dimanche 8 août 2010

Fruitful Trails

L'expédition du 7 août 2010 avait pour objectif de progresser dans une longue vallée inconnue, quasi himalayenne dans ses dimensions titanesques. De nombreuses heures furent nécessaires pour atteindre un lac niché au cœur du “wilderness”.

Comme l'un des membres de l'expédition était logé dans une chambre d'hôtel à Méribel, le nom du lac fut aisé à trouver : ce serait le lac de la Chambre.

La reconnaissance devait permettre de découvrir une voie d'accès au mont de Péclet (3012 m), à gauche sur cette photo. La formidable paroi qui défend l'accès à cette montagne pouvait être examinée depuis un sommet secondaire – et néanmoins formidable dans les défenses qu'il oppose aux alpinistes – le petit mont de Péclet (2750 m), à droite sur la photo. Encore fallait-il découvrir un cheminement…

Jean-Luc fut désigné à l'unanimité des membres de l'expédition pour tracer une ligne sur cette vierge (et formidable) paroi, aussi haute que la tour de la Part-Dieu, soit plus de 150 m (les Lyonnais apprécieront l'exploit).

Au fur et à mesure que le sommet semblait s'approcher… il s'éloignait. La pente, de débonnaire, devint vite redoutable, voire patibulaire. La couche de neige fraîche tombée l'avant-veille compliquait la tâche des ascensionnistes, qui devaient unir leurs efforts pour se frayer un chemin dans ce terrain complexe.
Benoît ne manqua pas, avec son lyrisme habituel, de noter l'étrange ressemblance entre le petit mont de Péclet et la mont Aiguille, clin d'œil historique qui redonna soudain énergie et vitalité aux protagonistes de cette aventure (formidable).
Les “surplombs noirs” défendaient l'accès au sommet.
Jean-Luc fit une tentative sur la gauche de la barre de toits, sans succès, ce qui l'obligea à une retraite exposée, sous les conseils (et l'appareil photographique) de Benoît.
Le retour, via la “traversée diabolique”, exigea de contourner un ressaut escarpé sans pour autant perdre le chapeau ni la tête. La photographie (non truquée®) donne une idée de l'engagement de l'ascensionniste.
La tension nerveuse et l'altitude perturbaient les conditions de prises de vues. On distingue cependant sur ce cliché le “dièdre des Dieux”, vainement tenté par Jean-Luc “by fair means” (c'est-à-dire sans aucun matériel additionnel, comme disent nos amis britanniques).
Enfin, ce fut l'arête de droite qui marqua la fin de la résistance de la Montagne aux assauts de ses prétendants. Ayant laissé leur matériel sur un rocher au bord du lac, les deux alpinistes durent affronter “à mains nues” l'ultime ressaut (enfin, des mains presque nues puisque habillées de gants pour éviter les gelures dans ce climat polaire).
Des passages formidables, de sixième degré selon toute vraisemblance.

Enfin, après des heures d'efforts, ils purent se dresser au sommet du petit mont de Péclet.
De là, il semblait possible d'atteindre le (grand) mont de Péclet, moyennant la pose de quelques cordes fixes et d'un camp intermédiaire d'altitude. Ce serait l'objectif de la prochaine expédition…

Benoît compléta le tour d'horizon en désignant au photographe l'aiguille du Fruit, qui allait donner son nom à ce récit palpitant : fruitful trails – ce qui doit signifier en français, sauf erreur ou omission, des “traces de fruits”, sans que l'on puisse cependant préciser de quels fruits il s'agit exactement. On notera à gauche de l'aiguille du Fruit la (formidable) face sud des Grandes Jorasses.

Une longue retraite sera nécessaire pour rejoindre le camp de base, à Méribel-Mottaret, où l'équipe de soutien attendait impatiemment des nouvelles de l'expédition (dans le wilderness, curieusement, les iphones ne peuvent établir de connexion, ce qui est regrettable). La soif devait cruellement éprouver les membres de l'expédition jusqu'à la découverte opportune d'une fontaine. Il ne leur restait plus qu'à reprendre leur (longue) marche en direction de Mottaret, qui leur parut infinie. Et pourtant, tout a une fin, même l'infini, oserons-nous.

NB : si l'exagération peut parfois avoir traversé ce récit, ce n'est que fugacement et dans de tout petits détails. Car il y avait de ça, veuillez me croire !

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