mercredi 30 décembre 2009

30 milliards

Pendant que l'on s'agite sur des sujets secondaires, un chiffre autrement plus important devrait nous alerter. Il était mis en évidence dans l'édition de lundi du quotidien Libération, ainsi que dans toute la presse d'ailleurs.

Après un déficit record de 23,5 milliards d'euros en 2009, le budget de la Sécurité Sociale prévisionnel de 2010 bondit à plus de 30 milliards. Facile à mémoriser : nous sommes le 30 décembre !

Tableau d'équilibre
L'article 29 de la loi de financement (LFSS) ne manque pas d'humour involontaire en qualifiant le tableau reproduit ci-dessous de “tableau d'équilibre”.

Il est intéressant de relever les ordres de grandeur : le déficit, soit 30 milliards, représente un tout petit peu plus de 10% des recettes.

Évolution depuis 1999



Ce graphique a été établi à partir du document officiel : http://www.securite-sociale.fr/chiffres/chiffres_cles/2009_chiffres_cles.pdf. Il suffit pour comprendre qu'à force de “laisser filer” les déficits année après année, on aboutit à une situation idéale pour proclamer : “ça ne plus durer, on va prendre des mesures”, ce qui est prévu pour 2010. Quel genre de mesures ? Un ajustement des recettes ou… une baisse drastique des dépenses ? Nous vous le laissons deviner.
Pendant que l'on s'occupe de sujets anecdotiques, notre régime de Sécurité Sociale, qui avait “fêté” ses 60 ans il y a quelques années, est en train de mourir de sa belle mort.

Que faire ?
En toute rigueur, si l'on se place du côté des recettes, il faudrait les accroître d'environ 10% pour rééquilibrer le système. On pourrait en effet imaginer une sorte de mécanisme compensateur qui, l'année N+1, s'attacherait à refinancer le déficit de l'année N. En cas d'excédent, au contraire, les cotisations N+1 seraient réduites d'autant. Ce serait une CRDS compensatrice annualisée.

Le prix d'un abonnement de téléphone portable
Comme les cotisations sont, grosso modo, payées pour moitié par les ménages et pour moitié par les entreprises, voici des ordres de grandeur certes théoriques mais tout de même instructifs :
Il existe environ 36 millions de foyers fiscaux en France, dont 20 millions sont imposables. On pourrait donc en déduire les chiffres ci-après :
  • Déficit 2009 = 23,4 milliards
  • Part à financer par les ménages = 11,7 milliards
  • Soit par foyer fiscal imposable = 585 euros ou 48,75 euros par mois, que l'on me permettra d'arrondir à 50 euros. Le prix d'un abonnement de téléphone portable ! (si l'on demandait à tous les foyers fiscaux de payer, alors le montant mensuel moyen serait ramené à 27 euros).
Avec un barème progressif tenant compte des revenus de chacun, ces 50 euros pourraient s'étager de 10 à 100 euros par exemple. Bien sûr, les entreprises devraient contribuer à due concurrence pour que le déficit soit entièrement refinancé. Rien n'est simple, nous ne le contestons pas.

Mais cette fois, vous devez trouver que j'exagère dans l'autre sens…

Zéro pointé

Il ne suffit pas de s'agiter comme un cabri en scandant : “des réformes, des réformes”. Encore faudrait-il réaliser un travail législatif et réglementaire correct. Depuis deux ans, des réformes alambiquées, toujours compliquées, se succèdent sans interruption. Nombre d'entre elles produisent carrément les effets inverses de ceux recherchés – à moins que ce ne soit délibéré... Le Conseil constitutionnel est le dernier rempart face à ces cancres de la loi. Il vient de censurer la taxe carbone. Le communiqué du Conseil est éloquent :
Ces exemptions auraient conduit à ce que 93 % des émissions d’origine industrielle, hors carburant, soient exonérées de contribution carbone. Moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre aurait été soumise à la contribution carbone. Celle-ci aurait donc porté essentiellement sur les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l’une des sources d’émission de dioxyde de carbone. Pour les activités industrielles, ces exemptions n’étaient pas justifiées par le régime des quotas d’émission de gaz à effet de serre dans l’Union européenne, ces quotas étant attribués à titre gratuit jusqu’en 2013.
On ne peut être plus explicite ! Souvenez-vous du mot “gougnafier”. Il signifie “bon à rien, rustre, goujat” selon le Petit Robert et, plus largement, “qui accomplit un travail bâclé”. Il qualifie bien le travail du gouvernement : du travail de gougnafier. Il est donc normal que le Conseil constitutionnel retourne sa copie au gouvernement avec un zéro pointé souligné en rouge.

