samedi 27 novembre 2010

Marcher sur la tête

Imaginez quelqu'un qui :
  1. Marche sur la tête (c'est déjà pas facile)
  2. Se tire une balle dans le pied (encore plus délicat dans cette posture)
Eh bien il semble que ce soit exactement ce qui se déroule dans la zone euro ces temps-ci.

Libération donne quelques chiffres dans son numéro d'aujourd'hui. Rien de révolutionnaire, d'ailleurs, de simples statistiques officielles et banales. Mais elles sont lourdes de sens :
  • La dette souveraine irlandaise représente un peu plus de 100 milliards d'euros (NB : la dette française, elle, s'élève à 1600 milliards, soit seize fois plus)
  • Les créances sur l'Irlande sont détenues à 60% par des établissements financiers de la zone euro
  • Celles de la Grèce le sont à 66%, du Portugal à 62%
La conclusion est sans appel, nous citons :
Les “marchés” qui déstabilisent la zone euro sont donc, pour l'essentiel, ses propres banques, sauvées par l'endettement des États qu'elles leur reprochent désormais. Ce sont elles qui mettent en péril […] l'économie de ces pays, voire la survie de la monnaie unique.
Il n'y a rien à ajouter ! Qui avait dit, déjà, que le fonctionnement des marchés “libres” était rationnel ?

mardi 23 novembre 2010

Mélenchonisation ?

C’était le 6 mai 2007, soir du second tour des élections présidentielles. Jean-Luc Mélenchon tentait de développer un argumentaire, quand l’animatrice le coupa, arguant d’une “importante information” – dans le genre breaking news (to break = casser). De quoi s’agissait-il de si important ? On apprenait que Ségolène Royal et François Hollande n’étaient plus ensemble. J’ai éprouvé la même colère que Mélenchon à ce moment-là. Quand le people casse la politique, il y a de quoi être énervé !

La colère… c’est ce qu’exprime Mélenchon dans son livre polémique, Qu’ils s’en aillent tous ! (Flammarion, 142 pages, 10 €). Le titre lui a valu des accusations de populisme, voire d’être comparé à Le Pen, par Cohn-Bendit ou Huchon. Bigre !

Jean-Luc Mélenchon m’a toujours été sympathique – et pas seulement parce qu’il porte le même prénom que moi (je plaisante). Lui, comparé à Le Pen ?! Bizarre ! Le mieux, pour se rendre compte, est encore de lire ledit livre, non ? Au moins, on juge sur pièces, et voyons si nous sommes gagnés par la “mélenchonisation des esprits” que Manuel Valls a cru bon de dénoncer…

Une colère froide et réfléchie
De cette lecture il ressort que sa colère est froide et réfléchie, et que la seule maladresse, à mes yeux du moins, est son titre : le “Qu’ils s’en aillent tous” est de trop et brouille peut-être le message, les commentateurs s’appuyant sur son caractère excessif pour déconsidérer l’ensemble du propos. Force est de reconnaître cependant que, bien qu'étant loin d'avoir le profil d'un militant du Parti de Gauche (PG), je partage certaines de ses indignations.

