jeudi 19 mars 2009

Anefilqduq yroeqxodqre yvunq

Qui parle cette langue ? Voici le texte d'un spam reçu aujourd'hui, dont l'objet est : Anefilqduq yroeqxodqre yvunq et le corps du message le suivant :
Zuseiny of ebicenaohope by ykymopuhe wewurjqfo and iduxegytjr vqixocycu.
If Ovuvehi evqcabi sakibef me nieyrivevqly powiwqoli or afyikjm.
We Uayyl qazurihepotq have efyhjg to telqbaipjbju ohepu bqvqsjq.
To Waapykisuugj this jhicibj esqisjnegq do rueaj
Always Sjqfjdutoi rjpqx of dihqzybe
Signé par Mqxjcixy (attention aux postillons en cas de lecture à voix haute), ce spam risque de ne susciter que peu de réponses, même si quelques mots d'anglais le parsèment.

Appel aux virtuoses du déchiffrage militaire ! Et mille excuses à Google qui va devoir référencer quelques mots-clés à l'avenir peu assuré… comme en témoigne le résultat de requête ci-dessous :


Quoi qu'il en soit, je donne ma langue au chat et exprime ma plus complète perplexité ;-)

mercredi 18 mars 2009

Vocabulaire de crise

Avec la crise, le vocabulaire s'adapte
Après le classique et néanmoins jubilatoire “croissance négative”, quelques nouvelles expressions fleurissent sur fond de crise économique. Laurent Wauquiez, secrétaire d'État à l'emploi, recycle l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine avec la notion “positive” d'“activité partielle”. C'est tout de même préférable au “chômage” partiel. En un tour de main, voici le chômage transformé en “emploi négatif”.

Laurence Parisot, traumatisée par les quelque 100000 nouveaux chômeurs enregistrés en deux mois, supplie les syndicats et les Pouvoirs publics de “sécuriser” la question. Il faut “sécuriser”… les licenciements, brâme-t-elle de partout. À chacun ses priorités. Et la presse de déplorer que l'être humain soit devenu une variable d'ajustement, sans pour autant proposer qu'il soit au contraire la seule “constante” du processus.

À propos de la notation sociale des entreprises, refusée par la même Laurence Parisot, Gérard Larcher (président du Sénat) estimait dans une interview que : “Une entreprise vit des hommes et des femmes qui la composent. On ne peut ignorer cette dimension.” Il faut croire que si ! Il est certain qu'une notation sociale réserverait des surprises. On mesurerait le fossé qui sépare les messages publicitaires vantant la vertu de nombre de firmes de la réalité quotidienne des employés qui y travaillent…

Alors, vocabulaire de crise ou crise du vocabulaire ? L'expression bien connue, “ce qui se conçoit bien s'énonce clairement” (Boileau) est battue en brèche par la novlangue politique : au contraire, ce qui se conçoit bien doit être énoncé de la façon la plus obscure possible afin que le “message” puisse embrouiller la “cible” (les variables d'ajustement, c'est-à-dire vous et moi).

mardi 17 mars 2009

Tueurs “en gros”

Comme le suggère le marque-page reprenant une formule prêtée à Philippe Labro : “il faut lire en voyage, voyagez en lisant”, j'ai enchaîné la lecture de deux romans choisis rapidement avant de monter dans le TGV. L'un comme l'autre m'ont beaucoup plu.

Mort aux cons, au titre attirant, est le premier roman d'un auteur nommé Carl Aderhold tandis que le second est signé d'un vieux briscard du polar américain, Lawrence Block (né en 1938), et porte un titre plus classique : Le blues du tueur à gages.

L'un comme l'autre relatent sur un ton léger et badin les activités non pas de tueurs en série au sens habituel du terme, mais de tueurs “en gros” (en quantité s'entend). L'un des personnages est amateur tandis que l'autre est professionnel. L'un collectionne ce qu'il appelle “les cons”, l'autre collectionne les timbres – ainsi que les cibles humaines bien entendu. Dans les deux romans, les êtres humains ne sont pas les seuls visés : ces tueurs ne dédaignent pas de traiter les cas d'animaux, en particulier de race canine. La quantité de victimes est toujours importante, avec un second degré tout aussi réjouissant dans les deux textes. Enfin, le premier livre est écrit en français tandis que le second est traduit (avec talent d'ailleurs) par Frédéric Grellier (on se souligne jamais assez l'importance d'une bonne traduction, avec un style qui ne soit pas bourré d'anglicismes et quelques NdT qui nous éclairent sur les calembours et allusions au contexte).

