jeudi 28 mai 2009

JCFrog le retour

L'excellent JCFrog a encore frappé avec une parodie de “Allô Maman, bobo” de Souchon dont voici les premiers vers :
Allô maman bobo
Maman qu'est-ce t'as foutu y'a plus d'réseau
Allô maman bobo
J'pleure tout seul devant le PC d'ma mère
C'est mort y'a rien à faire
J'donne des coups d'pied dans la tronche du p'tit frère
Ben quoi, oui j'suis vénère
J'suis mal en upload, j'suis mal en download…
(La suite est ici).

Quoique moins bon guitariste que lui mais, je l'espère, au moins aussi bon informaticien que lui (positivons les messages de com'), je partage en tout cas ces deux passions avec ledit Jérôme Choain, ce qui explique ma fidélité à son blog.
On y trouva récemment une évocation du passage du virtuel au réel désopilante, intitulée “la vie existe je l'ai rencontrée” (en anglais : experiencing jardin, cet homme étant polyglotte).
Il y aurait là de quoi écrire un texte pour la collection Une journée particulière des éditions AO (une façon comme une autre de tendre une perche au blogueur-guitariste et d'ajouter un peu de buzz pour cette maison d'éditions perso que je vénère, au sens premier du terme).

Au risque de me répéter, je profite de cet article fourre-tout pour évoquer encore une fois la satisfaction que m'apporte l'accordeur de guitare pour iPhone, Cleartune, téléchargé (et utilisé derechef) pour la somme modique de 3 euros. Mais je subodore que Mister Frog a l'oreille absolue (me trompé-je ?).

Fourre-tout pour fourre-tout, passons du coq à l'âne – qui est le coq ? – avec un petit coup de gueule au sujet de nos amis de la DolceVita, oui, vous avez deviné, ceux qui vendent du gaz et trouvent “naturel” de nous fourguer de l'électricité avec – quand ils se mettront à fournir aussi de l'eau, eh bien il y aura de l'eau dans le gaz, ha, ha ! Ces petits futés annoncent une superbe baisse du kilowatt de gaz (moins 12%) et se rattrapent en augmentant soudainement et sans raison aucune le prix de l'abonnement (+7% tout de même). Il n'y a pas de petits profits, dit le proverbe. Pourquoi se “priver” quand on est un Service “public” (quoique, on ne sait plus vraiment). Allez, la vie est douce avec le gaz, hein ?

mercredi 27 mai 2009

Ah la la, hallali sur l'hadopi

La loi dite Hadopi a beaucoup fait parler d'elle. Quoi qu'on en pense sur le fond, il est patent que ce texte est inadapté aux réalités d'aujourd'hui et, de surcroît, difficilement applicable.

L'état d'esprit de la loi recèle un curieux paradoxe : alors qu'on ne cesse de nous exhorter à être “modernes”, à intégrer le progrès des technologies, à accepter des “réformes” audacieuses censées nous faire entrer de plain-pied dans la mondialisation, voilà que l'on nous mitonne des lois passéistes, frileuses et protectionnistes.


Internet existe. À moins de décider de brider le Web à la façon des Chinois, il n'y a guère d'alternative. On ne peut courir deux lièvres à la fois : la rentabilité de tous les appareils et logiciels dérivés des possibilités offertes par les réseaux d'une part, des protections draconiennes calquées sur les anciennes limitations matérielles d'autre part.

Comment peut-on raisonnablement proposer des baladeurs numériques capables d'enregistrer des dizaines de milliers de chansons en MP3 et exiger de les vendre chacune au prix fort ? Comment peut-on espérer continuer à vendre des DVD 20 ou 30 euros alors que les possibilités de visualisation à la demande permettraient d'éviter cette accumulation inutile sur les rayonnages de nos vidéothèques ? Comment peut-on, enfin, espérer réglementer tout seuls dans notre petit coin hexagonal la question des téléchargements ?

La solution, quelle qu'elle soit, ne peut être qu'internationale. Les structures existent pour cela, à commencer par l'OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle), qui a su, depuis plus d'un siècle, faire ratifier nombre de traités relatifs, entre autres, aux droits des auteurs.

La solution, quelle qu'elle soit, ne peut être que “compatible” avec les réalités techniques d'aujourd'hui. Les nier ne sert à rien, qu'à s'aveugler. Elle ne peut être univoque, elle doit être globale, tirer parti de toutes les possibilités et formules juridiques et techniques. Il n'y a pas de solution idéale, il existe en revanche une multitude de solutions qui, combinées intelligemment, permettraient de bâtir un système équilibré.


