mercredi 30 septembre 2009

Une lucidité réjouissante

À l'inverse du Jean-François Copé de notre article précédent, Michel Rocard ou le député Daniel Garrigue font preuve de lucidité.

Michel Rocard
L'analyse qu'il livre sur la crise économique est claire. Le PS ferait bien de l'écouter au lieu de pérorer contre sa soi-disant “trahison”. En voici le résumé, tiré de son interview au Monde (du 27-28 septembre).

Dès lors que les investisseurs ont pris le pouvoir dans les multinationales, le mot d'ordre est devenu : “toujours plus de dividendes”. Quoi qu'on en dise, il est patent que la rémunération du travail en pâtit. La proportion de salariés sous-payés et précaires ou de chômeurs a fortement augmenté.
Tout cela a abouti a moins de consommation et à une hantise générale de l'insécurité qui décourage tous les comportements d'audace de la vie économique.
Comme quoi la “prise de risque” n'est pas automatiquement encouragée dès lors qu'il y a “danger”.

Rocard estime qu'il faut retrouver une indexation des salaires sur la productivité. Il manque en effet 8 à 9% de part de salaires dans le PIB pour soutenir consommation et croissance. Autre constat lucide :
[L'économie] a cessé de s'intéresser aux conséquences sociales de ce qu'elle faisait pour laisser cela à la charité ou à la police.
La vision étriquée de la pseudo théorie économique mathématisante perdure pourtant… Et c'est bien à cela que l'on aboutit : démantèlement de la protection sociale qui reviendra, comme au Moyen Âge, aux organismes de charité; accroissement de la délinquance rendant indispensable l'accroissement des effectifs policiers, sans rien résoudre “à la racine”.

Daniel Garrigue : il est temps d'augmenter les impôts
Autre exemple de lucidité, celle de Daniel Garrigue, député ex-UMP qui publie dans Libé une tribune titrée “il est temps d'augmenter les impôts”. Ah, certes, ce n'est pas aisé à entendre !
En voici quelques extraits :
Ce qui est peut-être plus grave encore, c’est le sentiment de fuite en avant - alimenté notamment par le projet de grand emprunt - et de passivité devant les déficits qui crée dans le pays un climat de fatalisme que l’on n’avait pas connu depuis la fin de la IVe République.
Alors que faire ? Il n'y a pas trente-six solutions : recourir aux prélèvements généraux (impôt sur le revenu et CSG).
Recourir aux prélèvements généraux ne peut se faire que dans un contexte fort de solidarité et de justice sociale et fiscale. Dans un contexte de crise, ce recours doit viser en priorité les revenus les plus élevés car on a trop oublié, dans notre pays, qu’il est normal que ceux qui sont les plus favorisés contribuent le plus à l’effort commun.
Une intéressante analyse de la dérive fiscale récente :
Le gouvernement en vient, outre la taxe carbone, à envisager la création d’impôts fondés sur les techniques fiscales les plus archaïques - l’impôt appliqué directement à tel ou tel actif : pylône, éolienne ou transformateur - pour ne pas avoir à recourir à une forme d’imposition qui impacterait d’une manière ou d’une autre le bouclier fiscal.
Quant au fameux bouclier fiscal, voici une suggestion de bon sens, qui se concentre sur les réels cas d'injustice pouvant résulter de l'ISF :
En plafonnant [le] bouclier [fiscal] pour qu’il ne s’applique qu’aux contribuables imposés aux premières tranches de l’impôt sur le revenu. Ensuite, en augmentant le niveau des prélèvements - par exemple 0,25 point de CRDS, plutôt qu’élargir le forfait hospitalier - en assurant une dose suffisante de progressivité et en assortissant cet effort de la remise en cause d’un certain nombre de niches fiscales.
Faut-il que ce soit un député non-inscrit “divers droite” qui propose ce qu'un PS est incapable de formuler clairement ? Certes, un Didier Migaud, président de la commission des finances, ou un Gilles Carrez, rapporteur de la même commission, ne cessent de tirer le signal d'alarme, mais sans être entendus par un hyperprésident assourdi par le tohu-bohu médiatique qu'il entretient.

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