mardi 30 mars 2010

Le revenant, 29 ans après

Par l'entremise de YouTube, nous avons le plaisir de pouvoir écouter et voir René Belletto interviewé par Bernard Pivot. Ci-dessous cette vidéo de 1981 dans laquelle il parle de son roman Le Revenant (qui reste mon préféré). Aujourd'hui (“aujourd'hui !”) ça me fait drôle de penser qu'à cette époque j'étais sous les drapeaux…


Voilà qui est de la bonne télévision (interdite aux moins de 21 ans en raison du tabac cependant).

samedi 27 mars 2010

Le meilleur des mondes (vert)

Un jour gris de 2020. Il est à peine 7 h du matin. “Ils” sont déjà au travail et patrouillent dans les rues, par groupes de quatre, sanglés dans leurs uniformes impeccables (en tissu recyclable). Rien ne leur échappe tandis qu'ils passent lentement devant les petites maisons (en bois recyclable). L'agent 007, muni d'un micro-canon ultradirectionnel, est en mesure de détecter les déclenchements de chasses d'eau abusifs. L'agent 008, lui, évalue d'un rapide coup d'œil professionnel le volume des ordures déposés dans les sacs réglementaires. L'agent 009 consulte sur l'écran de son smartcontroller® les consommations électriques et coupe le courant là où des abus sont identifiés. Le quatrième – leur chef – est autorisé à perquisitionner, afin de mener une inspection-surprise dans telle ou telle maisonnette et dresser procès verbal aux habitants qui ne respecteraient pas la Charte Verte, par exemple en utilisant du papier hygiénique dans leurs toilettes au lieu de la douchette norme HQE (Haute Qualité Environnementale). Plus grave, toute personne qui aurait tenté de brûler des ordures ou de les dissimuler s'expose à des peines de 2 jours à 3 mois de TVF (Travaux Verts Forcés) et d'une amende de 1000 à 5000 verots. Derrière les fenêtres, on les observe avec crainte, tout en guettant sur l'écran plat du salon l'apparition des montants de taxes, amendes et messages “citoyens” générés automatiquement à partir des instruments des miliciens couplés au GPS.

Prenez votre petit déjeuner (recyclable) en paix, citoyens, les Khmers Verts veillent sur la qualité de votre environnement !

Inspiré par l'article du Monde sur une initiative des édiles de Besançon.

Vous trouvez que j'exagère ? Il n'y a rien de pire que l'idéalisme déçu couplé à des certitudes exacerbées. Quand on est “certain” d'avoir raison, la tentation d'imposer ses vues aux autres peut conduire à de graves dérapages, très éloignés de valeurs par ailleurs proclamées, telles que la démocratie participative ou les droits de l'homme…

jeudi 25 mars 2010

Ce n'est rien…

Thomas Legrand, éditorialiste à France-Inter (plus pour longtemps ?) développe une thèse à contre-courant sur ce “président qui nous fait perdre du temps”. Avec finesse, il distingue le “sarkozysme”, affirmation de soi sans contenu, du “sarkozisme” tant décrié mais, selon lui, inexistant.
Ce n'est rien… d'autre qu'une baudruche, qui provoque de faux conflits pour se faire mousser, estime-t-il en substance. Il exagère, mais il y a de ça : toutes ces réformes abâtardies, toutes ces provocations remisées aux oubliettes, toutes ces rodomontades sans suite font grimper aux rideaux tout le monde, dans tous les milieux et dans tous les partis politiques, et lui permettent d'entretenir l'illusion qu'il agit et conduit des changements… Et l'on en reste à la com' à quatre sous, à base de sondages “quali” et de débats inutilement “clivants” non suivis d'effets.
En confondant volontairement, et pour des motifs politiciens plus que politiques, le consensus avec le tabou, le président a déclenché des réactions épidermiques et surdimensionnées. Des réactions outrancières qui en réalité le servent et dont il use […] La distorsion entre un discours toujours plus péremptoire, volontariste, et l'absence de résultats concrets et significatifs est à son comble.
On aurait envie de reprendre la chanson de Julien Clerc :
Ce n'est rien
Tu le sais bien
Le temps passe
Ce n'est rien
En attendant, on aura perdu cinq années. Et ça, ce n'est pas rien !

vendredi 19 mars 2010

De Gaulle à la page ?


