mercredi 29 avril 2009

Ma déclaration

Seuls les travailleurs indépendants, régime BNC, connaissent le vertige des déclarations fiscales numéro 2035. Une ivresse qui atteint son nirvana quand, à quelques jours seulement de la date limite d'envoi, il vous manque encore un petit papier. De quoi exalter le tempérament poétique et romantique du contribuable zélé.

Ma déclaration

(D'après France Gall, auprès de laquelle le blogueur dépose sa déclaration, la vraie…)

Comme je suis seul et que je peux rêver
Je rêve que j’ai télédéclaré
Je rêve que j’ai déposé
Ma déclaration, ma déclaration

Comme je suis seul je dois patienter
Le centre de gestion agréé
Il a encore oublié
Son attestation, ma déclaration

Chauffage gaz électricité
De ma comptabilité
Deux ou trois chiffres arrondis
C’est précis

Je ne pourrai jamais tout leur dire
Les déplacements et frais de repas
J’aime mieux mettre dans ma compta
Une déclaration, ma déclaration

Je remplis les gains, les achats
Et de la TVA
Des recettes et de la CSG
C’est fou

Quand je suis seul alors je peux rêver
Que je me suis débarrassé
Que j’ai enfin envoyé
Une déclaration, ma déclaration

J’aime quand elle est finie
Et qu’il ne manque rien
J’aime quand je suis certain
D’avoir tout inscrit
Je me sens bien quand j’ai fini
Ma déclaration, ma 2035

On ne m'imposera pas une rime sur “trente-cinq”, c'est trop dur !

Post-scriptum
Nouvelle démonstration de la rapidité de référencement de Blogspot :

Cette requête a été formulée vers 11h30, l'article de blog ayant été créé le matin vers 8h15.

mardi 28 avril 2009

Des romans indigestes

Les codes stylistiques des romans américains gâchent parfois le plaisir de lecture. Ainsi ce parti pris d'efficacité qui conduit à négliger les descriptions des paysages et des personnages. Sans tomber dans les excès d'un Victor Hugo, capable de brosser des portraits sur de nombreuses pages, ou de développer l'historique complet des égouts de Paris avant que Jean Valjean, portant Marius sur son dos, ne consente enfin à y entrer, un minimum syndical serait appréciable.

Le roman La danseuse de Mao a été écrit directement en langue anglaise par son auteur, Qiu Xialong. Cette enquête de l'inspecteur Chen se déroule à Shanghai et Pékin mais absolument aucune description ne donne au lecteur la moindre indication d'ambiance. Les personnages semblent évoluer dans un décor que l'on perçoit grisâtre, indéfini, vide de toute présence.
Cela rappelle les enquêtes d'un autre commissaire, Guido Brunetti, qui se déroulent à Venise, écrites par l'Américaine Dona Leon. Quand on connaît la Sérénissime, on peut suppléer aux descriptions en se projetant les images mentales de ses propres souvenirs. Dans le cas du roman de Xialong, si l'on n'a jamais visité Pékin ou Shanghai, il n'y aucune chance que l'on puisse situer les évolutions de Chen.

Une exception, une seule, tente de donner la nécessaire “couleur locale” : la cuisine. Tout comme Paola Brunetti prépare des petits plats à son commissaire de mari, dont Dona Leon nous donne presque le détail des recettes, l'inspecteur Chen ne cesse de manger les plats chinois les plus “typiques” tels ces “poissons écaillés vivants” ou les divers accommodements des crabes, le tout arrosé de thé et de bière chinoise. Cette unique description du contexte contraste tant avec l'absence de toute autre que l'on finit non seulement par être écœuré par toute cette nourriture mais aussi par être irrité que les dialogues entre l'inspecteur et ses informateurs soient sans cesse interrompus par des précisions de ce style :
En extrayant la chair d'une pince avec une baguette, Long répondit…
Cheng s'interrompit pour casser la pince de crabe en tapant dessus avec le poing…
Peng mit dans sa bouche un gros morceau de bœuf au bouillon…
Dia termina une crêpe fourrée au canard et essuya ses doigts pleins de sauce avec sa serviette…
Le pire est que, même quand il est seul chez lui, l'inspecteur Chen ne trouve rien d'autre à faire que… de manger :
Il décida de se faire un chop suey avec tous les restes bouillis ensemble, additionnés de ce qui restait d'échalote, de gingembre et de poivre desséchés dans le réfrigérateur.
En effectuant quelques “rechercher-remplacer”, tels “pinces de crabes” par “escargots de Bourgogne” ou “canard laqué” par “steak frites” on pourrait tout aussi bien situer le roman à Paris (à condition toutefois de remplacer Mao par de Gaulle et Chen par Maigret). Des perspectives nouvelles s'ouvrent à la littérature industrielle !

À ce jour, je suis arrivé à la page 214 du livre
(il me reste exactement 100 pages à lire). Frisant l'indigestion(1), je me lasse de plus en plus des fastidieux entretiens de l'inspecteur avec toutes sortes de témoins du passé de Mao, finissant par me désintéresser de l'intrigue tant elle est désincarnée. Les paris sont ouverts quant à l'achèvement de ma lecture !

(1) NdB* : malgré un goût prononcé pour la cuisine asiatique.

