jeudi 11 juin 2009

Ecolo ou pas écolo ?


Les colonnes des journaux, les éditos des radios et les pages des blogs verdissent à qui mieux-mieux (ou à qui bio-bio, ou à qui bobo, c'est selon). À mon tour d'ajouter du vert au vert, avec ce témoignage (forcément) exclusif de ma lointaine jeûnesse (circonflexe pour la phonétique).

En ces temps lointains, je me préparais à affronter les examens de sortie d'une école située quelque part rue Saint-Guillaume à Paris. Pour la première fois, une élection municipale avait lieu à Paris, jusque-là dépourvue de maire; pour la première fois, j'allais voter, la réforme de VGE ayant abaissé l'âge de la majorité de 21 à 18 ans. L'ambiance socio-familio-idéologique ne se distinguait pas par son ouverture, c'est le moins que l'on puisse dire : mes parents, gaullistes convaincus quoique orphelins depuis la disparition du Général, catholiques pratiquants et anticommunistes viscéraux, plaçaient PS et PC dans le même sac de l'horreur. Mon père, de retour de voyages professionnels à Moscou, était persuadé que si la gauche accédait au pouvoir, les chars russes ne manqueraient pas de sonner à la grille du parc de l'Elysée…

Vous allez peut-être rire… En août 1968, alors que nous étions en vacances dans les Alpes, quand les chars russes étaient entrés à Prague, j'avais entendu mon père discuter avec un voisin. Je n'avais pas tout entendu ni compris ce qu'il se passait. Durant une vingtaine de minutes, j'avais cru que c'était non pas à Prague mais à Paris que l'URSS avait envoyé ses blindés. Vingt minutes terribles, remplies d'interrogations et de peur. Était-ce la guerre ? Une nouvelle Occupation, dont on m'avait raconté à moult reprises les affres et les terreurs ? De quoi être marqué à vie, vous en conviendrez… Mais revenons en 1977.

Dans l'isoloir, sincèrement ému de choisir pour la toute première fois un bulletin de vote, j'avais hésité : voterais-je socialiste ? Finalement, j'avais préféré voter écolo, ce qui était nouveau à l'époque mais évitait d'avoir à se prononcer de façon plus tranchée. Après tout, la défense de la nature ne pouvait être que positive ! Au second tour, cependant, j'avais franchi le rubicon et choisi le bulletin des “rouges” du PS. Heureusement que mes parents respectaient le secret du vote – sinon, aurais-je osé révéler que j'ouvrais la route aux chars russes ? Probablement pas.

Tout cela pour dire quoi ?
Que le vote vert est certes honorable, mais qu'il ne remplacera jamais un vote politique clair. Oui, les enjeux écologistes sont cruciaux, oui, il faut se préoccuper de la planète, oui, oui, oui. N'a-t-on pas clamé dans tous les modes et dans tous les tons, en 2007, que désormais l'écologie avait été intégrée dans les programmes de tous les partis politiques (ou presque) sous l'influence de Nicolas (Hulot, pas Sarquot), que cela expliquait le mini-score de Dominique Voynet, et qu'il y avait plusieurs façons de conduire une politique écologiste ?

Et soudain, parce que les électeurs, déboussolés par la crise, les foucades de notre président, leurs doutes quant à l'Europe et leur dépit à l'égard du PS ou du MoDem votent en masse pour la liste de Dany (un autre “diable” de mes parents de 1977, NDB), voilà qu'une force politique écologiste autonome aurait soudain émergé ? Je n'y crois guère et je m'inquiète même de l'alibi écologiste dans l'occultation d'autres problèmes tout aussi cruciaux pour l'avenir de l'homme sur cette bonne vieille Terre, au premier rang desquels le chômage et son cortège de misères sociales. En outre, la tentation totalitaire existe, chez nos chers et bons écolos, et elle me préoccupe. Une certaine “haine de l'être humain” (voir la sortie de notre ami Yves Cochet) n'est pas plus rassurante, non plus que l'effet pervers bien connu des Verts parisiens qui transforment la capitale en champs clos excluant les autres franciliens sous couvert de “nature et petits oiseaux”. Enfin, leur vision des questions sociales et internationales est chaotique pour ne pas dire fantaisiste (confer les positions de José Bové ou de Noël Mamère pour ne citer qu'eux).

Nous avons besoin, je crois, de projets politiques solides et globaux, dans lesquels l'écologie a toute sa place et non toute la place. Quand j'entends que Nicolas (Hulot) pourrait être candidat en 2012, je m'étrangle de stupeur. Quel est le projet politique de cet homme, au demeurant excellent communicateur de la cause qu'il défend ? Un tel engouement ne produira rien de bon, voire le retour des chars russes de Poutine à nos portes (non, là, je m'égare, un vieux réflexe, pardon).

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