lundi 29 juin 2009

Le Grand Emprunt Madoff

Le talent commercial n'est décidément pas récompensé !
Voici que Bernard Madoff vient d'être condamné à 150 ans de prison. Âgé de 71 ans, il ne sortira donc que vers 221 ans – à moins qu'une remise de peine ne lui permette de fêter son bicentenaire en famille.

À propos de finances
Souvenez-vous de ces faussaires, parfois recrutés officiellement par des gouvernements afin de servir d'experts en monnaie contrefaite, ou encore de ces hackers bénéficiant de remises de peines pour aider les polices à démasquer des pirates informatiques… Notre Président serait bien avisé de se renseigner : afin d'être sûr de placer son Grand Emprunt dans les meilleures conditions, pourquoi ne ferait-il pas appel à Madoff ?

samedi 27 juin 2009

Le choc des photos

Qui l'eût cru ? À plus de cinquante ans, je viens de réussir une importante “première”, un exploit que peu de Français peuvent revendiquer. Pour la première fois de ma vie, j'ai acheté l'hebdomadaire Paris Match.

Qu'est-ce qui a bien pu me pousser à cet acte novateur ?
L'anniversaire des 40 ans de la conquête de la Lune ? Le reportage sur la modestie de la première dame s'affichant à Versailles dans une “discrète robe noire” sans aucun bijou (sauf son alliance) ? Le bonheur de Dany Boon et Yaël ? Les retrouvailles de Belmondo et Delon sous le haut patronage de Breitling-bling-bling ? Les photos (choc) de Daria, la “nouvelle reine des top” ? Aucun de tous ces reportages, pourtant essentiels à ma compréhension du monde.


Grand prix 2009 du photoreportage
Pourtant, je ne saurais trop vous recommander l'achat de ce numéro exceptionnel pour une raison et une seule : le Grand prix 2009 du photoreportage étudiant (pages 40-41). L'hebdomadaire, célèbre pour ses photos de choc (1), vient de décerner ce prix à Guillaume Chauvin et Rémi Hubert, étudiants en Arts décoratifs à Strasbourg. Quatre photos sur les “étudiants précaires”, plus vraies que nature… et pour cause, puisqu'il s'agit en réalité d'un subterfuge, comme l'ont révélé leurs auteurs en recevant le prix à la Sorbonne. Ces clichés (2) ont été entièrement fabriqués avec le concours d'amis ! Leur pari, gagné avec éclat, consistait à dénoncer “les rouages d'un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse”.

Chapeau les artistes !

PS : Mauvais joueurs, les responsables de Paris Match ont inséré sur leur site cette “dernière minute” :
Selon l’article 10 du règlement déposé chez Maître Venezia, huissier de justice, stipulant que « l’organisateur se réserve le droit de modifier le concours… », il a été décidé d’annuler le trophée du Grand Prix dans cette catégorie. La somme de ce prix augmentera la dotation 2010.
Le poids des photos est parfois lourd à porter ! Quant à maître Venezia, qui existe bel et bien, il n'est pas loin de porter un aptonyme (3) dans ce contexte, Venise étant la ville du Carnaval et des masques…

(1) Les rédacteurs du site dessillons.net ont trouvé une jolie formule pour traiter de cette affaire réjouissante : “le choc des fauxtos”. Bravo !
(2) On peut voir les photos sur le site www.melty.fr
(3) Voir la signification du terme aptonyme sur Wikipédia et cette liste amusante d'aptonymes compilée par nos amis canadiens.

vendredi 26 juin 2009

Les formules magiques de Christine Lagarde

Lors du récent remaniement gouvernemental, Christine Lagarde a été reconduite comme ministre de l'Économie. Une bonne nouvelle, puisque nous aurions été attristés de ne plus pouvoir relever les expressions acrobatiques de la ministre.

À propos des chiffres du chômage du mois de mai (36400 chômeurs de plus qu'en avril), Christine Lagarde a lancé toutes sortes de formules pour tenter d'en tirer des conclusions rassurantes, sans toutefois y parvenir.

C'est ainsi qu'hier France-Info annonçait que les résultats de mai seraient, d'après la ministre, “meilleurs que ceux d'avril”. Comme “meilleur” signifie, faut-il le rappeler, “plus bon”, et qu'en avril on avait compté 58500 chômeurs de plus qu'en mars, ce qui était loin d'être “bon”, la formule ne veut rien dire. Seule l'expression “moins mauvais” aurait été recevable.

Sur le site de France-Info, il est indiqué que la ministre “se réjouit de la décroissance de l'augmentation” du chômage. Quel langage ampoulé ! Elle aurait pu aussi hésiter entre “diminution de la croissance”, “baisse de la hausse”, “réduction de la croissance” voire, soyons fous, “décroissance de la croissance”. Ce sera pour les prochains mois !

Enfin, le texte du communiqué publié sur le site du ministère utilise une ultime expression bizarre : “Christine Lagarde estime que la décélération du nombre de chômeurs constitue un signal relativement encourageant…” Malheureusement pour elle, un “nombre” n'accélère ou ne décélère pas, il se constate à un moment donné. Seul un mouvement peut s'accélérer ou se ralentir. Il s'agissait en réalité de la décélération des “inscriptions” auprès du Pôle Emploi.

Qui a dit “ce qui se conçoit bien s'énonce clairement” ?

jeudi 25 juin 2009

Tour Ronde, couloir Gervasutti


Sommet de la tour Ronde, 25 juin 2009, dix heures du matin.

Pihu-le-choucas accueille la cordée.
– Eh bien voilà, vous avez fini par y arriver !
– Facile à dire, pour toi !
– Note cependant que je suis à l'heure, après vous avoir surveillé pendant que vous remontiez ce couloir Gervasutti. Mais dis-moi, pourquoi aller pour la huitième fois sur ce sommet ?


La tour Ronde, face nord. Le couloir Gervasutti se trouve à droite, en versant ouest.