* Note du Blogueur

jeudi 23 avril 2009

Une architecture inventive


Une architecture réussie doit-elle singer les signes du passé ? Heureusement non, et la réalisation des architectes danois Bjarke Ingels et Julien de Smedt à Orestad en apporte la preuve. On peut visionner un diaporama complet à l'adresse www.vmbjerget.dk et les étapes de la conception à la page http://www.big.dk/projects/mtn/mtn.html.

Cet ensemble de logements parvient à combiner la densité et l'agrément de vie, donnant à chaque appartement une ambiance proche de celle d'une maison individuelle sans pour autant consommer autant d'espace. Les matériaux sont chaleureux (beaucoup de bois), les terrasses généreuses, sachant ménager l'intimité malgré la densité, la lumière afflue de partout et les vues sont dégagées.


La structure de l'immeuble s'inspire d'une montagne – disons plutôt d'une colline – à l'intérieur de laquelle les parkings sont rassemblés. L'accès aux appartements s'effectue par des funiculaires (ascenseurs sur plan incliné). L'ensemble a été baptisé “Moutain Dwellings” (appartements montagnards).


Un bel exemple d'architecture résolument moderne dont la forme résulte en priorité de l'usage qui en est fait : habiter de façon harmonieuse un espace somme toute limité.


N'est-ce pas cela, l'architecture “douce” dont certains promoteurs immobiliers nous rebattent les oreilles, plutôt que des pastiches d'architectures néo-régionalistes ?


Ci-dessus, une vidéo de la conception et de la construction de cet ensemble, dégotée sur YouTube.

mercredi 22 avril 2009

Trompe l'oeil


Les trompe-l'œil sont trompeurs (c'est leur fonction)…


…cliquez sur cette image pour zoomer et vous verrez !

Une lyonnaiserie des plus typiques, excellente occasion pour faire un clin d'œil à Sylvie : www.couleurdeframboise.fr/peinture-murale.php

Merci à Catherine, Fanny, Marine et Aymeric, sans oublier Michel, le photographe.

Des pépites chez jcfrog

Les hasards de la navigation sur le Web m'étonneront toujours. Je crois que j'étais parti pour rechercher des photos de claviers d'ordinateurs pour illustrer une notice d'emploi à l'intention d'un client. Je ne sais plus comment je suis tombé sur un blog, puis sur un second, pour finalement visionner les vidéos d'un guitariste-informaticien qui sont à se tordre de rire, JCFrog.

Parodies de chansons détournées “informatiquement” comme Sur le port 80 (Le Port d'Amsterdam de Brel), Ne me twitte pas (toujours Brel) ou Jean l'a dit (Imagine de Lennon). J'ai beaucoup apprécié aussi la Toccata en ré mineur de Bach version hard-rock (une indéniable virtuosité) ainsi que les “tutoriaux” guitaristiques plein d'humour.

En voici donc l'adresse : http://vimeo.com/jcfrog. À consommer sans modération !

dimanche 19 avril 2009

Royales excuses

La communication médiatico-politique a quelque chose d'ubuesque. On a beaucoup parlé des “excuses” prononcées par Ségolène Royal en Afrique à propos du discours controversé du président de la République. Admettons. Or voici qu'en une sorte de “copier-coller” inapproprié, elle applique le même schéma à des paroles qu'aurait lâchées ledit président au sujet de José Luiz Zapatero.
Si la malheureuse Ségolène Royal a décidé de courir derrière toutes les gaffes de Nicolas Sarkozy pour aller s'excuser auprès de toutes les personnes qu'il aurait pu vexer, c'est d'un travail à temps plein dont il s'agit – et qui deviendra vite lassant. Qui peut bien lui conseiller d'aussi stupides attitudes ? S'il est bien connu que la réalité dépasse la fiction, voici que la réalité “politique” dépasse la parodie des Guignols de l'info… Le premier et le second degré sont désormais confondus en un seul package de com'. Mais, au fait, n'est-ce pas avec Bruno Gaccio, l'un des fondateurs des Guignols que Ségolène Royal aurait fait un bout de chemin ? Tout s'explique !

samedi 18 avril 2009

Fichez-nous la paix cinq minutes

Une fois encore, l'Homme est désigné comme superflu, voire nuisible.


Il n'y a pas que les “ultra-libéraux” de l'économie qui cherchent à se débarrasser des êtres humains, voici que les écologistes s'y mettent. Yves Cochet a trouvé une idée pour diminuer la pollution, réactualisant la vieille doctrine malthusienne : décourager la naissance du troisième enfant. Qu'entend-on subliminalement ? Que le salut de la Planète passerait par la disparition de l'humanité. Au moins, le problème serait-il réglé. Cette tendance anti-humaniste des écologistes est détestable, rejointe, à l'autre extrême, par les bien-pensants religieux dont l'unique objectif est, au contraire, de croître indéfiniment afin, entre autres choses, d'écraser les religions concurrentes sous leur nombre.

À ce propos, les catholiques auraient tort de la ramener en la circonstance, eux qui, au Brésil, estimaient récemment préférable que les deux jumeaux de la pauvre fille violée par son beau-père naissent, quitte à ce que leur mère (âgée de 9 ans, rappelons-le) meure en couches.


