mercredi 1 avril 2009

Tri sélectif

Le Web s'affirme désormais en tant que média à part entière, au point que l'on commence à qualifier Internet de cinquième pouvoir, par analogie avec le quatrième pouvoir, généralement dévolu à la presse au sens large du terme. L'apport d'Internet est-il réel ou bien son foisonnement contribue-t-il à “noyer le poisson” – y compris les poissons d'avril d'ailleurs ?

Dans le monde de la presse écrite, la concurrence fait rage entre les journaux gratuits et les quotidiens payants, d'autant que le “gâteau publicitaire” se réduit comme peau de chagrin. Sur les petits écrans des télévisions, le géant TF1 vacille et l'on s'interroge sur l'avenir des chaînes généralistes avec la montée en puissance de la TNT, voire des télévisions diffusées via Internet – encore lui !

Mais de quoi s'agit-il en fait ? De disposer de la plus grande quantité possible d'informations ? Rien de moins sûr. Livrer en vrac tout ce qui se passe dans le monde, en fonction de critères douteux (l'audience et la sensation) ne permettra pas aux médias “traditionnels” de se différencier du Web. Les journaux gratuits prétendent à l'objectivité en livrant des faits bruts, une affirmation simplette, voire perverse, qui sous-entend que toute analyse des faits est biaisée et nous trompe (voir ce billet du blog).

Ce que l'on attend en priorité des médias, c'est bien de nous aider à comprendre, à hiérarchiser, à relativiser, bref, à procéder à un “tri sélectif” des informations. Or, ce tri est trop souvent effectué à partir de critères ineptes, en premier lieu celui de l'association d'idées, des séries. Le degré zéro de la transition journalistique, à la sauce PPDA, était le célèbre “sans transition”, suivi de près par le terrible “encore un…” dont France-Info use et abuse jusqu'à l'écœurement ces derniers temps.

Daniel Schneidermann, dans Libération de lundi, résumait le problème :
Dès qu'un fait divers fait sensation, il se duplique miraculeusement dans les jours qui suivent.
C'est là que le bât blesse. La télévision et la radio seront condamnées à brève échéance si elles continuent à appliquer cette recette facile : “Encore un chien qui a mordu un enfant” entend-on par exemple. Que penser de cette annonce ? Qu'il y a une recrudescence d'accidents graves causés par des chiens ? Ce qu'on attend de vrais journalistes est de nous éclairer : est-ce le cas ? Quid de ce type d'accidents sur les années écoulées ?

Prenons l'exemple d'une requête sur Google actualités : chien+enfant+mordu
Parmi les réponses, celle du JDD, dont le résumé est typique :
Après le drame survenu à Châlons-en-Champagne, un garçonnet de cinq ans a été attaqué par un chien dimanche au domicile de sa tante, à Rilly-sur-Aisne.
En tant qu'internautes, nous sommes capables, par une simple recherche sur Google, de nous abreuver de “séries noires” en jouant sur la quantité et l'international. Tous les jours, des accidents surviennent, de toutes sortes, quelque part dans le monde. Il n'est guère difficile de nous auto-convaincre que “tout va mal” dans tel ou tel domaine, en fonction de nos propres fantasmes, sans autre preuve que l'accumulation des faits.

Nous sommes donc “assez grands” pour jouer seuls, sans l'aide de la radio ou de la télévision, au jeu navrant de la série des “encore”. Mais si personne ne nous aide à trier ces “déchets” médiatiques livrés en vrac, nous serons rapidement intoxiqués.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire