mercredi 29 septembre 2010

Saint Nuage, priez pour nous

L'emploi du franglais est l'occasion de réjouissantes ambiguïtés (*).
Ainsi ce cahier de la compétitivité publié par Le Monde dans son édition datée du 29 septembre, consacré au “cloud”. Entendez par là le cloud computing (je vous fais grâce d'un topo sur le sujet).
On y disserte sur le cloud libre, le cloud mobile ou le cloud à la française.
En tout cas, il y a une commune française qui se doit de devenir la patrie du cloud : Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). J'encourage ici vivement les Clodoaldiens à se convertir d'urgence au cloud computing !

Pas de chance, la Fête de Saint-Cloud est passée. C'était le 7 septembre. Dommage, les nouveaux TICs auraient été le “cloud” de la fête !




(*) Ambigu aussi le correcteur orthographique proposé par Google dans Blogspot, qui propose d'écrire ambigüité. Le tréma n'est pas là où il l'imagine…

jeudi 23 septembre 2010

Un petit vélo dans la tête

Vous connaissez l'expression “avoir un petit vélo dans la tête” ? C'est à ça que j'ai songé en lisant un article du Monde sur la voiture dans les villes.
 Coexistence pacifique, ou voisinage contre-nature ?

Vélos en libre-service
Parmi les mesures prises par les mairies des grandes villes, on a beaucoup (trop) parlé des vélos en libre-service. Non que ces initiatives soient inutiles – elles apportent du confort, une sorte de luxe low-cost –, mais elles sont avant tout mineures.
L'article évoquait la “semaine de la mobilité”, qui invitait à “bouger autrement”. Ses conclusions sont sans appel :
La part de la bicyclette dans les transports reste inférieure à 5 %. Surtout, peu d'automobilistes troquent leur volant pour un guidon. Le développement du vélo désengorge les transports en commun, il ne réduit pas le nombre de voitures en circulation.
On s'en doutait un peu ! Les économies de CO2 sont infimes : le cycliste épargne ce qu'il aurait généré en prenant le bus ou le métro, soit un pouillème, ces deux transports circulant malgré tout, certes avec quelques dizaines de kilos en moins dans leurs véhicules ou wagons…
L'urbanisme "vert" s'engage à construire des écoquartiers compacts, mêlant logements, bureaux et commerces, pour réduire le besoin de déplacements.
Et voilà que l'on recommence dans les contre-sens ! On l'avait déjà proclamé avec les villes nouvelles d'Île-de-France : logements et emplois rassemblés dans le même lieu. Miracle ! Du coup, voilà que des ménages vivent à Marne-la-Vallée et travaillent à la Défense pour l'épouse, à Melun-Sénart pour l'époux. À moins de lier contrat de travail et bail locatif, de contraindre au déménagement lorsqu'on change d'emploi – et de séparer les couples ! –, on ne voit pas comment cette utopie pourrait fonctionner !
Surtout si l'on inclut "l'effet barbecue", selon lequel les habitants des centres-villes annuleraient le bénéfice de leur sobriété énergétique par de fréquents week-ends à la campagne et voyages en avion, quand ceux de grande banlieue compenseraient une semaine énergivore par des week-ends au calme dans leur jardin.
Voilà qui est lucide ! Les écologistes bien-pensants étaient prompts à dénoncer les banlieusards qui circulent “trop”, en RER ou, pire, en voiture – salauds de pauvres ! – tandis que les bobos restent sagement dans le centre-ville et vont bosser en vélo… avant de partir en week-end dans le Luberon, au besoin en avion…
NB : certains écolos intégristes interdiront peut-être les barbecues au motif qu'ils dégagent, eux aussi, du CO2 (!)

Rien n'est simple. Il est crucial d'analyser lucidement les choses, au risque de rester dans l'anecdotique. Et je le maintiens, ces vélos en libre-service sont sympathiques, mais ce n'est qu'un gadget.

mercredi 22 septembre 2010

Encore et toujours les boucliers !