Rappelons deux choses à Yves Cochet :
1. Que les écolos doivent rester à leur place et militer pour des progrès dans la consommation et l'organisation de l'économie, sans céder à des tentations totalitaires. Il n'y a pire dictateur que celui qui est persuadé d'avoir raison contre tous les autres. Tout comme pour les religions, on est tenté de lui dire : “Fichez-nous la paix cinq minutes, laissez-nous vivre comme bon nous semble et tentez de convaincre plutôt que de contraindre”.
2. Qu'une société malthusienne à l'égard de sa population est condamnée au vieillissement, à la perte de l'énergie vitale et, in fine, à la décadence. Une perspective bien peu attrayante. On imagine une planète peuplée de vieillards séniles attendant la mort dans une ambiance “enfin” purifiée…

Imaginons…

La chanson de John Lennon a beau être galvaudée (y compris, malheureusement, dans des publicités), il est utile d'en relire attentivement le texte. En voici deux brefs extraits, traduits en français, qui “collent” à l'actualité récente…
Imagine there's no heaven
It's easy if you try
No hell below us
Above us only sky

Imagine qu'il n'y ait pas de paradis
C'est facile si tu essaies
Pas d'enfer sous nos pieds
Et au-dessus de nous, rien que le ciel

Nothing to kill or die for
And No religion too

Plus rien au nom de quoi tuer ou mourir
Et pas de religion non plus

Le piano sur lequel Lennon composa Imagine.

vendredi 17 avril 2009

Horreur identitaire

Deux petits faits, anodins en apparence, viennent illustrer le diagnostic d'Alain-Gérard Slama , évoqué ici dans un précédent article.

Les nouvelles plaques d'immatriculation des automobiles viennent d'entrer en service (le 15 avril). Désormais, chaque véhicule disposera d'un numéro unique valable “toute sa vie durant”. On aurait pu penser que de ce principe résulterait une banalisation des immatriculations, une voiture n'ayant pas a priori de lieu de naissance. Eh bien non ! L'indication d'un département sera obligatoire, pour bien marquer l'identité de son propriétaire (*).

Quand Slama parlait de féodalisation, il n'avait pas tort. Le marquage identitaire – non à la culotte, mais au “cul des voitures” – est o-bli-ga-toire. Ainsi, nous resterons qualifiés avant tout de parisien, marseillais, lyonnais, breton et que sais-je encore, avec le message subliminal que notre identité détermine tout (dans l'ordre : grincheux, indiscipliné, discret ou coiffé de chapeaux ronds).

Cette réduction des hommes, en principe libres, à une identité illustre à la perfection la dérive maladive (et totalitaire au sens “totalisant”) de notre société. Notre président va devoir rebaptiser d'urgence son ministère de l'identité nationale en ministère de l'identité départementale, afin que l'on puisse, comme le dit le site du ministère de l'intérieur, “afficher nos racines” de “je-ne-sais-quoi” de souche.


Une anecdote le résume. Il y a quelques années, je prenais de l'essence dans une station suisse située à proximité de la frontière avec la France. Le pompiste regarda ma plaque et lança : “69. C'est Lyon, hein ?” Je répondis par l'affirmative. Il reprit, en colère : “Ah ouais, c'est vous qui faites pisser vos enfants sur les tourniquets de cartes postales ?” Prodige de l'identité : un enfant, sorti d'une voiture immatriculée 69, avait dû, un jour, se soulager sans vergogne sur le tourniquet de cartes postales de la station. Le pompiste en avait déduit une caractéristique universelle.

Pierre Marcelle, dans sa chronique de Libé, a une formule qui cerne bien le problème :
Pourra-t-on se dispenser de proclamer qu'on est d'ici ou qu'on se voudrait être de là ? Administrativement inutile et concédé in extremis à tous les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, cet affichage d'une inclination supposée […] on [le] regardera comme une autre concession à la démagogie ambiante. […] Mais s'il me plaît […] d'être d'un monde ou d'un continent plutôt que d'une région ou d'un département ?
Cachez cette pipe que je ne saurais voir !
Second exemple. L'affaire de la pipe de Jacques Tati sur une affiche annonçant dans le métro et sur les autobus parisiens une exposition consacrée au cinéaste à la Cinémathèque.


Pour éviter tout risque de contamination des esprits, la pipe, symbole du tabac, est remplacée par une espèce de moulin à vent ridicule. L'Ordre moral évoqué par Alain-Gérard Slama a accompli son office, qui plus est sous la forme d'une auto-censure. N'oublions pas que la rectification des photographies est une spécialité des dictatures de toutes obédiences (relire à ce sujet George Orwell). Toujours dans Libé de ce jour, on ironisait avec pertinence :
Pourquoi ne pas être allé au bout de ce zèle législatif ? Ajouter à la palette graphique un casque intégral aux personnages, remplacer le solex polluant par un véhicule à label vert, redessiner un siège homologué pour y caler le petit Gérard…

Moi aussi, je sais me servir de Photoshop. Pas mal, ce Castro sans cigare, n'est-ce pas ? Le voici enfin PC (Politiquement Correct, à ne pas confondre avec Parti Communiste).


Et au tour de Jacques Chirac, après tout, il n'y pas de raison !