Dans un réjouissant roman qui vient de paraître, Benoît Duteurtre imagine Le retour du Général (éditions Fayard). Il se demande avec nous si, en définitive, le vieux général ne serait pas “à la page” dans la société de 2010. J'emploie à dessein ce terme, tant le récit fait penser à la bande dessinée de Jean-Yves Ferri, De Gaulle à la plage, dans sa façon de recourir à l'image du personnage historique pour jouer avec nos symboles et dérives.

Au-delà de cette histoire foutraque d’un de Gaulle âgé de 120 ans revenant au pouvoir, le roman pointe les travers de notre société, que l’auteur dénonce avec saveur. Les excès de l’Europe “économique” le révulsent : « D’un côté l’administration s’acharnait à supprimer tout contrôle de l’économie ; de l’autre, quantité de règles tatillonnes se greffaient sur la vie quotidienne  », au point de lui interdire la consommation d'un œuf à la mayonnaise fraîche dans un bistrot parisien au nom de la sécurité alimentaire…
La devise est désormais la suivante : « L’emblème des Trois Libertés (Entreprendre, Commercer, Circuler), conduirait le monde vers un nouvel âge de prospérité.»

Prospérité, avez-vous dit ? Pas pour tout le monde ! Par exemple, les préposées aux renseignements téléphoniques ont été délocalisées : « Pour un coût trois fois moindre, et sans aucune protection sociale, elle y effectuait la tâche qu’accomplissait auparavant une jeune Française touchant désormais le revenu minimum d’insertion – ce qui répondait bien à ce concept de “nivellement par le bas” » assène-t-il page 218, dans un final satirique.

Depuis les années soixante-dix, nous sommes installés dans ce qu’il appelle avec raison la « crise permanente ». En son nom, « les efforts demandés [sont] toujours présentés comme provisoires afin de préparer la fameuse “sortie du tunnel” » qu’on n’aperçoit toujours pas.

Duteurtre est-il passéiste ? Il se pose la question à lui-même : « Mais quelque chose me semblait encore plus déprimant que tout cela : l’idée d’être moi-même un absurde geignard en train de se lamenter sur la transformation des choses. »

À la fin du livre, il n'hésite pas à se mettre en scène en vieillard fatigué tentant d’haranguer de jeunes élèves passant dans un jardin public. Un policier s’interpose et s’adresse à lui dans la langue de 2050 : « Vou fet kôa ici, à parlé au jeun’s. Savé pa k’sé interdi ? »

 Le mélange des mots et des langages l’insupporte. Un exemple l’illustre avec pertinence : pourquoi prononcer le nom du joueur de tennis « Rodjeure Fédéraire » ? Cet homme est suisse. Duteurtre brocarde cette « discrète manifestation de cette haine de soi selon laquelle tout ce qui sonne français est ringard et tout ce qui sonne anglo-américain est moderne. Roger a quelque chose de beauf, de tonton flingueur. “Rodjeure”, c’est autre chose, qui colle au commerce mondialisé. […] Mieux vaut donc angliciser ce prénom – quand bien même on prononce le nom de famille avec un accent français, ce qui est incohérent ; mais la langue des esclaves qui imitent leurs maîtres est souvent un peu bancale. »

Alors, passéiste ? Une brève formule, page 61, répond par la négative avec concision : « La modernité m’enchante ; la fuite en avant me désole. »

mercredi 17 mars 2010

Adieu Peter Graves

Un bref mais respectueux hommage à Peter Graves, le Jim Phelps qui entreprit tant de missions “impossibles” pour notre plus grand plaisir, et vient de disparaître à l'âge de 83 ans. Je garde un plaisir intact d'enfant à visionner les épisodes de cette série si bien conçue et ne rate pas une occasion de faire des allusions au magnétophone dont la bande part en fumée dans mon activité professionnelle – en particulier lorsque des clients exigent des délais intenables. “Je ne suis pas Jim Phelps”, s'entendent-ils répondre parfois, au grand étonnement de ceux qui ignorent tout de la série (mais ils sont peu nombreux).

mardi 16 mars 2010

Et si c'était faux ?