– Parce qu'il est beau et que ses voies d'ascension sont belles également. Mais toi, combien de fois es-tu monté ici ?
– Moi, ce n'est pas pareil. C'est mon métier, en quelque sorte…
– Tu pourrais te contenter de rester près des refuges, c'est plus commode.
– C'est vrai. Mais les sommets, c'est plus élégant. Et vous êtes si amusants, les humains ! C'est qui, ton guide ?
– Il se prénomme Pascal. J'avais été avec lui au mont Aiguille et au Grand Paradis. Un gars super !


À mi-hauteur du couloir Gervasutti.

– Des copains m'en ont parlé. Tu la connais, celle-là ? Chez nous, le guide c'est celui qui vole. Chez vous, c'est celui qui ne vole pas !
– Je reconnais là ton sens de l'humour.
– Quelques miettes de Grany seraient les bienvenues. Ça ouvre l'appétit l'altitude.
– Les voilà.
– Merci…
– C'est qu'il nous reste à descendre la voie normale, par cette chaleur.
– Ça oui, je te plains. On va encore se gondoler en vous observant ramper laborieusement jusqu'au col du Géant !
– Ah, c'est malin ! Que je ne te voies pas voleter autour de nous…
– Pas de souci, je vais aller faire la tournée des grands ducs aux alentours. Friandises au menu.
– Tu vas où ?
– Confidentiel défense. Quoique, je peux y déroger pour toi. Approche.
– Oui ?
– Pyramide du Tacul, Pointe Lachenal, aiguille du Plan et peut-être un petit détour du côté du Peigne s'il n'y a pas trop de concurrence.
– Et l'aiguille du Midi ?
– Trop bondé, trop galvaudé.
– Tu n'as pas tort.
– Dis-moi, ils ne seraient pas écossais, ces sympathiques alpinistes qui sont avec vous au sommet ?
– Tu dois avoir raison. Ah, ces choucas et leur don pour les langues !
– Demande-leur de vous prendre en photo.
– Bonne idée. Sorry, would you mind to take a picture of us ?
– Wouah, l'accent !
– Chuuut !


Pascal, le guide et Jean-Luc, le monchu et son “chapeau de benêt” (dixit son épouse), photographiés par nos amis écossais (“fromage” lancèrent-ils pour nous faire sourire).

– Et dis-moi, ces piolets, tu as vu leur marque ?
– Leur marque ? Ah oui, c'est marrant : Blackbird !
– Hé, hé ! Il ne leur reste plus qu'à avoir un bec jaune, comme moi, même si je suis quand même plus baraqué qu'un merle.


Les deux piolets utilisés durant la montée.

– Si ça se trouve, ils sont presque aussi vieux que toi !
– Comment cela ?
– Eh oui, ils datent de 1993, je crois.
– Meuh non ! Tu sais bien que j'ai plus de trente ans. Et ces piolets, ils ancrent toujours ?
– Ben tu l'as vu, dans le couloir, j'ai bien monté.
Chi va piano…
Va sano. E lontano, aussi ! Inutile d'ironiser.
– Allons, pour un quinqua, c'est pas trop mal, deux heures pour remonter le couloir.
– Oui, je sais. Toi, tu mets deux minutes.
– Et encore, par vent contraire.


Deux vues plongeantes sur le couloir Gervasutti

– N'empêche, c'est assez raide, quand même.
– Je te l'accorde. Même moi, je ne m'y pose pas. Les choucas ne sont pas comme les dahus.
– Ah ! Tu vois qu'on est pas si patauds que cela, nous, les humains.
– Ouaif !
– On est quand même partis avant cinq heures du matin du refuge Torino.


La fenêtre de la chambre du refuge Torino cadre à la perfection la Noire de Peuterey, les Dames anglaises et l'aiguille de la Brenva.

Vecchio ou nuovo ?
Nuovo, jeune, quoi.
– Pas tant que ça…
– Bon, c'est vrai, il vieillit tranquillement…
– Comme toi !
– Grr ! En tout cas, leur nourriture n'est pas exceptionnelle. Comme le dit un Italien sur CampToCamp : “Colazione misera, adatta solamente per alpinisti a dieta”.

– Bon, c'est pas tout ça. Tu m'as donné faim avec ta colazione misera. Faut que j'y aille. Allez, à la prochaine !
– Bon vent et… bon appétit !

Vous me croirez si vous voulez, mais vous venez de lire la transcription presque mot pour mot de la conversation que j'ai tenue avec Pihu (le choucas) ce 25 juin. Comment puis-je comprendre leur langage ? Cela remonte à 1978. Avec Gilbert et Annick, nous gravissions le Grépon-Mer-de-Glace. À un moment, Gilbert a frôlé un nid de choucas en escaladant une fissure. La choucate lui a tourné autour de la tête en croassant vilainement, furieuse d'avoir été dérangée et soucieuse de protéger ses petits, dont Pihu. Je l'ai entendue distinctement grommeler : “Ces humains, ils nous laissent jamais tranquilles !” Et depuis ce jour, je comprends le langage des choucas…


Pascal observe la face nord de tour Ronde. Derrière lui, on reconnaît le mont Maudit et son arête Küffner. À droite, le Clocher et le Trident du Tacul.

mardi 23 juin 2009

Les ruptures versaillaises

Du discours du président de la République devant le Congrès, hier, les commentateurs tirent peu de conséquences. L'ayant écouté, puis lu (en diagonale) le PDF de sa retranscription, je trouve au contraire qu'il annonce une série de ruptures extrêmement importantes.

Rupture n° 1 : l'Homme au centre de l'économie


Alors que, jusqu'à la veille du discours, l'être humain ne cessait d'être exclu de l'économie, voici que notre président proclame :
Mais qui ne voit que la crise mondiale crée de nouveau des circonstances favorables à cette aspiration française à mettre l'économie au service de l'Homme, et non l'inverse.
Les centaines de milliers de nouveaux chômeurs enregistrés auprès du Pôle Emploi ces derniers mois apprécieront ce retournement de tendance : il était temps ! De même, “ceux qui restent”, ces salariés qui se sentent, dixit Le Monde, victimes de “charges de travail supplémentaires, de troubles musculo-squelettiques et de stress”, seront soulagés d'apprendre qu'enfin on va se soucier de leur sort. Travailler plus ne sera plus synonyme de souffrir plus.