Une société d'indifférence
Et tout cela se déroule dans une relative indifférence – dans notre “société d'indifférence” selon le titre du livre de Slama. On ne se prive pas de dire que ces affaires n'ont “aucune importance”. Au premier degré, c'est exact. C'est l'arrière-plan symbolique qui, lui, est important… en attendant le reste : la censure religieuse par exemple. Pourquoi se priver de telles joyeusetés ? Vous trouvez que j'exagère ? Pas moi !
Ci-dessus : l'étoile rouge de l'Île-de-France. Ouf ! De justesse ! Heureusement qu'une autre couleur n'a pas été choisie… sinon, on risquait le dérapage incontrôlé.

(*) Voici un extrait du PDF disponible sur le site du ministère :

Le maintien d’un identifiant territorial
Vous devrez continuer à faire figurer sur votre plaque un numéro de département : un emplacement est prévu à cet effet, surmonté du logo de la région correspondante.
Cette référence locale n’aura plus nécessairement de lien avec votre adresse. Vous pourrez donc choisir le département avec lequel vous ressentez les attaches ou les affinités personnelles les plus profondes, qu’il soit ou non votre lieu de résidence.
Afficher ses racines
Ainsi, par exemple, un Alsacien, un Antillais, un Auvergnat, un Breton, un Ch’ti, un Corse... habitant une autre région que celle de ses origines pourra, s’il le souhaite, afficher ses racines.
En cas de rachat d’un véhicule d’occasion, vous pourrez, selon votre souhait, conserver la référence locale apposée par l’ancien propriétaire ou en choisir une autre.

jeudi 16 avril 2009

Réformes inutiles

On s'interroge sur l'opportunité de certaines réformes.
Alors que la crise exigerait de se concentrer sur l'essentiel, voici par exemple que les jeux d'argent sont, selon l'expression consacrée, “libéralisés”. La vente d'illusions et de faux espoirs pourra ainsi s'accroître, ainsi qu'en témoignent les spams qui affluent dans nos boîtes aux lettres électroniques. Exemple :
Les medias tele, radio, journaux ne font que parler de la crise et leur pessimisme me fait chier.
Moi je gagne plus de 600 euros par semaine en jouant une heure par jour sur http://machinbidule.com alors arretons de broyer du noir.
La probabilité de gagner demeure faible, c'est bien connu, et les paris ne font qu'affaiblir encore un peu plus ceux qui mettent en jeu leurs faibles ressources pour un miroir aux alouettes.

Autre retombée nuisible, les risques pesant sur les buralistes, jusque là vendeurs quasi exclusifs de ces jeux. Il est facile de les mépriser au motif que tabac et jeux seraient des “vices” et qu'on ferait peu de cas de leur sort. Mais, une fois encore, voici des êtres humains, tentant de vivre de leur activité, qui risquent d'être exclus du tissu économique et social. La société n'a rien à y gagner, bien au contraire. Quant aux grandes surfaces, qui pourraient récupérer une part importante de ce marché, elles n'en ont franchement pas besoin pour vivre.

Qu'il soit volontaire ou non, cet acharnement à éliminer les hommes de l'économie nous portera malheur. Nous serons collectivement perdants.

lundi 13 avril 2009

La société d'indifférence

Alain-Gérard Slama vient de publier aux éditions Plon, dans la collection Tribune libre, un essai intitulé “La société d'indifférence”. On y trouve nombre d'analyses permettant de mieux cerner la crise politique née de l'accession au pouvoir de l'actuel président.

Sa thèse de l'indifférence repose sur la remise en cause des principes de la République, l'exaltation des identités, l'instrumentalisation de la religion et de l'inné (au détriment de l'acquis), débouchant sur une société re-féodalisée et, in fine, totalitaire. Rien que ça ! Les extraits qui suivent résument autant que possible la pertinence de ses démonstrations. Quelles que soient les opinions politiques que l'on ait, il y a dans ce texte matière à réflexion.

L’auteur commence par tenter de définir le nouvel exercice du pouvoir de celui qu’il nomme le “Prince-PDG” :
Cette conception de l’exercice du pouvoir [est] beaucoup plus proche de celle d’un PDG – exclusivement centrée sur la sollicitation des intérêts particuliers, d’ordre économique et social, et sur la stratégie de son groupe résumée dans sa personne – que celle d’un dirigeant démocrate, contraint de négocier le possible et le souhaitable en fonction d’un projet et d’une vision du monde. (page 57)
Il démontre ensuite le retour d’un « ordre moral », fondé sur la religion, les excès de la prévention et une idée erronée de l'efficacité sociale.
Une telle instrumentalisation de la religion, considérée comme la garante de l’ordre social, correspond à une idéologie qui porte un nom : l’ordre moral. (page 124) L’ordre moral est par excellence la doctrine du traditionalisme patronal, que l’on appelle le paternalisme. (page 125) …avec la bonne conscience qui caractérise toutes les périodes d’ordre moral, éperdument satisfaites de faire le bien de leurs contemporains contre eux-mêmes. (page 222)
Toute religion prétendant détenir la vérité […] il n’y a, dans l’espace public, pas de place pour plusieurs « vérités » ensemble, et que mieux vaut, autant que possible, les en éloigner toutes plutôt que d’assister dans l’impuissance à leur affrontement. (page 120)
Cet ordre moral conduit à abandonner les principes qui fondent notre République.
La principale cause de la dépolitisation de la vie française me paraît être l’indifférence aux principes. […] Une société qui viole les principes sur lesquels elle repose, même au nom de fins justes, ne peut pas être une société juste. (page 184)
Il en résulte un véritable « big-bang » :
Dans la société d’indifférence, la dissolution des repères de la culture politique de la nation dans des logiques d’efficacité et de gestion a fait exploser les principes garants de la liberté ; et ce big-bang silencieux brouille toutes les cartes et dérègle toutes les boussoles. (page 227)
L'ordre moral prend appui sur l’exaltation des identités qui va à l’encontre du principe de liberté, y compris d'ailleurs d'une “identité nationale” fantomatique et dangereuse.
Le propre du système français de l’État-nation est d’avoir été jusqu’au bout de la logique des Lumières en reconnaissant des droits aux seuls individus, et non à des groupes susceptibles d’aliéner leur jugement en les inféodant à une appartenance qui prédétermine leur vote – que cette appartenance soit corporatiste, idéologique, ethnique ou religieuse. (page 144)
(Qu'on me permette ici, à propos de la “prédétermination du vote” de rappeler des souvenirs personnels de messe catholique durant laquelle on priait, en 1974, pour que “les français fassent le bon choix” et où les associations catholiques préparaient fébrilement des mailings entre les deux tours des élections pour rappeler à leurs adhérents qu'ils ne pouvaient, en raison de leur religion, voter pour François Mitterrand…)

Au passage, l'auteur égratigne la démocratie dite “directe”, qui procède de la même erreur d'analyse :
La démocratie directe ainsi conçue [en « temps réel » selon Ségolène Royal], dite à tort participative, n’a d’autre effet que de favoriser les pressions des minorités actives, seules assez motivées pour se faire entendre. (page 211)
(On pense par exemple aux associations de voisinage qui parviennent à faire annuler un permis de construire respectant pourtant l'intérêt général.)

La discrimination positive est radicalement contestée par Slama, dans de longs développements.
Parce [la discrimination positive] crée des inégalités au bénéfice de quelques-uns, elle déplace l’injustice au lieu de la combattre ; parce qu’elle identifie par leur appartenance à un groupe particulier les bénéficiaires de ces inégalités, elle les renforce dans la tentation du repli sur leur identité. (page 185)
La notion identitaire est considérablement renforcée par la mise en avant de l’inné, au détriment de l'acquis.
[L’] accomplissement [de la liberté] repose sur la capacité de chacun à s’arracher au déterminisme de ses caractères innés, de sa religion et de sa race, pour affirmer son autonomie et exercer ses responsabilités en assumant le conflit. (page 100)
La dichotomie des bons et des méchants, dans la vision innéiste de l’identité, divise l’ensemble de la société entre les élus et les damnés : elle oppose ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, les honnêtes gens et les fraudeurs, le jeune qui bosse dur et le dealer du coin. (page 172)
Tout ceci débouche, aux yeux d'Alain-Gérard Slama, sur une société rien moins que totalitaire :
La notion d’identité est totalitaire : elle enferme le sujet dans une appartenance, une religion, une différence qui le totalisent, qui prétendent le définir tout entier et dont il doit à tout instant répondre. (page 170) La propension à réduire l’autre à un seul trait saillant de sa personnalité, considéré comme son identité, pour le prendre à ce piège en l’obligeant à en rendre compte est la technique totalitaire par excellence. (page 172)
Notons que l'auteur est loin d'être un intellectuel de gauche, et qu'il ne fait pas partie des personnes que l'on pourrait suspecter, a priori, d'anti-sarkozysme viscéral ou primaire.
L'indifférence aux principes et, plus largement, aux idées politiques peut avoir des conséquences dramatiques, en favorisant la formation de pouvoirs totalitaires, par défaut et en catimini en quelque sorte.

Alain-Gérard Slama exagère-t-il ? Rien de moins sûr. On sort de la lecture de ce livre avec la conviction “qu'il y a de ça”…

samedi 11 avril 2009

Solidarité et cotisations sociales

Réfléchir à voix haute aide souvent à tester la pertinence de ses propos. C'est en quelque sorte l'exercice auquel on se prête ici en tentant de poser le problème de l'emploi au regard de décisions d'automatisation ou de délocalisation. Les exemples, volontairement simplifiés mais certainement pas simplistes, abordent de façon aussi raisonnée que possible la question des cotisations sociales et de la place de l'être humain dans notre économie.
Ils sont soumis à la sagacité des internautes…

[1] Situation de départ


Une entreprise réalise un bénéfice de 3 après avoir déduit des ventes ses achats (5) et le coût de ses salariés (8). Aux salaires nets (5) viennent s'ajouter les cotisations santé, famille, chômage et retraite (3). Dans cette configuration, l'entreprise contribue à la solidarité nationale à hauteur de 3.

[2] Investissement d'une machine


Supposons que les salariés puissent être remplacés en totalité par une machine, dont le coût (investissement) représente par exemple cinq fois les salaires nets et est étalé sur 5 ans. L'amortissement de la machine équivaut à une année de salaires nets.
Le bénéfice de l'entreprise double, passant de 3 à 6. En revanche, sa contribution à la solidarité devient nulle.


Est-il légitime que, d'un coup d'un seul, plus aucun effort ne soit demandé à l'entreprise, alors même que, par ailleurs, les anciens salariés sont indemnisés par la collectivité ? Le financement de cette dernière est fatalement reporté sur les autres entreprises, celles qui emploient encore des salariés. Serait-il vraiment injuste de demander une cotisation, par exemple de 2, ramenant le bénéfice à 4 ?

