mardi 23 juin 2009

Les ruptures versaillaises

Du discours du président de la République devant le Congrès, hier, les commentateurs tirent peu de conséquences. L'ayant écouté, puis lu (en diagonale) le PDF de sa retranscription, je trouve au contraire qu'il annonce une série de ruptures extrêmement importantes.

Rupture n° 1 : l'Homme au centre de l'économie


Alors que, jusqu'à la veille du discours, l'être humain ne cessait d'être exclu de l'économie, voici que notre président proclame :
Mais qui ne voit que la crise mondiale crée de nouveau des circonstances favorables à cette aspiration française à mettre l'économie au service de l'Homme, et non l'inverse.
Les centaines de milliers de nouveaux chômeurs enregistrés auprès du Pôle Emploi ces derniers mois apprécieront ce retournement de tendance : il était temps ! De même, “ceux qui restent”, ces salariés qui se sentent, dixit Le Monde, victimes de “charges de travail supplémentaires, de troubles musculo-squelettiques et de stress”, seront soulagés d'apprendre qu'enfin on va se soucier de leur sort. Travailler plus ne sera plus synonyme de souffrir plus.

Rupture n° 2 : les “bons déficits”
Alors que, jusqu'ici et selon notre Premier ministre, la France était “en faillite”, virage à 360 degrés, elle assume ses “bons déficits”, quitte à ce qu'ils dépassent les 7 ou 8% du PIB. Ils représenteront pour cette année quelque 150 milliards d'euros (130 milliards de déficit budgétaire et 20 milliards de déficit des comptes sociaux, à comparer avec le rendement de la TVA, 130 milliards environ, ou celui de l'impôt sur le revenu, 50 milliards environ).


Voilà qui est rassurant pour ce “modèle social” dont le Président vante désormais les effets “stabilisateurs” – après en avoir déploré l'obsolescence.

Rupture n° 3 : un langage châtié
Alors que, depuis deux ans, on ne cessait de critiquer le langage peu élégant de notre Président, le voici lisant un discours savamment écrit, dans lequel on ne relèvera qu'une anecdotique “rupture” avec la conjugaison (explicable par l'émotion du moment “historique”) :
Rien n'était moins propice aux grands changements que l'inertie des temps ordinaires, ce que nous ne ferons pas maintenant, nous ne le ferons pas plus tard. Nous manqrions (sic) une chance historique.
Pour entendre cette rupture grammaticale, on visionnera avec intérêt la vidéo du premier quart du discours sur le site de la présidence de la République. Les amateurs de Scrabble pourront ensuite ajouter cette nouvelle forme aux rares mots comportant la lettre Q sans la fatidique lettre U, au premier rang desquels : COQ, CINQ ou QAT (ainsi qu'un autre mot, utilisé par le Président dans son discours et que nous vous laissons le soin d'identifier). Quant à la procrastination (remettre les choses au lendemain), la voici formellement condamnée par le chef de l'État.

Il eût été dommage que vous manqrissiez l'occasion d'apprendre ainsi du vocabulaire !

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