mercredi 30 décembre 2009

30 milliards

Pendant que l'on s'agite sur des sujets secondaires, un chiffre autrement plus important devrait nous alerter. Il était mis en évidence dans l'édition de lundi du quotidien Libération, ainsi que dans toute la presse d'ailleurs.

Après un déficit record de 23,5 milliards d'euros en 2009, le budget de la Sécurité Sociale prévisionnel de 2010 bondit à plus de 30 milliards. Facile à mémoriser : nous sommes le 30 décembre !

Tableau d'équilibre
L'article 29 de la loi de financement (LFSS) ne manque pas d'humour involontaire en qualifiant le tableau reproduit ci-dessous de “tableau d'équilibre”.

Il est intéressant de relever les ordres de grandeur : le déficit, soit 30 milliards, représente un tout petit peu plus de 10% des recettes.

Évolution depuis 1999



Ce graphique a été établi à partir du document officiel : http://www.securite-sociale.fr/chiffres/chiffres_cles/2009_chiffres_cles.pdf. Il suffit pour comprendre qu'à force de “laisser filer” les déficits année après année, on aboutit à une situation idéale pour proclamer : “ça ne plus durer, on va prendre des mesures”, ce qui est prévu pour 2010. Quel genre de mesures ? Un ajustement des recettes ou… une baisse drastique des dépenses ? Nous vous le laissons deviner.
Pendant que l'on s'occupe de sujets anecdotiques, notre régime de Sécurité Sociale, qui avait “fêté” ses 60 ans il y a quelques années, est en train de mourir de sa belle mort.

Que faire ?
En toute rigueur, si l'on se place du côté des recettes, il faudrait les accroître d'environ 10% pour rééquilibrer le système. On pourrait en effet imaginer une sorte de mécanisme compensateur qui, l'année N+1, s'attacherait à refinancer le déficit de l'année N. En cas d'excédent, au contraire, les cotisations N+1 seraient réduites d'autant. Ce serait une CRDS compensatrice annualisée.

Le prix d'un abonnement de téléphone portable
Comme les cotisations sont, grosso modo, payées pour moitié par les ménages et pour moitié par les entreprises, voici des ordres de grandeur certes théoriques mais tout de même instructifs :
Il existe environ 36 millions de foyers fiscaux en France, dont 20 millions sont imposables. On pourrait donc en déduire les chiffres ci-après :
  • Déficit 2009 = 23,4 milliards
  • Part à financer par les ménages = 11,7 milliards
  • Soit par foyer fiscal imposable = 585 euros ou 48,75 euros par mois, que l'on me permettra d'arrondir à 50 euros. Le prix d'un abonnement de téléphone portable ! (si l'on demandait à tous les foyers fiscaux de payer, alors le montant mensuel moyen serait ramené à 27 euros).
Avec un barème progressif tenant compte des revenus de chacun, ces 50 euros pourraient s'étager de 10 à 100 euros par exemple. Bien sûr, les entreprises devraient contribuer à due concurrence pour que le déficit soit entièrement refinancé. Rien n'est simple, nous ne le contestons pas.

Mais cette fois, vous devez trouver que j'exagère dans l'autre sens…

Zéro pointé

Il ne suffit pas de s'agiter comme un cabri en scandant : “des réformes, des réformes”. Encore faudrait-il réaliser un travail législatif et réglementaire correct. Depuis deux ans, des réformes alambiquées, toujours compliquées, se succèdent sans interruption. Nombre d'entre elles produisent carrément les effets inverses de ceux recherchés – à moins que ce ne soit délibéré... Le Conseil constitutionnel est le dernier rempart face à ces cancres de la loi. Il vient de censurer la taxe carbone. Le communiqué du Conseil est éloquent :
Ces exemptions auraient conduit à ce que 93 % des émissions d’origine industrielle, hors carburant, soient exonérées de contribution carbone. Moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre aurait été soumise à la contribution carbone. Celle-ci aurait donc porté essentiellement sur les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l’une des sources d’émission de dioxyde de carbone. Pour les activités industrielles, ces exemptions n’étaient pas justifiées par le régime des quotas d’émission de gaz à effet de serre dans l’Union européenne, ces quotas étant attribués à titre gratuit jusqu’en 2013.
On ne peut être plus explicite ! Souvenez-vous du mot “gougnafier”. Il signifie “bon à rien, rustre, goujat” selon le Petit Robert et, plus largement, “qui accomplit un travail bâclé”. Il qualifie bien le travail du gouvernement : du travail de gougnafier. Il est donc normal que le Conseil constitutionnel retourne sa copie au gouvernement avec un zéro pointé souligné en rouge.