[3] Délocalisation


Si l'entreprise de la situation 1 choisit de délocaliser sa production et bénéficie d'un coût salarial ramené par exemple de 8 à 4, pour tenir compte des frais de transports induits, les achats vont s'accroître à due concurrence (5+4=9) et les frais de personnel vont disparaître. Le bénéfice bondit cette fois de 3 à 7. La contribution à la solidarité nationale (et notamment au chômage) disparaît elle-aussi. Il n'y a donc aucun partage de l'économie ainsi réalisée, qui bénéficie à la seule entreprise.


Encore une fois, ne pourrait-on pas exiger une contribution de solidarité de 2, voire de 3 pour retrouver les cotisations antérieures ? (*)

Deux logiques
Deux logiques s'affrontent ici : la logique de l'assurance et la logique de la solidarité pure et simple. Dans le cas des assurances, il n'y a cotisation que si les risques existent. Dès lors que les êtres humains disparaissent des effectifs de l'entreprise, la prime n'a plus lieu d'être puisque le “risque” n'existe plus.

Répartition et contribution
Cette vision des choses est obsolète pour plusieurs raisons : les cotisations sociales ne sont plus à proprement parler des “assurances”, ne serait-ce que la cotisation retraite, qui porte bien son nom : retraite par “répartition”. Il s'agit bien d'une répartition du coût des pensions sur l'ensemble de l'économie et non seulement sur les entreprises qui emploient. Imaginons que, d'un coup d'un seul, on mette tous les salariés à la retraite en les remplaçant par des robots. Il n'y aurait plus de cotisations et donc plus de pensions ! De même, que ce soit pour le chômage ou la maladie, il n'y a pas de raison d'en exonérer a priori les entreprises qui réduisent leur contribution à faire vivre les êtres humains du pays où elles exercent.

Risque social
Les deux logiques se rejoignent toutefois si l'on considère que le “risque social” est global, et “assuré” non pas au niveau de la seule entreprise, mais au niveau de l'ensemble de la collectivité nationale. Quand on observe la crise qui explose sous nos yeux, ne doit-on pas la considérer avant tout comme un énorme “risque” dont les entreprises qui licencient ne doivent pas être exonérées ?

La logique “assurantielle” est d'autant plus dommageable qu'elle reporte les “charges” de la solidarité nationale sur les seules entreprises employant encore des salariés, ce qui les fragilise d'autant et les pousse à licencier ou à délocaliser. Un cercle vicieux et pervers !

Taxer l'investissement ?
On objectera qu'il ne faut pas “taxer l'investissement” au risque de le décourager et donc de compromettre le progrès. Mais pourquoi ne s'effraye-t-on pas de “taxer les êtres humains” ? Seraient-ils moins estimables que les machines ? Et de quel progrès s'agit-il exactement ? Du seul progrès technique ou bien du progrès social et, plus largement, du progrès de nos sociétés dans leur ensemble ? Quoi qu'il en soit, pourquoi ne pas demander une contribution des entreprises à hauteur de leurs capacités et non plus seulement à hauteur de leurs masses salariales ? L'idée n'est pas de confisquer les bénéfices tirés du progrès technique, mais bien de le partager afin qu'il profite à tous – y compris aux êtres humains que nous sommes. Est-ce trop demander à l'économie ?

Qui seront les payeurs ?
Tant que nous resterons dans cette logique, il n'y a aucune raison que le chômage diminue. Nous oublions de surcroît tous les effets induits du chômage : délinquance, violence, drames familiaux, dégradation de la santé et, last but nos least, gigantesque gâchis de force de travail et d'énergie ! Quelle “taxe” se préoccupe de financer ce gaspillage irresponsable et cruel ? On se gargarise de concepts tels les “éco-taxes”. Quid des “humano-taxes” ? Il serait grand temps d'y réfléchir ! Si les pollueurs doivent être les payeurs, pourquoi les fauteurs de déshumanisation ne devraient-ils pas, eux-aussi, être des payeurs, et non pas seulement, encore une fois, les seules entreprises qui, au contraire, se battent pour préserver des emplois ?

(*) On pourrait objecter à propos des bénéfices que leur accroissement profite à la solidarité via l'impôt sur les bénéfices. Cependant, il s'agit, notons-le bien, de budgets distincts (l'État et non plus les prestations sociales), avec des taux et des modalités de calcul qui réduisent le rendement de l'impôt (taux en baisse tendancielle, exonérations, impact des distributions, astuces comptables pour les réduire, évasion par le jeux de l'internationalisation, etc.) alors qu'une cotisation sociale est due en toutes circonstances.

vendredi 10 avril 2009

Les usuriers sont de retour

La crise inspire les usuriers, c'est bien connu. L'offensive est menée à la fois dans les boîtes aux lettres virtuelles et réelles. À plusieurs reprises, j'ai ainsi reçu des “offres” d'organismes pratiquant des taux d'intérêt frisant le seuil de l'usure, défini par la Banque de France (voir ici). La marge de manœuvre est importante puisque les taux peuvent dépasser les 20%, alors que le loyer de l'argent n'a cessé de baisser ces derniers mois (c'est ainsi que le taux du livret A, encore à 4% en décembre, a été divisé par deux en février et tombera à 1,75% prochainement).