On devra juste surmonter une description un peu longue de matches de base-ball au début du roman américain, une patience largement récompensée par la suite. Que deviendront ces deux personnages ? Impunité ou pas ? Telle est la question qui suscite un suspense soigneusement dosé dans les deux livres.


Quelques morceaux choisis juste pour vous ouvrir l'appétit :
Je venais de doubler un gros camion et me trouvais encore dans la file de gauche. […] Soudain, je vis arriver au loin dans mon rétroviseur une voiture tous phares allumés. […] Elle s'était collée juste derrière moi. Je distinguais le visage du conducteur, dont les traits étaient déformés par la colère. […] La cinquantaine guerrière […] il arborait une montre en or à son poignet qu'il agitait frénétiquement. […Il] me dépassa, non sans multiplier les gestes obscènes, et me fit une impressionnante queue de poisson. […plus tard, dans les toilettes d'un parking d'autoroute] Il était penché au-dessus du lavabo et se passait de l'eau sur le visage. Il avait posé ses clefs, ses papiers et son portable sur le rebord, à côté de lui. […] Il tomba de tout son long sans même avoir compris ce qui lui était arrivé. […] Je nettoyai le couteau, le lavabo et les quelques traces sur le sol. J'emportai ses affaires, jetai le tout dans une poubelle et me dirigeai vers ma voiture. Mon sang-froid m'étonnait moi-même. […] Analysons la situation. Je venais de mettre fin à une source potentielle d'accident. Plus que potentielle. Probable même. Une telle conduite risquait de déboucher à plus ou moins longue échéance sur une sortie de route, un carambolage, une collision même, entraînant au mieux des blessés, au pis un voire plusieurs morts…
Extraits de Mort aux cons, de Carl Aderhold, pages 78-80.

– Vous ne collectionnez pas les états allemands ?
Keller fit non de la tête.
– Le monde entier d'avant 1940. Jusqu'en 49 en fait. 52 pour l'Empire britannique.
– Pour couvrir tout le règne de Georges VI.
– C'est ça.
[…]
– Je verrais bien une mort naturelle, confia-t-il à Dot le lendemain. (Dot est la femme qui négocie les contrats de Keller).
– Pourquoi pas ? C'est une de vos spécialités, Keller. Vous êtes une des causes les plus naturelles que je connaisse.
[…]
– C'est chose faite, grâce à vous.
– Si on veut.
– J'ai une jolie somme à vous remettre. Horvath n'a pas traîné, ni Federal Express. Je vous dirais bien de vous offrir des timbres, mais c'est déjà fait. (Elle indiqua l'enveloppe.) Vous n'avez qu'à l'ajouter à votre épargne retraite.
Extraits de Le blues du tueur à gages, de Lawrence Block.

jeudi 12 mars 2009

Cadeau “gratuit” ?

Où l'on apprend que “cadeau gratuit” n'est pas un pléonasme
Nous avions déjà eu l'occasion d'examiner les formidables courriers-spams des 3 Suisses. Le tout dernier, reçu ces jours-ci, mérite d'être observé à la loupe tant sa duplicité montre la rouerie de la société de VPC.


Une lettre personnalisée de la responsable des relations clientèles, Claire Brunoy, nous annonce qu'un “colis à notre nom” est “encore en stock en [leurs] locaux”. En effet, un magnifique peignoir brodé est prêt à nous être expédié. Une “facture acquittée” est jointe à l'envoi pour que nous soyons pleinement rassurés quant à la gratuité du cadeau.


Mais nous sommes avertis (sans frais ?) que “la procédure voudrait que, faute de réclamation de votre part, ce cadeau soit attribué à une autre cliente”. Comment cela ? Pas question ! Vous dites-vous in petto. D'ailleurs, Claire s'en excuse par avance : “J'en serais désolée pour vous”.


Que faut-il faire pour recevoir le cadeau ? Très simple : “retourner dès aujourd'hui le bon de commande joint”. Pourquoi pas, après tout ? Il suffit de ne rien commander et vous recevrez le (magnifique) peignoir (de couleur chocolat ou mangue).


