dimanche 21 novembre 2010

Connexions déconnectées

À quoi servent les mots ? À transmettre des informations à un lecteur. Jusque là, c'est simple. Alors pourquoi choisir des termes imprécis, mal traduits de l'anglais le plus souvent ?
Observez cette annonce proposant un tarif promotionnel sur le trajet Lyon-Londres, quitte à cliquer dessus pour mieux en voir les petits caractères :


Deux emplois successifs du mot “connexion” brouillent le message :
Les trains proposant le tarif de 130 € A/R* pour un temps de connexion optimal (5h environ)…
Et, plus bas :
Tous les trajets sont en connexion via la gare de Lille Europe.
Que signifie ce jargon ?

Dans le premier cas, après lecture rapide, j'ai spontanément pensé qu'il s'agissait de se connecter à Internet, ou de bénéficier d'un temps de connexion (de la WiFi dans le TGV ?) de 5 heures. Eh bien non, il s'agissait d'une “durée de trajet” – le “temps”, en l'occurrence, est mal employé, tandis que “connexion” est traduit directement de l'anglais.

Pire encore, dans le second cas, le mot “connexion” est utilisé à la place de “correspondance”, infirmant la signification du premier, tandis que le mot “trajet” est cette fois présent. Les rédacteurs se sont ici piégés eux-mêmes : il aurait été délicat d'écrire que “toutes les connexions sont en connexion via la gare de Lille Europe”. De surcroît, le mot “via” est malvenu, puisqu'une correspondance (ou une “connection” au sens de connecter, brancher deux trains) se fait plutôt “à la gare” que “via la gare”.
Quel charabia !

Connection ?
Aussi étonnant que cela paraisse, le mot “connection” n'existe pas en français. Seule l'orthographe “connexion” s'y trouve. Elle désigne une “liaison entre deux points d'un circuit électrique” ou bien “le rapport entre des choses connexes”.
“Connection”, en anglais, rassemble plusieurs sens, au premier rang desquels : rapport, relation et, pour les trajets, liaison et correspondance. Il est donc inutile de le transcrire directement en substituant un X aux lettres CT, car on perd du sens et de la précision…

Correspondant ?
Mais ce n'est pas tout, hélas ! On lit aussi dans le tableau :
Numéro de train : 9199
(TGV correspondant : 5144)
Là encore, les termes prêtent à confusion : une lecture rapide incline à penser qu'on a le choix entre un train (9199) et le TGV qui lui est équivalent (“correspondant”). Il s'agissait en réalité d'un TGV “en correspondance” avec le train 9199 – du moins c'est ce que j'ai cru comprendre, bien que la liaison Lyon-Lille s'effectue à mon avis en TGV et non en train banal…

La consultation de voyages-sncf.com permet de démêler les fils de cet embrouillamini :


Le “train 9199” est en réalité un Eurostar numéroté 9129, et le TGV 5144 n'est pas “correspondant” puisque c'est celui que l'on doit emprunter en premier à Lyon pour, ensuite, prendre, en correspondance à Lille Europe, ledit Eurostar. Et le temps de trajet total est de 5h37 compte tenu d'une heure d'attente à Lille (l'arrivée à Londres est à décaler d'une heure, car il s'agit de l'heure locale britannique). Cette longue attente à Lille n'a rien d'optimal enfin… Mais on va arrêter là !

Bref, au lieu d'écrire “Bon voyage!” (sans espace devant le point d'exclamation d'ailleurs, typographie anglo-saxonne), la SNCF aurait mieux fait de nous adresser un “Bon courage !” pour comprendre les détails de leur mirifique proposition !

Orthographe, typographie, choix des mots, tout cela n'est pas un jeu gratuit et théorique. Ils sont seuls capables d'assurer la lisibilité et la compréhension d'un texte, autrement dit son efficacité ergonomique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire