mercredi 29 décembre 2010

Et nous serons les Maîtres du Temps !

Lucide analyse de Christophe Bouton, professeur de philo, dans un Libé récent. Voici la conclusion qu'il tire du désormais universellement nommé “épisode” neigeux :
Ce que signifie l'épisode neigeux, c'est que nous vivons dans le désir de nous rendre maîtres et possesseurs du temps. Dans les deux sens du terme.
Dans le vacarme météo-médiatique de ces dernières semaines pointe la surprise : non, nous ne vivons pas (encore) dans un temps sans surprises, il y a encore des saisons, contrairement à l'expression récurrente. Et nous n'acceptons pas qu'un “ralentissement” puisse se produire dans la circulation des biens et des personnes. Encore plus en période de fêtes. Le philosophe remarque que l'urgence et le flux tendu colonisent même les périodes de “temps libre” – désormais mal nommées. Nous ne sommes plus préparés à affronter l'imprévisible, et éclatent inquiétude et révoltes.

Alors, comme se profilent les vœux de nouvel an, formons un premier vœux : qu'il subsiste une part d'imprévisible dans l'avenir, et que nous apprenions à l'accepter, pour nous concentrer sur des problèmes plus essentiels, par exemple et pourquoi pas, sur ces êtres humains qui souffrent, socialement ou dans leurs corps ou dans leurs têtes.

La suite au prochain épisode (neigeux, bien sûr) !

jeudi 23 décembre 2010

Un mail retardé par la neige

Il n'y a pas que dans le monde réel que la neige a causé des retards. Dans le monde virtuel, aussi !
Jeudi 23 décembre, à 19h21*, je recevais ce courriel de PC Soft, m'indiquant aimablement que, en raison des intempéries, leur opération “pour 1 euro de plus” était prolongée jusqu'à l'avant-veille au soir, mardi 21 décembre.
Certes, le courrier électronique est daté du 20 décembre à 15h37. Malheureusement, à cause de la neige, il lui aura fallu 3 jours, 3 heures et 24 minutes pour me parvenir. Comme quoi tout n'est pas “instantané” sur Internet ! Voilà qui devrait mettre du baume au cœur des conducteurs de chasse-neige…

* L'affichage du code de l'e-mail en atteste (cliquez sur l'image pour zoomer) :

mercredi 22 décembre 2010

Chère richard…

Plantons le décor pour que vous compreniez ce qui suit. Ayant fréquenté l'Institut d'études politiques de Paris dans les années soixante-dix, Sciences Po selon son diminutif d'usage, j'étais jusqu'à récemment adhérent de l'Association des anciens (alumni pour faire chic). Entre autres prestations, l'organisme se charge de publier un volumineux annuaire, et organise toutes sortes de manifestations. Côté courriels, malheureusement, 90% ont pour but de faire la quête, réclamant sans cesse des dons, avec une insistance qui devient vite irritante. Il en résulte un humour involontaire que je me devais de partager avec vous, “chères” internautes de tout poil (vous comprendrez le féminin de l'adjectif plus loin).

Celui qui détenait le pompom datait de septembre, et m'invitait au Sciences Po Alumni UK Charity Gala Dinner, organisé dans le “magnifique Fishmonger's Hall de la City, à Londres”. En guest-speaker (sic), nous bénéficiions de la participation d'Ernest-Antoine Sellières.

 La “dynamique caritative du Gala s'inscrit pleinement dans la campagne de levée de fonds Sciences Po 2013”, précisait le texte, empli de cette délicieuse langue de bois anglo-saxonne. On comprend mieux la dynamique caritative en lisant que “le prix d'une place individuelle est de £100. Si vous décidez de prendre une table de 12 (ou 10), nous pouvons gérer l'inscription directement bien évidemment.” J'avais trouvé amusant ce “12 (ou 10)” comme s'il y avait eu un regret au moment de l'écrire. Derechef, j'avais réservé une voiture entière d'Eurostar en Business Premier (39 places) et trois tables, en prévoyant que les 3 invités en surréservation se serreraient un peu, heureux de faire le bien autour de moi…

Mais ce n'était pas tout. À la veille des fêtes de fin d'année, le nouveau courriel de quête que je viens de recevoir mérite un Prix spécial du blogueur.

On aurait espéré pour commencer un “joyeuses fêtes” et / ou “bonne année 2011”. Eh bien non. Ça commence par une coquille rigolote : “Chère Jean-Luc Tafforeau”. Mais il doit s'agir de l'inconscient fêtard du signataire qui pense à la bonne chère prévue pour son repas de Noël.

