décembre 2010 vous donne droit à une réduction des deux tiers”. Bel exemple de niche fiscale au passage, abondamment détaillée dans un document spécial qui vaut une lecture. On y apprend :
  • Que si l'on donne 6000 €, il est possible de déduire 3960 € de son impôt sur le revenu, ce qui limite notre générosité nette à la bagatelle de 2040 €
  • Ce n'est pas tout ! Si l'on est vraiment généreux, et que l'on signe un chèque de 66667 €, on économise 50000 € d'impôt de solidarité sur la fortune, ramenant l'effort réel à seulement 16667 €
Il n'est pas précisé si les deux niches se combinent. Elles sont en tout cas habitées par de beaux et gros chiens !
Il aura fallu attendre la toute fin du message pour s'entendre souhaiter de “Bonnes fêtes de fin d'année”. Ouf, il était temps ! Il aurait fallu commencer par là, “chère” Richard Descoings !

J'en viens presque à regretter d'avoir résilié mon adhésion aux Alumni de Sciences Po. À moins que je reste dans les listes de diffusion et ne continue à recevoir ces délicieux courriels. L'avenir le dira !

Addendum pour un erratum
En fin de journée, le courriel évoqué ci-dessus faisait l'objet d'un erratum. Le voici, vous pouvez jouer au jeu des différences !

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