Ah, les p'tits taux, les p'tits taux !
Sous la forme d'un quasi-spam, une société située à Roubaix joue sur le thème du film Bienvenue chez les Ch'tis pour annoncer des “p'tits taux” de tout de même 20,33% (les 3 mois à 4,5% étant en pratique négligeables).

Exemple : si l'on emprunte 4000 €, expliquent-ils à l'aide de l'astérisque habituel, le coût du crédit sur 34 mois frise les 1000 € hors assurance facultative.

Le texte se termine par une mention pleine de sagesse : “Souscrire un crédit est un acte réfléchi”. C'est certainement la seule chose à retenir de ces propositions !

Une ch'tite cafetière en prime
Dans ma boîte aux lettres réelles a été déposé un volumineux document du même tonneau, provenant cette fois d'une société basée à Villeneuve d'Ascq, toujours le Nord par conséquent. Leur taux est encore plus élevé puisqu'il dépasse carrément 21%.
Ils appâtent le chaland en accordant généreusement “deux mois sans rien payer” et… en offrant une cafetière électrique en cadeau – quelle générosité, mon Dieu ! Attention cependant : la photo est, bien sûr, “non contractuelle”.

Bienvenue chez les p'tits caractères
Comme toujours, la lecture des “p'tits” caractères des conditions contractuelles permet d'apprendre beaucoup de choses…


…par exemple que, en cas de défaillance, non seulement le capital dû est immédiatement exigible mais une indemnité complémentaire de 8% est demandée, portant le taux de 21 à presque 30%. Voilà qui est très très loin d'un “p'tit taux” et risque de mettre le souscripteur dans une situation critique en cas de problèmes financiers.

Qui a dit qu'il fallait “moraliser” le système ?

vendredi 3 avril 2009

1, 2, 3… Le Monde !

Après Le Monde 2, voici que le célèbre quotidien du soir lance un nouveau supplément. Étrangement, il n'a pas de titre bien précis, à part la lettrine M, initiale du quotidien. Serait-ce un Monde 3 ? On ne sait. C'est en tout cas un monde grand format puisqu'il mesure à peu près 45 cm sur 31, soit encore plus qu'une page A3 (42 x 29,7 cm). Une débauche de papier ! 48 pages, soit 24 feuilles de 45 x 62 cm mesurant au total près de 7 mètres carrés… Recto-verso, il y aurait de quoi tapisser l'intégralité du sol d'une grande chambre.

On reste dubitatif face à tant d'images géantes, à tant de papier gorgé d'encres colorées, à l'accumulation des publicités et des photos de mode, sans oublier – bling-bling oblige ! – les cadrans géants de montres de luxe. À croire que le M de la couverture fait référence aux mots “mode” ou “montre”. Difficile à dire !


Et puis on découvre une sorte d'alibi culturel sous la forme d'un entretien avec Elisabeth Badinter. La couverture est l'objet d'un gag involontaire puisqu'elle présente l'une des figures du féminisme au-dessus de la photo d'un mannequin masculin, avec la mention : “styles homme : bleu intime”. Que doit-on en déduire ?

Dans l'entretien des pages 12 à 14, Élisabeth Badinter aborde en particulier la question du voile islamique :
Dans une démocratie, l'égalité des sexes est un droit non négociable. […] On ne peut transformer les femmes en fantômes. Je me sens assez solitaire dans ce combat, car si on juge cette situation intolérable, on est immédiatement montré du doigt comme islamophobe. Et, finalement, on tolère l'intolérable pour ne pas être accusé d'intolérance. Quand les religions veulent s'imposer dans l'espace public, c'est une catastrophe pour la démocratie.
Ces opinions n'engagent que leur auteur(e), à rebours des conventions d'aujourd'hui, selon lesquelles le voile est considéré, de plus en plus, comme le summum du féminisme identitaire. Un peu plus haut dans le texte, Élisabeth Badinter regrettait ceci :
Si l'ère des Lumières s'éteint, vers quoi irons-nous, sinon vers les ténèbres dont on eut tant de mal à se libérer ?
Espérons juste que ce petit rayon de lumière viendra illuminer ce Monde troisième du nom, au-delà des photographies racoleuses de la publicité dont les flashes sont plus aveuglants qu'éclairants…

jeudi 2 avril 2009

Un poisson d'avril en retard

Le poisson d'avril a un jour de retard ! Car que tente-t-on de ferrer avec une tentative de hameçonnage ? Des poissons, ceux-là même qui cèderont aux sirènes d'un spam certes naïf mais non dénué d'appât pour les internautes qui lisent un peu vite… et cliquent encore plus vite.


Une fois encore, il émane du texte de ce spam un humour involontaire. L'une des caractéristiques de ces messages est d'abuser des points d'exclamation, y compris dans la pseudo-signature du mail, pour tenter d'accentuer le sentiment d'urgence du lecteur.

