samedi 30 janvier 2010

Retraites : le retour des vraies-fausses réformes

Voilà qu'on parle à nouveau de “réforme des retraites”.

Ses contours se dessinent déjà : le président de la République, parlant toujours à la première personne, annonce : “je n'augmenterai pas les prélèvements”. Martine Aubry, en contrepoint, précise qu'il ne faudrait pas reculer l'âge de départ à la retraite. Le Conseil d'orientation des retraites table lui sur un “retour au plein emploi” (4,5% de chômage) en 2015.

Dans de telles conditions, c'est bien mal parti !

La variable d'ajustement demeure, comme en 2003, le nombre d'années de cotisations, avec l'absurdité sous-jacente que le niveau des pensions s'en trouvera fatalement réduit, pour cause de nombre d'années insuffisant.

Combien de fois ai-je entendu l'affirmation suivante : “avec tout ce que j'ai cotisé, j'ai droit à une retraite confortable”. C'est méconnaître le principe de la répartition. Il signifie que l'on répartit une masse de cotisations à un moment donné pour verser les pensions des retraités. Or le niveau de ces pensions a été fixé il y a 5, 10, 15 ou 20 ans tandis que les cotisations “à répartir” sont celles d'aujourd'hui. Comment espérer qu'il y ait égalité entre les deux ? Les cotisations passées n'ont pas été “mises de côté” – cela s'appellerait la retraite par capitalisation. Elles servent uniquement de mode de calcul pour fixer le niveau de la pension. Au passage, notons le couperet abusif qui consiste à dire par exemple : “il vous manque 4 ans sur 42, votre pension sera divisée par 2”. Drôle de règle de trois !

Maintenir tel quel un système en n'agissant que sur un ou deux paramètres ne peut être appelé une ”réforme”. Modifier par exemple le taux de la TVA en le faisant passer de 19,6 à 20 ou à 19% ne serait pas une “réforme de la TVA”; là, tout le monde le comprendrait.

Le problème de la retraite par répartition est double :

1. La masse des cotisations ne cesse de baisser, sous le double effet de la réduction de la population active (démographie mais aussi délocalisations) et de la permanence d'un chômage élevé. Inutile de rêver : déjà, en 2003, on envisageait de financer le déficit des retraites grâce à la baisse du chômage à l'horizon 2010 (quelle ironie !). Et voilà que l'on recommence avec 2015 en ligne de mire…

2. Une grave rupture d'égalité intervient lorsque, arbitrairement, suivant l'année du départ en retraite, le niveau de la pension est radicalement différent. Il est étonnant que l'on ne s'indigne pas que, à salaires égaux et durées de cotisation égales, deux retraités bénéficient de pensions sans aucune commune mesure uniquement parce qu'ils ont pris leur retraite à 3 ou 4 ans d'écart.

Il n'y a donc pas 36 solutions. Soit on élargit l'assiette des cotisations, soit on réduit la masse des pensions.

Soyons provocateurs : clientélisme électoral oblige, on n'a jamais entendu un politique proposer de bloquer les pensions pendant 3 ou 4 ans – du moins pour les plus élevées d'entre elles. Scandale ? Que dire alors de la réduction tendancielle des salaires des actifs ? (Embauche des jeunes à des niveaux inférieurs à ceux des aînés, mise au chômage, salaires avec parties variables, etc alors même que les cotisations s'accroissent, réduisant d'autant le salaire net ?) Que dire aussi de la triple ponction sur les actifs : une première fois pour les cotisations par répartition, une deuxième fois pour financer leur future retraite par des compléments volontaires et une troisième fois via les fonds de pension qui pèsent sur les salaires en exigeant des dividendes de 10 ou 15% ?

L'alternative existe, il faudra y venir un jour : élargir l'assiette des cotisations. C'est une affaire de solidarité. Le grand classique des délocalisations doit être encore une fois souligné : en délocalisant des emplois, on perd des cotisations-retraites, mais on garde les retraités (sauf ceux qui vont passer leurs retraites au soleil en cessant de payer des impôts en France). En remplaçant un salarié par une machine, on perd ses cotisations retraites. Mais les retraités, eux, ne sont pas remplacés par des machines – et c'est heureux !

C'est donc une question de bon sens. Une vraie réforme doit réexaminer la nature même des cotisations en les “répartissant” autrement.

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