Ci-dessus : Cleartune, un accordeur pour guitare disponible sur iPhone pour 3 euros.
Qu'on observe un instant l'exemple des applications vendues pour l'iPhone d'Apple. Facturées de 1 à 8 euros pièce, elles connaissent un succès fou. Pourquoi ? D'abord par leur prix qui, comparé à celui des logiciels pour ordinateurs personnels, sont de 10 à 100 fois moins élevés. Ensuite par leur facilité de mise en œuvre, qui tend à décourager les bricolages hasardeux, prenant plusieurs heures pour économiser quelques euros. Même dans la sphère privée, le temps a un prix.

Parmi les nombreuses solutions envisageables figurent les micro-facturations, par exemple des données audio ou vidéo écoutables ou visionnables à la demande, à l'unité ou par abonnement, pour des sommes réellement incitatives, de l'ordre du centime – voire du millime – d'euro. Sur un autre plan, des doses homéopathiques de “licences globales” assises sur les abonnements à Internet semblent incontournables. Qui se plaindrait d'une taxe universelle d'un euro par mois sur son abonnement Internet et/ou de téléphone portable ? Il faut cesser de crier au loup à chaque fois que de telles solutions sont proposées. Quand on veut payer, on paye, à commencer par le prix absolument hors de proportion des SMS pour ne citer que cet exemple.

Certains artistes récusent la licence globale, craignant de perdre leurs avantages exorbitants. Le droit d'auteur est rémunéré “proportionnellement”. Un principe certes juste en apparence, qui se révèle très injuste dans la pratique : de même que les écarts de rémunération entre les salaires les plus modestes et les plus élevés peuvent atteindre un rapport de 1 à 400, la rémunération des artistes souffre de disparités infiniment plus fortes entre les quelques euros d'un interprète classique ayant travaillé toute sa vie pour participer à des enregistrements et telle ou telle star de la chanson accumulant chaque année des dizaines de millions d'euros de droits. S'agit-il vraiment d'une rémunération équitable du travail artistique accompli ? On peut en douter ! Instiller une dose raisonnable de licence globale, répartie entre tous les artistes, ne semble pas dans ce contexte plus injuste que d'instiller une dose de proportionnelle dans nos scrutins électoraux.

L'hypocrisie consistant à calculer à grands coups de louches statistiques les “pertes potentielles” de l'industrie des médias à partir d'estimations fantaisistes du “piratage” ne tiennent pas non plus (cliquez sur l'image ci-contre pour consulter un exemple). Si, d'un coup d'un seul, le téléchargement n'existait plus, il est évident que les “téléchargeurs” n'achèteraient pas l'équivalent de leurs fichiers sur le marché des CD, DVD ou MP3 en ligne. Certes, ils achèteraient peut-être un peu plus de CD ou de DVD – encore que ces supports soient devenus quasiment obsolètes. Se souvient-on du lancement des “CD-ROM”, parfois vendus 1000 euros (le dictionnaire Robert affichait 6500 F.), qui ont aujourd'hui quasiment disparu ? À quoi cela sert-il d'accumuler chez soi des quantités importantes de supports dont la majorité demeurent inutilisés ? De nouvelles formes de consommation doivent être inventées, il n'y a pas d'autre issue.

Tous les jours, des solutions nouvelles apparaissent. C'est de ce côté qu'il faut chercher. Que ce soit les formules de streaming à la façon de Deezer, ou des abonnements forfaitaires donnant droit à des téléchargements libres. La question fondamentale est celle du prix. On ne peut envisager de s'inscrire à dix services de ce type si chacun d'entre eux est facturé 10, 20 ou 30 euros par mois. L'erreur de ceux qui les proposent est de rester nombrilistes, de rêver au monopole et de croire qu'ils pourraient assurer à eux seuls ledit service. N'oublions pas non plus que le financement par la publicité a ses limites, en devenant rapidement insupportable en termes de harcèlement et de pollution visuelle ou sonore. Le déclin annoncé de la télévision commerciale “poubelle” est un signe qui devrait alerter l'ensemble des acteurs de ces marchés fondés exclusivement sur la publicité.