En page 2 du Monde daté de ce mardi, Gérard Courtois attire notre attention sur un fait majeur : la réforme du scrutin régional, prévue pour la “prochaine fois”. Si ces nouvelles règles avaient été en vigueur dimanche dernier, l'élection (à un seul tour) aurait permis à l'UMP de remporter au moins 9 régions. Alors, quel est le scrutin le plus juste ? Convenons qu'un régime majoritaire à un seul tour, dans lequel la liste arrivée en tête emporte la majorité des sièges même avec un score modeste de l'ordre de seulement 25% des voix, n'est pas le plus démocratique. Notons aussi qu'un tel mode d'élection aurait  suscité la présentation de listes communes de la part, notamment, du PS et des Verts (encore que…)

Gérard Courtois conclut son article, parlant de “scrutin Shadok”, par un sévère constat : une “arnaque démocratique”. Exagère-t-il ? Les éditorialistes du Monde n'en sont pas coutumiers. Il doit donc bien y avoir “de ça”, malheureusement. De telles manipulations de la part de la majorité actuelle sont d'une insigne malhonnêteté. Mais comme “tout le monde” (ou presque) semble se désintéresser de la politique et de ce genre de débat présenté comme “technique” par les médias, pourquoi se gêneraient-ils ?

samedi 13 mars 2010

Hors la loi

Je viens d’achever la lecture de Hors la loi, de René Belletto. Une lecture fébrile, fascinante, mêlant le plaisir des mots, de la ponctuation – si subtile ! – et de la conjugaison, au service d’une intrigue complexe, traversée d’une foule de personnages denses et attachants, en forme de boucle (sans fin ?), dramatique et dramatisée, riche en coïncidences et en mystères.
Paru début mars 2010, 496 pages, 19,90 €, édité par P.O.L ISBN 978-2-8180-0007-6 EAN 9782818000076

Non, je ne suis pas critique littéraire, aussi ne me lancerai-je point dans l’exercice, déçu, irrité et horripilé par celui de Marine Landrot dans Télérama, qui ne semble écrit que pour étaler la culture de la signataire… Aussi me bornerai-je à ces notes de lecture, évoquant quelques phrases, quelques subjonctifs, bien sûr, quelques mots rares et quelque coquille cocasse – quoique encore plus rare…

Vous n’aimez pas le subjonctif imparfait ? Lisez ce roman et vous changerez d’avis. La phonétique inattendue de ce temps de la conjugaison confère une sorte d’emphase au style qui devient vite familière au lecteur et le rend complice des émotions du narrateur. Quelques exemples (les chiffres entre parenthèses indiquent les numéros de pages).
  • “Il fallut bien me lever, il fallut bien que mes jambes tinssent bon.” (170)
  • Une descente d’escalier : “Je m’abandonnais avec volupté aux lois de la pesanteur, laissant mes jambes exécuter à leur guise les mouvements seuls que leur commandait l’instinct pour que je ne chusse pas.” (445)
  • À propos d’idées musicales à développer : “Deux d’entre elles me plurent assez pour que je consacrasse une heure à un début de mise en forme plus poussée.” (407)
  • Et peut-être le plus beau, en un moment palpitant : “L’effroi de ma situation paralysait mes jambes, tandis que le danger exigeait que je les musse.” (286)
Le plaisir des mots, de ceux que parfois on ignore (enfin, en ce qui me concerne !), et qui donnent tout leur sel aux descriptions. “échapper à leur cautèle” (179) un fait “adventice” (287) une “enclouure” (368) “les lignes alliciantes de sa beauté” (372) J'y ajouterai “le vieil fol” (170), à la place d'un “vieux fou”.

Voici comment Luis Archer, le narrateur, évoque Irène, et la relation torride qu’il allait entretenir avec elle durant quelques jours :
“Il est vrai aussi qu’elle s’était emberloquée de moi avant que nous nous fussions vus, qu’elle s’agriffa à moi avec ardeur…” (380)
Deux phrases sur la solitude et l'écoulement du temps m'ont spécialement marqué :
“J’étais seul dans mon étrange prison intérieure, sur la porte de laquelle je m’acharnais en vain depuis des temps immémoriaux – j’avais pourtant une clé, mais la porte ne devait pas avoir de serrure, voilà, j’avais la clé d’une porte sans serrure.”
“Les mois passaient comme des jours et les années comme des semaines, et ainsi dix années lancinantes s’enfuirent comme une seule, qui fila comme l’instant, sans que rien changeât.”
Dieu que c’est juste !

N'oublions pas le charme des coquilles (rarissimes), minuscules défauts qui ne font que rehausser la beauté du texte, de la même façon que ce sont les minuscules défauts du visage d'une femme qui rehaussent sa beauté (on notera ici la tentative du blogueur, récent rescapé d'une formation à la correction de texte, qui cherche par avance à excuser ses propres coquilles…)
  • “je déjeune iciavec lui” (234)
  • “aux courts ccheveux blonds” (283)
  • me m’empressant (double espace) de…” (410) Là, le correcteur a des excuses. Cette portion de phrase est extraite du chapitre 19, torride (et crue) description de la relation de Luis Archer et Irène, qui n'aura pas manqué de distraire le professionnel, au point de laisser ce “me m’” et la double espace qui suit. Nous laisserons au lecteur le soin d'aller voir ce que le narrateur se préparait à accomplir (“de…”) !
Terminons par le plus beau, ce quatrain, dont on reparlera peut-être (*) :
Amours rêvés de ma jeunesse
Se sont enfuis avec le temps
Mais que jamais ne disparaisse
Le souvenir que je t'attends.
Un grand bravo à René Belletto !

(*) Ajout du 6 juillet 2016
Ce quatrain, ainsi que d'autres, figurait déjà au début de Régis Mille l'éventreur, et est repris également dans Créature. René Belletto l'attribue à une chanteuse, Nadine Rhode, qui ne semble pas exister (ce qui reste à établir).

vendredi 12 mars 2010

De quoi la téloche est capable

Si vous avez vu le film I comme Icare d'Henri Verneuil (1979), vous vous souvenez forcément de l'atroce expérience dite de Milgram. Elle consiste à évaluer la soumission des gens à l'autorité en demandant à un cobaye d'envoyer des décharges électriques supposées mortelles à une personne qu'il interroge – cette dernière étant un comparse et les décharges inexistantes.
Ci-dessus : Yves Montand (à droite), dans le rôle du procureur Henri Volney, assiste à l'expérience de Milgram.

Eh bien, voici que l'expérience a été renouvelée, version “télé-réalité”. Épouvantable, abominable, terrible et horrifique ! 69 cobayes ont été recrutés pour participer à un “pilote” de télé-réalité. Près de 80% (53 exactement) ont été jusqu'au bout, obéissant aux injonctions de la présentatrice vedette et du public. Ils ont accepté d'envoyer des (pseudo) décharges électriques de 460 volts, le maximum possible, supposé mortel.

Quelles conclusions en tirer ?
Inutile de gloser sur le passé (rafles du Vel' d'Hiv' par exemple, c'est d'actualité avec le film qui sort ces jours-ci) et de se rassurer à bon compte en songeant : “aujourd'hui, ce ne serait plus possible” et autres “plus jamais ça”. Aujourd'hui, justement (“aujourd'hui !”) il n'est même plus nécessaire de recevoir les ordres d'un dictateur, d'un “capo”, d'un militaire, d'un religieux ou d'une quelconque autorité politico-administrative. Il suffit qu'une présentatrice de téloche demande à des quidams de torturer des gens et ils le font. Sans remords ni arrière-pensées !

Flanquez votre télévision à la poubelle, c'est le mieux qu'il vous reste à faire. Et qu'on ne parle pas de l'utilité de la télévision : le film I comme Icare a dû y être diffusé de nombreuses fois. Pas un seul des sujets de l'expérience ne s'est souvenu de la scène…

Inutile de regarder l'émission le 17 mars : la presse regorge d'articles et des livres seront publiés sur le sujet. Protégez-vous : arrêtez la télé avant qu'il ne soit trop tard !