Pour nous encourager, Claire précise que, si l'on souhaitait “refuser le cadeau” (un cadeau ne se refuse pas) alors la procédure (facultative mais recommandée) consiste à “renvoyer la facture, barrée de deux traits rouges et revêtue de la mention refus définitif validée par votre signature.” Rien de moins, en affranchissant bien entendu l'enveloppe jointe – ce qui aura au moins le mérite de faire marcher la Poste. Rien qu'à la perspective de tout ce travail, les bras m'en tombent…


Comme Claire Brunoy conclut qu'elle “attend de [nos] nouvelles”, il serait dommage de la décevoir. Et comme c'est gratuit, pourquoi se priver ? Mais nous allons voir que, chez les 3 Suisses, l'expression “cadeau gratuit” n'est pas un pléonasme (c'est pourquoi elle est employée par Mme Brunoy, en un magnifique acte manqué).


En effet, en bas à droite du bon de commande (voir la flèche rouge dans l'illustration plus haut), une case est pré-remplie, en caractères gris clair, en face de la mention “participation forfaitaire aux frais de traitement”, pour la somme de 5,95 €. Au diable l'avarice ! D'ailleurs, n'est-il pas juste de rémunérer le temps passé par la chère Claire à écrire ce courrier et à imaginer cette “procédure” alambiquée ? Elle mérite bien ses quelque 6 euros, sans parler du prix de revient des luxueux peignoirs, qui doit atteindre des sommets.


Pour tenter de contourner la “procédure” changez votre fusil d'épaule : après tout, peut-être suffit-il de ne pas renvoyer le bon de commande et de se contenter de réclamer le cadeau, puisque cadeau il y a. Pour preuve le “bon d'expédition” joint, tamponné de labels “gratuit”.


Petits futés ! Au verso dudit bon se trouve une mention en minuscules caractères qui précise notamment que l'on peut effectivement réclamer le cadeau “sous enveloppe neutre”… mais en joignant un chèque de 5,95 €.


Cependant, vous serez puni de ne pas respecter la procédure, le délai de livraison du peignoir représentant 4 (quatre) mois. Il se peut que le livreur parte à pied de Croix (Nord) pour venir vous livrer un peignoir après avoir desservi l'Île-de-France.

Voilà une embrouille fichtrement tordue pour tenter d'obtenir des commandes ! Mais qu'importent les moyens. À ce niveau de sophistication, ce n'est plus de commerce dont il s'agit, mais bel et bien d'Art. Chapeau l'artiste !

jeudi 5 mars 2009

Jolie bambée !

Comment qualifier le très bel enchaînement réussi par Julien Herry et Max(ime) Belleville à la fin septembre dernier ? Une (très) longue et (très) jolie “bambée” semble une dénomination adaptée !

Les deux alpinistes ont en effet trouvé le moyen d'enchaîner en quatre jours trois des parois les plus hautes, difficiles et célèbres du massif du Mont-Blanc et ce bien qu'elles soient très éloignées les unes des autres. Pour chacune des trois montagnes, ils ont choisi des itinéraires toujours difficiles, voire en partie inédits. L'entreprise est élégante et fait beaucoup rêver le modeste pratiquant de la montagne qui signe ces lignes, d'où l'envie de l'évoquer dans ce blog – d'autant que Max a eu la gentillesse de me fournir quelques informations.


Ci-dessus: la face nord des Droites et l'itinéraire gravi (*)

Le 24 septembre, les deux compères ont “décollé” du refuge d'Argentière à 3h du matin et atteint la rimaye de la face nord des Droites vers 4h. Ils ont alors gravi la redoutable paroi en une dizaine d'heures, empruntant une combinaison des itinéraires parmi les plus difficiles. Ils ont ainsi surmonté l'important rempart de dalles redressées dans le tiers supérieur de la paroi en commençant par “Maria Callas Memorium” puis en utilisant des placages de glace conduisant en diagonale vers la sortie de la voie Colton (ceux qui ont la chance de disposer du très beau topo de François Damilano pourront imaginer le tracé page 124 entre les itinéraires 250 et 251).


Ci-dessus : la flèche pointe sur le “bastion” rocheux supérieur.

Arrivés au sommet à 14h, Max et Julien ont entamé une longue descente les conduisant six heures plus tard au refuge de Leschaux, où ils ont passé la nuit.