Rupture n° 2 : les “bons déficits”
Alors que, jusqu'ici et selon notre Premier ministre, la France était “en faillite”, virage à 360 degrés, elle assume ses “bons déficits”, quitte à ce qu'ils dépassent les 7 ou 8% du PIB. Ils représenteront pour cette année quelque 150 milliards d'euros (130 milliards de déficit budgétaire et 20 milliards de déficit des comptes sociaux, à comparer avec le rendement de la TVA, 130 milliards environ, ou celui de l'impôt sur le revenu, 50 milliards environ).


Voilà qui est rassurant pour ce “modèle social” dont le Président vante désormais les effets “stabilisateurs” – après en avoir déploré l'obsolescence.

Rupture n° 3 : un langage châtié
Alors que, depuis deux ans, on ne cessait de critiquer le langage peu élégant de notre Président, le voici lisant un discours savamment écrit, dans lequel on ne relèvera qu'une anecdotique “rupture” avec la conjugaison (explicable par l'émotion du moment “historique”) :
Rien n'était moins propice aux grands changements que l'inertie des temps ordinaires, ce que nous ne ferons pas maintenant, nous ne le ferons pas plus tard. Nous manqrions (sic) une chance historique.
Pour entendre cette rupture grammaticale, on visionnera avec intérêt la vidéo du premier quart du discours sur le site de la présidence de la République. Les amateurs de Scrabble pourront ensuite ajouter cette nouvelle forme aux rares mots comportant la lettre Q sans la fatidique lettre U, au premier rang desquels : COQ, CINQ ou QAT (ainsi qu'un autre mot, utilisé par le Président dans son discours et que nous vous laissons le soin d'identifier). Quant à la procrastination (remettre les choses au lendemain), la voici formellement condamnée par le chef de l'État.

Il eût été dommage que vous manqrissiez l'occasion d'apprendre ainsi du vocabulaire !

lundi 22 juin 2009

Le lapsus trahit-il la pensée ?


L'un des sujets de la toute récente épreuve de philo du bac était “le langage trahit-il la pensée ?” Bonne question ! Les lapsus révélateurs sont souvent délicieux. Ainsi cette magnifique coquille en “une” de Libération de ce lundi 22 juin.
Le président souhaite relancer son septennat en prononçant, pour la première fois, un discours devant le Congrès réuni à Versailles.
Ce lapsus révèle que le quinquennat de l'actuel président semble désespérément long aux journalistes de Libé – ils ne sont pas les seuls, à dire vrai. Encore trois ans, c'est déjà pas mal, huit si un second mandat devait suivre celui-ci, ce serait beaucoup. À moins qu'un scoop ne se profile, M. Sarkozy ayant prévu d'annoncer cet après-midi qu'il démissionnait pour se représenter aussitôt, ce qui, effectivement, conduirait à un total de sept ans. Mais c'est peu probable !

Pour le blogueur qui traque ses coquilles – sans toujours y parvenir – voilà en tout cas qui est réconfortant : même les plus grands, à commencer par les relecteurs des quotidiens, en oublient parfois.

Des subjonctifs bourboniens
On appréciera aussi l'éditorial de Laurent Joffrin. Il adopte un ton volontiers solennel, probablement pour coller à son titre : “Bourbonien”. C'est ainsi qu'on y relève par deux fois le conditionnel passé deuxième forme, suivi d'un subjonctif imparfait dans un cas, présent dans l'autre. La phonétique de ces verbes n'est pas déplaisante – du moins à la troisième personne du singulier :
Mais il eût fallu pour justifier un tel geste que la présence de Nicolas Sarkozy devant le parlement constituât une entorse…
Imaginez la même phrase à la première personne du pluriel par exemple : “Mais il eût fallu pour cela que nous constituassions…”
On eût aimé, au contraire, qu'un fier orateur vienne lui porter la contradiction.
Pour aller jusqu'au bout, encore eût-il fallu écrire “vînt” au lieu de “vienne”. Mais on n'en voudra pas à l'éditorialiste !

Les lapsus de Google
Sur le site de Libé, où l'on recherchait en vain un rectificatif (mais “le lecteur aura rectifié de lui-même”), des liens sponsorisés de Google s'ajoutaient à la page concernée.


Que Google “associe”, dans sa grande sagesse, avec l'ouverture ou avec l'épouse du président passe encore. En revanche, qu'il parle d'assurance vie, on ne voit guère le rapport, non plus d'ailleurs qu'avec… le psoriasis ! On eût préféré que le moteur de recherches associât des thèmes plus sérieux à cette page.

vendredi 19 juin 2009

Une Suisse paradisiaque


La Suisse ne serait-elle plus ce paradis fiscal qui a ravi tant de contribuables français ? C'est ce que laisse entendre un article du Monde daté du 16 juin, page 16. En 2010, en effet, le secret bancaire ne devrait plus être opposable à l'administration fiscale française, un avenant à la convention fiscale entre les deux pays venant d'être signé. Un bureau a d'ailleurs été ouvert par l'administration française afin de négocier avec les “résidents fiscaux” envisageant de rapatrier des capitaux dans l'Hexagone. Il reçoit, nous informe le Monde, une vingtaine d'appels par jour. Est-ce bien raisonnable ?


La Confédération Helvétique propose une autre solution à ces “résidents”, rappelant qu'elle demeure un paradis touristique. C'est ce qu'indique opportunément une publicité insérée par Suisse.com en bas de la même page du quotidien du soir.


Plutôt que de rapatrier les sommes déposées sur des comptes numérotés, ces riches contribuables ont encore un semestre pour les dépenser en allant séjourner dans des hôtels de luxe. D'autant que des promotions font baisser les prix des séjours à moins de 300 euros la nuit (par personne) dans des établissements comme Le château d'Ouchy ou le Grand hôtel des Trois rois. Voilà de quoi organiser quelques semaines de vacances bon marché !