L'objectif central de toutes ces mesures et réflexions doit rester la protection des droits des auteurs. Rien ne sert d'affecter une posture dramatique insinuant qu'ils seraient supprimés de facto par le progrès technique. C'est au contraire ce repli protectionniste qui pourrait, à terme, entraîner leur disparition en interdisant l'émergence de solutions opérationnelles dont il faut accepter la nouveauté sans peurs irraisonnées.

video
Pour terminer, vous pouvez écouter l'interview de Patrick Tafforeau, frère du blogueur et professeur agrégé de droit, spécialiste des droits d'auteurs et de la propriété intellectuelle. Nous avons bien sûr obtenu l'autorisation de France Bleu Sud Lorraine et du journaliste qui lui a donné la parole, Thierry Colin, dans son émission “l'invité du jour” d'avril 2009. J'en profite pour faire un peu de publicité pour son manuel de Droit de la propriété intellectuelle, deuxième édition, publié chez Gualino.

mardi 19 mai 2009

Quitter le monde : très “collé-monté”

Douglas Kennedy sait tenir son lecteur en haleine. Captivé par la plupart de ses romans (voir cet article de novembre 2008), je me suis précipité sur Quitter le monde le jour même de sa sortie en librairie. L'histoire de Jane Howard m'a, encore une fois, passionné et j'ai lu les 492 pages du volume en quelques soirées.

L'auteur excelle à donner corps à un personnage, à le rendre attachant, à décrire les mœurs nord-américaine avec un talent incisif et un “scénario” soigneusement construit. C'est pourtant d'une déception dont je dois faire état ici. Quitter le monde est un condensé des précédents romans, comme si l'écrivain avait piqué çà et là ses morceaux de bravoure préférés pour les recoller ensemble. Les excès mélodramatiques font que l'on songe, en le lisant : “là, vraiment, il en fait trop !”

Le pire est la quatrième de couverture. L'intérêt des romans de Douglas Kennedy réside en grande partie dans les surprises que ménage l'histoire. Or le texte rédigé par l'éditeur se permet de raconter l'histoire jusqu'à la fin. On croit que seul le début du roman est résumé, afin de nous inciter à entamer la lecture. Eh bien non : il révèle l'intrigue jusqu'au début de la cinquième partie, page 417 (sur 492, rappelons-le). Ayant déjà remarqué ce travers, je m'étais abstenu de le lire, heureusement. C'est trop bête !

Enfin, l'éditeur conclut en proclamant : “son roman le plus ambitieux à ce jour”. Peut-être était-il ambitieux… En tout cas, le résultat est son moins bon roman – et je les ai tous lus (à l'exception du premier).

Pour terminer sur une note humoristique, je suis tombé sur une amusante coquille : un homme est décrit comme “collé monté” (au lieu de “collet monté”). C'est un peu de cela qu'il s'agit en définitive : un roman collé-monté, à l'instar des “copiés-collés” informatiques et des films “montés” à la va-comme-je-te-pousse.

samedi 16 mai 2009

Crimes entre parenthèses


Virtuel ou réel ? Ce n'était pas prémédité, hier, quand je dissertais sur cette question. Et pourtant ! Voici l'annonce, officielle, joyeuse et enthousiaste, de la sortie du roman de Daniel Safon, Crimes entre parenthèses, édité par ma petite maison d'éditions AO • André Odemard.


Du vrai papier pour un vrai livre
Les 50 premiers exemplaires de ce tirage sont d'ores et déjà en vente dans notre boutique (virtuelle mais fonctionnelle) de PriceMinister, à l'adresse www.priceminister.com/offer/buy/80469050. Ils ont été imprimés à Lyon par RapidCopy sur du vrai papier de vrai livre, agréable au toucher, soigneusement broché, à la couverture lisse et juste ce qu'il faut de souplesse. Je dois remercier ici M. Durif pour m'avoir conseillé efficacement dans le choix du papier et n'avoir pas hésité à “fabriquer” plusieurs prototypes avant de lancer la production. Rien ne remplace des contacts “humains” dans de telles circonstances (de ce point de vue, mes précédentes expériences avec Lulu.com s'étaient révélées souvent acrobatiques).


Un travail bien réel
Il en fallut, du travail, pour passer du virtuel au réel : Daniel Safon m'avait remis son “manuscrit” dans un document Word, repris dans InDesign en vue de sa mise en pages. Puis nous avons corrigé, révisé, lu et relu cent fois le texte, échangeant nos remarques et suggestions par courriers (virtuels) avant de parvenir à ce bel objet dont nous sommes très fiers, nous vous l'avouons sans détours !

Crimes entre parenthèses est avant tout un roman policier, comme l'annoncent sans ambiguïté son titre et sa couverture. C'est aussi un roman très personnel, parsemé de digressions (placées entre parenthèses) qui donnent toute sa saveur à l'histoire et rehaussent le “goût” acidulé du texte. L'humour y règne en maître, ainsi qu'un argot subtil, mélange de vocabulaire traditionnel des polars des années cinquante et de mots d'aujourd'hui.
Des extraits sont disponibles sur la page du livre du site des éditions AO à l'adresse : www.ao-editions.com/catalogue_parentheses.htm.

