vendredi 28 mai 2010

Retraites : la double peine

Après les élucubrations du 27 mai… des réflexions plus sérieuses, inspirées par l'article de Louis Chauvel dans Le Monde daté du 27 mai et intitulé “Le débat sur les retraites occulte celui sur l'horizon bouché de le jeunesse”.

La difficulté rencontrée sur la question de la retraite par répartition a trait au temps qui passe. Deux logiques s'affrontent :
1. Une logique considérant que les droits acquis durant la période d'activité justifient à eux seuls le niveau de la pension de retraite reçue. Elle ressemble à une logique d'assurances.
2. Une logique plus proche de la notion de répartition, mettant en balance le poids des cotisations des actifs et celui des pensions versées, et ce à un instant T.

Aujourd'hui, une grave rupture d'égalité s'est produite, sous l'influence de deux évolutions :
1. La baisse tendancielle des pensions : au fur et à mesure que les années passent, les nouveaux retraités bénéficient de retraites de plus en plus basses, surtout quand les retraités quittent la vie active avant d'avoir atteint le nombre de trimestres nécessaires à une retraite à taux plein (soit avant 65 ans).
2. La hausse tendancielle des cotisations des actifs, combinée à une baisse de leurs revenus nets, voire de leurs salaires bruts, auxquelles s'ajoutent les périodes de chômage et une entrée plus tardive dans la vie active.

Il en résulte que l'écart entre les deux générations – actifs et retraités – ne cesse de se creuser de façon dramatique. La génération qui, aujourd'hui, travaille, devra à la fois cotiser plus, gagner moins, avoir plus de difficulté à acheter un logement, et toucher une retraite minorée le moment venu. C'est la double peine.

Pour mieux le comprendre, illustrons cet exemple avec d'autres prestations sociales, celles de la santé.
Un cotisant en bonne santé aura versé ses cotisations afin de financer les prestations de ceux qui sont malades. Jusque-là, rien que de très normal. En revanche, les mesures de rognage des remboursements décidées au long des années font que ledit cotisant en bonne santé, quand il sera malade, bénéficiera de remboursements largement amoindris. Encore une rupture d'égalité, dans l'autre sens cette fois, ayant trait à la logique “assurances”.

C'est pourquoi les cris d'orfraie poussés par diverses personnalités quand on hasarde des mesures rétablissant un tant soit peu cette égalité des générations sont à écouter avec méfiance. Si l'on envisage de supprimer la déduction pour frais professionnels des retraités, ou leur taux préférentiel de CSG, c'est aussi pour redonner un peu d'oxygène aux actifs – que les retraités, bien souvent, doivent aider à survivre. C'est substituer une solidarité officielle à une solidarité privée fondée sur le bon vouloir des personnes et leurs moyens, autrement dit la charité à l'ancienne…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire