samedi 31 octobre 2009

Les éditions AO vous présentent 3 nouveautés

Les éditions AO - André Odemard, animées par votre serviteur, publient trois nouveaux livres. Ils sont d'ores et déjà disponibles sur le site www.ao-editions.com. Ce sont, dans l'ordre de leur numérotation dans la collection “mini-poche AO”, Terre à terre (n°2), Belle-Île, ma belle (n°8) et Les perles du prof de maths (n°11).


Terre à terre, de Sophie Latappy
La réédition de la journée particulière de Sophie, graphiste et céramiste. Un élégant petit livre de 56 pages format 10,8 x 13,5 cm, illustré de 22 photos.
Sophie raconte sa journée de céramiste, un éclairage intimiste et personnel sur la création, mêlant la terre, l’encre et le papier. Depuis les esquisses de motifs décoratifs jusqu’à l’organisation d’un Atelier en liberté, sans oublier de surveiller en permanence le « dragon bleu », ce four qui cuit ses poteries….
Prix franco de port : 13,90 €. Bon de commande ici.


Belle-Île, ma belle, de Sophie Latappy
Un joli livre format 10,8 x 13,5 cm, 48 pages généreusement illustrées de 17 photos et dessins. Plus de renseignements ici.
Sophie nous emmène dans un lieu qu'elle aime par-dessus tout, Belle-Île, au large de Quiberon… Elle quitte la maison, un peu tendue, un peu cafardeuse, laisse Calou avec le chat. Ça n’a l’air de rien comme ça  : trois jours en roue libre devant soi, trois jours désirés, attendus depuis des mois, ça se fête  !
Prix franco de port : 13,90 €. Bon de commande ici.


Les perles du prof de maths

Recueillies par Jean-Luc Tafforeau il y a bien longtemps, les expressions amusantes et bien senties de ce professeur, André Vinatier, gardent toute leur fraîcheur. Elles sont mises en valeur dans ce livre de 40 pages. Plus de renseignements ici.
Le professeur de mathématiques se distinguait par sa simplicité, son énergie et un franc-parler étonnant. Il laissait venir lapsus et formules à l'emporte-pièce avec une spontanéité revendiquée. Non seulement il déclenchait une salutaire hilarité, mais il s'assurait ainsi une autorité naturelle, pragmatique et sans façons, qui fit la preuve de son efficacité.
Prix franco de port : 9 €. Bon de commande ici.


Ces livres sont imprimés à Lyon par RapidCopy, 8, rue de l'arbre sec dans le premier arrondissement.

jeudi 29 octobre 2009

Mobilité : un oubli étonnant

Le supplément Économie du Monde daté du 27 octobre consacre un dossier à la “mobilité au travail” et à ses ravages – à France-Télécom ou au ministère de l'environnement. Un cadre témoigne :
Le 31 décembre 2008, à 18 heures, c'est par courriel que j'ai reçu mon ordre de mission. Il m'enjoignait d'être en poste le 5 janvier au matin, à Lille, à 500 km de chez moi et sur un poste déclassé.
Dès lors, faut-il convoquer des sociologues, des chercheurs et des consultants en ressources humaines pour comprendre le désarroi des salariés ? Le simple bon sens devrait suffire…

Plus étonnant : une dimension est totalement absente du dossier du Monde. Depuis une bonne trentaine d'années, les couples comptent dans la plupart des cas deux actifs et non plus un seul. L'épouse et les enfants ne font plus partie des “bagages”, comme dans l'armée ou dans certains corps de fonctionnaires, et c'est heureux ! Mais une dimension nouvelle s'ajoute aux mutations à tire-larigot : les couples sont séparés, l'épouse mutée à Lille et le mari à Nice. Une fois encore, on s'étonne et l'on se défausse en interrogeant des spécialistes.

Hypocrisie ? Cynisme ? On n'ose le croire…

La beauté du monde


À 2000 mètres d'altitude, entre Chamonix et le Plan de l'Aiguille. Les premiers rayons du soleil éclairent les mélèzes orangés, sur fond d'aiguilles de Blaitière et du Plan.


