vendredi 13 novembre 2009

Une France monstrueuse ?


Extrait de Libération de ce vendredi 13
Plusieurs centaines de “niches” encombrent notre système fiscal. En supprimer est un objectif salutaire. Or à laquelle s'attaque-t-on en priorité ? À celle dont bénéficient les victimes d'accidents du travail. Pour un sarkozysme qui se veut protecteur des victimes et défenseur des valeurs du travail, voilà un “signal symbolique fort” adressé au pays.


Eric Woerth qualifie cette initiative de “juste et courageuse”. Il en faut, en effet, du courage pour s'attaquer aux plus faibles, aux accidentés de la vie…
  • surtout en plein débat sur le stress au travail et le harcèlement moral,
  • surtout après la vague de suicides à France-Télécom,
  • surtout au moment où s'engage un débat sur les valeurs qui fondent notre identité nationale,
  • surtout, ajouterons-nous, en pleine “journée de la gentillesse”.
N'y a-t-il pas quelque chose de monstrueux dans cet implacable cynisme, ainsi que le relevait Marie NDiaye ?

Cette fois, ce n'est pas l'auteur de ces lignes qui exagère. Car s'il existe un devoir de réserve, il en existe un autre, encore plus impérieux : le devoir d'indignation – exerçons-le sans relâche.

Éléments complémentaires
Extrait de la définition du mot “Monstre” dans le dictionnaire Le Robert : “Personne effrayante par son caractère, son comportement, spécialement sa méchanceté”.

L'équité consisterait-elle à additionner les injustices ? C'est probablement la différence entre l'équité et l'égalité.
La mesure de l'UMP est censée rapporter 150 millions d'euros. La défiscalisation des heures supplémentaires en coûte 4 milliards. Les études réalisées par la Sécurité sociale démontrent que la multiplication des heures supplémentaires engendre une augmentation des accidents du travail.
Patrick Roger dans Le Monde

Ajout du 14 novembre : consultation du site du Monde


Ah, le choc des publicités ! Les commentaires outrés ajoutés par les internautes méritent une lecture (lien vers l'article). NB : et une coquille sur le mot “accidentes” sans “é”.

Celui de Gipsy2, par exemple : “C'est sûr que les victimes d'AT sont des privilégiés. Pour mon cas 1 mois et demi de coma, paralysée pendant des mois, rééducation 6 jours sur 7 que je dois continuer moins souvent mais sans arrêter, traitement obligatoire et à vie que j'aurais aimé arrêter, mais que je ne peux pas, radios, examens selon mon état. En ce moment je n'ai rien d'autre que le traitement et je ne suis pas remboursée intégralement : TOUS LES JOURS JE PAIE POUR AVOIR ETE VICTIME.”

Ou le commentaire d'Yvette M. : “Quelle ignominie! De la part d'un gouvernement qui vote un bouclier fiscal pour les nantis et taxe les victimes d'accidents du travail. Si on taxait l'injustice les caisses de l'UMP seraient vides. Ont-ils rayé "égalité" et "fraternité" de la devise de la République? Regardez-vous bien dans une glace mesdames et messieurs les députés qui avez voté cette loi "monstrueuse"”

Et enfin celui de Jean : “L'UMP a choisi la journée mondiale de la gentillesse et, qui plus est, un vendredi 13 qui, comme chacun sait, porte chance, pour faire ce cadeau fiscal aux accidentés du travail ! La droite décomplexée et fière d'elle même depuis le Fouquets !”

Je suis cependant d'accord avec la remarque de Bigstop : “Il serait temps de supprimer toutes les exceptions et toutes les niches qui compliquent notre droit fiscal et mettent à mal le principe d’égalité devant l’impôt. Pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Il faut tout remettre à plat. Tout le monde doit être imposé suivant les mêmes règles. Si la fiscalité doit baisser, elle doit baisser pour tout le monde dans les mêmes proportions et vice-versa. Je suis convaincu que nous gagnerions en efficacité avec un système plus lisible.”

Mais, bien entendu, il faudrait une réforme globale, seule susceptible de rétablir l'égalité.

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