Un livre qui a bon dos
L'un des nombreux plaisirs du bibliophile est de disposer ses livres dans sa bibliothèque. Il est important de lui offrir un “dos” suffisamment épais afin qu'il le repère aisément et apprécie de l'identifier dans sa collection. Les 176 pages du roman, imprimées sur un papier relativement épais, donnent un dos de 13 millimètres, sur lequel on retrouve le titre, l'auteur, l'intitulé de la collection et le numéro du volume (6).


Vérité des prix
Même si nous rêvons, l'un et l'autre, que Crimes entre parenthèses devienne le best-seller de l'année et soit traduit en quarante langues, l'aventure demeure (pour le moment) modeste. Un tirage de 50 exemplaires, un prix de revient de 6 euros et un prix de vente de 12. La “marge” ainsi dégagée, une fois défalquées les commissions d'éventuels intermédiaires (PriceMinister prend 15%) sera partagée en parts égales entre l'auteur et l'éditeur.

Comment acheter le livre ?
Vous vous en doutez, chers internautes, notre objectif est de vendre le maximum d'exemplaires du roman, ne serait-ce que pour rentrer dans nos frais d'une part, et encaisser une petite “gratte” dans un second temps. La qualité de PriceMinister est de vous offrir une infrastructure de paiement électronique sécurisée ainsi que la garantie de bonne fin de la transaction. Si vous n'avez cependant pas besoin de “tiers de confiance”, les éditions AO acceptent les commandes directes (voir la page Acheter du site des éditions).

Si vous n'êtes pas encore inscrit sur PriceMinister, vous pouvez aussi profiter de leur offre de bienvenue via mon “parrainage”, ce qui vous donne droit à une prime de 7 euros, ramenant le prix de l'ouvrage à 7,90 euros frais de port compris. Une bonne affaire vous en conviendrez !


La collection Mini-Poche compte désormais 6 volumes, le cinquième, actuellement en préparation, contribuant à un suspense involontaire ! En voici la liste :
n°1 - Il voyage en solitaire (une journée particulière), par Jean-Luc Tafforeau (on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, c'est vrai !)
n°2 - Terre à terre (une journée particulière), par Sophie Latappy
n°3 - Soupe froide (une journée particulière), par Daniel Safon (déjà !)
n°4 - Mémoires vifs (de l'informatique et de ses effets collatéraux), par Jean-Luc Tafforeau
Ils sont rassemblés sur la page Catalogue du site des éditions AO, où vous trouverez aussi le tout premier livre édité, les 100 conseils pour mieux utiliser Excel, et diverses autres fantaisies !

Pour terminer, je donnerai la parole à Daniel qui présente ainsi son roman :
Le récit de ce roman est certes d’un suspense à peine soutenable par un lecteur normalement constitué, mais ne semble pas intéresser plus que ça le narrateur, digressant largement sur des sujets variés, qu’une âme simple pourrait qualifier d’annexes s’ils n’étaient primordiaux, comme la différence entre tactique et stratégie dans le difficile exercice de l’art de la séduction des filles, ou les vicissitudes de l’écrivain populaire, ou encore ses expériences passées dans les commissariats, ou encore la vie des mouches… Pourtant, lorsque les cadavres lardés de coups de couteaux commencent à s'accumuler, le narrateur dresse une oreille et daigne se concentrer sur la viande froide...
Bonne lecture !

vendredi 15 mai 2009

Consommation virtuelle

Les débats sur la loi Hadopi remettent à l'ordre du jour la question des paiements en ligne. Internet est devenu un symbole de la gratuité, par la profusion des informations qu'il permet de consulter. Un élément d'explication complémentaire mérite cependant d'être signalé.

Des objets palpables
En tant que consommateurs, nous avons une passion de l'objet, du palpable, bref, du réel. Tenir entre ses mains un livre, un CD ou un DVD ne procure pas les mêmes sensations que de lire, écouter ou visionner des textes, musiques et films, sur un ordinateur. Quand on observe les internautes qui téléchargent, on s'aperçoit que la majorité d'entre eux transfèrent les données sur des supports physiques, pas seulement par souci de sauvegarde. Un réflexe de “matérialisation” du virtuel.