Il y a d'ailleurs un exemple de “qu’ils s’en aillent tous” auquel je souscris : celui des footballeurs qui s’exilent fiscalement parce que, les pauvres choux, ils refusent de payer des impôts dans le pays même qui leur a permis de devenir ce qu’ils sont. Il faut lire ce qu’en dit Mélenchon :
Qu’ils s’en aillent tous aussi ces anti-héros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude.
On lira aussi ses commentaires sur Anelka (page 65), joueur que je ne connais pas, mais dont les propos me font dresser les cheveux sur la tête. Anelka n’est-il pas populiste, au pire sens du terme, dans sa façon poujadiste de refuser l’impôt et la solidarité ? (et toujours page 65, à propos des tennismen :)
Pas une seule de ces “stars exemplaires” qui sont données à regarder comme des héros n’assume ses responsabilités à l’égard de la société.
Au-delà de ces propos polémiques, quelques phrases bien senties font réfléchir, comme celle-ci :
Est nommée “valeur” la taxe privée qu’est le bénéfice et “charge” l’impôt public destiné au bien commun. (page 49)
L’inversion des valeurs, justement, fait froid dans le dos. Où va une société qui cherche à tout prix à se “décharger” des êtres humains ? Reconnaissons qu’il y a là un réel problème !
Mélenchon vise juste quand il dénonce les salaires pharamineux des grands manitous du CAC40 :
Depuis le début des années 2000, les revenus des patrons du CAC 40 ont été multipliés par huit ! Tel quel ! Les récitants de la “modération salariale”, comme ils disent, les chantres de l’austérité, les pourfendeurs des “charges salariales”, les éradicateurs des “privilèges sociaux”, ont augmenté leur salaire de 700% ! Ainsi, bon nombre de patrons du CAC 40 gagnent en un jour ce que gagne un smicard en un an. (page 58).
Ou encore, page suivante :
La maison BNP Paribas […] a mis de côté 500 millions de bonus pour ses dirigeants et traders. Cela donne un bonus moyen de 250000 euros par crâne d’œuf ! Savez-vous de combien est le salaire moyen dans ce pays ? 2000 euros. Ces grands tripoteurs d’argent de BNP Paribas touchent en prime, pour une année de spéculation, l’équivalent de dix ans de travail d’un tel salaire moyen (page 59).
Le ton est acerbe, et je déplore pour ma part le terme “crâne d’œuf” qui ajoute inutilement une tonalité vaguement injurieuse alors que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Précisons que ces bonus concernent l’année 2009, celle de la fameuse crise financière, et non pas une année florissante de prospérité !

Sur l’Europe, Mélenchon est encore plus sévère.
Le capital exige que soient constitutionnalisées les normes interdisant qu’on le maîtrise. […] Il n’existe pas un seul exemple d’un mieux social quelconque qui soit venu de l’Europe en France. La règle de la concurrence libre et non faussée : voilà la nouvelle table des lois applicable en toutes circonstances sur tous les sujets, jusqu’au grotesque. “Liberté, Égalité, Fraternité” ont été dissoutes dans le Code du commerce.

La déception à l’égard de l’Europe, nous sommes nombreux à la ressentir. Car la concurrence n’est pas considérée comme “faussée” lorsque se pratique le “dumping social et social”. Or qu’est-ce que le dumping, sinon une distorsion malhonnête de la concurrence ? En quoi le maintien de services publics menace-t-il réellement l’équilibre économique de l’Union Européenne ? On mesure les excès de ce libéralisme outrancier – Jacques Généreux parlerait de “marchéisme”, il a été bien inspiré de créer ce néologisme.

Le pire est qu’il n’exagère pas vraiment : c’est presque ça. N’y a-t-il pas de quoi être en colère, aussi raisonnable et pondéré que l’on soit ?

Et après ?
Alors bien sûr, où la thèse de Mélenchon devient plus délicate, c’est quand il en vient aux solutions. Sa “révolution citoyenne”, démocratique, fondée sur le vote, des élections, une assemblée constituante et des référendums, peut paraître sympathique. Il n’empêche ! Imaginons que la France prenne les décisions qu’il préconise, telles que d’opposer des “opt-out” sociaux aux normes européennes, ou de créer une tranche à 100% de l’impôt sur le revenu, ou encore d’élire les responsables de l’audiovisuel. Le “système” ne resterait pas inerte, il résisterait de toutes ses forces. Pire encore, nos voisins et partenaires auraient vite fait de nous lâcher en rase campagne, et les mesures de rétorsion financière – les marchés internationaux, les agences de notation et autres institutions – garderaient leur pouvoir de nuisance intact. Ah oui, il fait bon rêver, mais il faut aussi revenir sur terre !