Un sondage commandé par Le Monde annonce 79% de Français souhaitant une réforme de la fiscalité. Une bonne nouvelle ! Certes, la plupart sont d'accord pour réformer les impôts à condition d'en payer moins. Un effort de pédagogie s'impose (ha, ha !)

Plus sérieusement, quelques pistes doivent être à mon humble avis explorées.

Réétudier l'ISF. Avoir le fair-play de reconnaître qu'il fonctionne mal, entraîne de l'évasion fiscale, et a donné naissance à cette absurdité du bouclier fiscal – du moins en tant que neutralisateur de l'ISF.
Supprimer l'ISF évitera de la paperasserie, des contrôles et la procédure du bouclier. Première simplification.

En contrepartie, suivons les suggestions des centristes, pour une fois inspirés : créons une tranche supplémentaire de l'IR, en allant peut-être jusqu'au seuil de 50% (aucune complication, le système des tranches existe déjà).
Imposons le patrimoine plutôt lors des successions. C'est moins douloureux puisqu'il s'agit d'un patrimoine que l'on n'a pas encore, par définition (même remarque pour les reventes d'entreprises, c'est plus aisé de payer à ce moment-là que durant son exploitation). Là encore, les impôts existent, on ne complique pas.

Trouvons quelques compléments à deux niveaux :

1. La taxe foncière, qui ressemble beaucoup à un impôt sur le patrimoine, pourrait être augmentée dans ses taux, mais avec une assiette déduisant les emprunts restant à payer, pour éviter de frapper les contribuables endettés pour acheter leur logement. Au passage, on réviserait les assiettes absurdes et obsolètes des impôts locaux, devenues arbitraires depuis des lustres et l'on modulerait ces taxes selon le revenu, pour tout le monde.

2. Les portefeuilles boursiers et assurances vie : il est relativement aisé de demander aux banques d'imposer, à taux réduit, la valeur nette des titres détenus par leurs clients, voire à se servir des revenus de titres détenus hors de France comme assiette indirecte (un taux de rendement arbitraire appliqué à ces revenus).

Enfin, s'il faut un bouclier fiscal pour les tout petits revenus, gardons-le, il a sa raison d'être. Exemple : imaginons un retraité qui touche 8000 € par an et paye deux fois 2000 € d'impôts locaux. Ces cas, rarissimes, pourraient faire l'objet d'un bouclier quasi-social remédiant à des effets de seuils absurdes, et ne coûteraient pratiquement rien. Il suffirait de prévoir un bouclier fiscal pour des revenus inférieurs à un seuil donné.

mardi 21 septembre 2010

Les Gitanes ont rétréci

Les nouvelles Gitanes viennent de sortir. Le groupe Imperial Tobacco a récemment racheté Altadis, et produit désormais les célèbres cigarettes en Pologne. Au passage, un bug a dû se produire dans le cahier des charges, car les clopes ont rétréci.
Une constante toutefois : les cigarettes en général – et les Gitanes en particulier – tuent toujours. Malgré leur cure d'amincissement, les tiges contiennent toujours les mêmes quantités de goudron et de nicotine, semblent indiquer les mentions figurant sur le paquet (ce qui est probablement faux, la quantité de tabac ayant mécaniquement baissé, ainsi que sa qualité d'ailleurs).

Gainsbourg doit s'en retourner dans sa tombe !

Petite note de typographie : remarquez que le fait de mettre une majuscule au mot Gitanes permet de faire la distinction entre les personnes humaines et la marque de cigarettes… Utile en ces temps de polémiques… gitanes.

lundi 20 septembre 2010

Des politiques mutants

Souvenez-vous, en janvier 2007, Nicolas Sarkozy proclamait qu'il avait “changé”. Depuis, il a connu d'autres mutations, devenant “bling-bling” puis… plus sobre. Ces temps derniers, on ne sait s'il a changé, mais en tout cas, ça bouge – avec 2012 en ligne de mire.