L'aiguille de l'M apparaît au détour d'un lacet du sentier. Pourquoi “de l'M” ? Nous vous laissons y réfléchir !


Le Brévent en majesté, photographié depuis le “jardin suspendu”. Le refuge du Plan de l'Aiguille est proche et le sentier recouvert d'une fine pellicule de glace.

mercredi 28 octobre 2009

Ombre et Lumières

Le Monde daté d'aujourd'hui n'a pas pu paraître pour cause de grève des ouvriers du Livre. Les abonnés du quotidien peuvent le lire sur leurs écrans, ce qui, soit dit en passant, est désagréable en dépit des considérables efforts consentis par les concepteurs du site Web.

Je voulais juste citer ici quelques phrases d'une tribune d'Erik Orsenna publiée à la page “Décryptages” qui me paraît intéressante au regard de l'usage du Web. Les voici :
L'obscurantisme n'est pas mort. On dirait même qu'il renaît. […]
Aujourd'hui tout savant, tout sachant doit passer devant une sorte de tribunal où il doit présenter ses excuses de tant savoir. On le conteste, on le discute. Pourquoi pas ? Mais souvent on le soupçonne. Vous imaginez bien qu'en tant que romancier je n'ai rien contre la magie de la fiction et son pouvoir irremplaçable pour expliquer le monde. Mais avouons que je m'inquiète quand je vois tant de gens tenir pour vrai le Da Vinci Code.

Plus besoin de compétence, ni d'expérience, ni d'aucune preuve à ce qu'on avance. La Toile, alias le Net, vous ouvre grand ses bras. Vous pensez que les attentats du 11-Septembre n'ont jamais eu lieu ? Bienvenue dans mon émission, développez votre point de vue devant des millions de téléspectateurs. Vous avez la certitude qu'aucun homme n'a jamais marché sur la Lune mais que la scène a été reconstituée par la NASA ? Quelle stimulante idée ! Venez donc nous en parler. Bref, les Lumières sont malades. J'aimerais vous dire que les dernières nouvelles de l'ombre sont meilleures. Hélas.

Voilà qui devrait vous inciter à lire l'intégralité du texte, disponible à l'adresse ci-dessous.

http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/10/27/c-est-de-l-ombre-qu-il-faut-faire-l-eloge-par-erik-orsenna_1259318_0.html

Je complète cet article d'une anecdote illustrant les conflits de “savoirs” et les contestations gratuites et sans fondement.

Il y a de cela de nombreuses années, je jouais au tennis de table dans un club, participant à des compétitions officielles organisées par la FFTT. En visite chez des amis, nous avions disputé un match en double (deux fois deux joueurs). Parmi les joueurs, un professeur de dessin. Au moment de changer de service, j'applique par réflexe une règle habituelle. Voilà le prof qui conteste ma façon de faire. Je lui précise sans forfanterie particulière que je ne fais qu'appliquer une règle officielle et connue, et que ça ne me dérange aucunement d'y déroger si vraiment cela l'ennuie. Or que me répond-il ? Que la règle que j'invoque n'a jamais existé et que lui, “le prof”, sait mieux que moi, modeste pratiquant licencié, ce qu'il en est.

Ce coup-ci, c'était le “sachant” qui, sachant chasser sans son chien, affirmait gratuitement qu'il détenait un savoir alternatif pourtant sans aucune validité, mais dont il était entièrement convaincu, au point de le défendre mordicus au mépris de toute rationalité…

vendredi 23 octobre 2009

De la manipulation naît la raison

Jean Sarkozy renonce à la présidence de l'EPAD (voir le site du Monde). Une phrase de l'article sonne curieusement :
Le fils cadet du chef de l'Etat a dénoncé la "campagne de manipulation et de désinformation" qui l'avait finalement amené à faire le "choix de la raison".
Paradoxe ou lapsus ? D'après Sarkozy Junior, la raison naît de la manipulation et de la désinformation. Une découverte sensationnelle ! S'il s'agissait vraiment de “désinformation”, pourquoi renoncer ? Cette petite phrase révèle en filigrane le naturel sarkozien : on manipule et on désinforme pour… avoir raison.

