lundi 2 février 2009

La « blague » du bac Economique et Social

À nouveau, le président de la République agite les milieux de l'enseignement après sa déclaration sur le bac économique et social (ES) dont il a déploré qu'il ne permette pas d'entrer dans les grandes écoles de commerce (ce qui était en grande partie vrai à son époque, qui est aussi la mienne…)

Titulaire d'un bac B (ancienne dénomination de l'actuel bac ES) tout comme le président de la République, qui l'a obtenu un an avant moi, je ne peux cependant que me féliciter d'avoir suivi cette filière.

En première B, en effet, j'avais bénéficié d'un enseignement très complet et varié sur tout ce qui touchait à la vie économique et sociale : apprentissage du vocabulaire de base de l'économie, étude de la politique budgétaire, découverte des Constitutions de la République ainsi que des grandes démocraties, initiation à la comptabilité, sans oublier quelques points de théorie économique comme l'équilibre en concurrence pure et parfaite (!)

En Terminale B, le même professeur centra son enseignement sur l'histoire économique des deux derniers siècles, ce qui était moins pertinent d'autant que les sujets de bac portaient essentiellement sur la période contemporaine (de l'époque). Pronostiquant la France comme sujet du bac 1974, il se trompa lourdement puisqu'il portait sur… la Chine !

Quoi qu'il en soit, je peux témoigner ici que c'est grâce à cet enseignement que je parvins à franchir le barrage de l'année préparatoire de Sciences-Po l'année suivant le bac. Les connaissances acquises deux ans plus tôt me permirent de traiter des sujets de théorie économique (que je détestais soit dit en passant) ainsi qu'en droit constitutionnel. Les cours de l'Institut ne brillaient pas toujours par leur pédagogie, surtout en théorie économique. Je fus donc sauvé par le bac ES, il faut le souligner.

Cahier d'économie
Pour agrémenter cet article, voici quelques extraits (authentiques) de mon cahier d'économie de Première (1972-73). Pour en consulter le contenu, cliquez sur l'image ce qui, rappelons-le, permet de zoomer…

« L'économie est fabriquée, dominée par les hommes pour être à leur service » dit l'introduction. Une vérité qu'il n'est pas inutile de rappeler à plus de trente-cinq ans de distance !
Moins sympathique est l'affirmation suivante : « Il faut rechercher le fondement psychologique des ouvriers d'un atelier pour augmenter la productivité. » Plus classique, mais encore d'actualité : « Moins un individu a de revenus, plus la consommation prend de place dans son revenu. »
Voilà qui est au cœur des polémiques sur le plan de relance…

La planification, "ardente obligation" selon De Gaulle, est abordée avec moult précautions idéologiques : « Le plan français porte le même nom que le type socialiste mais ces deux plans sont TOTALEMENT différents (conception, pensée, but) »

Plus bas : « But du plan français : connaître le marché et de l'équilibrer ».




Ah : la Constitution. Rédigée « en rupture totale avec les 2 précédentes » avais-je noté, tandis que le professeur reconnaissait « il faut se dire que la constitution de 1958 a été faite pour De Gaulle » et n'omettait pas de préciser que « le gouvernement est responsable devant l'assemblée, mais pas le P de R. »




Qu'est-ce que l'inflation ? Sa principale cause serait la hausse des salaires, qui dépasse celle de l'indice. On nous précise que le SMIC est fixé à 1500… francs, bien sûr, pas euros ! Cette feuille de notes avait été rédigée plus tard et laissée dans ce cahier d'économie, prouvant de façon amusante que je l'ouvrais encore en deuxième année de Sciences-Po (inflation de décembre 1975).




Terminons avec les redoutables courbes de la « concurrence parfaite » qui, je crois, feraient bien rire Jacques Généreux, professeur à Sciences-Po et auteur de Les vraies lois de l'économie qui remet à leur place ces théories pour le moins… fumeuses ! Une lecture salutaire.
Tout en haut de la page, le professeur précisait la différence entre la concurrence (pas de décision du prix par l'entreprise) et monopole (l'entreprise choisit librement son prix). Amusant. J'y repensais à propos des licences des logiciels Microsoft (un exemple au hasard).

Addendum dans le registre plaisanterie facile (mais il m'a fallu plusieurs jours pour la trouver !).
Voilà une blague qui a fait un ta-bac. Ha, ha !

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