mercredi 18 mars 2009

Vocabulaire de crise

Avec la crise, le vocabulaire s'adapte
Après le classique et néanmoins jubilatoire “croissance négative”, quelques nouvelles expressions fleurissent sur fond de crise économique. Laurent Wauquiez, secrétaire d'État à l'emploi, recycle l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine avec la notion “positive” d'“activité partielle”. C'est tout de même préférable au “chômage” partiel. En un tour de main, voici le chômage transformé en “emploi négatif”.

Laurence Parisot, traumatisée par les quelque 100000 nouveaux chômeurs enregistrés en deux mois, supplie les syndicats et les Pouvoirs publics de “sécuriser” la question. Il faut “sécuriser”… les licenciements, brâme-t-elle de partout. À chacun ses priorités. Et la presse de déplorer que l'être humain soit devenu une variable d'ajustement, sans pour autant proposer qu'il soit au contraire la seule “constante” du processus.

À propos de la notation sociale des entreprises, refusée par la même Laurence Parisot, Gérard Larcher (président du Sénat) estimait dans une interview que : “Une entreprise vit des hommes et des femmes qui la composent. On ne peut ignorer cette dimension.” Il faut croire que si ! Il est certain qu'une notation sociale réserverait des surprises. On mesurerait le fossé qui sépare les messages publicitaires vantant la vertu de nombre de firmes de la réalité quotidienne des employés qui y travaillent…

Alors, vocabulaire de crise ou crise du vocabulaire ? L'expression bien connue, “ce qui se conçoit bien s'énonce clairement” (Boileau) est battue en brèche par la novlangue politique : au contraire, ce qui se conçoit bien doit être énoncé de la façon la plus obscure possible afin que le “message” puisse embrouiller la “cible” (les variables d'ajustement, c'est-à-dire vous et moi).

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