dimanche 3 mai 2009

Les abus de pouvoir du liquidateur

Le pamphlet de François Bayrou, Abus de pouvoir, est abondamment chroniqué dans tous les médias, y compris sur le Net. Inutile d'y revenir de façon approfondie. Relevons juste que sa lecture rassérène, sur le mode : “ça va mieux en le lisant”. Nombre d'analystes diront que le président du MoDem exagère. Malheureusement, il y a “de ça”.
Parmi les nombreuses phrases-choc qu'il recèle, l'une des plus méritées a trait à la laïcité. Bayrou sait de quoi il parle, et admoneste le président de la République et ses sbires avec virulence :
En vérité, il n'y a qu'une seule chose à leur dire : c'est “bas les pattes !” : bas les pattes sur des réalités aussi subtiles, mystérieuses, précieuses. […] Il n'appartient à personne dans l'ordre du pouvoir de se mêler d'injonctions qui appartiennent au mode de l'être. Il n'appartient pas au pouvoir de nous dire ce qu'il faut que nous croyions.
Ruptures, abrogations et liquidations
Un mot-clé mérite l'analyse que l'auteur en fait dans un chapitre complet, celui de “réforme”. Ce mot que la majorité actuelle prononce cent fois par jour comme une incantation, traitant de “conservateurs” ceux qui en refusent le contenu.
Car il est des réformes qui sont des régressions, des retours en arrière, des abandons et des défaites.
François Bayrou trouve le mot juste pour décrire les attaques contre la République contenues dans les “réformes” : abrogation. Sous prétexte de rupture, Nicolas Sarkozy “abroge” et “liquide”. D'ailleurs, certains chroniqueurs déplorent que personne, à gauche, n'ait été capable d'écrire un tel livre. C'est injuste et inexact : Pierre Moscovici avait publié en mars 2008 un ouvrage au titre sans équivoque, Le liquidateur, qui rejoint dans ses développements les thèses de Bayrou. Citons un court extrait de la quatrième de couverture :
Le chef de l'État se balade avec sans-gêne et vulgarité dans la République, jusqu'à en saper les fondements, dont il est supposé être le gardien.
Il reste à savoir avec qui François Bayrou fera alliance le moment venu – comme aiment à le dire les personnalités politiques. Trouvera-t-il du côté des “centristes” ultra-mobiles, partis sans barguigner rejoindre l'UMP, des alliés sûrs ? Rien de moins… sûr !

Addendum : parmi les images employées par François Bayrou, certaines sont amusantes, ainsi la technique du “rideau de fumée” médiatique, comparé à celui que peuvent émettre les turbines d'hélicoptères fabriquées dans sa circonscription par Turbomeca.
En communication, le people est un formidable et plaisant rideau de fumée. C'est un leurre. Tant qu'on s'intéresse aux romances des uns, aux peines de cœur des autres, à la paternité problématique des troisièmes, au conjoints réels et supposés, de tous, on évite que les vrais sujets soient abordés.
(Sur les médias, lire les pages 184 à 188)

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