jeudi 9 juillet 2009

Symboles de réformes

La proposition de loi sur le travail dominical, actuellement en cours de discussion au Parlement, serait pour le président de la République “le symbole de sa capacité à réformer”. Elle constitue surtout un nouvel exemple de mauvaise réforme, tant dans le fond que dans la forme, venant s'ajouter aux précédentes – les heures supplémentaires et la loi hadopi pour ne citer qu'elles.

Une chose et son contraire
Voici donc, encore une fois, une réforme hypocrite proclamant une chose et son contraire : le repos dominical demeure “la règle” tandis que le nombre d'exceptions s'accroît. On retrouve cette “fauculterie” déjà à l'œuvre à propos de la loi sur les heures sup, qui proclame que l'horaire hebdomadaire reste fixé à 35 heures, ou à propos de la réforme des retraites, qui maintient l'âge de départ à 60 ans tout en accroissant la durée de cotisation (ce point changera bientôt). Tout le contraire du “courage politique”. Pour un homme qui ne cesse de vouloir “mettre fin aux hypocrisies” en officialisant des pratiques douteuses (la nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par exemple), voilà qui est paradoxal.

Sur la procédure, toutes les astuces sont employées pour “noyer le poisson”, ainsi le recours à une proposition de loi pour contourner l'obligation de consulter les partenaires sociaux tandis que le calendrier met à profit… les congés d'été pour adopter vite fait le nouveau texte.

In fine, il va en résulter une nouvelle législation bâclée, difficile à appliquer, inégalitaire en diable, comme toutes ces réformes alambiquées – on pense (encore) à hadopi version 2.02 release 34… Pour un homme censé s'opposer à la bureaucratie, il est étonnant de voir combien il tombe dans le piège des textes technocratiques de piètre qualité juridique. Ah, certes, le “symbole” sera sauf, mais pas l'honneur, comme c'est la règle dans un mode de gouvernance fondé sur l'apparence et la médiatisation. N'importe quoi, pourvu que “ça passe”.

La loi “Mme Obama”
Et enfin l'on doit une fois encore endurer les arguments de notre président, dignes du plus mauvais “café du commerce” dont le Monde donne un florilège affligeant (page 12 de son édition datéedu 7 juillet) :
Pourquoi continuer d'empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ? [Pourquoi empêcher les gens de faire des bêtises, hein ? Comme… porter des habits bizzaroïdes par exemple] Il faut quand même penser aux familles qui ont le droit, les jours où elles ne travaillent pas, d'aller faire leurs courses dans des magasins qui sont ouverts et pas systématiquement fermés. [On imagine mal faire ses courses dans des magasins fermés, effectivement. Et comment les “familles” iront-elles faire leurs courses si, justement, leurs membres travaillent ?] Est-il normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ? [Non, ce n'est pas normal qu'un président de la République téléphone pour faire ouvrir des magasins, nous sommes d'accord. Quant au marché du siècle du shopping de Mme Obama, c'est vrai, il justifie une loi.]
Au risque de l'absurde
Gérard Courtois, dans sa chronique page 2 de l'édition précitée du Monde, le dit avec éloquence :
[Nicolas Sarkozy] revient à la charge, au risque de l'absurde. Sous prétexte de modernité, l'on va rendre plus illisible encore l'organisation hebdomadaire du travail.
Quelles que soient les opinions que l'on a sur le fond, on préférerait, à tout prendre, que les choses soient claires, les textes de loi lisibles et les objectifs assumés. Si le travail dominical est un symbole, eh bien qu'il soit franchement banalisé, point à la ligne. S'il faut cotiser 50 ans pour partir à la retraite, alors repoussons l'âge de départ à 70 ans, au moins ce sera cohérent. Ces réformes ambivalentes sont pires que tout. Elles brouillent les repères, créent la confusion et contribuent à dégouter les Français de la politique.

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