Quant aux vœux, on ne parlera pas de 2011, non plus que de 2012, l'Institut étant déjà loin en avant, avec la “campagne Sciences Po 2013”.
C'est ensuite au radin qui sommeille en nous que l'on s'adresse : “Un don versé avant le avant le (bis repetita) 31 décembre 2010 vous donne droit à une réduction des deux tiers”. Bel exemple de niche fiscale au passage, abondamment détaillée dans un document spécial qui vaut une lecture. On y apprend :
  • Que si l'on donne 6000 €, il est possible de déduire 3960 € de son impôt sur le revenu, ce qui limite notre générosité nette à la bagatelle de 2040 €
  • Ce n'est pas tout ! Si l'on est vraiment généreux, et que l'on signe un chèque de 66667 €, on économise 50000 € d'impôt de solidarité sur la fortune, ramenant l'effort réel à seulement 16667 €
Il n'est pas précisé si les deux niches se combinent. Elles sont en tout cas habitées par de beaux et gros chiens !
Il aura fallu attendre la toute fin du message pour s'entendre souhaiter de “Bonnes fêtes de fin d'année”. Ouf, il était temps ! Il aurait fallu commencer par là, “chère” Richard Descoings !

J'en viens presque à regretter d'avoir résilié mon adhésion aux Alumni de Sciences Po. À moins que je reste dans les listes de diffusion et ne continue à recevoir ces délicieux courriels. L'avenir le dira !

Addendum pour un erratum
En fin de journée, le courriel évoqué ci-dessus faisait l'objet d'un erratum. Le voici, vous pouvez jouer au jeu des différences !

Surprise prévisible

Excellente, cette formule paradoxale !
C'est Thibault Gajdos, dans la “chronique de la semaine” du Monde Économie du 21, qui l'emprunte à deux Américains* ayant étudié “les événements graves que les décideurs n'ont su prévenir alors qu'ils disposaient de toute l'information nécessaire” pour caractériser le récent épisode neigeux et la panique qui a suivi.
* Ce sont Max H. Baerman et Michael D. Watkins, professeurs à Harvard, qui ont publié ce livre en 2004.

Comment en arrive-t-on là ? Voici ce que j'ai retenu :
  • Par excès d'optimisme (“Il n'y a pas de pagaille” affirme le ministre)
  • Par égocentrisme : minoration de sa responsabilité, et exagération de celle des autres (la faute à la météo, selon le Premier ministre)
  • Par myopie : accorder une importance disproportionnée au futur proche par rapport au futur lointain (peu d'anticipation, attente du dernier moment, quand il est trop tard, surréaction pour le second épisode de neige)
  • Par radinerie : surévaluation des coûts supposés, conduisant à faire le minimum (réduction des moyens des services publics affectés aux événements relativement rares).

mardi 21 décembre 2010

Cauchemardesque !

Encore France-Info. Encore le “choix des mots”.
Ce matin, la radio d'informations nous décrivait l'expérience “cauchemardesque” d'une voyageuse. En raison des chutes de neige, il lui a fallu 50 heures pour rentrer de Buenos-Aires à son domicile en France. Parmi les images cauchemardesques décrites par le speaker, en voici deux des plus terribles : passer une nuit à l'hôtel (payée par la compagnie aérienne), se lever à 5 heures du matin (oui, vous avez bien lu, cinq heures), attendre à Roissy de longues heures. Interviewée, la victime de cette horrible expérience a précisé qu'elle a dû en outre “attendre 3 heures coincée dans son avion sur le tarbac (sic)”. Un subtil mélange de “tabac” et de “tarmac” goudronnés…

Il y a pire comme cauchemar, non ?

lundi 20 décembre 2010

À toute blinde !

Ah, les télescopages de mots dans les médias. Un régal ! Ce midi, France-Info précise que “la gendarmerie a déployé ses blindés pour débloquer les embouteillages”, sans autre précision. On imagine la scène : les chars se mettent en position, en joue, feu ! Et le bouchon de voitures saute. À moins qu'un amas de tôles brûlées ne cause un nouveau bouchon, d'un autre genre… Peut-être aurait-il suffi de parler des “chasse-neige de la gendarmerie”. Du moins espéré-je que c'est bien de cela qu'il s'agit !

mardi 14 décembre 2010

Voilà !

