Au pays des verts paradoxes
Quand les impôts pointent le bout de leur nez, les débats s'enflamment. Voilà qui est salutaire. Ainsi de la taxe carbone, qui révèle nombre de paradoxes dans notre pays des verts pâturages.
Le carbone émis par les ménages français (si l'on peut dire) provient pour l'essentiel du chauffage et du transport – en particulier automobile. Pour y remédier, il faudrait donc optimiser l'un et l'autre. Ce sont des questions techniques et d'aménagement du territoire.
Aménagement du territoire
Réduire la circulation automobile, dirait madame la Palice, c'est réduire les distances entre les domiciles et les lieux de travail, les administrations et les commerces. Les évolutions récentes de notre territoire vont en sens exactement inverse : tant la modification de la carte judiciaire, que celle des hôpitaux ou de la Poste consiste à regrouper les services et donc à les éloigner de leurs usagers, sans oublier les hypermarchés, par définition regroupés à l'écart des zones habitées.
Refus de densification
Dans les grandes agglomérations, les effets de la hausse des prix de l'immobilier, renforcés par le désir exacerbé de disposer d'un logement individuel (une “maison”) allongent sans cesse les distances à parcourir et exigent un usage accru de l'automobile, les transports collectifs ne pouvant tout desservir. En région parisienne, les écologistes transforment peu à peu Paris en sanctuaire en refusant toute densification, accentuant le mouvement d'exil vers les banlieues lointaines – et allant ainsi contre leur “cause”.
Dans ces conditions, instaurer une taxe “punissant” (une fois encore) les plus modestes ne révolutionnera pas la façon de se déplacer. Si se rendre de Sèvres-Babylone à Jussieu en métro ou en Vélib® est agréable pour un “bobo” parisien, il n'en est pas de même pour aller de Marne-la-Vallée à La Défense – à moins d'avoir des mollets de coureur cycliste professionnel (et le dopage qui va avec).
Le chauffage
Pour optimiser le chauffage, on n'a pas trouvé mieux que de regrouper les logements afin de les rendre mieux isolés et de faire des économies d'échelle. Les difficultés à faire accepter des logements moins individuels – sans pour autant entasser les habitants dans des barres et des tours – empêchent toute évolution. Il existe pourtant d'agréables et efficaces solutions architecturales pour accroître la densité tout en préservant l'intimité des habitants. Densifier les centres des villes, aussi paradoxal cela paraît-il aux yeux des écologistes nostalgiques de la société pastorale “d'antan”, est la seule solution pour réduire les émissions de CO2 (entre autres avantages).
Quid également des tours de bureaux, constamment climatisées. Pourquoi les entreprises ne payeraient-elles pas de taxe carbone pour cela ?
Une fois encore, taxer les ménages qui vivent dans des logements individuels dispendieux en énergie est une réaction négative. Mieux vaudrait financer des travaux d'isolation, de changement de mode de chauffage quand c'est nécessaire et de révision drastique des plans d'urbanisme. Le bilan financier et écologique n'en serait que meilleur.
Des impôts sans cesse dévalorisés
D'une manière générale, que ce soit en matière de fiscalité ou d'écologie, rien ne sert d'agresser les Français en les accusant de tous les maux. Il est vrai que la majorité actuelle ne cesse de dévaloriser les impôts et les charges en les comparant à des punitions, des brimades ou des entraves au dynamisme. Or voici, d'un coup d'un seul, qu'elle se targue de découvrir un impôt vertueux, au moment où la crise réduit le pouvoir d'achat. De tels paradoxes ne peuvent conduire à un consentement sain à l'impôt, condamnant en grande partie la taxe carbone telle qu'elle est conçue.
Ultime paradoxe
La taxe carbone s'ajouterait à la TIPP. Or cette dernière est l'impôt le plus élevé jamais appliqué dans notre bon pays (mis à part ceux portant sur le tabac, mais là, on punit les fumeurs, pas de problème). N'oublions pas que cette taxe représente la moitié du prix du litre de carburant (environ). L'écotaxe existe donc déjà sur les carburants et le chauffage au fuel. Ne pourrions-nous pas trouver d'autres secteurs non encore concernés comme, par exemple, l'aviation, exonérée de TIPP ?
Quant aux récentes demandes du président d'EDF d'augmenter le prix de l'électricité de 20% sur 5 ans, elles viennent ajouter à la confusion et aux paradoxes. La coupe risque de déborder dans un tel contexte. Même si la hausse se limite à 2%, gageons qu'elle est encore supérieure, pour nombre de Français, à celle de leurs revenus – quand ils ne baissent pas.
Voilà une affaire bien mal engagée, qui n'arrangera les affaires de personne, à commencer par les écologistes.








