Le lendemain, ils sont partis vers 5h pour rejoindre la face nord des Grandes Jorasses, attaquant vers 7h30 dans le secteur des pointes Marguerite et Young. Ils avaient choisi de reprendre une voie peu parcourue, dont l'ouverture avait de surcroît été réalisée dans des circonstances particulières : le 22 juin 1994, Ivano Ghirardini et Slavko Sveticic avaient gravi 600 mètres de concert avant que le second ne décide (le lendemain) de prendre la tangente, tandis que le premier découvrait une goulotte cachée lui permettant de sortir au voisinage de la pointe Young (dernière pointe des Jorasses à droite). Ghirardini baptisa la voie “Rêve éphémère d'alpiniste”, la coulée de glace qu'il avait inaugurée ayant trouvé le moyen de fondre quelques heures après son ascension.


Ci-dessus : la voie “Rêve éphémère d'alpiniste” attaque à droite de la face Nord, rejoint un éperon et passe derrière pour suivre la goulotte “éphémère” (*).

Après avoir suivi – et vraisemblablement assorti de variantes – la voie précitée en sept heures, Julien et Max atteignaient la pointe Young et descendaient passer leur deuxième nuit au bivouac Canzio.


Le lendemain, ils effectuaient, selon les termes de Max, la “liaison” avec le refuge de la Fourche. Un euphémisme pour cette longue traversée d'arêtes passant par la Calotte, le Dôme et l'aiguille de Rochefort, le col du Géant et les pentes menant à la Fourche !

Le 27 septembre, quatrième jour pour un final d'ampleur : les deux alpinistes ont quitté le refuge-bivouac vers 3h30 pour atteindre le pied du Grand Pilier d'Angle vers 6h. Bien que figurant parmi les 4000 officiellement référencés, malgré sa hauteur exceptionnelle de mille mètres, ce Grand Pilier a attendu longtemps d'être intronisé comme une montagne à part entière à cause de ses prestigieux voisins et voisines : la Blanche de Peuterey et… sa majesté le mont Blanc en personne. Il faudra attendre la première ascension de cette paroi complexe par Bonatti et Zappelli en 1962 pour que justice soit rendue à celui que les topos ont siglé “GPA”. Depuis, une dizaine d'itinéraires y ont été tracés, dont l'entrelacs a de quoi décontenancer le plus expert des “topositeurs” (sauf Damilano, qui a plus d'une corde à son arc).


Ci-dessus, de gauche à droite (*) : la Blanche de Peuterey, le Grand Pilier d'Angle (4243 m), le mont Blanc de Courmayeur (4748 m) et le mont Blanc (tout court et à 4808 m).
Nos deux alpinistes ont combiné semble-t-il deux itinéraires, attaquant tout à gauche de la paroi par la voie des Belges pour sortir plus ou moins par la Cecchinel-Nominé, une combinaison certainement efficace et encore plus certainement difficile. Une fois parvenus à 4243 mètres d'altitude, en haut du pilier, il ne leur restait plus qu'à suivre l'arête jusqu'au sommet, soit encore un très long parcours, qu'ils ont atteint vers 17h30…

À consulter aussi : http://www.thebmc.co.uk/News.aspx?id=2885

(*) Photos aimablement fournies par Maxime Belleville

Post-scriptum du 4 mai 2009 : compléments d'informations à la page http://jeanluctafforeau.blogspot.com/2009/05/medley.html.

Zoomons ensemble

Le média Internet sait mimer à la perfection les médias “papier” comme en témoigne cette version électronique des formulaires d'insertion dans un pseudo-annuaire dont nous avions évoqué il y a bien longtemps la version postale “classique” (voir le 13 juin 2007).

Un spam vous propose très gentiment une insertion dans un annuaire “professionnel” :
Dear Ladies and Gentlemen, In order to have your company inserted in the registry of [annuaire] for 2009/2010 edition, please print, complete and submit the enclosed form (PDF file) to the following address: [adresse postale]
Le formulaire de souscription joint comporte les habituelles conditions composées en petites lettres capitales, les moins lisibles possible :


Si l'on zoome une première fois, une mention commence à apparaître :


Si l'on zoome cette fois au maximum, un montant monétaire se révèle comme par miracle :



995 euros seulement pour une annonce, voilà qui est une affaire !

Ce type de proposition laisse perplexe. Comment les flibustiers procèdent-ils ? Envoient-ils une facture avec le formulaire signé en annexe, espérant que la société l'ayant maladroitement signé payera sans protester ? Probablement…