Remercions tout de même Jean-Luc Mélenchon de “faire turbuler le système”. Il en a bien besoin, de turbuler… ne serait-ce que du côté du PS, dont le projet avance à une lenteur d'escargot.

dimanche 21 novembre 2010

Connexions déconnectées

À quoi servent les mots ? À transmettre des informations à un lecteur. Jusque là, c'est simple. Alors pourquoi choisir des termes imprécis, mal traduits de l'anglais le plus souvent ?
Observez cette annonce proposant un tarif promotionnel sur le trajet Lyon-Londres, quitte à cliquer dessus pour mieux en voir les petits caractères :


Deux emplois successifs du mot “connexion” brouillent le message :
Les trains proposant le tarif de 130 € A/R* pour un temps de connexion optimal (5h environ)…
Et, plus bas :
Tous les trajets sont en connexion via la gare de Lille Europe.
Que signifie ce jargon ?

Dans le premier cas, après lecture rapide, j'ai spontanément pensé qu'il s'agissait de se connecter à Internet, ou de bénéficier d'un temps de connexion (de la WiFi dans le TGV ?) de 5 heures. Eh bien non, il s'agissait d'une “durée de trajet” – le “temps”, en l'occurrence, est mal employé, tandis que “connexion” est traduit directement de l'anglais.

Pire encore, dans le second cas, le mot “connexion” est utilisé à la place de “correspondance”, infirmant la signification du premier, tandis que le mot “trajet” est cette fois présent. Les rédacteurs se sont ici piégés eux-mêmes : il aurait été délicat d'écrire que “toutes les connexions sont en connexion via la gare de Lille Europe”. De surcroît, le mot “via” est malvenu, puisqu'une correspondance (ou une “connection” au sens de connecter, brancher deux trains) se fait plutôt “à la gare” que “via la gare”.
Quel charabia !

Connection ?
Aussi étonnant que cela paraisse, le mot “connection” n'existe pas en français. Seule l'orthographe “connexion” s'y trouve. Elle désigne une “liaison entre deux points d'un circuit électrique” ou bien “le rapport entre des choses connexes”.
“Connection”, en anglais, rassemble plusieurs sens, au premier rang desquels : rapport, relation et, pour les trajets, liaison et correspondance. Il est donc inutile de le transcrire directement en substituant un X aux lettres CT, car on perd du sens et de la précision…

Correspondant ?
Mais ce n'est pas tout, hélas ! On lit aussi dans le tableau :
Numéro de train : 9199
(TGV correspondant : 5144)
Là encore, les termes prêtent à confusion : une lecture rapide incline à penser qu'on a le choix entre un train (9199) et le TGV qui lui est équivalent (“correspondant”). Il s'agissait en réalité d'un TGV “en correspondance” avec le train 9199 – du moins c'est ce que j'ai cru comprendre, bien que la liaison Lyon-Lille s'effectue à mon avis en TGV et non en train banal…

La consultation de voyages-sncf.com permet de démêler les fils de cet embrouillamini :


Le “train 9199” est en réalité un Eurostar numéroté 9129, et le TGV 5144 n'est pas “correspondant” puisque c'est celui que l'on doit emprunter en premier à Lyon pour, ensuite, prendre, en correspondance à Lille Europe, ledit Eurostar. Et le temps de trajet total est de 5h37 compte tenu d'une heure d'attente à Lille (l'arrivée à Londres est à décaler d'une heure, car il s'agit de l'heure locale britannique). Cette longue attente à Lille n'a rien d'optimal enfin… Mais on va arrêter là !

Bref, au lieu d'écrire “Bon voyage!” (sans espace devant le point d'exclamation d'ailleurs, typographie anglo-saxonne), la SNCF aurait mieux fait de nous adresser un “Bon courage !” pour comprendre les détails de leur mirifique proposition !