L'essentiel et l'accessoire
Plus largement, cette affaire de la taxe carbone montre que nous ne savons plus aller à l'essentiel, nous contentant trop souvent de l'accessoire, du symbolique, poussés par la communication médiatique à privilégier l'effet d'annonce au détriment du fond.

Sur la question écologique, les exemples sont légion. Les fameux vélos de ville en location le montrent avec éclat. Voilà que l'on présente une innovation certes sympathique comme une fantastique action écologique alors que l'effet concret est microscopique et que le coût en est pharamineux. Il suffit de réfléchir deux minutes pour comprendre que les substitutions voiture vers vélo sont négligeables, l'essentiel des usagers des vélos étant déjà des usagers des transports en commun comme le métro.

À l'inverse, alors que les forêts permettent d'atténuer fortement les émissions de gaz à effets de serre, aucune mesure d'ampleur n'est prise dans ce domaine. La taxe carbone était du même tonneau : 93% des émissions exonérées ! Sans compter que les 7% restants sont “pollués” par de multiples exonérations et remboursements. Un coup d'épée dans l'eau, certes présentable au Journal de 20 heures, l'archétype de la non-réflexion, mais en réalité inutile et vain.

lundi 28 décembre 2009

Craquement de chaussure

Connaissez-vous l'ingénieur du son Geoff Emerick ? Si vous vous intéressez aux Beatles, son nom ne vous est peut-être pas étranger. Le destin de cet homme est en effet marqué par les quatres “lads” de Liverpool.


Né en 1946, il entre aux studios EMI, sis à Abbey Road, dès 1962, âgé d'à peine 16 ans, et assiste à la toute première session d'enregistrement du groupe, la chanson Love Me Do. En 1966, le producteur George Martin le propulse ingénieur du son attitré des Beatles et il se distingue d'entrée en répondant aux demandes complexes de John Lennon pour un morceau resté emblématique : Tomorrow Never Knows. Geoff Emerick sera ensuite l'artisan de l'enregistrement de Sgt Pepper et de Magical Mystery Tour, rien de moins ! Durant les sessions du Double Blanc, il donnera sa démission, excédé par l'ambiance exécrable qui régnait alors dans le studio. Mais les Beatles le rappelleront afin qu'il enregistre avec eux le disque qui deviendra Abbey Road.

Geoff Emerick raconte tout cela – et bien d'autres choses encore – dans un superbe livre paru aux éditions Le mot et le reste, En studio avec les Beatles, traduit par Philippe Paringaux. Le récit est vif, direct et franc. On y apprend une foule de choses sur la genèse de l'œuvre des quatre garçons dans le vent, un vent créatif, parfois bon et parfois mauvais, mais toujours exceptionnel. Le livre dépasse les habituels clichés trop souvent accumulés à propos des Beatles et nous permet de mieux comprendre le processus créatif du groupe en studio ainsi que la part respective de chacun dans les très nombreux morceaux enregistrés de 1966 à 1969.

Parmi les anecdotes amusantes qui parsèment le livre figure celle-là. L'enregistrement de A Day In The Life constitua le sommet de l'album Sgt Pepper. Entre autres fantaisies, les Beatles avaient suggéré que le morceau s'achève par un accord plaqué sur des claviers, le plus long et le plus “conclusif” possible.

