mardi 17 mars 2009

Tueurs “en gros”

Comme le suggère le marque-page reprenant une formule prêtée à Philippe Labro : “il faut lire en voyage, voyagez en lisant”, j'ai enchaîné la lecture de deux romans choisis rapidement avant de monter dans le TGV. L'un comme l'autre m'ont beaucoup plu.

Mort aux cons, au titre attirant, est le premier roman d'un auteur nommé Carl Aderhold tandis que le second est signé d'un vieux briscard du polar américain, Lawrence Block (né en 1938), et porte un titre plus classique : Le blues du tueur à gages.

L'un comme l'autre relatent sur un ton léger et badin les activités non pas de tueurs en série au sens habituel du terme, mais de tueurs “en gros” (en quantité s'entend). L'un des personnages est amateur tandis que l'autre est professionnel. L'un collectionne ce qu'il appelle “les cons”, l'autre collectionne les timbres – ainsi que les cibles humaines bien entendu. Dans les deux romans, les êtres humains ne sont pas les seuls visés : ces tueurs ne dédaignent pas de traiter les cas d'animaux, en particulier de race canine. La quantité de victimes est toujours importante, avec un second degré tout aussi réjouissant dans les deux textes. Enfin, le premier livre est écrit en français tandis que le second est traduit (avec talent d'ailleurs) par Frédéric Grellier (on se souligne jamais assez l'importance d'une bonne traduction, avec un style qui ne soit pas bourré d'anglicismes et quelques NdT qui nous éclairent sur les calembours et allusions au contexte).

On devra juste surmonter une description un peu longue de matches de base-ball au début du roman américain, une patience largement récompensée par la suite. Que deviendront ces deux personnages ? Impunité ou pas ? Telle est la question qui suscite un suspense soigneusement dosé dans les deux livres.


Quelques morceaux choisis juste pour vous ouvrir l'appétit :
Je venais de doubler un gros camion et me trouvais encore dans la file de gauche. […] Soudain, je vis arriver au loin dans mon rétroviseur une voiture tous phares allumés. […] Elle s'était collée juste derrière moi. Je distinguais le visage du conducteur, dont les traits étaient déformés par la colère. […] La cinquantaine guerrière […] il arborait une montre en or à son poignet qu'il agitait frénétiquement. […Il] me dépassa, non sans multiplier les gestes obscènes, et me fit une impressionnante queue de poisson. […plus tard, dans les toilettes d'un parking d'autoroute] Il était penché au-dessus du lavabo et se passait de l'eau sur le visage. Il avait posé ses clefs, ses papiers et son portable sur le rebord, à côté de lui. […] Il tomba de tout son long sans même avoir compris ce qui lui était arrivé. […] Je nettoyai le couteau, le lavabo et les quelques traces sur le sol. J'emportai ses affaires, jetai le tout dans une poubelle et me dirigeai vers ma voiture. Mon sang-froid m'étonnait moi-même. […] Analysons la situation. Je venais de mettre fin à une source potentielle d'accident. Plus que potentielle. Probable même. Une telle conduite risquait de déboucher à plus ou moins longue échéance sur une sortie de route, un carambolage, une collision même, entraînant au mieux des blessés, au pis un voire plusieurs morts…
Extraits de Mort aux cons, de Carl Aderhold, pages 78-80.

– Vous ne collectionnez pas les états allemands ?
Keller fit non de la tête.
– Le monde entier d'avant 1940. Jusqu'en 49 en fait. 52 pour l'Empire britannique.
– Pour couvrir tout le règne de Georges VI.
– C'est ça.
[…]
– Je verrais bien une mort naturelle, confia-t-il à Dot le lendemain. (Dot est la femme qui négocie les contrats de Keller).
– Pourquoi pas ? C'est une de vos spécialités, Keller. Vous êtes une des causes les plus naturelles que je connaisse.
[…]
– C'est chose faite, grâce à vous.
– Si on veut.
– J'ai une jolie somme à vous remettre. Horvath n'a pas traîné, ni Federal Express. Je vous dirais bien de vous offrir des timbres, mais c'est déjà fait. (Elle indiqua l'enveloppe.) Vous n'avez qu'à l'ajouter à votre épargne retraite.
Extraits de Le blues du tueur à gages, de Lawrence Block.

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