Orthographe, typographie, choix des mots, tout cela n'est pas un jeu gratuit et théorique. Ils sont seuls capables d'assurer la lisibilité et la compréhension d'un texte, autrement dit son efficacité ergonomique.

samedi 20 novembre 2010

Mini-manif

Hier, les sons amplifiés d'un mégaphone m'ont fait croire qu'une manifestation passait dans la rue en bas de chez moi. L'instinct du chasseur de scoops aidant, j'ai photographié le convoi.


Si c'était une manifestation, son effectif demeurait modeste : 4 participants, dont un cycliste (selon les organisateurs), zéro (selon la police). En revanche, le dispositif policier apparaissait important, deux voitures contre une unique fourgonnette, qu'on aurait pu confondre avec un véhicule de pompiers, n'étaient les drapeaux CGT flottant sur le toit. L'ambiance rappelait plus la promotion des représentations d'un cirque que celle d'une manif.
Renseignements pris, il s'agissait d'appeler à une (vraie) manifestation le 23 novembre prochain…

vendredi 19 novembre 2010

Faire le mur (épisode 1)

Un ami, Guy, m'a fait passer quelques photos étonnantes.
Regardez ce petit diaporama…

La suite des commentaires dans le billet suivant, à cette adresse.

Faire le mur (épisode 2)


C'est ce qui s'appelle “grimper comme un chamois” ! Les bouquetins sont en effet des animaux voisins des chamois, particulièrement adroits et capables de passer là où les mains de l'homme ont déjà du mal à poser le pied.
Il se trouve que le mur de ce barrage, très raide sans être vertical, est garni de mousses, de lichens et même de sel, dont ces quadrupèdes sont friands. Aussi n'hésitent-ils pas à “faire le mur” pour aller les déguster.

De quoi avoir envie de se réincarner en bouquetin, dans une prochaine vie !

Il s'agit du barrage de Cingino, en Italie.

lundi 15 novembre 2010

Fillon version 3.0

L'auteur de ces lignes s'était promis de ne pas évoquer le non-événement du gouvernement Fillon, troisième du nom. Son naturel de sciences-potard ayant repris le dessus, mâtiné d'informaticien, voici donc ses commentaires sur le logiciel Fillon version 3 point Zéro.
  • Michèle Alliot-Marie collectionne les ministères régaliens, bouclant sa série avec les affaires étrangères, après la défense (sous Chirac), l'Intérieur et la Justice sous Sarkozy. Au-delà de ses qualités d'homme d'État, on retrouve comme un parfum de chaises musicales très IVe République*.
  • Alain Juppé apporte sa caution d'expérience, tandis que le “pauvre” Bernard Kouchner, que son ambition effrénée aura finalement carbonisé, prend la porte…
  • NKM remporte une belle victoire en damant le pion à Borloo, avec qui elle avait eu un accroc sur les OGM en avril 2008. À 37 ans seulement, elle se retrouve numéro 3 du gouvernement dans l'ordre protocolaire !
  • Jeannette Bougrab, 37 ans également, devrait donc quitter la Halde, qu'elle a pourtant dépoussiérée, pour représenter la Jeunesse et la vie associative. Gageons qu'on entendra parler d'elle !
  • A part ça, peu de changement : Hortefeux reste à l'Intérieur, Lagarde garde l'économie et les finances, Baroin le budget, Frédéric Mitterrand la culture, Xavier Bertrand retrouve son poste dont on l'avait licencié début 2009.
  • Éric Besson émigre vers un secrétariat d'État sans grand relief, comme quoi “le crime ne paie pas” tant que ça !
  • Mais le comble de l'horreur est la nomination de Frédéric Lefebvre au secrétariat d'État chargé du commerce, de l'Artisanat, des PME, du Tourisme, des services, des Professions libérales et de la Consommation. Outre la longueur du titre – bonjour les cartes de visites ! – le blogueur se sent humilié que sa profession (conseil indépendant + TPE) soit représentée par un homme-caricature, clown médiatique aux allures poujadistes affirmées.
On attend donc la version 3.1 pour correction des bugs de la version 3.0.

