dimanche 18 octobre 2009

Le cadeau empoisonné du Général

En 1962, quand de Gaulle a proposé aux Français, par référendum, que les présidents de la République soient élus au suffrage universel direct, il n'imaginait sans doute pas ce qu'il en découlerait un demi-siècle plus tard.

Ni Pompidou, ni Giscard d'Estaing, ni même François Mitterrand, quoi qu'on en dise, n'avaient utilisé à plein les pouvoirs flous dévolus au président par notre Constitution. Jacques Chirac, en raison de sa longue cohabitation, n'a pas non plus été jusqu'au bout. Il fallait que ça arrive, c'était inévitable, et c'est arrivé. Ce que l'on désigne sous le vocable d'hyperprésident n'est en effet rien d'autre que l'exploitation à leur paroxysme des zones d'ombres de nos institutions.

Dans les entreprises, on a coutume de dire qu'un patron qui ne sait pas déléguer est un mauvais patron. Pas en politique. La logique de personnalisation de la Vème République joue à plein.

Désormais, le président décide de tout. La séparation des pouvoirs vantée par Montesquieu n'est plus qu'un vieux souvenir. Aujourd'hui, le président détient non seulement le pouvoir exécutif, mais décide des lois qu'il convient de voter (législatif) et n'hésite pas à influer les enquêtes et à changer sans cesse le droit pénal (judiciaire), nomme qui il veut où il veut, y compris dans les sphères économiques et médiatiques (le cinquième pouvoir). Aucun contrepoids n'existe plus. Mais les Français sont contents, un peu comme Thierry Lhermitte observant Jacques Villeret venant de commettre une bourde monumentale dans Le Dîner de cons et lâchant un “il est content" atterré.

Il y a en effet peu de chance que nous en sortions. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le comportement d'une Ségolène Royal ou d'un François Bayrou. Le refrain est toujours le même : “moi, moi, moi”. Dans une société de “people” et de stars, ça plaît !

Le cadeau du Général était bel et bien empoisonné. Il a mis du temps à incuber, mais le virus a déclenché le maladie institutionnelle – et le malade ne semble aucunement conscient de ce qu'il a malencontreusement attrapé…

Qui disait “ça va mal finir” ?

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