Payer pour du virtuel ?
La réticence à payer pour du virtuel existe depuis longtemps, depuis que l'ordinateur est apparu. Le livre se porte encore bien parce qu'il est désagréable de lire sur un écran, malgré les tentatives des e-books qui restent peu convaincantes. Au passage, remarquez combien les boîtes emballant les logiciels jouent le volume pour tenter d'être à la hauteur de leur prix. Ce phénomène a quelque chose de comique quand on observe la taille des boîtiers de DVD, plus grands que ceux des CD, uniquement pour justifier le prix plus élevé du support. Elle se manifeste aussi face à la redevance audiovisuelle et, d'une manière encore plus spectaculaire, face aux prestations de services : on accepte de payer pour des objets, moins pour rémunérer les services d'un être humain. La meilleure preuve en est que l'accroissement spectaculaire du chômage (entre 500000 et 1 million de demandeurs d'emplois en plus pour 2009, annonce-t-on) ne semble guère préoccuper grand monde dans les médias et la politique – à l'exception notable de l'initiative de l'Appel du 2 mai.

Le cas des livres “électroniques”
On souhaite bon courage aux promoteurs des e-books ! Les prix des livres virtuels sont beaucoup trop élevés pour être incitatifs. Quel plaisir y aurait-il en effet à accumuler des livres virtuels ? La bibliothèque virtuelle ne procure aucun plaisir à consulter, au contraire d'une bibliothèque réelle, remplie de livres dont on peut regarder l'alignement, saisir au hasard un exemplaire et le feuilleter avant de le remettre en place. Notre société de consommation nous a incités à accumuler des objets quitte à ne jamais nous en servir, ce pour quoi nous acceptons de payer. Avec le virtuel, tout change.

Achat ou… location ?
Le modèle économique devra lui aussi changer. On peut faire l'hypothèse que la location sera mieux reçue que l'achat, autrement dit les formules dites “à la demande”, existant déjà pour la vidéo (VOD). Payer pour une unique lecture, une unique écoute ou une unique visualisation de film. Payer un “micro-prix” suffisamment incitatif, de l'ordre de quelques centimes d'euros par exemple… à condition cependant que la bonne fin de la prestation soit garantie, évitant de rater la fin d'un film à suspense pour cause de “bug” sur le réseau !

Le modèle économique de l'iPhone
Le succès des téléchargements payants d'applications sur l'iPhone d'Apple est intéressant comme contre-exemple : il montre que “l'amour” de l'objet téléphone mobile est tel que son utilisateur accepte de lui “payer des jouets”, alors que l'instabilité et les caprices de l'ordinateur (réels ou supposés) n'incitent guère à payer des sommes conséquentes pour l'équiper de logiciels dont le fonctionnement n'est pas toujours garanti. Plus largement, la virtualité des “objets informatiques”, réduits à l'état de “bits” sur des supports numériques presque invisibles, n'incite guère à les acheter…

lundi 11 mai 2009

Dylan : the canard is back



Trois doubles albums
J'avais découvert Bob Dylan lors d'un séjour en Angleterre en… 1976. C'est le double album Greatest Hits de l'époque qui m'avait permis d'entrer dans l'univers musical si particulier de cet homme à la voix non moins particulière (il aurait mué dix fois dans sa vie, d'où son célèbre timbre de “canard”). Dylan n'a jamais voulu reproduire les paroles de ses chansons sur les albums. Pour un Français, cela a créé une situation inédite : une compréhension surréaliste de textes déjà surréalistes* ! Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again en fournit un bel exemple. Autre double album, Blonde On Blonde, que nombre de critiques s'accordent pour considérer comme le meilleur de Dylan. J'avais été impressionné par un troisième double album, enregistré live avec The Band, Before The Flood. Une énergie folle se dégage de cet enregistrement. Il faut écouter comment Dylan et ses compères réécrivent Blowing In The Wind ou qu'il éructe Like A Rolling Stones à toute allure, ou encore utilise sa guitare acoustique avec rage pour Just Like A Woman, hurlant littéralement le refrain.

Matins rafraichissants
Les albums de Dylan sont parfois mal arrangés et mal enregistrés. Tout le contraire pour New Morning, soigné, au son clair et à l'interprétation lumineuse. Si je me suis procuré son premier enregistrement de référence, The Freewheelin' Bob Dylan (et sa couverture si émouvante), j'ai moins apprécié son évolution à l'orée des années quatre-vingt, mis à part le joyeux bazar de la Rolling Thunder Review (Hard Rain) et les arrangements délicats de Slow Train Coming (qui n'a rien à voir avec la SNCF malgré le titre) concoctés par Mark Knopfler en personne (Dire Straits).