Sur le très beau site Suisse.com défilent une série d'images pleines d'humour volontaire… ou involontaire, comme ce slogan : “Nous faisons tout pour que votre voyage rime avec évasion”. Peut-être devra-t-il être modifié le 1er janvier 2010 ?


Blogspot, rappelons-le, appartient à Google. C'est pour cette raison qu'une nouveauté vient de me sauter aux yeux. Dans le module de gestion des articles du blog, voici que des annonces Google ciblées s'affichent, en fonction du texte que je viens de rédiger. Elles sont pertinentes, me direz-vous, puisqu'elles proposent d'investir en “Offshore Lichtenstein”, répondent à la question “Où placer son argent ?” et m'informent sur le “secret bancaire en péril”. On n'arrête pas le Progrès !

jeudi 18 juin 2009

Jack Lang : la forme et le fond


Sur la forme
Dans une interview au Monde, Jack Lang offre un florilège de ses expressions imagées – dont je suis, je le confie ici, un grand amateur (voir cet article). Ainsi son envolée sur la culture “gratuite” :
Selon une conviction diffuse, le monde la culture s'en mettrait plein les poches, il n'aurait pas besoin de droits d'auteur, il pourrait vivre d'amour et d'eau fraîche, et l'art devrait être gratuit. Jouissons de la culture sans entraves et sans frontières…
Un peu plus bas, c'est le retour de la métaphore canine, chère à Mitterrand :
On ne doit pas sacrifier ses convictions à la mode du moment, au dernier chien qui passe. […] Mon idée de la culture est exigeante, elle s'oppose à la consommation immédiate. J'entends dire “nous entrons dans une ère nouvelle, post-Malraux et Lang.” Pourquoi pas. Attendons que les 1000 fleurs surgissent…
Sur le fond, maintenant
Jack Lang se veut un défenseur avisé (et juriste) de ces droits d'auteur pour lesquels il a tant œuvré. Il récuse la licence globale au motif qu'elle “compenserait de façon dérisoire le pillage”, lui préférant une taxe sur les fournisseurs d'accès afin de “faire baisser le prix de l'offre légale”.

Ces arguments sont recevables. Il n'en demeure pas moins qu'il faudra trouver une autre solution que la seule interdiction pure et dure, au premier rang desquelles, en effet, des taxes de compensation – qu'elles qu'en soient les modalités exactes.

On imagine mal la situation actuelle perdurer sans que de nouveaux modes de rémunération soient mis au point. Sinon, comme nous le disions dans ce blog récemment, soit Internet devra être bridé et surveillé, soit l'économie de la culture s'écroulera. Le statu quo serait la pire des choses. Or la loi Hadopi revient à un statu quo car elle ne définit aucune nouvelle mesure de financement autre que celle, virtuelle, d'espérer que les internautes poursuivis se rendent, honteux z'et confus, dans des magasins pour acheter CD et DVD.
Est-ce crédible ? On peut en douter.

mercredi 17 juin 2009

Ouverture ou banalisation ?

Parmi les “ruptures” décidées par le président de la République, la désormais célèbre “ouverture” est certainement la plus spectaculaire. Mais de quoi s'agit-il en définitive ?

Effets secondaires
Le message délivré consiste, grosso modo, à affirmer que des personnalités de tous les bords doivent participer au Gouvernement afin d'enrichir son approche des problèmes. L'idée sous-jacente est qu'il faudrait privilégier les compétences et que la gravité desdits problèmes supposerait une mobilisation de tous. Malheureusement, les effets secondaires de cette médication sont nombreux.
  1. L'ouverture accrédite l'idée que les ministres ne seraient plus les représentants d'une sensibilité politique, mais de “très hauts fonctionnaires”, coachés par le cabinet de l'Elysée et sa cohorte de conseillers, devenus ministres de fait.
  2. L'ouverture laisse à penser que les personnalités politiques sont avant tout des ambitieux qui “recherchent des postes”, quitte à abandonner toute conviction. Dans l'opinion, ce travers est destructeur. Il décrédibilise la politique au sens noble du terme.
  3. Enfin, la gestion des “rumeurs” d'entrées au Gouvernement sert à casser l'image des personnalités qui pourraient gêner le président de la République en les mettant “hors-jeu”. Il est tellement facile de laisser entendre, par des confidences soigneusement distillées, que un-tel ou une-telle “aurait été contacté(e) pour entrer au Gouvernement” et le mal est fait. C'est tellement facile ! Ainsi des récentes rumeurs concernant Marielle de Sarnez, ainsi de la fantaisiste rumeur intronisant DSK comme Premier ministre. La réaction des Français est sans appel. On imagine ce que pense le citoyen : “Ça ne m'étonne pas, tous les mêmes !"
In fine, Nicolas Sarkozy deviendrait le “patron de l'entreprise France” et recruterait des cadres entièrement soumis à son autorité, sur le critère de leurs compétences. Il n'existerait plus de convictions politiques mais juste un vivier de “collaborateurs”, capables de servir n'importe quel bord pourvu qu'on les en prie. C'est une solution qui se voudrait “efficace” du point de vue de l'exercice du pouvoir; elle est en tout cas terriblement désespérante quant à l'espoir de toute alternance !

L'Histoire est riche d'enseignements. Souvenons-nous des effets désastreux des gouvernements de la IVè République. Ils se succédaient à une cadence folle, certains “cabinets” durant quelques semaines, et la “valse des postes” ministériels avait dégouté les Français de la politique, au point que la République s'était désagrégée et que le Général de Gaulle avait été “appelé” pour y mettre fin. Tout s'était à peu près bien terminé, mais on mesure combien la perte de confiance dans la politique pourrait conduire à un quasi-abandon de la Démocratie au profit d'une sorte de recours ultra-personnalisé.

mardi 16 juin 2009

Pixels et dpi : pas si compliqué !

La définition des photos est généralement exprimée en pixels, comme en témoigne la formulation des caractéristiques des appareils photos numériques (APN), par exemple 5 mégapixels (5 millions de pixels).


Si cela n'évoque pas grand chose pour vous, commencez par afficher la “résolution” de votre écran d'ordinateur (panneau de configuration sous Windows, Préférences système sous Mac OS).

Quand vous constatez une résolution de 1280 par 800, ceci signifie tout simplement que votre écran affiche 1280 x 800 = 1 024 000 pixels soit, grosso modo, 1 mégapixel. Aussi, lorsque vous affichez à 100% la photographie prise avec votre APN qui titre 5 mégapixels, il est logique que vous ne voyiez qu'une partie de la photo, puisque celle-ci dispose de 5 fois plus de pixels (points) que votre écran.

Quand on commence à parler de DPI, ça se complique. DPI signifie Dots Per Inch c'est-à-dire points par pouce. On entend souvent parler d'impressions à 300 DPI. Ces impressions sont en effet capables d'imprimer sur un pouce carré 300 x 300 points, soit tout de même 90000 points, ce qui laisse espérer une précision appréciable !

Dès lors, il est relativement aisé de déduire de la résolution d'impression le format optimal d'une photo. Prenons l'exemple du format classique de 10 x 15 cm. Traduite en pouces carrés, cette surface représente 23,25 inches environ. Multipliée par 90000 pixels, on obtient quelque chose comme 2100000 points, soit 2 mégapixels. Ceci signifie que, si l'on souhaite imprimer une photo avec une “finesse” de 300 DPI, eh bien il faut disposer d'un fichier d'image comprenant au moins 2 millions de points, sachant que “qui peut le plus peut le moins”. Aujourd'hui, les APN proposent de 4 à 12 mégapixels. À titre de comparaison, une page A4 (21 x 29,7) imprimée à 300 DPI exige 8700000 points environ, soit du 8 mégapixels.

Quelle est la résolution de l'écran en DPI ? On parle souvent de 72 DPI. En réalité, cela dépend de la taille physique de votre écran. Un écran de portable de diagonale 12 pouces mesurera à peu près 26 cm sur 16 cm, soit, en pouces, environ 64,5 pouces carrés. Du coup, sa résolution de 1024000 pixels, divisée par 64,5 donne 15880 points pour chacun des pouces carrés, autrement dit un carré de 126 DPI (racine carrée de 15880). Un écran plat classique de 1280 par 1024 points d'une diagonale de 17 pouces dispose d'une surface plus importante, soit environ 142 pouces carrés. Comme il est moins dense, sa finesse sera à peu près de 96 DPI.

J'avais rédigé des articles sur ces sujet dans le blog des 100 conseils Excel aux adresses 100conseilsexcel.blogspot.com/2008/03/pixels.html et 100conseilsexcel.blogspot.com/2007/08/ecrantv.html. Je tiens les tableurs correspondants à votre disposition sur simple demande (voir le lien de contact dans la partie droite du blog).


La taille des fichiers maintenant. La plupart des fichiers d'images sont enregistrés en format dit JPEG (Joint Photographic Experts Group) dont l'extension est couramment “JPG”. La particularité de ces fichiers est d'être “compressés”, autrement dit qu'une astuce informatique permet de les rendre moins volumineux que leur seul contenu en points. C'est la raison pour laquelle une photo en 4 mégapixels n'affiche pas les quelque 11 Mo qu'elle devrait “peser” sur le disque dur (*), mais généralement beaucoup moins.
C'est ainsi que la photo ci-contre compte 3264 pixels de large sur 2448 de haut soit à peu près 8 mégapixels. Or elle n'occupe que 1,6 Mo sur le disque dur, grâce au procédé de la compression. Dans l'exemple ci-contre, on imagine fort bien que l'abondance du ciel bleu est détectée et permet d'économiser pas mal d'octets en simplifiant la description informatique…

Pour expérimenter l'affichage de cette photo, cliquez sur les deux vues réduites ci-dessous.


Ci-dessus : version moyenne définition 1024 x 768, affichée réduite par le blog : cliquez dessus pour l'afficher en taille réelle.


Ci-dessus : version haute définition 3264 x 2448 (même remarque). De gauche à droite : l'aiguille de Blaitière, les Ciseaux, l'aiguille du Fou et la pointe de Lépiney dans les Aiguilles de Chamonix.

(*) Les images sont généralement codées avec 3 octets pour chaque point (les fameuses couleurs Rouge, Vert et Bleu, RVB).

vendredi 12 juin 2009

Hado de mal en pis

Encore et toujours la loi hadopi !
On écrit tellement de bêtises à propos d'Internet qu'on est incité à réagir. Ainsi le quotidien Le Monde qui titre : “Internet va-t-il réduire à néant le droit d'auteur ?”, tandis que son éditorial se conclut par cette question pessimiste: “Pour tous, le casse-tête reste entier : comment rémunérer et protéger les artistes à l'âge d'Internet ?”

Permettez-moi de remettre le couvert
Oui, il y a des solutions pour rémunérer et protéger les artistes. Il suffit de se pencher pour les ramasser : licence globale, streaming thématique, abonnements à prix modique, micro-facturations et micro-taxes, produits et services nouveaux (liés aux téléphones mobiles en particulier), spectacle vivant, fondations publiques ou privées, la liste est longue.

Une hypothèse
Pourquoi cette incapacité à les prendre en compte ? Qu'on me permette une hypothèse. Ayant dépassé la cinquantaine, je suis à même de comprendre le désarroi des “plus de 50 ans” (et a fortiori de 60) face à Internet. Peu ou pas pratiquants, nombre d'entre eux ne participent pas à cette nouvelle “société numérique”. Ils tentent de le cacher, sans y parvenir car l'inanité de leurs analyses ou de leurs propositions révèle qu'ils n'ont rien compris. Il n'est guère étonnant que, pour ceux-là, “le casse-tête reste entier”. Or la plupart des responsables politiques sont de cette génération…

Ajout du 20 juin : Christine Albanel a confirmé cette hypothèse en déclarant sur Europe 1 : “Oui, je le redis : Internet, c'est compliqué, c'est tout nouveau. On a l'impression que c'est un domaine à traiter de manière complètement différente...”. Pour un World Wide Web qui existe depuis plus de dix ans, ce n'est pas si “nouveau”. En revanche, la seconde remarque mériterait d'être suivie d'effet car La loi Hadopi ne traite pas de “manière complètement différente” le problème, loin s'en faut ! Les internautes ne s'y sont pas trompés, qui ironisent sur l'incompétence de la ministre, comme Aliciabx : “Ah bon ? C'est nouveau ? Cela fait 11 ans que je surfe sur Internet“ ou Yéti, qui vitupère : “Internet c'est compliqué et c'est tout nouveau ? Je crois surtout que notre ministre de la culture fait de son cas une généralité ! Quand je pense que n'importe quel jeune ado semble plus au fait des réalités de cet univers que cette dame pourtant en charge d'un ministère, cela me fait grincer des dents et rire jaune...”

Pitié pour les juristes !
Quand le Gouvernement annonce qu'il va promulguer la loi “telle quelle” en se contentant de supprimer les articles censurés par le Conseil constitutionnel, on croit rêver. Pitié pour les juges, les avocats et… les professeurs de droit (au premier rang desquels mon cher frère) : ce gruyère législatif mal rafistolé va pourrir sur place et gangréner notre législation ainsi que notre jurisprudence. On se souvient de Jacques Chirac promulguant la loi sur le CPE en sachant qu'elle ne serait pas appliquée. Mesdames et messieurs les responsables politiques, soyez responsables justement, arrêtez les rideaux de fumées nauséabondes. C'est un échec, ne cherchez pas à le maquiller, soyez fair-play et remettez votre ouvrage sur le métier, ce sera beaucoup plus honorable.

Post-scriptum : dépénalisation ?
Une autre hypocrisie habitait la défunte loi : la notion de “dépénalisation”. Cela s'appelle jouer sur les mots. Les sanctions prévues devaient être appliquées par une autorité “administrative”, certes étrangère aux droit pénal. Elles n'en demeurent pas moins des sanctions, parfois graves, et c'est ce point qui est important. Par ailleurs, ce tour de passe passe permettait de contourner le principe de la présomption d'innocence, qui plus est dans un domaine où il aurait été très difficile pour l'internaute de prouver sa bonne foi. Puisse chacun comprendre que rien de bon ne pouvait sortir d'un tel canevas.

jeudi 11 juin 2009

Ecolo ou pas écolo ?


Les colonnes des journaux, les éditos des radios et les pages des blogs verdissent à qui mieux-mieux (ou à qui bio-bio, ou à qui bobo, c'est selon). À mon tour d'ajouter du vert au vert, avec ce témoignage (forcément) exclusif de ma lointaine jeûnesse (circonflexe pour la phonétique).

En ces temps lointains, je me préparais à affronter les examens de sortie d'une école située quelque part rue Saint-Guillaume à Paris. Pour la première fois, une élection municipale avait lieu à Paris, jusque-là dépourvue de maire; pour la première fois, j'allais voter, la réforme de VGE ayant abaissé l'âge de la majorité de 21 à 18 ans. L'ambiance socio-familio-idéologique ne se distinguait pas par son ouverture, c'est le moins que l'on puisse dire : mes parents, gaullistes convaincus quoique orphelins depuis la disparition du Général, catholiques pratiquants et anticommunistes viscéraux, plaçaient PS et PC dans le même sac de l'horreur. Mon père, de retour de voyages professionnels à Moscou, était persuadé que si la gauche accédait au pouvoir, les chars russes ne manqueraient pas de sonner à la grille du parc de l'Elysée…

Vous allez peut-être rire… En août 1968, alors que nous étions en vacances dans les Alpes, quand les chars russes étaient entrés à Prague, j'avais entendu mon père discuter avec un voisin. Je n'avais pas tout entendu ni compris ce qu'il se passait. Durant une vingtaine de minutes, j'avais cru que c'était non pas à Prague mais à Paris que l'URSS avait envoyé ses blindés. Vingt minutes terribles, remplies d'interrogations et de peur. Était-ce la guerre ? Une nouvelle Occupation, dont on m'avait raconté à moult reprises les affres et les terreurs ? De quoi être marqué à vie, vous en conviendrez… Mais revenons en 1977.

Dans l'isoloir, sincèrement ému de choisir pour la toute première fois un bulletin de vote, j'avais hésité : voterais-je socialiste ? Finalement, j'avais préféré voter écolo, ce qui était nouveau à l'époque mais évitait d'avoir à se prononcer de façon plus tranchée. Après tout, la défense de la nature ne pouvait être que positive ! Au second tour, cependant, j'avais franchi le rubicon et choisi le bulletin des “rouges” du PS. Heureusement que mes parents respectaient le secret du vote – sinon, aurais-je osé révéler que j'ouvrais la route aux chars russes ? Probablement pas.

Tout cela pour dire quoi ?
Que le vote vert est certes honorable, mais qu'il ne remplacera jamais un vote politique clair. Oui, les enjeux écologistes sont cruciaux, oui, il faut se préoccuper de la planète, oui, oui, oui. N'a-t-on pas clamé dans tous les modes et dans tous les tons, en 2007, que désormais l'écologie avait été intégrée dans les programmes de tous les partis politiques (ou presque) sous l'influence de Nicolas (Hulot, pas Sarquot), que cela expliquait le mini-score de Dominique Voynet, et qu'il y avait plusieurs façons de conduire une politique écologiste ?

Et soudain, parce que les électeurs, déboussolés par la crise, les foucades de notre président, leurs doutes quant à l'Europe et leur dépit à l'égard du PS ou du MoDem votent en masse pour la liste de Dany (un autre “diable” de mes parents de 1977, NDB), voilà qu'une force politique écologiste autonome aurait soudain émergé ? Je n'y crois guère et je m'inquiète même de l'alibi écologiste dans l'occultation d'autres problèmes tout aussi cruciaux pour l'avenir de l'homme sur cette bonne vieille Terre, au premier rang desquels le chômage et son cortège de misères sociales. En outre, la tentation totalitaire existe, chez nos chers et bons écolos, et elle me préoccupe. Une certaine “haine de l'être humain” (voir la sortie de notre ami Yves Cochet) n'est pas plus rassurante, non plus que l'effet pervers bien connu des Verts parisiens qui transforment la capitale en champs clos excluant les autres franciliens sous couvert de “nature et petits oiseaux”. Enfin, leur vision des questions sociales et internationales est chaotique pour ne pas dire fantaisiste (confer les positions de José Bové ou de Noël Mamère pour ne citer qu'eux).

