vendredi 3 juillet 2009

Poujadisme présidentiel

Interviewé dans le Nouvel Obs, le président de la République nous sert une bonne vieille formule éculée et poujadiste à propos des impôts et des charges. En voici la superbe citation.
Cela signifie que du 1er janvier au 30 juin les gens qui sont soumis à cet impôt vont travailler pour l'État, alors que du 1er juillet au 31 décembre ils travailleront pour eux.
Aujourd'hui, 3 juillet 2009, je travaille par conséquent “pour moi” depuis trois jours seulement. Me voilà soulagé de l'apprendre !

En tant que travailleur indépendant, nous connaissons bien ce raisonnement artificiel. Au passage, notons que, le plus souvent, la formule est inversée : on entend dire qu'à partir du 1er juillet on bosse “pour l'État”.

Ce qui est détestable dans cette phrase est le sous-entendu que les impôts et charges sont en quelque sorte “avalés” par un État glouton, sans bien sûr que nous n'en bénéficiions. Quid des études des enfants, qu'ils soient d'ailleurs à l'école publique ou à l'école privée subventionnée ? Quid des routes que nous empruntons avec notre automobile de représentant de commerce “indépendant” ? Quid des soins que l'on nous paye ou nous rembourse ? Quid de la retraite des parents ? La liste serait longue.

Le président de la République, qui devrait au contraire encourager le “consentement à l'impôt”, ce ciment civique, ferait mieux d'expliquer que “travailler pour l'État” c'est en réalité travailler pour toute une gamme de services collectifs – et donc pour soi-même en grande partie. Certes, dans l'absolu, il serait envisageable de supprimer toute dépense collective. Dans ce cas, on ne travaillerait plus “pour l'État” mais on payerait tout au détail ou par l'intermédiaire de compagnies d'assurances privées. Aux États-Unis, curieusement, on commence à prendre conscience qu'un système de santé privé coûte plus cher qu'un système public pour une raison simple : la marge bénéficiaire des acteurs privés renchérit le prix à payer aux compagnies d'assurances (ce point était développé dans un article du Monde dont je n'ai pu retrouver la source).

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