Together Through Life
Long interlude ensuite, jusqu'à ce Unplugged qui m'avait beaucoup plu(gged). À nouveau une longue interruption. Je ne retrouvais pas “le Bob Dylan” que j'aimais dans ses derniers CD. Et vient de sortir Together Through Life. Un son naturel, avantageusement enrichi d'accordéon, des thèmes accrocheurs sans être faciles, une merveilleuse voix (nouvelle mue ?) tour à tour enrouée, rocailleuse ou enrhumée, le Zim est de retour à 68 ans, voilà une bonne nouvelle. Quant au titre, on peut tout aussi bien se l'appliquer à nous-mêmes : c'est bien “ensemble tout au long de la vie” que nous avons eu Dylan comme compagnon de nos émotions…

Sunday More Keep On They Piano Song
* Heureusement, la lecture d'albums de partitions, des traductions publiées chez Seghers ou, plus récemment, du bilingue Lyrics Chansons 1662-2001 (Fayard), permettent d'explorer les textes de cet auteur hors normes et d'en saisir la richesse au-delà de contresens involontaires provoqués par une compréhension partielle de la diction souvent imprécise dudit “canard”. Pour illustrer de telles ambigüités comiques, je prendrais un exemple chez les Beatles, Michelle : Paul McCartney y chante en français avec un accent prononcé. La première fois que j'ai entendu le morceau, j'ai cru que c'était de l'anglais, ce qui donnait (à mes oreilles) : Michelle, my bell, sunday more keep on they piano song (…sont des mots qui vont très bien ensemble).

dimanche 10 mai 2009

Audimat

Marc Welinski publie chez Fleuve Noir Indices, un roman sous-titré “intrigues et manipulations au royaume de l'audimat”. Une grande chaîne de télévision, TVF, règne sur l'audience, calculée par l'institut Médiastat. Mais des doutes sur l'exactitude des scores annoncés entraînent Julien Weber dans des aventures mouvementées, surtout qu'il vient d'être bombardé directeur des programmes en remplacement du Cardinal, Vittorio Salvatorelli. Le tout jeune Premier ministre, Emmanuel Stern, a été choisi il y a seulement un an par le président de la République Norbert Silvert. Ses audiences spectaculaires au Vingt-heures ne sont pas étrangères à sa promotion politique. Le voici qui séduit l'animatrice vedette de l'émission “Contrechamps”, Odile Saint-Léger…

L'auteur connaît le milieu de la télévision, c'est évident. Son roman arrive à point nommé : TF1 a connu une chute de ses recettes publicitaires de 27% au premier trimestre 2009, tandis que son audience ne cesse de régresser. Après un quart de siècle de domination sans partage – et de formatage des esprits – serait-ce la fin annoncée de la “télé-poubelle” et de ses obsessions “médiamétriques” ?

L'affaire récente de l'employé de TF1 licencié pour avoir professé des opinions négatives à l'égard du projet de loi Hadopi ressemble étrangement au contenu du roman. Comme quoi la (télé)réalité dépasse souvent la fiction !

Voici les paroles que l'auteur met dans la bouche d'un des ingénieurs officiant à l'institut Médiastats :
Tout le monde dans ce métier a le nez rivé sur les audiences, à l'heure, au quart d'heure, à la minute. La profession entière épluche les chiffres chaque matin comme s'il s'agissait de signes divins.
Ces “signes” ont-ils pour autant une utilité économique ? Rien de moins sûr, poursuit le personnage “de fiction” :
On élève un culte à des statistiques obscures qui ne signifient absolument rien. […] Tout est mensonge en télé. […] Est-ce que les annonceurs vendent plus parce qu'ils font de la pub ? Personne ne le sait. Seulement ça fait quarante ans qu'ils déversent des flots d'argent et qu'ils n'ont pas le courage d'arrêter pour vérifier l'utilité de tout ça.
La fin du roman semble prémonitoire :
À partir de 2008, les audiences des chaînes de télévision chutent brusquement et durablement, surtout chez les jeunes. Internet, les jeux vidéo, le DVD et les autres médias ont sapé le fondement sur lequel la télévision se croyait encore solidement campée. On ne le voit pas encore, mais le système est rongé de l'intérieur.
On peut toujours rêver !

Selon la méthode du recyclage, le blogueur met en vente le roman, acheté 18 € au prix attrayant de 5 € sur PriceMinister. Lu avec le plus grand soin (ah, l'amour des livres !) il ne présente pour ainsi dire aucun défaut notable. Profitez-en pour visiter la “boutique professionnelles des éditions AO André Odemard” à l'adresse : http://www.priceminister.com/boutique/ao-editions.

vendredi 8 mai 2009

Fromagisme passif

Parmi les nombreuses minorités invisibles peuplant la France, il en est une qui subit des discriminations redoutables : celle des personnes qui n'aiment pas le fromage. La France, premier exportateur mondial de fromage (lait de vache), en produit entre 350 et 400 variétés, et consomme chaque année la bagatelle de 24 kilos par habitant.