Cher Orange Member,

Attention ! Tentative d intrusion dans votre compte Orange! Quelqu un avec le IP address 000.000.000.000 a essaye d acceder a votre compte personnel! Nous vous prions de bien vouloir vous connecter a votre compte Orange Et mettre a jour vos informations confidentielles ! Vous avec un delai de 24h pour retablir lacces a votre compte sans ceux Ce dernier sera definitivement supprime ! Acceder A Votre Compte

*Important* Nous avons demande quelques renseignements complementaires, ce qui va etre le cadre de processus d ouverture de session securise. Ces informations complementaires seront posees lors de votre connexion avenir pour la securite, s il vous plait fournir toutes les informations sur ces completement et correctement autrement pour des raisons de securite ,nous devons fermer votre compte temporairement. Nous vous remercions de votre prompte attention a cette question. S il vous plait comprendre que cela est une mesure de securite destinee a vous aider et de proteger votre compte. Nous nous excusons pour tout inconvenient
Vous pouvez egalement confirmer votre adresse email en vous connectant a votre compte Orange a l adresse suivante :
[adresse du site de phishing]
Nous vous remercions de votre grande attention cette question
Sil vous plait comprenez que c est une mesure de securite
destinee a vous proteger ainsi que votre compte.
Nous nous excusons pour tout inconvenient.

Departement de revue de comptes Orange !
Copyright 1999-2009 Orange. Tous droits reserves.
Si l'on active le lien, une fausse page de connexion s'affiche, d'une qualité douteuse :


Le dialogue de saisie d'identifiant et de mot de passe sert à “pêcher le poisson” :


Toujours avares de contacts, le site officiel d'Orange ne propose pas de formulaire permettant de signaler de telles tentatives, contrairement à, par exemple, PayPal. Dommage ! On pourrait attendre d'un fournisseur d'accès aussi important d'être plus vigilant. Le site se contente d'expliquer le hameçonnage à cette page : assistance.orange.fr/1440.php?dub=2& (si le lien est correct). On apprécierait une alerte en page d'accueil signalant ce genre de tromperie, à laquelle des internautes débutants auront pu céder…

mercredi 1 avril 2009

Tri sélectif

Le Web s'affirme désormais en tant que média à part entière, au point que l'on commence à qualifier Internet de cinquième pouvoir, par analogie avec le quatrième pouvoir, généralement dévolu à la presse au sens large du terme. L'apport d'Internet est-il réel ou bien son foisonnement contribue-t-il à “noyer le poisson” – y compris les poissons d'avril d'ailleurs ?

Dans le monde de la presse écrite, la concurrence fait rage entre les journaux gratuits et les quotidiens payants, d'autant que le “gâteau publicitaire” se réduit comme peau de chagrin. Sur les petits écrans des télévisions, le géant TF1 vacille et l'on s'interroge sur l'avenir des chaînes généralistes avec la montée en puissance de la TNT, voire des télévisions diffusées via Internet – encore lui !

Mais de quoi s'agit-il en fait ? De disposer de la plus grande quantité possible d'informations ? Rien de moins sûr. Livrer en vrac tout ce qui se passe dans le monde, en fonction de critères douteux (l'audience et la sensation) ne permettra pas aux médias “traditionnels” de se différencier du Web. Les journaux gratuits prétendent à l'objectivité en livrant des faits bruts, une affirmation simplette, voire perverse, qui sous-entend que toute analyse des faits est biaisée et nous trompe (voir ce billet du blog).

Ce que l'on attend en priorité des médias, c'est bien de nous aider à comprendre, à hiérarchiser, à relativiser, bref, à procéder à un “tri sélectif” des informations. Or, ce tri est trop souvent effectué à partir de critères ineptes, en premier lieu celui de l'association d'idées, des séries. Le degré zéro de la transition journalistique, à la sauce PPDA, était le célèbre “sans transition”, suivi de près par le terrible “encore un…” dont France-Info use et abuse jusqu'à l'écœurement ces derniers temps.

Daniel Schneidermann, dans Libération de lundi, résumait le problème :
Dès qu'un fait divers fait sensation, il se duplique miraculeusement dans les jours qui suivent.
C'est là que le bât blesse. La télévision et la radio seront condamnées à brève échéance si elles continuent à appliquer cette recette facile : “Encore un chien qui a mordu un enfant” entend-on par exemple. Que penser de cette annonce ? Qu'il y a une recrudescence d'accidents graves causés par des chiens ? Ce qu'on attend de vrais journalistes est de nous éclairer : est-ce le cas ? Quid de ce type d'accidents sur les années écoulées ?

Prenons l'exemple d'une requête sur Google actualités : chien+enfant+mordu
Parmi les réponses, celle du JDD, dont le résumé est typique :
Après le drame survenu à Châlons-en-Champagne, un garçonnet de cinq ans a été attaqué par un chien dimanche au domicile de sa tante, à Rilly-sur-Aisne.
En tant qu'internautes, nous sommes capables, par une simple recherche sur Google, de nous abreuver de “séries noires” en jouant sur la quantité et l'international. Tous les jours, des accidents surviennent, de toutes sortes, quelque part dans le monde. Il n'est guère difficile de nous auto-convaincre que “tout va mal” dans tel ou tel domaine, en fonction de nos propres fantasmes, sans autre preuve que l'accumulation des faits.

Nous sommes donc “assez grands” pour jouer seuls, sans l'aide de la radio ou de la télévision, au jeu navrant de la série des “encore”. Mais si personne ne nous aide à trier ces “déchets” médiatiques livrés en vrac, nous serons rapidement intoxiqués.