Quant aux absents – Borloo doit regretter ses investissements capillaires et de cravates – ils vont retrouver leur “liberté de parole”, clament-ils. Ah bon, ils étaient bâillonnés auparavant ?

Il reste à souhaiter bon vent au collaborateur de Nicolas Sarkozy, qui a réussi à naviguer en eaux troubles pour s'imposer à son patron.

* Petite note typographique
J'aurais aimé composer IVe République avec un exposant, mais il faudrait aller plus loin dans les styles et autres points très techniques, car la présence de l'exposant perturbe l'interlignage des paragraphes – soit IVe République –, ce qui n'est guère élégant.

dimanche 14 novembre 2010

Moog un peu ondes Martenot



Découvert au hasard d'un lien : http://dh68.wordpress.com/
Assez étonnant, non ?

Solutions de continuité

L'information est tombée, à la surprise générale : François Fillon est notre “nouveau” Premier ministre !
Laurence Parisot pourra se présenter au César de la langue de bois, avec cette formule (sur France Info) :
La continuité aussi, c'est une forme de rupture
Bravo ! J'ajoute la réciproque du théorème : “la rupture est aussi une forme de continuité”, dans le style du “changement dans la continuité” de Pompidou (son slogan de la présidentielle de 1969).

Quand on y songe, c'est bien d'une solution de continuité dont aurait eu besoin notre président, qui l'a cherchée – sans la trouver – pendant 6 mois (un record, surtout pour un homme réputé être… rapide). La définition de “solution de continuité” n'est en effet rien d'autre que “coupure, hiatus, rupture” (dixit Le Robert). C'est donc Laurence Parisot qui aurait dû être nommée Premier ministre.

Addendum : l'auteur de ces lignes est très flatté que l'exécutif ait décidé de travailler le dimanche pour contribuer à égayer le jour de son anniversaire d'un immense éclat de rire (à moins qu'il n'ait songé à son copain Dominique, né lui aussi un 14 novembre).

jeudi 11 novembre 2010

Fracture générationnelle

Le graphique tout simple publié récemment dans Le Monde (*) exprime la grave fracture générationnelle qui s'est ouverte dans notre société.
(*) Le Monde daté 9 novembre, page 19, Investir dans notre jeunesse, par Olivier Ferrand, président du club Terra Nova.
Aujourd'hui, l'écart moyen de salaire entre les salariés de 30 ans et de 50 ans est de 40% contre 15% en 1975.
On aurait pu croire que l'évolution aurait été inverse, sous la pression de deux facteurs :
  1. La baisse tendancielle de l'avancement automatique à l'ancienneté
  2. La hausse spectaculaire du niveau de formation des jeunes
Cet écart montre crûment que les entreprises, pouvant difficilement réduire les salaires des personnes déjà en poste, réduisent spectaculairement ceux des nouveaux recrutés.

Ces deux chiffres laissent aussi entendre que, d'ici 10 ou 20 ans, progressivement, les rémunérations des actifs baisseront fortement. En effet, il faudrait que les salaires des 30 ans triplent en 20 ans pour que l'écart reste le même. Peu probable ! En supposant qu'il ne fasse que doubler, ce qui serait déjà beaucoup, la baisse de niveau de vie serait de 25% (15% devenant 30% comparé aux 40%, soit 10/40) Voilà qui augure mal de l'avenir de la consommation ! La croissance risque de s'en ressentir !

Ces chiffres expliquent aussi pourquoi les entreprises ne recrutent plus de quinquagénaires (et peu de quadragénaires), tout en hésitant à recruter des moins de 30 ans, au motif que leur expérience serait insuffisante. L'absurdité de ce schéma est patente : seule la tranche 30-40 ans serait “employable”, ce qui réduit notablement la “population active souhaitée” !