Pain surprise
Si l'on n'aime pas le fromage, on s'expose à de cruelles discriminations, au premier rang desquelles figure l'arme redoutable du “pain surprise”. Imaginez la scène : durant une réception huppée, un pauvre gars tente de faire bonne figure auprès des invités. Passe un pain surprise. Ledit gars se sert sans réfléchir, absorbé par la conversation, et enfourne un petit pain. Horreur ! Il est fourré au roquefort. Passant soudain du gris au vert pour terminer sur le rouge, le visage de la victime attire les moqueries de ses interlocuteurs, tandis qu'il tente de maîtriser un spasme en vidant d'un trait sa coupe de champagne.

Fromagisme passif
Mais il y a pire. Un fléau terrible : le fromagisme passif. Ceux qui ne supportent pas le fromage savent ce que cela signifie. Respirer les odeurs pestilentielles du fromage à table, dans la cuisine, dans un restaurant, dans un train… Terrible expérience, nuisant à la santé du discriminé.

Taxons le fromage
Les États-Unis, dans leur grande sagesse, l'avaient compris, qui taxaient le roquefort à 300%. Nous serions bien inspirés de les imiter, en instaurant une taxe spéciale sur le fromage qui pue, à l'instar de celle qui est appliquée au tabac. Quant aux restaurants, il serait opportun de prévoir une “zone non fromageux”, isolée du reste de la salle, dans laquelle pourraient manger en paix les personnes ne supportant pas cet aliment. Enfin, tout pain surprise ne portant pas en gros caractères la mention “contient du fromage, peut nuire à la santé” devra faire l'objet d'amendes dissuasives.


L'espoir que de telles mesures soient enfin prises demeure faible. Le lobby du fromage est puissant, et empêche que la vérité ne surgisse. Vous trouvez que j'exagère ? Interrogez les “non fromageux” et vous aurez une idée du martyre qu'ils subissent quotidiennement. Mais la cause progresse, ainsi qu'en témoigne ce lien : http://bravepatrie.com/Manger-tue.

lundi 4 mai 2009

L'art du medley

Si vous vous intéressez aux belles réalisations d'alpinisme, procurez-vous le dernier numéro du magazine Vertical (17, avril-mai 2009) pour y lire le récit de l'enchaînement de courses de Maxime Belleville et Julien Herry (déjà évoqué dans ces pages à cette adresse).
NB : on regrettera juste au passage que Vertical ne dispose pas de site Web (du moins est-ce l'impression retirée de quelques requêtes sur Google).

Le texte est titré “La fugue enchantée / l'art de la fugue”, métaphores bien trouvées puisqu'elles évoquent entre autres choses la musique, domaine dans lequel une fugue désigne l'entrecroisement de plusieurs thèmes musicaux qui forment un tout harmonieux. Or, quand y regarde de près, les trois itinéraires gravis par les deux alpinistes sont tous des combinaisons de plusieurs itinéraires, existants ou inédits. En poursuivant sur le même thème, on trouvera une évidente ressemblance avec les “medleys” anglo-saxons – mais si, allons, vous connaissez forcément la face B d'Abbey Road des Beatles et sa suite de morceaux disparates formant un bel ensemble, avec reprises et variantes. C'est exactement ce qu'on fait nos deux compères, que ce soit dans la face nord des Droites (ouverture d'une variante reliant deux portions de la voie Colton), la face nord des Jorasses (voie Ghirardini agrémentée de variantes) ou la face nord du Grand pilier d'angle (voies Cecchinel-Nominé et voie des Belges).

Un genre alpinistique nouveau tend donc à se répandre : la ré-interprétation d'itinéraires à partir de plusieurs cheminements, éventuellement modifiés, fugue, medley voire “remix” de DJ spécialistes de l'escalade mixte ;-)

Couper-coller

Le Monde daté du 2 mai 2009 évoque le projet de Grand Paris présenté par Nicolas Sarkozy à la Cité du patrimoine et de l'architecture. Le président de la République a su reprendre habilement plusieurs propositions des architectes consultés, au point que la journaliste remarque qu'ils se sont tous reconnus dans le “coupé collé” du chef de l'État.