Et il n'est pas le seul : ça mute à tout va ! Ce week-end, à sa Fête de la Fraternité, Ségolène Royal a, aussi, changé. D'après Libération – ou, du moins, les EDL* que le gentil journaliste a intégrés – une de ses proches aurait dit : “Ségolène est en paix avec elle-même. Elle a mûri.” Claude Bartolone renchérit : “Oui, elle a changé dans son discours”. Aïe ! Dans le discours seulement ?

De mutations en mutations, nos personnalités politiques ne cessent de changer, pour s'adapter aux sentiments des Français. Nul doute que les sondages ne sont pas étrangers à ce phénomène de plus en plus répandu. Le problème, pour nous, citoyens, est de savoir combien de fois encore ils vont changer, et, si l'un(e) ou l'autre est élu(e), il(elle) mutera instantanément sous l'émotion du pouvoir enfin conquis…

Le changement, c'est bien. L'évolution, c'est positif. Mais les mutations incessantes, à la façon des virus les plus résistants, c'est déjà moins rassurant. Alors, en tant qu'électeur, vais-je, moi aussi, changer, muter ? Ce n'est pas impossible !
Car il ne faudrait pas confondre changement et bougeotte. Un nouveau concept à créer ? Je propose la “changitude”.

* Magnifique sigle-concept du milieu de la com' qui se répand : Éléments De Langage

vendredi 17 septembre 2010

Patates chaudes

L'Union européenne vit sous le permanent paradoxe d'une “libre circulation” des capitaux et des hommes et d'une absence d'autorité centrale et de coordination efficaces.

De récents événements illustrent avec éclat l'impasse dans laquelle cela conduit les Européens.

L'affaire des “roms” bien sûr.
Dans l'idéal, que faudrait-il ? Que chacun accueille dignement et dans l'apaisement une part de la population pour l'instant reléguée au rang de “patate chaude” (*). Chaque pays se renvoie la balle, si l'on ose l'expression, en se voilant la face, espérant que “les autres” se débrouilleront. Car si un pays européen décidait d'accueillir dignement les roms, alors ils afflueraient dans ce pays, étant libres de circuler. Les bonnes intentions ne seraient donc pas récompensées, puisque la nation “généreuse” devrait contribuer plus que les autres et serait vite débordée.
L'attitude actuelle de la France consiste à expulser cette population en passant la patate chaude au voisin, en songeant “qu'il se débrouille”, et ainsi de suite. Un cercle vicieux !

Les capitaux et les sièges de sociétés ensuite.
Là, c'est l'inverse. Autant nous répugnons collectivement à accueillir, par exemple, les roms, autant nous ne rêvons que d'une chose, accueillir l'argent. Chacun tire son épingle du jeu, comme le Luxembourg, qui est le siège d'une banque virtuelle comme PayPal, ou l'Irlande, où s'est installé Google Europe. Cela permet à ces deux exemples de réussites sur Internet de payer le moins d'impôts possibles en Europe, et donc de contribuer le moins possible à la prospérité de l'Union.

On le voit avec éclat : tant que nous resterons dans une situation de libre circulation sans aucun contrôle ou, du moins, sans politique d'ensemble s'imposant aux membres, et sans coordination, chacun ne cessera de tirer la couverture à soi, dans le plus parfait égoïsme, et nous tournerons en rond…

(*) Extrait de Wikipedia
« Se renvoyer (ou se refiler) la patate chaude » : se renvoyer l'un l'autre un problème embarrassant, se renvoyer la balle. Cette expression récente, apparue au Québec dans les années 1970, en Europe dans les années 1990, est un calque d'une expression anglaise plus ancienne : to drop something like a hot potato.

dimanche 12 septembre 2010

Grands Montets : une voie “historique”