Tous les instruments disponibles dans les studios d'Abbey Road furent réquisitionnés : deux Steinway à queue, un autre Steinway, droit cette fois, légèrement désaccordé pour sonner “bastringue”, une épinette, un piano électrique Wurlitzer et un harmonium. George Harrison étant ce soir-là absent, ce furent John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, Mal Evans et George Martin qui plaquèrent le fameux accord, en plusieurs enregistrements successifs. Le plus difficile fut bien sûr de le plaquer avec un ensemble parfait, tandis que George Martin devait faire le moins de bruit possible en actionnant le soufflet de l'harmonium au pédalier. Durant chaque enregistrement, Geoff Emerick augmentait la sensibilité des micros au fur et à mesure que le son déclinait, afin d'allonger la tenue de l'accord. Aussi le moindre bruit parasite pouvait-il se faire entendre tandis que les protagonistes restaient immobiles, retenant presque leur souffle. Et c'est là que Ringo changea légèrement de position, faisant craquer sa chaussure. Geoff Emerick nous assure que l'on entend ce (très) léger bruit parasite et c'est vrai.
Sur l'album récemment publié en version remasterisée, le craquement est audible sur le canal droit au timecode 4:50. Munissez-vous d'un casque ou augmentez le volume sonore pour l'entendre !

Geoff Emerick a mené par la suite une carrière remarquable d'ingénieur du son, travaillant régulièrement avec Paul McCartney, en particulier sur les sessions épiques de Band On The Run à Lagos (Nigeria), jusqu'au mixage du tout dernier album “live” de McCartney, Good Evening New-York City, ce qui fait qu'à seulement 63 ans, Emerick a connu toute l'histoire des Beatles, des origines à nos jours. Prodigieux !

mercredi 16 décembre 2009

Alain Robert a encore frappé


Alain ROBERT escalade la tour Ariane
par olemaitre
Ce grimpeur n'a froid aux yeux (ni aux oreilles d'ailleurs).

Fantastique coquille !

Relire un texte et tenter de repérer toutes les coquilles sans exception s'apparente à une mission impossible.

Mission impossible ? est d'ailleurs le titre du dernier livre de Pierre Moscovici, dont le blogueur vient de commencer la lecture. Est-ce un entraînement acquis progressivement en relisant les épreuves des livres des éditions AO ?
Toujours est-il qu'une fantastique coquille a été identifiée page 27 du livre.
Voici le contexte. Moscovici cite Alain Minc, pour qui : “L'élection, c'est l'Alternance avec une majuscule, la réélection c'est la France de Marc Bloch.

Le conseiller fait allusion aux réélections en apparence consensuelles de François Mitterrand (la “France unie” de 1988) ou de Jacques Chirac (ses 82% de 2002). Moscovici nous explique alors dans une note de bas de page que Minc se réfère à la phrase de Marc Bloch, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps d'ailleurs :
Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.
Or, si on lit avec attention le texte imprimé, voici ce que l'on constate :


N'hésitez pas à zoomer, vous n'en croirez pas vos yeux. Nous proposons ci-dessous un agrandissement pour celles et ceux qui n'y seraient pas parvenus.


Eh oui ! Magnifique lapsus, formidable acte manqué, fantastique coquille ! Pierre Moscovici a dû, tout comme nombre d'entre nous, vibrer au souvenir du score [du congrès] de Reims, qui avait vu les motions E, A et D atteindre des scores très proches (respectivement 29%, 25% et 24%). Ce congrès avait été suivi d'un score encore plus “vibrant”, celui des deux rivales Martine et Ségolène, arrivées quasiment à égalité après le vote surréaliste du 20 novembre : 67451 voix pour Martine Aubry, 67349 voix pour Ségolène Royal…

Sacré score,  pourrait-on dire en effet !

Mission impossible, saison 2
À propos de mission impossible, soyons persuadés que Ségolène a reçu les instructions suivantes sur magnétophone :
Bonjour Mme Royal. Cette femme (photo de Martine Aubry dans une enveloppe) tente de remettre le PS en ordre de marche. Votre mission, si toutefois vous acceptez de l'entreprendre, consiste à empêcher le rétablissement du Parti socialiste et à assurer la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Cette bande s'auto-détruira dans les cinq secondes. Bonne chance, Ségolène.
La bande ne s'étant pas auto-détruite en raison d'un bug informatique, nous sommes en mesure de vous la faire écouter.



Exagérerions-nous ? Avouez qu'il y a de ça !

jeudi 10 décembre 2009

Une foi(s) n'est pas coutume

Une “tribune” du président de la République a été publiée en première page du Monde daté du 9 décembre, anniversaire de la loi de séparation Église(s)-État, rappelons-le.