En tant que “conseil en informatique” et amateur de néologismes, on est plus habitué à lire “couper-coller”. Cependant, on parle des “épaulés-jetés” des haltérophiles… Délicat ! En un sens, on pourrait estimer qu'il y a deux façons d'écrire le mot : la première pour désigner l'action et la seconde pour parler du résultat. Ce serait donc bien le résultat qui aurait permis aux architectes de se reconnaître et non l'action de couper puis de coller… Pour profiter des deux orthographes, il est possible à l'inverse d'écrire que le “copier-coller” est un art que certains étudiants pressés pratiquent couramment pour remplir un mémoire à la dernière minute.


Une reproduction du “coupé-collé” perpétré dans notre exemplaire du Monde.

Le choix du verbe “couper” est plus discutable. Rappelons que l'action de “couper” supprime l'élément concerné de sa source – comme le découpage reproduit ci-dessus. Or les projets des architectes précités semblent plutôt avoir été imités, partiellement repris, voire plagiés – et donc “copiés”, d'où la préférence pour “copié-collé”.

Et comme c'est souvent le cas dans ces petits anecdotes amusantes, voici que le hasard s'en mêle : le quotidien du soir a lui-même tenté un joli “couper-coller” en annonçant sur sa “une” que le projet de Grand Paris était évoqué aux pages 13 et 25… mais il n'y a rien à ce propos page 25 ! Un “coupé” qui n'a pas encore été “collé” et subsiste donc quelque part sous le presse-papiers du rédacteur de la première page. Voici un “loupé” qui nous tiendra en haleine, fidèles lecteurs, durant quelques jours…

dimanche 3 mai 2009

Les abus de pouvoir du liquidateur

Le pamphlet de François Bayrou, Abus de pouvoir, est abondamment chroniqué dans tous les médias, y compris sur le Net. Inutile d'y revenir de façon approfondie. Relevons juste que sa lecture rassérène, sur le mode : “ça va mieux en le lisant”. Nombre d'analystes diront que le président du MoDem exagère. Malheureusement, il y a “de ça”.
Parmi les nombreuses phrases-choc qu'il recèle, l'une des plus méritées a trait à la laïcité. Bayrou sait de quoi il parle, et admoneste le président de la République et ses sbires avec virulence :
En vérité, il n'y a qu'une seule chose à leur dire : c'est “bas les pattes !” : bas les pattes sur des réalités aussi subtiles, mystérieuses, précieuses. […] Il n'appartient à personne dans l'ordre du pouvoir de se mêler d'injonctions qui appartiennent au mode de l'être. Il n'appartient pas au pouvoir de nous dire ce qu'il faut que nous croyions.
Ruptures, abrogations et liquidations
Un mot-clé mérite l'analyse que l'auteur en fait dans un chapitre complet, celui de “réforme”. Ce mot que la majorité actuelle prononce cent fois par jour comme une incantation, traitant de “conservateurs” ceux qui en refusent le contenu.
Car il est des réformes qui sont des régressions, des retours en arrière, des abandons et des défaites.
François Bayrou trouve le mot juste pour décrire les attaques contre la République contenues dans les “réformes” : abrogation. Sous prétexte de rupture, Nicolas Sarkozy “abroge” et “liquide”. D'ailleurs, certains chroniqueurs déplorent que personne, à gauche, n'ait été capable d'écrire un tel livre. C'est injuste et inexact : Pierre Moscovici avait publié en mars 2008 un ouvrage au titre sans équivoque, Le liquidateur, qui rejoint dans ses développements les thèses de Bayrou. Citons un court extrait de la quatrième de couverture :
Le chef de l'État se balade avec sans-gêne et vulgarité dans la République, jusqu'à en saper les fondements, dont il est supposé être le gardien.
Il reste à savoir avec qui François Bayrou fera alliance le moment venu – comme aiment à le dire les personnalités politiques. Trouvera-t-il du côté des “centristes” ultra-mobiles, partis sans barguigner rejoindre l'UMP, des alliés sûrs ? Rien de moins… sûr !

Addendum : parmi les images employées par François Bayrou, certaines sont amusantes, ainsi la technique du “rideau de fumée” médiatique, comparé à celui que peuvent émettre les turbines d'hélicoptères fabriquées dans sa circonscription par Turbomeca.
En communication, le people est un formidable et plaisant rideau de fumée. C'est un leurre. Tant qu'on s'intéresse aux romances des uns, aux peines de cœur des autres, à la paternité problématique des troisièmes, au conjoints réels et supposés, de tous, on évite que les vrais sujets soient abordés.
(Sur les médias, lire les pages 184 à 188)