Nous avons besoin, je crois, de projets politiques solides et globaux, dans lesquels l'écologie a toute sa place et non toute la place. Quand j'entends que Nicolas (Hulot) pourrait être candidat en 2012, je m'étrangle de stupeur. Quel est le projet politique de cet homme, au demeurant excellent communicateur de la cause qu'il défend ? Un tel engouement ne produira rien de bon, voire le retour des chars russes de Poutine à nos portes (non, là, je m'égare, un vieux réflexe, pardon).

Hadopi… out


Le “retocage” cinglant de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel illustre les contradictions de la politique du Gouvernement : amateurisme législatif alimenté par un mépris de la séparation des pouvoirs, obsessions sécuritaires niant les principes fondateurs de notre République, soumission aux lobbies de l'argent-roi, venus pleurer dans le giron du président, relayés par les “artistes” instrumentalisant “Carla”, archaïsme paradoxal d'un pouvoir qui ne cesse de se réclamer du “modernisme”. Car cette loi fut un remède pire que le mal. Ce raté risque d'accoucher d'un monstre législatif inutile, et l'on aura perdu l'occasion d'une vraie réflexion sur les enjeux de la société numérique.

On aura remarqué, parmi les membres du Conseil constitutionnel présents à la délibération, l'ancien président de la République Jacques Chirac. Aurait-il eu envie, avec son vieil ami Jean-Louis Debré (qui préside le Conseil), de donner une leçon au petit Nicolas ? Peut-être… Il n'en demeure pas moins que les considérants de la décision sont étayés d'arguments de fond nombreux et pertinents. Tout en défendant les droits des auteurs et des interprètes, les Sages posent les principes d'une “charte de l'Internet” plus épanouissants et raisonnables que les tentations totalitaires et passéistes du pouvoir actuel.

“N'ayez pas peur, M. Sarkozy” serait-on tenté de s'exclamer. N'ayez pas peur du Progrès et de la modernité numériques, soyez imaginatif plutôt que de vous recroqueviller sur la “défense d'acquis d'un autre âge”, sortez du cadre étriqué de l'hexagone, vous qui prônez la mondialisation. Car il existe des solutions pour respecter à la fois la propriété intellectuelle et la liberté de nos concitoyens-internautes, nous en avions modestement listées quelques unes dans cet article – tandis que le Web regorge d'idées neuves et efficaces.

Alors, à quand un Grenelle du numérique ? Un de plus…

mardi 9 juin 2009

Des titres et des dégâts

Pas facile de rédiger un titre de “une” de quotidien !
La comparaison des titres du Progrès de Lyon et du Monde relatifs aux résultats des élections européennes est éloquente.


Le Progrès a été bouclé en pleine nuit. Nul doute que les rédacteurs, épuisés, n'avaient plus les “yeux en face des trous”. Il est difficile de comprendre ce titre. Que signifie en effet “L'UMP confirme” ? Il manque un complément d'objet direct : que confirme l'UMP ? Peut-être s'agit-il d'un oubli d'accent : l'UMP confirmé (ou confirmée si on accorde avec le mot “Union” du sigle) aurait été plus approprié.


Selon son habitude, Le Monde recherche une certaine objectivité, ce qui le pousse à ne privilégier aucun parti dans son titre de “une”. Reconnaissons que tout est dit dans ce long titre : l'UMP “renforcée” (plus clair que “confirmée”), les écologistes qui “triomphent” (un triomphe qui, à mon avis, sera éphémère), PS et MoDem qui “échouent”.


Ce titre complet rappelle celui du 12 mai 1981, quand le quotidien du soir affichait en “une” une très longue phrase pour annoncer la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle. Je cite :
La très nette victoire de M. François Mitterrand va au-delà du rassemblement de toute la gauche et aggrave les divisions de la majorité sortante
Ouf ! Reprenez votre souffle !

Que conclure de cette élection ?
1. Le faible taux de participation et la dispersion des voix montrent, un fois encore, que les Français ne sont guère convaincus de l'importance du Parlement européen. Le score exceptionnel de la liste écologiste de Daniel Cohn-Bendit traduit surtout le désarroi des électeurs socialistes, dont beaucoup auront préféré jouer la “carte verte” par défaut, probablement inspirés par la diffusion du film d'Arthus-Bertrand la veille.

2. Faisant jeu égal avec le PS, les Verts lui infligent un camouflet. Qu'en résultera-t-il ? La tentation pour “Dany-l'ex-Rouge-devenu-Vert” de se présenter en 2012 ? Les paris sont ouverts… Quant à une nouvelle Gauche plurielle, elle est de moins en moins probable même si ce serait, au vu des résultats, logique d'y réfléchir. Martine Aubry (et Ségolène Royal) savaient très bien que cette élection serait difficile pour le PS. La première est montée courageusement au créneau, la seconde reste en embuscade. On attend sa nouvelle “sortie” avec inquiétude.

3. Quant à François Bayrou, sa monstrueuse bourde de jeudi soir à la télévision restera dans les annales des conseillers en communication comme le prototype de “ce qu'il ne faut pas faire” et pourrait entraîner sa perte. À quoi un “destin présidentiel” tient-il ? À vraiment peu de choses…

4. L'UMP sort “confirmée” ou “renforcée” sans aucun doute. Le Président de la République va pouvoir poursuivre sa politique de “débauchage” (la fameuse “ouverture”) et réactiver un Borloo jusque-là “en veille”. Il sera également conforté dans sa politique de réduction des prestations sociales tous azimuts alors que, parallèlement, le chômage explose. Une fois encore, on mesure l'individualisme croissant de notre société. On pourrait penser que ces résultats confirment un indéniable mépris à l'égard des exclus de l'économie, au profit d'une sorte de générosité verte vaguement boboïsante. Comme le dirait l'architecte Ricciotti : “des graminées un peu partout aux balcons et les écolos sont contents”. Pendant ce temps-là, les chômeurs font la queue au Pôle Emploi et le RSA joue les effets d'aubaine pour les employeurs de salariés précaires…

Annexe : résultats détaillés
Il n'est guère aisé de compiler les résultats nationaux en raison des très nombreuses listes.


