mardi 27 janvier 2009

Le monde change


Le quotidien Le Monde change de maquette dans son numéro daté du mardi 27, paru lundi après-midi. Impatient d'en prendre connaissance, je l'ai acheté dans un kiosque place Bellecour à Lyon sans attendre de le recevoir dans ma boîte aux lettres le lendemain matin.


Il s'agit d'une évolution en douceur et non d'une rupture. Tant mieux ! Deux nouveautés frappent au premier coup d'œil. Un : l'abondance de traits épais, probablement pour guider le regard du lecteur. Deux : une nouvelle police de caractères, plus proche de ceux que l'on emploie sur les écrans des ordinateurs, c'est-à-dire sans empattements, ces petits piétements sur lesquels reposent les lettres de la famille du Times (dénomination venue du quotidien américain). On remarque aussi que les photos sont plus nombreuses et parfois en couleur.
Rien de révolutionnaire mais un bilan globalement positif, grâce au savoir-faire des typographes et metteurs en pages. On a cependant un peu l'impression que le quotidien du soir tente d'attirer ceux qui ont des difficultés à lire : les titres sont un peu plus gros, tout est souligné, encadré, illustré, une façon d'entériner le déclin du texte imprimé dans notre société des écrans.

eBook : une daube absolue
À propos d'écrans, je suis passé à la FNAC et suis tombé sur l'eBook de Sony, cet instrument censé fournir une alternative au livre imprimé, justement. Je l'ai manipulé durant un petit quart d'heure. C'est une daube absolue. L'objet est gris, plastiqueux, sinistre, relativement gros et tient mal en mains. Plus grave, les touches sont imprécises et le logiciel réagit avec retard. On a la sensation que l'appareil ne répond pas, ce qui entraîne des "doubles clics" involontaires et donne l'impression que la machine est lourde et empesée. Beaucoup trop de boutons sont placés sur les côtés, ce qui nuit à sa tenue car l'on risque d'appuyer par erreur sur l'une des touches. La partie inférieure est trop grande et, elle aussi, surchargée de boutons de maniement, accroissant inutilement la taille de l'objet.
Au moment où on tourne la page, c'est une sorte de flash qui vous explose au visage, un inconvénient insupportable. On ne visualise qu'une seule page à la fois, contrairement aux pages en vis-à-vis des livres. Impossible de feuilleter rapidement l'ouvrage, pour aller consulter une table des matières par exemple, un autre inconvénient dirimant. Quant à la typographie, elle reste peu nette, gâchant le plaisir de lecture (8 niveaux de gris seulement, une résolution beaucoup trop faible).


Comparez ci-dessus une image en millions de couleurs et, à droite, une image en 8 niveaux de gris (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Éloquent !

Aucune sensualité n'émane de cet appareil "dur", à l'opposé de la douceur et de la souplesse du livre en papier. Et cette horreur coûte 299 euros (on trouve des PC complets au même prix), tandis que le moindre fichier de livre est facturé entre 10 et 15 euros, une tarification absurde pour un simple fichier numérique, qui risque d'ailleurs d'inciter au piratage. Pas d'impression, pas de transport, une dématérialisation totale que les promoteurs du produit veulent facturer au prix fort ? Il faut vraiment être un geek de compétition pour acheter de tels produits…

J'ai déposé un avis résumant cet article sur le site de la FNAC le 27 janvier. On verra s'il est "modéré" ou s'il est mis en ligne (voir www4.fnac.com/Shelf/comments_list.aspx?PRID=2485413). En voici la copie d'écran au cas où il serait censuré (zoom en cliquant dessus) :



Une nouvelle façon de dévorer les livres, dit le slogan publicitaire. Attention ! Vous risquez de vous casser les dents ! Le produit n'a aucun intérêt. Pour ma part, je verrais plutôt une formule intégrée à un appareil du type de l'iPhone, avec éventuellement un écran un tout petit peu plus grand et une commande tactile très réactive. Les outils spécialisés sont condamnés d'avance, surtout à ce prix. Imaginez : vous allez vous balader avec un téléphone, un appareil photo numérique, un lecteur de MP3 et un eBook ? Prévoir un gros sac à dos ou un cartable épais et de solides épaules, d'autant que l'appareil pèse 260 grammes, à comparer aux 180 grammes d'un livre de poche de 500 pages.

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