Un lecteur du Monde-Télévision relève avec humour les “tics en stock” qui agitent la langue orale médiatique. Le grand classique “écoutez” en début de phrase – alors que je journaliste ne fait que ça, écouter –, les “on va dire” et autres “je dirais que”, ainsi que l'expression “entre guillemets”. Cette dernière ne me déplaît guère : elle montre que la typographie joue un rôle, jusque dans l'oral !
Mais ce lecteur oubliait un tic plus récent : le mot “voilà”. C'est devenu une sorte de ponctuation à lui tout seul, une façon de ne pas achever son propos : “on va dire, entre guillemets, que je ne suis pas d'accord. Voilà !” Je vous propose un petit jeu : quand un sportif ou un quidam sont interviewés, comptez les “voilà” dans ses paroles. Vous gagnerez à tous les coups !
Voilà.

Nota bene : les correcteurs du Monde ne s'y sont pas trompés puisque, dès 2008, ils avaient remarqué avec humour la répétition de cette préposition. Lire ce billet.

samedi 11 décembre 2010

Les pronostics de Fillon

François Fillon a donc reproché à Météo-France de n'avoir “pas prévu cet épisode neigeux”. Il a raison de déplorer que “les prévisions n'étaient pas conformes à la réalité*”. Nous vivons en temps réel, donc pas à tortiller ! Et puis, c'est bien connu, quand il neige, c'est la faute aux météorologues. La prochaine fois que je perds au tiercé, j'attaque en justice les pronostiqueurs de la presse ! (Une excellente occasion de me mettre à jouer).
Et la prochaine fois que sa ministre de l'économie se trompe dans ses hypothèses de taux de croissance, notamment celle retenue pour le budget, on va voir ce qu'on va voir !
* Fantastique rétro-absurdité, prononcée a posteriori, et tautologie de compétition : par nature, les prévisions ne sont pas la réalité, cher Premier ministre.

Addendum
J'ai appris plus tard, dans le Monde, que le Premier ministre évoquait les prévisions de croissance, justement. Le 11 décembre, donc, ledit Fillon proclamait ceci : “En 2010, la croissance sera nettement supérieure à nos prévisions”. Eh bien voilà, encore des prévisions qui ne sont pas conformes à la réalité ! Christine Lagarde, la reine des formules alambiquées, indiquait de son côté : “J'ai bon espoir qu'on fera un gros 1,6%”. Un “gros” 1,6%, marrant, non ? Vous allez me trouver scatologique, mais ça me fait penser à “faire un gros caca” (1,699999 %)

jeudi 9 décembre 2010

Sans voix

Il fallait s'y attendre, Mme Royal la joue perso et commence à battre les estrades, occupant l'espace médiatique à la façon d'un Sarkozy. Lors de son déplacement à Cergy-Pontoise, hier, elle a lâché quelques formules dont elle est coutumière, dont les médias ont rendu compte avec un emploi décalé des mots.
D'après Le Figaro, elle entend “donner la parole à ceux que l'on ne voit pas” (comme à la radio ?) ; selon RTL ce serait “donner sa voix à ceux qui sont sans voix”, autrement dit parler à leur place ; l'AFP a compris, plus logiquement, que la candidate voulait “donner la parole à ceux qui ne l'ont pas”, ce qui semble tout de même plus clair. Quel galimatias ! À quand l'annonce de “faire parler les muets” ? En attendant, c'est surtout elle, Ségolène Royal, qui parle, ce qui, pour ma part, me laisse sans voix.

mercredi 8 décembre 2010

Doux rêveurs

Internet, ce média déroutant, crée désormais ses propres événements. Trois exemples récents le prouvent avec éclat : les révélations de Wikileaks, bien sûr, mais aussi le happening de Cantona, sans oublier la mise en ligne du livre de Houellebecq. Leur dénominateur commun ressemble à du rêve – mais du rêve qui pourrait se transformer en cauchemar.

Un footballeur sans arbitre
Si l'initiative de l'ex-footballeur avait réussi, les banques auraient fait faillite. Chacun aurait dû se replier sur les espèces retirées dans la précipitation, tout le monde n'aurait pas été servi et une guerre civile aurait pu en découler – on sait que les paniques monétaires peuvent mettre à bas une organisation sociale en quelques jours.

Une transparence qui pourrait devenir opaque
Wikileaks prône la transparence. Un doux rêve ! Car que va-t-il se passer ? Les entreprises et institutions vont bétonner leurs protections. Il ne serait guère surprenant que nombre d'organisations ne restreignent l'accès à Internet, ne suppriment tout dispositif de copie de données (wifi, prises USB, graveurs de CD) et ne commencent à contrôler toutes les opérations de leurs employés sur les outils informatiques. À terme, on pourrait même s'orienter vers l'explosion du world wide web en sous-ensembles fermés, à l'image de Facebook – qui ne cherche rien d'autre que de créer son propre monde virtuel, auto-suffisant. Les Hadopi de tout poil pourraient bien foisonner aux domiciles, tandis qu'au bureau, on évoluerait dans un monde virtuel strictement encadré et délimité.