Ils montrent enfin combien la pyramide des âges donne aux seniors un pouvoir croissant. On le voit dans la politique : un président de la République de moins de 55 ans est quasiment en crise d'adolescence, tandis qu'un ministre de 45 ans est assimilé à un enfant à peine sorti des classes maternelles… Ne dit-on pas que notre président a été élu avec les voix des retraités ? On comprend mieux, dès lors, les décisions qu'il prend.

Petit conseil aux plus jeunes : n'oubliez pas de voter !

Et pour donner la preuve qu'à moins de trente ans on est créatif, écoutez Flints Are Birds :
Inner Mockery par Flints Are Birds

mardi 9 novembre 2010

Train-train

Le train-train des actualités se traîne, tel ce train de déchets nucléaires qui a mis trois jours à rallier l'Allemagne depuis le Cotentin. Les écologistes des deux côtés ne voulaient ni que le train parte, ni qu'il arrive. À croire qu'il aurait dû rester éternellement entre deux gares, attendant que les containers se fissurent et libèrent leur poison. Une sorte de boucle sans fin, à l'image de ces manifestations sans queue ni tête (de train). Voilà qui fait penser aux trains de réformes de notre président, l'un chassant l'autre, l'un cachant l'autre, comme aux passages à niveaux. Les pauvres manifestants ont regardé, déconfits, passer les textes dans nos assemblées, finalement votés, comme ces vaches qui regardent passer les trains en ruminant leur herbe, en troupeaux. Bref, le train-train du quinquennat, parti de mai 2007 et essayant d'arriver à 2012, circule, hagard, sans savoir dans quelle gare croiser les wagons de l'opposition, bondés de candidats à la présidentielle. À ce train-là, on risque bien d'être en retard sur l'horaire de l'Histoire…

Une innovation cependant, rapportée par Le Monde : les forces de l'ordre ont renoncé à utiliser les gaz lacrymogènes, trop polluants, leur préférant des “jets de sprays de poivre”. En espérant toutefois que ces “sprays” ne requièrent pas de gaz propulseurs, ceux-là même qui attaquent la couche d'ozone ! Car alors, nos pauvres écolos auraient, par leurs actions, porté atteinte à cet ozone qu'ils défendent avec tant d'énergie (renouvelable).

Ci-dessous une version plus compacte, essayant de rentrer dans le canevas des billets de Robert Solé dans Le Monde (environ 1200 signes, espaces compris). Cliquez sur l'image pour l'agrandir…

lundi 8 novembre 2010

Tabac : +6%

Ce lundi 8 novembre, le prix du tabac a augmenté de 6%. Un paquet de cigarettes est désormais vendu 6 euros en moyenne. Il faut juste espérer que les fumeurs continueront à fumer, afin que le produit de la taxe puisse renflouer nos budgets. Une fois encore, en tant que fumeur (hou, le vilain !) je pose le liminaire suivant : “je le sais, fumer n'est pas bon pour la santé”. On ne sait jamais : des fois qu'une loi envoie en prison les “incitateurs à fumer”. Ça ne saurait tarder ! Une fois ces propos liminaires posés…

