mercredi 17 juin 2009

Ouverture ou banalisation ?

Parmi les “ruptures” décidées par le président de la République, la désormais célèbre “ouverture” est certainement la plus spectaculaire. Mais de quoi s'agit-il en définitive ?

Effets secondaires
Le message délivré consiste, grosso modo, à affirmer que des personnalités de tous les bords doivent participer au Gouvernement afin d'enrichir son approche des problèmes. L'idée sous-jacente est qu'il faudrait privilégier les compétences et que la gravité desdits problèmes supposerait une mobilisation de tous. Malheureusement, les effets secondaires de cette médication sont nombreux.
  1. L'ouverture accrédite l'idée que les ministres ne seraient plus les représentants d'une sensibilité politique, mais de “très hauts fonctionnaires”, coachés par le cabinet de l'Elysée et sa cohorte de conseillers, devenus ministres de fait.
  2. L'ouverture laisse à penser que les personnalités politiques sont avant tout des ambitieux qui “recherchent des postes”, quitte à abandonner toute conviction. Dans l'opinion, ce travers est destructeur. Il décrédibilise la politique au sens noble du terme.
  3. Enfin, la gestion des “rumeurs” d'entrées au Gouvernement sert à casser l'image des personnalités qui pourraient gêner le président de la République en les mettant “hors-jeu”. Il est tellement facile de laisser entendre, par des confidences soigneusement distillées, que un-tel ou une-telle “aurait été contacté(e) pour entrer au Gouvernement” et le mal est fait. C'est tellement facile ! Ainsi des récentes rumeurs concernant Marielle de Sarnez, ainsi de la fantaisiste rumeur intronisant DSK comme Premier ministre. La réaction des Français est sans appel. On imagine ce que pense le citoyen : “Ça ne m'étonne pas, tous les mêmes !"
In fine, Nicolas Sarkozy deviendrait le “patron de l'entreprise France” et recruterait des cadres entièrement soumis à son autorité, sur le critère de leurs compétences. Il n'existerait plus de convictions politiques mais juste un vivier de “collaborateurs”, capables de servir n'importe quel bord pourvu qu'on les en prie. C'est une solution qui se voudrait “efficace” du point de vue de l'exercice du pouvoir; elle est en tout cas terriblement désespérante quant à l'espoir de toute alternance !

L'Histoire est riche d'enseignements. Souvenons-nous des effets désastreux des gouvernements de la IVè République. Ils se succédaient à une cadence folle, certains “cabinets” durant quelques semaines, et la “valse des postes” ministériels avait dégouté les Français de la politique, au point que la République s'était désagrégée et que le Général de Gaulle avait été “appelé” pour y mettre fin. Tout s'était à peu près bien terminé, mais on mesure combien la perte de confiance dans la politique pourrait conduire à un quasi-abandon de la Démocratie au profit d'une sorte de recours ultra-personnalisé.

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