La faute de français (au sens de “langue française”) commise par l'auteur est à trouver dans la conjugaison. Quand le président de la République écrit “respecter ceux qui arrivent / ceux qui accueillent”, il commet l'erreur d'employer le présent. Mieux aurait valu écrire “ceux qui sont arrivés” quitte à préciser “pas toujours légalement, parfois contraints”, et écrire “ceux qui ont accueilli” en précisant “le plus souvent très mal”. Ainsi les choses seraient plus claires. La confusion entre le passé et le présent est trop fréquente dans notre société qui néglige l'enseignement de l'Histoire, du Temps qui a passé, qui passe et passera, qui n'est pas qu'une instantanéité du présent.

Sinon, une fois n'est pas coutume, reconnaissons que le dernier paragraphe de la tribune ne peut que recueillir l'assentiment du blogueur, pourtant volontiers irascible à l'endroit dudit président :
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu'il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec l'humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu'il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre.
Il reste à espérer (1) que le président pense ce qu'il écrit (2) qu'il a écrit ce texte lui-même, ce qui n'est pas sûr, et en tire des conclusions cohérentes et non contradictoires comme il en a la détestable habitude.

mercredi 9 décembre 2009

Portables en classe

Des élèves d'une classe de terminale ont pétitionné pour obtenir le “droit” d'utiliser leurs téléphones portables pendant les cours. Rien que de plus légitime. Il est normal de pouvoir téléphoner, répondre aux appels et envoyer ou recevoir des SMS pendant qu'un professeur fait la classe. Ce droit devrait même être inscrit dans la Constitution. Les adultes montrent l'exemple, heureusement, en n'hésitant pas à interrompre leur vie quotidienne pour, justement, répondre aux sollicitations de leurs téléphones mobiles, qui ont priorité sur tout le reste. Leurs enfants ont bien compris la leçon, et veulent l'appliquer à l'école. Quoi de plus logique ?

Woerth le justicier

Le grotesque le dispute à l'obscène. Lors du débat sur la fiscalisation des indemnités d'accidents du travail, au Sénat, voici comment Éric Woerth a argumenté (sic, confer article du Monde) :
Le trader qui au volant de sa Porsche se casse un doigt de pied parce qu'il a un accident de trajet sera arrêté pendant trois semaines et ne va pas payer d'impôt sur le revenu…
a-t-il observé, au cas où sa loi ne serait pas votée. Le Chevalier de la Justice Fiscale part à l'assaut des citadelles des traders. Ce n'était pas la peine de gravir l'aiguille de la République cet été, monsieur le ministre, pour fouler aux pieds les valeurs de notre République une fois de retour dans la vallée…

Dans Marianne, cependant, Edwy Plenel publie une tribune intitulée “l'amendement ignoble”. Voilà qui tranche avec l'entrefilet discret dans la presse gratuite reproduit ci-contre. Il s'indigne avec raison :
On ne pouvait imaginer symbole plus explicite d'une politique de violence sociale […] [L'amendement] exprime, comme un lapsus bavard, le cauchemar d'un capitalisme sans freins, mangeur d'hommes et de richesses, saccageant l'humanité et la nature.

Dans le tourbillon médiatique, ces quelques mots disparaîtront à la faveur de l'information suivante. On efface tout et on continue…

vendredi 4 décembre 2009

On s'en fout du foute-balle


Mais si vous saviez combien on s'en fiche, on s'en fout, on s'en tamponne le coquillard, comme disait mon grand-père y'a longtemps – on s'en “fout-bôle” de vos tirage au sort… Pas besoin d'une dernière minute  pour savoir que les fouteux vont se foutre sur la gueule en en venant aux “mains”.

mercredi 2 décembre 2009

Où sont les spams ?



Dans la rubrique “le meilleur du spam”, voici une vidéo qui n'est pas un spam, mais une nouvelle prestation de l'inénarrable JC Frog. Allez-y voir d'urgence. Le "Lundi au soleil" final est d'anthologie.

Voici le lien : http://jeromechoain.wordpress.com/2009/11/29/ou-sont-les-spams/

Bon spectacle !