Quoi qu'il en soit, qu'il retourne à ses chères études et révise ses cours pendant les réunions du conseil d'administration de l'Établissement public – dont il fera partie, mais en tant que “simple” administrateur (ce qui est déjà pas mal).

jeudi 22 octobre 2009

Kindle : pas sexy du tout

Livre électronique ?
Nul doute que la lecture sur écran se développera… à condition que l'appareil de lecture soit attirant, agréable et commode. Il existe en effet des différences notables entre médias devenus numériques.

Le confort d'un lecteur MP3 est largement supérieur à celui d'un lecteur analogique*. Les lecteurs digitaux de films présentent des images magnifiques sur des supports légers. Le livre en papier, en revanche, a des attraits bien connus qui n'existent plus sur un “e-book” comme ce Kindle dont on parle beaucoup ces derniers jours – et que l'on commence à appeler “liseuse” en français, une bonne idée, éviter le franglais étant plutôt rare dans ce domaine.
Il n'est d'ailleurs pas si étonnant que le livre, pourtant de loin le plus facile à numériser (du texte), soit l'un des derniers à prendre le chemin du numérique.

Plastique dur, écran en 16 niveaux de gris (!), carrosserie débordant de l'écran bien trop grande (19 cm par 13,5 environ), manipulation peu agréable (écran non tactile), poids assez élevé (plus de 2 fois celui d'un iPhone), prix dissuasif (280 euros + les livres).

Ci-contre : autant la “liseuse” choisie pour la pub est sexy, autant la “liseuse” Kindle ne l'est pas, et laissera de bois les “amoureux” des livres…

Polyvalence
On dit qu'Apple prépare une liseuse (électronique). Je me demande bien pourquoi. L'iPhone est suffisamment polyvalent pour jouer ce rôle, quitte à en proposer un dont l'écran serait un peu plus grand. Pourquoi s'embarrasser de plusieurs appareils ? Téléphone, ordinateur portable, lecteur MP3, appareil photo**, cela fait déjà beaucoup. Raison de plus pour ne pas ajouter un e-book !
Le Kindle, comme toutes les autres machines trop spécialisées, disparaîtra dans les poubelles de l'histoire. La lecture se développera sur des écrans polyvalents, il n'y a guère de doutes là-dessus. Wait and see.

Impolitesse
Si l'on se rend sur le site français d'Amazon, une simple publicité renvoie sur la page en anglais. Les mesures et le poids ne sont pas convertis dans nos unités. Singulière impolitesse commerciale ! Il faut solliciter Wikipédia pour avoir des précisions.

(*) Plus léger, plus souple d'emploi, de petite taille. Il n'y a que les mélomanes capables de déceler la compression à l'oreille qui renâclent.
(**) L'une des raisons du succès des téléphones-appareils photos-lecteurs de musique.

Des chiffres et des lettres

Des nombres et des textes glanés çà et là.

Le déficit du budget de l'État
L'unité de mesure – un pourcentage du PIB – peine à illustrer son ampleur. 3% maxi selon les critères dits de Maastricht, plus de 8% chez nous actuellement (mais 12% en Grèce ou en Grande-Bretagne). Les valeurs absolues sont plus parlantes et font froid dans le dos : 141 milliards d'euros de déficit prévus pour 2009, à comparer aux 212 milliards de recettes fiscales. Il en résulte que l'on “dépense” environ 350 milliards en couvrant seulement… 40% de celles-ci, sans oublier le projet de grand emprunt (une grande bêtise ?) D'après Wikipédia, les dépenses de l'ensemble des régimes de Sécurité sociale représentent quelque 400 milliards d'euros. Si donc le déficit des comptes sociaux atteignait le même niveau que celui du budget de l'État, il serait non pas de 20 milliards, mais de… 160 !

Le salaire de Louis Gallois
Autre chiffre, intéressant lui aussi. Louis Gallois, président d'EADS (et ancien président de la SNCF) gagne 2,3 millions d'euros par an (Portrait publié dans Libé du 21 octobre). Contrairement à nombre de ses homologues des hautes sphères économiques, il a reversé la part variable de sa rémunération, soit 1,4 millions d'euros, à une œuvre caritative. Comme quoi il existe des hommes qui ont le sens des proportions. D'autres auraient pleurniché que leurs revenus insuffisants les décourageaient et leur donnaient envie d'aller exercer leurs talents dans d'autres contrées.

Des bulles encombrantes
En page 2 du Monde daté 20 octobre, Gérard Courtois livre une analyse lucide du débat public, rebondissant sans cesse de “bulle” en ”bulle” au lieu d'évoquer l'essentiel. En clair : les polémiques sur Polanski, Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy ou le procès Clearstream occultent la loi sur les jeux d'argent sur Internet, le redécoupage électoral, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature ou l'explosion du chômage. Le chroniqueur conclut ainsi :
Le pouvoir est pris à son propre jeu : à occuper la galerie du matin au soir, à sortir une réforme de son chapeau tous les trois matins (*), à organiser son action comme un feuilleton télévisé (**), à brouiller les cartes politiques comme un joueur de bonneteau, il a fini par énerver le pays en le privant d'une vue claire et un tant soit peu partagée des problèmes et de leur hiérarchie.
Raton-laveur
Libé relève avec humour les métaphores animales employées dans les débats du procès Clearstream : pétoncle, serpent, poule, corbeau, pigeon, morpion, éléphant et, pour conclure, le raton-laveur de l'inventaire de Prévert. Quoi qu'il en soit, de Villepin sera peut-être le dindon de la farce. Attention : l'ancien Premier ministre n'a pas été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 45000 euros d'amende. Ah bon ? Eh bien oui : il s'agissait de la réquisition du procureur de la République et non du verdict des juges. N'allons pas trop vite en besogne.

Un article rondement bouclé ?
Terminons cet article rondement bouclé par la citation d'une phrase extraite du roman (amusant) de Marion Ruggieri, Pas ce soir, je dîne avec mon père :
Une affaire rondement bouclée qui m'était restée au-travers de la gorge.
Il semblerait que les affaires, comme Clearstream, soient généralement “rondement menées” plutôt que bouclées, et que la réquisition du procureur soit restée “en travers” de la gorge du “pauvre” de Villepin (et non au travers, sinon il aurait été transpercé et aurait dû “rendre gorge”).

(*) Amusant : pour ma part, je suis plus habitué aux “quatre matins” qu'aux trois ! Mais il est vrai que le rythme médiatique ne cesse de s'accélérer. Tous les quatre matins, ce serait insuffisant pour occuper la scène.
(**) Reste à espérer que nous ne connaîtrons pas la “saison 2”.

dimanche 18 octobre 2009

Le cadeau empoisonné du Général

En 1962, quand de Gaulle a proposé aux Français, par référendum, que les présidents de la République soient élus au suffrage universel direct, il n'imaginait sans doute pas ce qu'il en découlerait un demi-siècle plus tard.

Ni Pompidou, ni Giscard d'Estaing, ni même François Mitterrand, quoi qu'on en dise, n'avaient utilisé à plein les pouvoirs flous dévolus au président par notre Constitution. Jacques Chirac, en raison de sa longue cohabitation, n'a pas non plus été jusqu'au bout. Il fallait que ça arrive, c'était inévitable, et c'est arrivé. Ce que l'on désigne sous le vocable d'hyperprésident n'est en effet rien d'autre que l'exploitation à leur paroxysme des zones d'ombres de nos institutions.

Dans les entreprises, on a coutume de dire qu'un patron qui ne sait pas déléguer est un mauvais patron. Pas en politique. La logique de personnalisation de la Vème République joue à plein.

Désormais, le président décide de tout. La séparation des pouvoirs vantée par Montesquieu n'est plus qu'un vieux souvenir. Aujourd'hui, le président détient non seulement le pouvoir exécutif, mais décide des lois qu'il convient de voter (législatif) et n'hésite pas à influer les enquêtes et à changer sans cesse le droit pénal (judiciaire), nomme qui il veut où il veut, y compris dans les sphères économiques et médiatiques (le cinquième pouvoir). Aucun contrepoids n'existe plus. Mais les Français sont contents, un peu comme Thierry Lhermitte observant Jacques Villeret venant de commettre une bourde monumentale dans Le Dîner de cons et lâchant un “il est content" atterré.

