vendredi 10 septembre 2010

Retraites : concours de bêtise et de démagogie

Ce qu'il y a de désespérant, dans ces débats sur la réforme des retraites, c'est qu'il n'y pas… de réforme.
À droite, on déplace les curseurs d'un système conservé tel quel : plus deux ans par ici, plus un an par là. Ah, çà, quelle audace ! Quelle inventivité, mon dieu !
À gauche, on promet le statu quo, telle l'inénarrable Ségolène Royal à la télévision hier. Comme étalon de la démagogie, c'est “nickel” – elle devrait être exposée à Sèvres, comme dirait Audiard…
Et pourtant, il y en aurait, des réformes !
Point besoin de chercher loin, les idées, il suffit de se baisser pour en ramasser.
  • Unifier les régimes de retraites, en particulier salariés / non salariés ou fonctionnaires / privé. Les injustices sont criantes entre les caisses de retraites : combien d'indépendants le savent, qui, à revenu égal, cotisent deux fois plus qu'une autre profession pour une pension deux fois moindre qu'un salarié ?
  • Calculer autrement les droits à retraite : le système des points est connu et utilisé en Europe. Une modulation serait alors possible (des “bonus”) pour les carrières pénibles.
  • Intégrer dans le nombre d'années de cotisation une partie des études. N'intègre-t-on pas le service militaire comme une année de cotisation ? Alors pourquoi pas les études ?
  • Ne pas se borner stupidement à des seuils intangibles : le cas des personnes ayant commencé à travailler tôt et ne touchant pas un centime de plus alors même qu'elle cotisent plus longtemps que nécessaire avant 60 ans ou 62 ans. À l'inverse, le cas des personnes choisissant de travailler plus longtemps et donc de cotiser plus longtemps tout en ne touchant pas de pension : eh bien, qu'un “bonus” leur soit offert le moment venu !
  • Changer l'assiette des cotisations retraites pour éviter de pénaliser l'emploi d'êtres humains. En gros, faire payer des cotisations retraites aux machines – modérées pour ne pas décourager le progrès, mais non nulles comme actuellement. L'assiette existe : les dotations aux amortissements des comptes des entreprises.
  • Autoriser sans limites le cumul retraite + activité complémentaire, avec la perception de cotisations retraite supplémentaires pour éviter les distorsions de concurrence avec les actifs (prestations sous-facturées pour cause de pension déjà touchée). Plus il y a des gens qui travaillent, plus le revenu global s'accroît. Transformer des chômeurs en retraités n'a jamais créé d'emploi – tandis que l'inverse, prôné actuellement, soit transformer des retraités en chômeurs, ne renfloue pas les caisses !
  • Et, pourquoi pas, geler les retraites les plus élevées pendant quelques années. Pourquoi la pression à la baisse ne concernerait-elle que les salariés ?

Pourquoi le monde politique n'évoque-t-il pas ces solutions ?
Nul complot ou bêtise. Non. Juste la peur d'une part de la complexité et d'autre part des lobbys. Il est sûr que si l'on demande aux plus favorisés de faire un effort au profit des moins favorisés, cela coince. Et ni les socialistes, otages du lobby des fonctionnaires, ni la droite, otage du lobby des patrons, ne veulent s'attaquer à leur clientèle électorale. Quant à engager une modification en profondeur du système, cela demande un peu plus que des calculs sur coins de table (de conseil des ministres), et un réel courage politique. Alors essayons de juger autrement les politiques, autrement que sur des petites phrases et des effets d'annonce. Exigeons d'eux de l'inventivité, de l'imagination, de la technicité, pas des spots publicitaires institutionnalisés !

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