Bertrand Vergely, philosophe interviewé par Le Monde (6 novembre), remarquait avec raison deux choses :
(1) Derrière les messages de prévention se cachent parfois des associations qui font du zèle, associations non pas citoyennes mais puritaines, obsédées par les théories hygiénistes.
C'est la sensation que l'on a en entendant ces associations trouver que le prix du tabac est encore “trop bas”. On a parfois envie de leur dire : mêlez-vous de vos fesses ! Elles vous répondront : “tabagisme passif”. Voire ! N'oublions pas que, parmi les victimes du tabagisme passif figurent aussi les fumeurs (entre chaque cigarette quand ils restent dans leur local enfumé). Un biais statistique pour le moins douteux !
Douteux aussi le bon vieil argument selon lequel ces taxes sont destinées à compenser le surcoût de soins pris en charge par la Sécurité sociale. Le budget social de la nation comprend aussi – on en a beaucoup parlé récemment ! – celui des retraites. Or, chaque décès de fumeur allège d'autant la masse des pensions à verser. Ne devrait-on pas, mutatis mutandis, fournir une prime aux fumeurs à chaque paquet acheté, afin que leurs héritiers bénéficient de la pension qu'ils ne toucheront pas ?
(2) Si, comme il est écrit, “fumer tue”, il faut interdire immédiatement la vente et l'usage du tabac.
Une remarque de bon sens, qui met en exergue l'exagération et l'absurdité de tels slogans.
Plus largement, derrière ces excès pointe la peur qui est agitée à tout propos dans nos sociétés obsédées par la sécurité à tout prix. La peur débouche mécaniquement sur l'autoritarisme, déguisé en “bons sentiments”. Je suis toujours consterné par ces soi-disant “bonnes âmes” qui, en réalité, déchainent à bon compte leur frustration et leur agressivité sur leurs semblables… Ces intégristes de l'hygiénisme ne méritent que le mépris. D'autant plus que le souci de la santé publique trouve vite ses limites ! À quand une taxe sur les entreprises dont le stress des salariés cause maladies, dépressions et suicides ? Eux aussi coûtent cher à la société. Et l'on pourrait multiplier les exemples (alcool, accidents automobiles…).

En élargissant le point de vue, on observe combien la tentation est grande de poursuivre les citoyens de taxes, règlementations et brimades tatillonnes de toute sortes – on songe au tri des déchets. Si l'on n'y prend pas garde, on ne pourra bientôt plus faire le moindre geste sans se retrouver taxé ou pénalisé. La dictature n'est-elle pas aussi un système qui veut le “bien des gens malgré eux”, selon ses propres critères érigés en dogmes intangibles ? In fine, il s'agirait bien en effet d'interdire toute faiblesse, toute erreur et tout comportement qui dévie un tant soit peu de la norme établie.

dimanche 7 novembre 2010

L'architecture selon Renzo Piano

Quelques extraits de l'interview donnée par l'architecte Renzo Piano au supplément du Monde numéro 16 de novembre 2010 (vous savez, cet énorme journal en couleurs, énorme gâchis d'encre et de papier… sauf pour cette interview, une exception qui confirme la règle !)

Art ou technique ?
J'ai appris que l'architecture était un art complexe et différent. C'est un art, puisqu'il est question de choix, de beauté et de poésie, mais c'est aussi une science, puisqu'elle intègre la technologie et la recherche. Enfin, elle joue un rôle social, puisqu'elle est en relation avec la collectivité et le monde.
Le beau et le bon
Mais l'art est technique ! C'est une idée “hérétique” que j'adore, car je la trouve tellement vraie. Dans plusieurs cultures et langues, les notion du beau et du bon, de l'artiste et du technicien, vont de pair. Aujourd'hui, on vit dans une époque où ces concepts sont séparés, où l'artiste et le constructeur sont deux entités différentes.
Écouter et comprendre
L'architecture, c'est l'art difficile d'écouter, de comprendre. Pas d'obéir, mais de comprendre ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui est vrai, ce qui est faux. […] J'ai passé ma vie à écouter, à prendre,  à voler. C'est pour cela que je considère l'architecture comme un métier “corsaire”. Mais, à l'encontre du corsaire, l'architecte prend pour restituer.
Style ?
Le style vous rend auto-référentiel. On ne s'occupe plus ni de la topographie, ni de la géographie, ni des gens, ni des lieux. On a une idée et on l'impose. C'est une erreur.
Besoins et désirs
C'est un métier dans lequel vous devez répondre non seulement aux besoins, mais aussi aux désirs. C'est ça qui rend l'architecture noble. Si vous ne répondiez qu'à des besoins, ce serait du bâtiment.
Honnête et loyal
Il ne faut pas s'autocensurer […] mais il ne faut pas non plus provoquer juste pour le plaisir de provoquer. Je crois qu'au fond il faut être honnête, loyal et qu'il faut toujours chercher la vérité.
Pas mal, n'est-ce pas ? Autant de phrases qui seraient des sujets de dissertations ! Et elles peuvent s'appliquer à quasiment tous les métiers, quand on y songe…