Il y a en effet peu de chance que nous en sortions. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le comportement d'une Ségolène Royal ou d'un François Bayrou. Le refrain est toujours le même : “moi, moi, moi”. Dans une société de “people” et de stars, ça plaît !

Le cadeau du Général était bel et bien empoisonné. Il a mis du temps à incuber, mais le virus a déclenché le maladie institutionnelle – et le malade ne semble aucunement conscient de ce qu'il a malencontreusement attrapé…

Qui disait “ça va mal finir” ?

jeudi 15 octobre 2009

Le bon plaisir

Une fois encore, le blogueur court derrière le chroniqueur. Mieux vaut s'en remettre à des plumes expertes et citer deux extraits de la Chronique de Jacques Julliard (Nouvel Obs de ce jeudi) :
Je ne sache pas que de Gaulle ait jamais songé à nommer son fils Philippe au ministère de la Marine.
Et cette judicieuse remarque sur la désormais fameuse “ouverture" :
On notera pourtant que cette ouverture à gauche pratiquée par la droite comporte en général une limite, la politique fiscale.
Me permettra-t-on d'ajouter quelques notes personnelles ?
À force de jouer le tohu-bohu, de nous assourdir de tintamarre médiatique, à force de nous éblouir (et de nous aveugler) d'images masquant tout le reste, notre président (hyper ou infra) nous cuisine une tambouille mélangeant tout et n'importe quoi. Qu'il ne s'étonne pas, désormais, que de cette informe bouillie surgisse l'amalgame.

Trouvez un moyen de revoir le film Le bon plaisir, de Francis Girod, scénario de Françoise Giroud. Où quand la fiction est en deçà de la réalité… Et ne me dites pas que j'exagère !

Pour être tout à fait juste, je vous livre cette méditation de Philippe Val (que je livrais dans un livre, pardonnez-moi la pub), qui illustre avec effroi ce qui se produit depuis quelques semaines sur Internet :
L’opinion prime sur l’information. Le désir de croire l’emporte sur le désir de savoir. On va chercher sur Internet de quoi nourrir nos névroses et nos obsessions.
Attention en effet à ne pas confondre nos désirs (d'avenir, ha, ha !) et la réalité. À ne pas nous limiter à ce qui confirme nos coups de colère. Rien n'est simple…

mercredi 14 octobre 2009

Corde de rappel et fil à plomb

Le directeur du quotidien Le Monde publie rarement des éditoriaux. Quand il le décide, c'est que quelque chose de grave se produit. Dans le numéro daté de ce mercredi, Éric Fottorino évoque avec raison le scandale du projet de nomination du jeune Sarkozy à la présidence du plus important établissement public de France, l'EPAD (la Défense). Mon billettiste préféré, Robert Solé, imagine déjà que petit Jean est nommé à la présidence du Conseil constitutionnel afin d'y faire un stage de juriste “en vraie grandeur”. Attention : dans notre sarkozie décadente, la réalité dépasse souvent la fiction.

Le directeur du Monde emploie une formule dont les références alpines me ravissent. Après avoir affirmé qu'il y a des choses “qu'on ne s'autorise pas”, il relève que notre président, lui, “s'autorise”.
Pas de corde de rappel, pas de fil à plomb
…déplore l'éditorialiste avec raison. Que voulait-il dire exactement ? Que la verticale honorable du fil à plomb ne soucie guère notre hyperprésident, qu'il voudrait s'affranchir des lois de la gravitation ? Surtout qu'il risque de ne pouvoir redescendre la paroi difficile, raide et glissante qu'il vient de gravir. À moins d'être un as de la “désescalade”. De cela, je ne doute cependant pas…


Ci-dessus : la longueur clé du Fil à plomb, à l'aiguille du Midi, une pente raide, glacée et glissante que l'on ne descendra qu'en rappel… de préférence !