[Oui, je sais, je suis en colère, mais je n'exagère pas, là, pas du tout. Quand je pense qu'on dit volontiers qu'Internet est nuisible, quid de la télévision ?!!].

jeudi 11 mars 2010

Liquider la pensée ?

Dans Libé daté du 8 mars, l'universitaire Christine Baron a publié une tribune sur l'orthographe qui m'a réjoui. Le titre, volontiers provocateur, pose la question : “et si l'orthographe était notre identité ?”
L'article relate une amusante anecdote, qui montre l'importance de l'orthographe dans la compréhension de la langue – et donc dans la communication.

La phrase suivante avait été dictée à des élèves :
Les poules sortaient dès qu'on leur avait ouvert la porte.
L'un d'entre eux avait écrit :
Les poules sortaient, des cons leur avaient ouvert la porte.

Plus loin, l'auteur observe avec pertinence que :
Récuser [l'orthographe] est moins se débarrasser d'une encombrante antiquité ou d'un formalisme inutile que liquider, avec la langue, la pensée elle-même.
J'observerai en conclusion que les détracteurs de l'orthographe sont pourtant ravis de lire des livres correctement relus, orthographiés et typographiés, “à l'insu de leur plein gré” parfois, tant cela leur semble naturel.

mardi 9 mars 2010

(Un peu) ridicule ?

Nous devrions écouter plus souvent nos voisins belges. L'ancien Premier ministre, Guy Verhofstadt avait publié une tribune dans Le Monde qualifiant le débat sur l'identité nationale de “stérile, accablant, vichyste”. Le député européen (et français) Jean-Pierre Audy a rétorqué que ce débat relevait “de la souveraineté du peuple français” (sous-entendu : et ne regardait donc pas les Belges). Le coq dressé sur ses ergots ! Verhofstadt a poursuivi le dialogue avec le cinglant : “Y a-t-il une meilleure preuve du caractère franchouillard” de ce débat ? On ne peut que l'approuver !

Mais la palme du ridicule revient à notre ministre des Affaires Étrangères, spécialiste es-lapsus, qui avait estimé, parlant de l'article de M. Verhofstadt, que “le ridicule tue un peu”. Tuer “un peu” ? Inédit ! Seraient-ce les interventions armées, que préconise un peu trop souvent notre french doctor qui tueraient “un peu” ? M. Kouchner a de la chance que le ridicule ne tue qu'un peu… sinon, il serait déjà mort – et pas qu'un peu !

dimanche 7 mars 2010

Fantômes littéraires

Magistral, merveilleusement réalisé, magnifiquement interprété, ce film ! Le titre, déjà, est parfait. THE GHOST-WRITER (en français, le “nègre littéraire”). Reconnaissons que la formule anglo-saxonne est autrement plus réussie : “écrivain fantôme” veut tout dire.
Quand Pierce Brosnan, ex-Premier ministre britannique, accueille Ewan McGregor, il lui demande :
– Hello, who are you ?
– Your ghost, s'entend-il répondre.
Voilà qui fait rêver : pour remettre d'aplomb le manuscrit des mémoires (memoirs en VO) de l'ancien premier ministre, le ghost se voit proposer 250000 dollars pour un mois de travail. Hé, hé !
Le film est aussi une illustration spectaculaire de la formule de Paul Auster choisie pour “mes” éditions AO : “Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres”. Quel pouvoir, en effet, que ce livre ! Il va entraîner toutes sortes de drames, de meurtres et de bouleversements, et même fournir la clé de l'énigme, cachée dans son texte.