Un scénario de film ?
Contrairement à ce que l’on peut imaginer, une course en montagne n’obéit pas qu’à des motivations sportives ou techniques. C’est toute la richesse de cette activité : on monte, certes, on gravit, on escalade, mais ce n’est pas tout. Le contexte même de la course bonifie les joies éprouvées.
Pour cette ascension aux Grands Montets, j’ai eu l’impression d’écrire un scénario de film. Mais il fallait trouver le réalisateur qui accepte de me “diriger” en tant qu’acteur. Il fallait aussi que la météo, les conditions et le calendrier de chacun soient à l’unisson, ce qui n’est jamais gagné d’avance en montagne !
Et puis… ça a “marché”.

55 + 55 = 2010
Durant l’été 1955, mon père, alors âgé de 26 ans, se vit proposer par son guide de gravir un joli sommet de quelque 3300 m d’altitude, l’aiguille des Grands Montets, au-dessus d’Argentière (Haute-Savoie). Les étapes classiques de la plupart des ascensions s'enchaînèrent : montée en refuge, à Lognan, nuit sur place et, le lendemain, ascension du sommet par sa “voie normale” en quatre heures environ pour 1300 m de dénivelé. Le guide parvint ensuite à lui “vendre” un supplément en descendant par une autre voie… sur la Mer de Glace. Long parcours !
Les chiffres ronds titillent la logique : 55 ans après 1955, j’avais envie de suivre les traces de mon père en répétant cette course. Seulement, entre-temps, beaucoup de choses avaient changé.

D'anciens documents écrits de la main d'Henri Tafforeau
Les marques du temps
Au début des années soixante, un téléphérique est en effet construit entre Argentière, Lognan et l’aiguille des Grands Montets. L’installation ouvre des horizons aux skieurs, bien sûr, mais aussi aux alpinistes, en rendant accessible la petite aiguille Verte. Dès lors, monter à pied perd une partie de sa raison d’être. Le temps a aussi bouleversé le terrain : les glaciers ont reculé, les crevasses se sont ouvertes là où la glace résistait, et la mémoire de l’itinéraire a fini par s’effacer…

Zian sur le glacier, juste devant l'aiguille Verte
Une voie “historique” reconstituée
C’est donc à une reconstitution historique que s’est prêté Zian Charlet, le jeune guide qui m'a conduit. Fin connaisseur du secteur puisqu’il appartient à une lignée d’Argentérauds, il avait les cartes en mains. Pour autant, ce n’était pas si facile. Je lui avais expliqué de mon mieux les hypothèses que j’avais forgées en croisant lectures et observations depuis le Point de vue du glacier situé en contrebas. Zian a été capable de compléter la ligne que j’imaginais pour en faire une voie de passage, bien réelle. Et j’ai donc eu la joie de parcourir cet itinéraire ce 12 septembre, jour de l’anniversaire de la naissance de mon père (disparu en 1988). Pour une fois, d’ailleurs, le téléphérique avait prolongé son calendrier d’ouverture jusqu’à ce dimanche, pour fermer le soir même ! Une autre chance.

Pause au sommet de la moraine. À gauche… toujours la Verte.
Ouverture morainique
Voici les principales scènes du scénario : prologue sur le sentier du Point de vue, que l’on quitte à proximité d’une cascade, petits passages escarpés mêlant herbe et rochers, suivis d'une longue et directe moraine de 400 mètres environ. Là, les choses se compliquent : on butte sous une paroi de mauvais rocher dans laquelle résistent les ultimes mètres carrés d’un glacier moribond. Une longue traversée ascendante dans des dalles polies encombrées de blocs, mises au jour par la fonte des glaces, permet de rejoindre une nervure de l’autre côté de laquelle on découvre enfin, après 2h30 de progression, un glacier autrement plus fourni. Fourni, oui, mais aussi en crevasses…