Une culture libérée… et aussitôt confisquée
Que le prix Goncourt soit en ligne sur le web peut faire rêver les partisans d'une gratuité de la culture. On retrouve le même débat que pour la musique. Encore une fois, tant que ces initiatives demeurent ponctuelles, on peut toujours rêver, sur le mode (un brin hypocrite) : “ils en ont assez vendu, qu'ils nous le donnent”. Si, en revanche, il n'était plus possible de facturer le moindre produit culturel, alors il faudrait revenir au mécénat, comme à l'époque des souverains de droit divin. Quels seraient les choix desdits mécènes, entreprises ou chefs d'États ? Ils verrouilleraient la culture, selon toute vraisemblance. Et leur pouvoir en serait accru d'autant.

Georges Moréas, sur son blog, conclut avec lucidité :
Qu’on ne s’y trompe pas, c’est une véritable révolution qui est en marche. Une révolution virtuelle. Selon les résultats, soit on va s’acheminer vers un monde dans lequel les internautes deviendront tous des malfaiteurs en puissance ; soit, au contraire, vers une légitimation de la liberté de l’information.
Le contrôle tous azimuts des échanges de données reviendrait en effet à considérer tout internaute comme un délinquant potentiel, et donc à l'emprisonner préventivement dans une cellule virtuelle, au cas où… (voir Hadopi et la charge de la preuve). Quant à la liberté de l'information, elle ne peut subsister que si un équilibre subtil est trouvé entre sa diffusion et sa valeur intrinsèque. On dit souvent que l'économie du futur repose principalement sur l'information. Si elle ne peut plus être protégée, elle n'existe plus en tant que valeur économique. Et l'on n'a pas trouvé de solution de remplacement !

Décidément, nous voilà loin du rêve !

Imagine John Lennon
Association d'idées : il y a trente ans aujourd'hui, le 8 décembre 1980, disparaissait John Lennon. Il avait beaucoup rêvé lui aussi, en particulier dans sa chanson Imagine, dont quelques vers collent furieusement à l'actualité. Qui pourrait dire ce que l'ex-Beatle aurait pensé d'Internet, de la libre copie de la musique et des rêves de transparence ?
Voici un bref extrait de sa chanson-manifeste datant de 1971 :
Imagine no possessions / No need for greed or hunger
You may say I'm a dreamer / But I'm not the only one
I hope some day you'll join us / And the word will live as one
Plus de “possessions”, donc, plus de “cupidité” (greed) ni de faim… Il est vrai que nous sommes de plus en plus nombreux à rêver, mais de quoi ? Un monde devenu “UN” (live as one), voilà qui fait penser à cette mondialisation – pas si heureuse – qui ne cesse de défrayer la chronique.

samedi 4 décembre 2010

Précision d'horlogerie

La logique d'échec dans laquelle le PS s'englue encore une fois a de quoi fasciner.

Ségolène Royal, malgré ses promesses, n'a pu s'empêcher de faire acte de candidature anticipée aux primaires. DSK, en embuscade, joue la “réserve de la République” et rêve d'un retour à la de Gaulle (Washington, siège du FMI étant cependant plus éloigné de Paris que Colombey-les-Deux-Églises). Montebourg ou Valls amusent la galerie, tandis que François Hollande attend son heure. Quant à Martine Aubry, personne ne sait ce qu'elle pense vraiment.
On imagine la suite : primaires trop tardives, en novembre 2011, tandis que le barnum médiatique du président actuel sera lancé depuis longtemps. Déchirures entre prétendants au PS, impossibles à recoudre pendant la campagne lancée dans la foulée. Tergiversations d'un DSK nous refaisant le coup de Delors en 1995. Programme à la mode “Royal” : dictez-moi votre catalogue participatif, suivi d'un document incohérent riche de 873 propositions à “1 milliard d'euros”, mâtiné de saillies intempestives comme le drapeau aux fenêtres le 14 juillet ou autre “bravitude” calculée d'après les sondages…

La machine à perdre, d'une précision d'horlogerie, est en route.
Certains prédisent la fin du monde pour 2012. Comme le disait un essayiste, il y aurait pire : que Nicolas Sarkozy soit réélu cette année-là !