Addendum : quelques jours après la rédaction de ce billet, je suis passé par hasard devant les bureaux parisiens de Renzo Piano Building Workshop, rue des Archives à Paris :


Agrandir le plan

Sur Google Street, on ne voit pas l'intérieur du local, joliment décoré de maquettes en bois des projets de l'architecte. Regardez-bien, quitte à zoomer, c'est la voiture de Google qui se reflète dans les vitres !

jeudi 4 novembre 2010

Vous avez dit “Grenelle” ?

La campagne primo-ministérielle de Jean-Louis Borloo le conduit à proposer (encore) un nouveau “Grenelle”, sur la fiscalité cette fois. L'abus de ce symbole de la sortie de Mai 68, pour mieux le banaliser peut-être, finit par être irritant. Juste deux remarques :
  1. Le Grenelle des 25 et 26 mai 1968 s'était conclu par un relèvement du SMIG de 25%, et des autres salaires d'au moins 10%. Pas grand chose à voir avec la politique du gouvernement de 2010, donc.
  2. Il y a un domaine qui aurait dû faire l'objet d'un “Grenelle”, pourtant, mais ce n'est venu à l'idée de personne, pas même de Maître Borloo.
Quel domaine, me direz-vous ? La devinette est très difficile à résoudre, extrêmement difficile, même.
Aussi vous donné-je la solution sans barguigner 
un “Grenelle”… des retraites !
Bon sang, mais c'est bien sûr ! Et dire que personne n'y a pensé parmi les multiples conseillers éclairés du président de la République !

lundi 1 novembre 2010

18 mois chrono

Une initiative mérite d'être saluée : au lieu de publier un pensum politique de plus, Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès ont choisi un genre ludique et pédagogique, celui de la “politique-fiction”.
Leur livre 18 mois chrono, une cohabitation du troisième type, écrit avec l'aide du journaliste Renaud Chenu, ne nous emporte pas dans un futur lointain, mais bien dans un futur proche, puisqu'il correspond même… à notre présent.

La rédaction du livre s'est achevée fin août de cette année, et l'action commence dans la foulée. Les auteurs font une hypothèse baroque : la réforme des retraites entraînant des manifestations et dérapages nombreux, le président de la République tente de faire diversion en dissolvant l'Assemblée nationale. Dimanche 28 novembre 2010, une majorité de gauche sort des urnes. Martine Aubry entame ainsi une cohabitation en tant que Premier ministre…

C'est enlevé, souvent drôle, mais surtout instructif : Lienemann et Quilès connaissent le monde de la politique à la perfection. Ils nous font réfléchir sur les enjeux de la prochaine élection présidentielle – qui clôt le livre avec une chute inattendue.

Certes, on sent que le texte a été écrit à toute vitesse, probablement à la faveur de quelques jours de vacances en août. Ça se voit à des erreurs de typographie et approximations. Ma (modeste) activité d'éditeur me permet de comprendre combien sortir un livre aussi vite est difficile. Il n'empêche, cet effort original mérite d'être salué ! Lisez-le, vous apprendrez plein de choses et vibrerez au suspense de deux élections majeures “en avance”. On s'y croirait !

Liens :
Le blog de Marie-Noëlle Lienemann, http://lienemann.typepad.fr/
Le blog de Paul Quilès, http://paul.quiles.over-blog.com/