Une actrice à ne pas oublier : la maison. Pas moyen de trouver le nom de l'architecte qui l'a conçue. Quel décor ! Ces vastes baies vitrées donnant sur la plage installent une ambiance de menace permanente, comme si McGregor était sans cesse exposé aux regards de tous… y compris quand il prend un bain.
L'ambiance est hitchcockienne à souhaits, jusque dans la musique du film, inspirée de celles de Bernard Herrmann (1911-1975), compositeur attitré du célèbre réalisateur. Le rythme du film est lent (il dure 2 heures 8 minutes), la violence est sous-jacente – et non exhibée. Pas de montage hystérique, ni d'effets 3D envahissants, ni d'exagérations, encore moins de ralentis ou de coups de feu. Bref, un film comme je les aime…

vendredi 5 mars 2010

Déceptions définitives

Les fidèles lecteurs de ce blog auront noté l'irritation du blogueur à l'égard de l'emploi de mots anglais francisés à tort et à travers dans les jargons professionnels. L'expression “je suis définitivement d'accord” en donne un exemple courant (definitively signifie “absolument”, “avec certitude” et non “définitivement”, qui se traduit en anglais par… “permanently”). Autre démonstration, par l'absurde cette fois-ci.
Considérez ce livre américain, écrit par un célèbre pirate informatique (repenti), Kevin Mitnick. Son titre est The Art of Deception. Traduisons par “l'Art de la déception” et voilà que nous songeons à un traité philosophique écrit par un romantique du XIXe siècle.
Eh bien, désolé (sorry), ça n'a rien à voir. Je sens que vous êtes déçus. Deception, en anglais, signifie tromperie, duperie ou supercherie, autrement dit, en informatique, les actions frauduleuses de pirates usurpant des identités par exemple.

Ceci montre que le simple transfert d'un mot anglais pour “faire jargon” ne marche pas à tous les coups. Évoquer la “déception” dans un article traitant d'informatique serait hasardeux (au sens de harzardous, c'est-à-dire dangereux), non ?

Coquille nationale

C'est une histoire de formulaire fiscal, numéro 2035-B pour 2010, référencé 11178•12 au Centre d'Enregistrement et de Révision des Formulaires Administratifs (CERFA). Non, ne zappez pas ! Elle est passionnante.
Reprenons donc. Soyez attentifs.
Chaque année, l'administration fiscale publie des formulaires pour les déclarations fiscales des indépendants comme votre serviteur. Devant déposer ladite déclaration ces jours-ci, ledit contribuable téléchargea la version PDF sur le site officiel et en compléta scrupuleusement les cases. Ce faisant, le regard aiguisé par moult relectures de textes, nonobstant une presbytie chronique, voici qu'il remarqua une cocasse coquille, en bas à gauche du document.

Pour la voir, un grossissement au microscope s'impose. Le formulaire est téléchargeable sur le site des impôts www.impots.gouv.fr (et sera peut-être modifié par la suite).

 
Eh oui, il manque un A au mot NATIONALE. Lisez bien : N° 2035-B - IMPRIMERIE NATIONLE - 2010 01 29259 PO - FÉVRIER 2010 - 9 002 168.
Voilà qui doit vexer l'Imprimerie nationale !
Et voilà qui nous rassure : errare humanum est.
Serait-ce une lointaine retombée du débat sur l'IDENTITÉ NATIONLE ? Sans nul doute. Allons, avouez que la lecture de ce billet vous a appris d'utiles informations !

mercredi 3 mars 2010

Spam encyclopédique

Merveille de la culture !
Voici que les spams se font encyclopédiques. Oui, vous avez bien lu. Je reçois ces jours-ci des courriels indésirables ornés de passionnants extraits d'encyclopédies (Wikipédia, en réalité). Exemple :
Pierre Loti se rendait souvent en vacances chez sa sœur, domiciliée à Saint-Porchaire. Lors de ses balades à travers la campagne alentours, il tomba sous le charme du château de la Rochecourbon, à l'abandon, en ruines, au milieu des broussailles. Profitant de sa notoriété, l'écrivain permit de sauver le site et fit connaître ce château, qu'il surnommait volontiers le « château de La Belle au bois dormant… Paul Chénereau acheta puis fit restaurer le domaine, lui redonnant sa splendeur d'antan…
C'est la dernière astuce que le spammeurs ont trouvée pour franchir les barrières anti-spams. Si l'on déployait autant d'ingéniosité qu'eux disons, par exemple, en politique, ce serait le nirvana. Non ? Ha, ha, j'exagère, mais bon, on fait ce qu'on peut, hein !