Il est vrai que faire la promotion de l'égalité des chances et, dans le même temps, pistonner son propre fils à un poste pour lequel il n'a aucune compétence, on ne peut faire pire. Quoique, attendons le prochain épisode !

dimanche 11 octobre 2009

L'effet sablier

Jean-Marc Vittori est éditorialiste au quotidien Les Échos. Dans le livre qu'il publie chez Grasset, L'effet sablier, il développe la même thèse qu'Alain Lipietz, ex-communiste devenu Vert, dans La Société en sablier (1996). Qu'un journaliste “libéral” rejoigne un économiste “communiste”, voilà qui en dit long sur l'évolution de nos sociétés !

La thèse est simple : la structure des revenus ressemblait autrefois à une pyramide – plus la richesse s'accroît, plus les effectifs diminuent. La période des Trente Glorieuses avait transformé la pyramide en “as de pique” : presque plus de “pauvres”, une classe moyenne nombreuse. Récemment, la tendance nouvelle est à la société en sablier, combinant une quantité croissante de favorisés au prix d'une “descente” des classes moyennes vers le bas – d'où le sous-titre du livre.

Le constat de Vittori est clair et sans appel. L'ancienne logique organisait le travail de façon à utiliser tout le monde (ou presque) à partir d'une organisation taylorienne et d'une hiérarchie à plusieurs échelons. Aujourd'hui, la hiérarchie s'est écrasée, les intermédiaires ont disparu, l'informatique ayant joué un rôle décisif dans cette évolution. Le culte de la performance a sélectionné drastiquement les être humains, donnant plus à ceux qui avaient déjà plus, et moins à ceux qui étaient “dans la moyenne”. L'individualisation a accentué le phénomène. Même la consommation s'articule désormais entre “masstige” (consommation en masse de produits de prestige) et “lowcost”. Jusqu'à la politique : Vittori relève que la campagne du candidat Sarkozy s'adressait à la fois au haut de la pyramide (le bling-bling) et au bas de la pyramide (le populisme). Exit les classes moyennes… réservoir habituel du Parti Socialiste.

L'auteur ne voit pas de solution, ce qui est plutôt effrayant. Contrairement à un Alain Lipietz, il récuse la protection sociale en tant que solidarité, la voyant encore comme une “assurance”, autrement dit un système plafonné. Selon lui, la partie supérieure du sablier rechigne de plus en plus à payer pour la partie inférieure – comme en témoignent les niches fiscales et les déficits croissants.
Une nouvelle société émerge, plus dure, plus inégalitaire, mais aussi plus mobile, plus libre. Nous ne pouvons pas la refouler. Mais nous pouvons la rendre plus juste.
Telle est la conclusion du livre. Un tome 2 serait donc nécessaire pour le “rendre plus juste”. Au Parti Socialiste de l'écrire ?

Aussi enchaînerais-je avec les propositions de l'économiste Thomas Piketty, qui cherche à rendre la société plus “juste”, sans rencontrer suffisamment d'écho d'ailleurs – y compris au PS.

Piketty propose de rationaliser notre système fiscal en le rendant plus efficace et précis, mesures que j'ai toujours estimées indispensables, par exemple :
  • Approche solidaire de la protection sociale (à l'inverse de Vittori) en rendant la CSG progressive en fonction de revenus.
  • Suppression progressive des niches fiscales pour redonner à l'impôt sur le revenu son rôle initial, quitte à afficher des taux plus bas, appliqués à une assiette plus large.
  • Séparation des rôles : politique familiale centrée sur les allocations familiales, largement augmentées, tandis que le quotient familial de l'IR serait supprimé.
  • Création d'une Contribution Patronale de Solidarité, assise par exemple sur les bénéfices, permettant de diminuer les cotisations liées aux emplois et de réduire l'incitation perverse à supprimer toujours et partout les êtres humains.
Ces mesures apportent des réponses au “sablier” : Réduire le chômage s'attaque à la partie basse de l'échelle des revenus, les plus défavorisés étant ceux qui n'ont pas d'emploi. La hausse des allocations familiales profiterait aux plus modestes, au lieu de s'accroître en fonction du revenu (plus on gagne, plus on déduit au titre des enfants, comme s'il était légitime que plus une famille a de revenus, plus elle soit aidée dans les dépenses qu'elle consent pour ses enfants !) La CSG progressive et la CPS (nouveau sigle qui pourrait faire grincer des dents) demanderaient à la partie supérieure du sablier de tirer les leçons de son enrichissement en termes de solidarité (on pense à la classe des “bobos”).