Flou… artistique ?

La lenteur de prise de vue de l'iphone donne parfois des résultats intéressants. Exemples.


Les poteaux se courbent sous l'effet de la vitesse.


La voiture rouge file sur le boulevard.


Les lignes EDF prennent des allures souples et fluides.

C'est ce genre d'aléa qui avait permis de trouver une amusante couverture pour le livre Il voyage en solitaire (éditions AO).
Voir : www.ao-editions.com/catalogue_voyage.htm

vendredi 3 décembre 2010

Le sens des mots

À toute chose malheur est bon : Jacques Julliard ayant quitté le Nouvel Obs pour Marianne, sa chronique est remplacée par celle de Jean-Claude Guillebaud. Et ça, c'est une excellente nouvelle !
N'ayant pas la télévision, je ne lisais du supplément télé de l'hebdomadaire que la dernière page, où la chronique de Jean-Claude Guillebaud était bien peu mise en valeur.

Or, cet homme écrit souvent ce que je ressens sans parvenir toujours à l'exprimer, ou bien attire mon attention sur des faits que je n'avais pas remarqués.

Sa première chronique, intitulée Le Devoir de colère, m'a tout particulièrement plu car elle aborde la question du choix des mots, parfois remplacés par des pseudo-synonymes sournois et manipulateurs.
Le sous-titre de son billet est : “Dans une démocratie d'opinion, il faut aussi savoir se battre sur le véritable sens des mots”.
Il cite trois exemples édifiants de substitutions de termes qui “transmettent de manière subliminale la même injonction, […] clairement démobilisatrice” :
  1. Gouvernement -> Gouvernance
  2. Réglementation -> Régulation
  3. Volonté -> Volontarisme
Il relève avec justesse que la gouvernance* est moins contraignante, la régulation** plus évasive et le volontarisme*** une posture plus qu'autre chose. Et il conclut avec pertinence :
Par le truchement du langage, on désarme en douceur une démocratie en l'empêchant “mentalement” de résister aux marchés. Les peuples sentent bien qu'après avoir ruiné leurs finances, on a confisqué leur langage.
J'ajouterai que ce n'est pas un hasard si au moins deux de ces trois mots sont des transferts (et non des traductions) de la langue anglo-saxonne. N'y voyez aucun ostracisme, juste le souci des mots justes.
Guillebaud donne d'autres exemples, dont celui-ci, qui résume tout : le mot “capitalisme” remplacé par “libéralisme”. Sur le mode sournois, c'est, je trouve, assez emblématique !

* La gouvernance est un terme venu des entreprises. Il fait plutôt référence à “gestion” qu'à de véritables décisions. Une sorte d'animation, sans le moindre désir de changement.
** Je ressens dans régulation l'image du fleuve que l'on canalise, sans pour autant réduire le volume d'eau ni la vitesse du courant, et encore moins l'orientation du cours d'eau.
*** Notre président de la République en est l'exemple parfait. Il ne cesse d'afficher son volontarisme tout en étant versatile et sans suite dans les idées. On est loin de la “volonté” de peser sur les choses.

Moderne ?

Je cite Daniel, ami, auteur de polars et élu à Achères (Yvelines). L'actualité accumule parfois des faits qui laissent pantois :
« Aujourd’hui, faut être moderne : laisser sa gosse dans la bagnole pour aller danser ; divulguer des conversations d’autres personnes sans leur autorisation ; mettre le prix Goncourt en ligne gratos ; habiter une HLM quand on est pourri de tunes ; se faire payer 600 000 euros par an pour veiller au paiement des droits d’auteurs des chanteurs (Bernard Miyet, président de la Sacem), j'en passe, des vertes et des pas mûres, et tout ça c’est normal. »
(Extrait du site danielsafon.hautetfort.com)

Il exagère, Daniel ? Pas tant que ça ! L'adjectif “moderne” est accommodé à toutes les sauces, au point qu'on se méfie, désormais, de cette modernité qui rime souvent avec régression…

jeudi 2 décembre 2010

Sœur Anne

Le titre du dernier Disney m'interpelle. Je m'interroge… Mais quelle est la question ? Et comment traduire ce titre de l'américain vers le français ? Je ne vois qu'une possibilité : Anne-Sœur.

(Renseignements pris auprès de Wikipédia, j'ai trouvé la réponse à ma question : les raiponces sont des plantes herbacées. Qui l'eût cru ? Du coup, raté, le coup de la traduction : et puis… zut !)