Première partie de la progression à corde tendue sur le glacier.
Des crevasses bien cachées
Zian savait que plusieurs redoutable crevasses fendaient latéralement le glacier sous le col des Rachasses (3037 m). La neige fraîche tombée les dernières semaines masquait ces gouffres sous une placide couche immaculée et lisse. Il fallait donc extrapoler les ponts de neige, quitte à franchir l’un d’entre eux, “reniflé” par déduction, à quatre pattes pour augmenter la portance ! Moyennant ces précautions et des louvoiements subtils, nous avons pris de l’altitude progressivement, contournant le rebord d’une côte rocheuse secondaire, pour découvrir le “final”.

Arrivée à proximité de l'attaque de l'arête finale.
Le Petit Belvédère
Il aurait été dommage de prendre la tangente en rejoignant l’itinéraire de descente au refuge d’Argentière puis le col des Grands Montets. Une courte voie d’escalade mixte se parcourt de temps à autre en boucle depuis l’aiguille homonyme. Nous la rallions donc, suivant le rebord droit de l’arête rocheuse récemment baptisée le “petit Belvédère”.

Dans le “mixte” du Petit Belvédère. Au fond, le glacier d'Argentière
Glace, neige et roc
Moyennant quelques passages peu difficiles de rochers et glace mêlés, le fameux “mixte”, nous progressons sur le flanc droit de l'arête, découvrant parfois le versant abrupt côté Grands Montets.

Vers le second ressaut. On distingue un tube à explosifs servant à purger les avalanches.

Une brèche de l'arête révèle des escarpements impressionnants et la plate-forme du sommet
Civilisation “destroy”
L’arrivée est étrangement agrémentée de quelques traces de civilisation “destroy”, tels une sorte de Catex rudimentaire, équipé d’un chariot à pneus, ainsi qu'un compresseur ! Mais nous finirons par enjamber la rambarde de la plate-forme touristique du sommet, sans avoir emprunté les escaliers métalliques de l’autre versant.

S'agit-il d'une sculpture de Tinguely ? D'une 2cv “customisée” ? Les experts s'interrogent…
Les dégâts du Progrès
Je dois cependant accepter sans broncher les dégâts collatéraux du Progrès, car c’est sans regrets que je vais emprunter le téléphérique pour regagner la vallée – n’ayant ni le courage, ni l’envie de faire l’aller-retour ou, pire encore, de plonger vers la Mer de Glace comme mon père l’avait fait !

Les protagonistes du film, scénaristes, acteurs et… réalisateurs. L'antenne désigne la petite aiguille Verte. La “grande” trône au-dessus.
Une aiguille Verte très “paternelle”
Ainsi fut réalisé ce beau film, assez long – 345 minutes depuis Lognan – esthétique et somme toute logique, dans une ambiance conviviale et émouvante, les images paternelles de toutes sortes venant nous accompagner. Comme pour nous le rappeler, l’aiguille Verte a sans cesse veillé sur nous, située pile dans l’axe de notre progression. Or, ce prestigieux sommet a marqué tous les alpinistes qui ont un jour eu la chance de le gravir, à commencer par Armand Charlet, le grand-père de Zian, qui y monta cent fois exactement, pour continuer par son fils Jean-Claude, auteur de la première solitaire hivernale du couloir Couturier (1974). “Non, je ne vais certainement pas tenter de battre le record !” a plaisanté Zian. Il a pourtant, malgré un âge peu canonique, déjà foulé cinq fois la cime de la Verte, par le Couturier, bien sûr, mais aussi le couloir en Y, l’arête Sans Nom ou le couloir Whymper. Et nous sommes tombés d’accord pour décréter que cette aiguille Verte était le plus beau sommet de la Vallée – n’en déplaise à Sa Majesté le mont Blanc, na !