La maladie de notre fiscalité est d'appliquer des taux élevés pour un rendement faible. C'est ainsi que l'impôt sur les sociétés affiche un taux parmi les plus hauts d'Europe, mais que l'assiette, véritable gruyère (si tant est qu'une assiette puisse ressembler à un gruyère) est aussi la plus basse d'Europe. Il en est de même pour l'impôt sur le revenu. On cumule les handicaps : faire peur par un effet d'affichage de taux, obtenir un rendement fiscal faible, y compris dans ses objectifs de justice sociale (la progressivité, le “à chacun selon ses moyens”).

Que conclure ? Qu'il y a urgence : le sable s'écoule dans le sablier, accroissant le phénomène du déclassement, déclenchant des réflexes de peur par essence individualistes, tandis que la logique à l'œuvre ne cesse de détruire toujours plus d'emplois et de causer toujours plus d'insécurité sociale. L'organisation du travail “en râteau” (un responsable chapeautant sans intermédiaires un nombre élevé de salariés devenus des indépendants de fait, corvéables à merci) ne cesse de produire ses ravages, comme à France-Télécom. De plus en plus “pressés” tels des citrons (ou des Orange…) les salariés courbent l'échine pour ne pas être déclassés. L'échec récent de la manifestation syndicale contre la souffrance au travail le prouve.

mercredi 7 octobre 2009

Bon anniversaire aux codes à barres


Google nous signale que c'est aujourd'hui l'anniversaire des codes à barres, inventés le 7 octobre 1970 par George Laurer. Une application du laser, employé pour les lire, plus pacifique que les armes de science-fiction que l'on imaginait volontiers à l'époque.


L'occasion ici d'évoquer les codes-barres des ISBN, ces numéros uniques d'identification de livres, puisque les éditions AO - André Odemard, animées par votre serviteur, s'apprêtent à publier cinq nouveaux titres et une réédition – autant d'ISBN et codes-barres correspondants.

Signalons et remercions ici le site www.digilex.ch qui propose un utilitaire de création de codes-barres en ligne efficace et gratuit.


Derrière ces barres alternées se trouvent six jolis livres que nous vous proposons d'ores et déjà de commander sur le site www.ao-editions.com.
De gauche à droite et de haut en bas :
Ces livres sont au format 10,8 sur 17,5 cm (ou 15,5 cm pour ceux de Sophie), soit un format livre de poche. Ils sont illustrés de photos et dessins en couleurs. Imprimés en petites quantités, ils sont néanmoins proposés à des prix attrayants de l'ordre de 12 €. Plus de détails sur le bon de commande (format PDF) disponible à ce lien.

lundi 5 octobre 2009

Quel événement !

Libération reparlait récemment du serpent de mer de la réforme de l'orthographe.

Tous les promoteurs de réformes, sans exception, oublient une donnée majeure : l'existant. Ils raisonnent d'un point de vue théorique. Théoriquement, en effet, réformer l'orthographe simplifierait son apprentissage. En pratique, il en va autrement.

1. Quid de l'acquis ? Les livres imprimés, les pages Web existantes et en ligne pour longtemps, représentent un volume de texte sans aucune commune mesure avec celui qui existait dans le passé, lorsque des réformes furent appliquées. La cohabitation entre les deux orthographes serait inévitable, et pour très longtemps.