Ce tableau combine celui publié officiellement par le Gouvernement et une décomposition plus fine (voir elections.interieur.gouv.fr et le tableau de Wikipédia).


Cette tentative de regroupement additionne les voix des souverainistes et l'extrême-droite, d'autres médias plaçant la liste Libertas (De Villiers + chasseurs) dans les “divers droite”.


Voici le “semi-camembert” en forme d'hémicycles illustrant la répartition des voix (ci-dessus) et celle des sièges (ci-dessous).
Sur la méthode pour produire de tels graphiques avec Excel, voir cet article du blog des 100 conseils Excel.




Passons enfin au niveau global de l'Europe, avec ces illustrations reprenant les chiffres du Monde daté de mardi, auxquels il manque 9 sièges (ceux de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord). Je dois dire que le temps m'a aussi manqué pour aller à la pêche de ces neuf sièges ! On observe que la part écologiste est largement moindre qu'en France, que la “vague bleue” y est plus forte et que la part des souverainistes et “populistes” atteint les 10% des sièges.


La comparaison France/Europe est facilitée par le rapport de 1 à 10 entre les 72 sièges français et les 727 sièges présentés.
(Pour être complets, précisons que la couleur orange attribuée aux “libéraux-démocrates” n'est pas forcément à rapprocher de celle du MoDem, car on ne sait pas encore à quel groupe leurs 6 élus adhéreront).

Comme d'habitude, cliquez sur les image pour les agrandir et mieux lire les détails des tableaux et graphiques. Je tiens à la disposition des internautes sur simple demande le classeur Excel ayant permis de réaliser ces illustrations (voir la rubrique “cliquer ici pour m'envoyer un message” sur la partie droite du blog).

dimanche 7 juin 2009

Trois mauvaises nouvelles

Les élections de ce dimanche 7 juin ne m'incitent guère à l'optimisme. Au moins trois mauvaises nouvelles.

Première mauvaise nouvelle : la participation ne s'est pas redressée, descendant à 40%, le plus mauvais taux depuis que l'élection du parlement européen existe.


Deuxième mauvaise nouvelle : les Français ont préféré voter pour la liste écologiste (16% d'après les estimations) plutôt que pour le PS (les sympathisants de Ségolène Royal y sont pour quelque chose). C'est sympathique mais ça ne conduira à rien de décisif dans l'avenir, une majorité verte étant de toute façon largement hors de portée !


Troisième mauvaise nouvelle : les partis “d'alternance” s'effondrent, avec un PS à 17% (voire moins !) et un MoDem sous les 9%. Sans aucun doute, l'UMP peut pavoiser, elle ne risque pas grand chose à court terme.


“Je me suis laissé entraîner dans une polémique…” reconnaît Bayrou tout en relevant “le regard dur que les électeurs portent sur les responsables politiques…” et prônant une nouvelle approche de la politique. Qu'il soit donc entendu !

Elections Européennes


Eh oui, nous votons souvent ! Présidentielles (2 tours, 2007), Législatives (2 tours, 2007), Municipales (2 tours, 2008) et Européennes (1 tour, 2009).

À midi, environ 15% des électeurs français s'étaient déplacés pour voter, soit un peu plus qu'en 2004 (13,6%). À Villeurbanne, où j'ai voté à 13 heures et quelque, le taux affiché à la craie sur le tableau noir était identique : 15%. Je m'attendais à une vingtaine de listes, il n'y en avait finalement que 14 sur la table, ce qui est déjà pas mal ! (Recherches faites sur le Web, il devait y avoir un problème de stocks de bulletins puisque 21 listes étaient annoncées pour la circonscription du Sud-Est.) Non, je n'ai pas “jeté les bulletins dans la corbeille” comme je le craignais un moment hier. J'en ai mis un dans l'enveloppe et l'enveloppe dans l'urne. Seul à voter dans le bureau 121, j'ai rapporté quelques bulletins afin de les reproduire ici (cela ne suffira pas à ce que vous sachiez pour qui j'ai finalement voté, ce serait trop facile, sans oublier que le vote est secret !)

Quatre liste sur la droite : UMP, Debout la République (Dupont-Aignan), MPF-CNPT (de Villiers) et Front National.

Quatre liste sur la gauche : PS (Vincent Peillon), Front de Gauche (PCF et alliés), NPA (Besancenot), Lutte Ouvrière (Nathalie Artaud, qui a pris la suite d'Arlette Laguiller, est lyonnaise).


Deux listes écologistes : Europe Écologie (Cohn-Bendit & Cie), Alliance Écologique Indépendante (avec Francis Lalanne comme tête de liste, présenté comme “poète” !).

Les centristes du MoDem, avec Jean-Luc Bennahmias comme tête de liste (dont le site Web est “temporairement fermé”).


Trois listes “non identifiées” a priori : Résistances (avec un Victor Hugo comme tête de liste), une liste espérantiste (Europe Démocratie Esperanto) et une liste qui a voulu profiter de la fête des mères (Solidarité France, au slogan de “Pour la fête des mères, votez pour la vie”, dirigée par un réalisateur de cinéma nommé “Chauvin”).


Parmi les questions en suspens (et qui causent du suspense) figurent :
  • La participation : remonterons-nous au-dessus des 50% ou pas ?
  • La bataille de la troisième place, pour laquelle Cohn-Bendit et Bayrou se sont affrontés violemment jeudi soir à la télévision…
  • Le score du PS : descendra-t-il en dessous des 20% ou connaîtra-t-il un sursaut ?
À suivre !