Ci-contre : le billet du téléphérique des Grands Montets.
Non, il n'existait pas de formule spéciale pour ceux qui se contentent de descendre des Grands Montets en benne. Il faudrait pour ça que la voie historique redevienne classique et fréquentée !
Mais – qui sait ? – ce billet (de blog) vous donnera-t-il envie de suivre cette voie…

vendredi 10 septembre 2010

Retraites : concours de bêtise et de démagogie

Ce qu'il y a de désespérant, dans ces débats sur la réforme des retraites, c'est qu'il n'y pas… de réforme.
À droite, on déplace les curseurs d'un système conservé tel quel : plus deux ans par ici, plus un an par là. Ah, çà, quelle audace ! Quelle inventivité, mon dieu !
À gauche, on promet le statu quo, telle l'inénarrable Ségolène Royal à la télévision hier. Comme étalon de la démagogie, c'est “nickel” – elle devrait être exposée à Sèvres, comme dirait Audiard…
Et pourtant, il y en aurait, des réformes !
Point besoin de chercher loin, les idées, il suffit de se baisser pour en ramasser.
  • Unifier les régimes de retraites, en particulier salariés / non salariés ou fonctionnaires / privé. Les injustices sont criantes entre les caisses de retraites : combien d'indépendants le savent, qui, à revenu égal, cotisent deux fois plus qu'une autre profession pour une pension deux fois moindre qu'un salarié ?
  • Calculer autrement les droits à retraite : le système des points est connu et utilisé en Europe. Une modulation serait alors possible (des “bonus”) pour les carrières pénibles.
  • Intégrer dans le nombre d'années de cotisation une partie des études. N'intègre-t-on pas le service militaire comme une année de cotisation ? Alors pourquoi pas les études ?
  • Ne pas se borner stupidement à des seuils intangibles : le cas des personnes ayant commencé à travailler tôt et ne touchant pas un centime de plus alors même qu'elle cotisent plus longtemps que nécessaire avant 60 ans ou 62 ans. À l'inverse, le cas des personnes choisissant de travailler plus longtemps et donc de cotiser plus longtemps tout en ne touchant pas de pension : eh bien, qu'un “bonus” leur soit offert le moment venu !
  • Changer l'assiette des cotisations retraites pour éviter de pénaliser l'emploi d'êtres humains. En gros, faire payer des cotisations retraites aux machines – modérées pour ne pas décourager le progrès, mais non nulles comme actuellement. L'assiette existe : les dotations aux amortissements des comptes des entreprises.
  • Autoriser sans limites le cumul retraite + activité complémentaire, avec la perception de cotisations retraite supplémentaires pour éviter les distorsions de concurrence avec les actifs (prestations sous-facturées pour cause de pension déjà touchée). Plus il y a des gens qui travaillent, plus le revenu global s'accroît. Transformer des chômeurs en retraités n'a jamais créé d'emploi – tandis que l'inverse, prôné actuellement, soit transformer des retraités en chômeurs, ne renfloue pas les caisses !
  • Et, pourquoi pas, geler les retraites les plus élevées pendant quelques années. Pourquoi la pression à la baisse ne concernerait-elle que les salariés ?

Pourquoi le monde politique n'évoque-t-il pas ces solutions ?
Nul complot ou bêtise. Non. Juste la peur d'une part de la complexité et d'autre part des lobbys. Il est sûr que si l'on demande aux plus favorisés de faire un effort au profit des moins favorisés, cela coince. Et ni les socialistes, otages du lobby des fonctionnaires, ni la droite, otage du lobby des patrons, ne veulent s'attaquer à leur clientèle électorale. Quant à engager une modification en profondeur du système, cela demande un peu plus que des calculs sur coins de table (de conseil des ministres), et un réel courage politique. Alors essayons de juger autrement les politiques, autrement que sur des petites phrases et des effets d'annonce. Exigeons d'eux de l'inventivité, de l'imagination, de la technicité, pas des spots publicitaires institutionnalisés !