2. La lecture contribue à la mémorisation de l'orthographe – même inconsciente, même sans qu'elle soit toujours appliquée ensuite à l'écriture. Faire cohabiter plusieurs orthographes induirait la confusion mentale des lecteurs qui, au final, compliquerait la compréhension de ce qu'ils lisent (avez-vous déjà essayé de lire du Montaigne ou du Rabelais dans l'orthographe de l'époque ? Mission impossible ! Or c'est ce que l'on ressentirait à la suite de l'application brutale d'une orthographe 2.0)

3. Désapprendre, pour les lecteurs adultes, serait difficile, ferait perdre beaucoup de temps, entraînerait des erreurs qui, inévitablement, aboutiraient à une sorte de troisième version, bâtarde, mélangeant deux orthographes – celle d'avant et celle d'après.

EVENEMENT
À l'appui de leur article, les journalistes de Libé évoquaient le cas du mot "EVENEMENT", écrit ici délibérément sans aucun accent. Il se trouve que l'on a longtemps orthographié le mot "évÉnement" (c'est nous qui soulignons). Une réforme (?) de 1990 a décidé, dans sa grande sagesse, de prôner l'orthographe "évÈnement". Du coup, l'incertitude règne, ne serait-ce que chez les correcteurs orthographiques informatiques, reflets des hésitations humaines.


Dans cet éditeur de blog, FireFox souligne "événement" mais pas "évènement" comme vous pouvez le voir dans l'illustration ci-dessus.


À l'inverse, le correcteur ProLexis, réputé pour son sérieux, préfère l'orthographe d'avant, comme le montre cet exemple testé dans l'éditeur de texte de Mac OS.

On n'en sort pas ! À un moment ou à un autre, l'enseignant doit expliquer cela et les élèves mélangent tout : les uns retiennent "événement", les autres "évènement". Impossible de surcroît d'apprendre à son insu en lisant la presse ou des pages Web puisque les deux cas se présentent. Une réforme importante de l'orthographe créerait des milliers de cas semblables dont une terrible confusion résulterait.

Toute réforme serait donc impossible ? Autoritaire et arbitraire certainement. Réformer l'orthographe, ce serait un peu comme réformer la pensée. Il est vrai que la réforme est à la mode. Or il n'y a que l'usage qui fait évoluer l'orthographe. Et c'est très lent, très progressif. Dans notre monde pressé et stressé, l'urgence domine, prenant le pas sur la réflexion et l'intelligence (et donc sur l'intelligibilité). À tel point d'ailleurs que l'on commence à trouver que l'apprentissage de l'orthographe (et donc de la lecture et de l'écriture) prennent trop de temps. Étrange ! Apprendre à se comprendre, dans tous les sens du terme, est désormais considéré comme superflu… Il est vrai que le temps c'est de l'argent. Idée soudaine d'un génie méconnu : et si l'on payait les élèves pour qu'ils apprennent l'orthographe ?

(Comment ça ce n'est pas nouveau ?)

jeudi 1 octobre 2009

Time to jacter

Je voue une admiration sans bornes à Robert Solé. Ce “billettiste” (avec deux T) du quotidien Le Monde a le chic pour trouver le fil conducteur que j'aimerais développer ici. Que voulez-vous, c'est le métier !

Ainsi de son billet dans le quotidien daté de ce 1er octobre, titré Time To Move. Robert Solé parvient à concentrer l'indignation éprouvée à la suite des suicides à France-Télécom, cruauté désormais “ordinaire et banalisée” dans notre société dévoyée. Comment n'y avoir pas pensé ?


C'est pourquoi je me permets, en infraction à la législation, de reproduire in-extenso ce billet – M. Solé pourra obtenir tous les droits d'auteur qu'il voudra bien me facturer.

Oui, il est temps que des individus tels que M. Lombard, “movent” à grande vitesse, en anglais ou en français, pour avoir ainsi mis en place une politique de gestion de personnel aussi abjecte. L'en-tête de l'analyse d'un livre sur les “cassés” de France-Télécom figurant juste au-dessous du billet suffit à préciser le propos.

Time to jacter – serait-on tenté de lui hurler à son oreille de patron bien installé ! Et ce en dépit de la déclaration de Christine Lagarde qui lui a renouvelé sa “pleine et entière confiance”. Pour faire quoi ? Je vous laisse le soin de l'imaginer…