L'essentiel et l'accessoire
Plus largement, cette affaire de la taxe carbone montre que nous ne savons plus aller à l'essentiel, nous contentant trop souvent de l'accessoire, du symbolique, poussés par la communication médiatique à privilégier l'effet d'annonce au détriment du fond.

Sur la question écologique, les exemples sont légion. Les fameux vélos de ville en location le montrent avec éclat. Voilà que l'on présente une innovation certes sympathique comme une fantastique action écologique alors que l'effet concret est microscopique et que le coût en est pharamineux. Il suffit de réfléchir deux minutes pour comprendre que les substitutions voiture vers vélo sont négligeables, l'essentiel des usagers des vélos étant déjà des usagers des transports en commun comme le métro.

À l'inverse, alors que les forêts permettent d'atténuer fortement les émissions de gaz à effets de serre, aucune mesure d'ampleur n'est prise dans ce domaine. La taxe carbone était du même tonneau : 93% des émissions exonérées ! Sans compter que les 7% restants sont “pollués” par de multiples exonérations et remboursements. Un coup d'épée dans l'eau, certes présentable au Journal de 20 heures, l'archétype de la non-réflexion, mais en réalité inutile et vain.

lundi 28 décembre 2009

Craquement de chaussure

Connaissez-vous l'ingénieur du son Geoff Emerick ? Si vous vous intéressez aux Beatles, son nom ne vous est peut-être pas étranger. Le destin de cet homme est en effet marqué par les quatres “lads” de Liverpool.


Né en 1946, il entre aux studios EMI, sis à Abbey Road, dès 1962, âgé d'à peine 16 ans, et assiste à la toute première session d'enregistrement du groupe, la chanson Love Me Do. En 1966, le producteur George Martin le propulse ingénieur du son attitré des Beatles et il se distingue d'entrée en répondant aux demandes complexes de John Lennon pour un morceau resté emblématique : Tomorrow Never Knows. Geoff Emerick sera ensuite l'artisan de l'enregistrement de Sgt Pepper et de Magical Mystery Tour, rien de moins ! Durant les sessions du Double Blanc, il donnera sa démission, excédé par l'ambiance exécrable qui régnait alors dans le studio. Mais les Beatles le rappelleront afin qu'il enregistre avec eux le disque qui deviendra Abbey Road.

Geoff Emerick raconte tout cela – et bien d'autres choses encore – dans un superbe livre paru aux éditions Le mot et le reste, En studio avec les Beatles, traduit par Philippe Paringaux. Le récit est vif, direct et franc. On y apprend une foule de choses sur la genèse de l'œuvre des quatre garçons dans le vent, un vent créatif, parfois bon et parfois mauvais, mais toujours exceptionnel. Le livre dépasse les habituels clichés trop souvent accumulés à propos des Beatles et nous permet de mieux comprendre le processus créatif du groupe en studio ainsi que la part respective de chacun dans les très nombreux morceaux enregistrés de 1966 à 1969.

Parmi les anecdotes amusantes qui parsèment le livre figure celle-là. L'enregistrement de A Day In The Life constitua le sommet de l'album Sgt Pepper. Entre autres fantaisies, les Beatles avaient suggéré que le morceau s'achève par un accord plaqué sur des claviers, le plus long et le plus “conclusif” possible.

Tous les instruments disponibles dans les studios d'Abbey Road furent réquisitionnés : deux Steinway à queue, un autre Steinway, droit cette fois, légèrement désaccordé pour sonner “bastringue”, une épinette, un piano électrique Wurlitzer et un harmonium. George Harrison étant ce soir-là absent, ce furent John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, Mal Evans et George Martin qui plaquèrent le fameux accord, en plusieurs enregistrements successifs. Le plus difficile fut bien sûr de le plaquer avec un ensemble parfait, tandis que George Martin devait faire le moins de bruit possible en actionnant le soufflet de l'harmonium au pédalier. Durant chaque enregistrement, Geoff Emerick augmentait la sensibilité des micros au fur et à mesure que le son déclinait, afin d'allonger la tenue de l'accord. Aussi le moindre bruit parasite pouvait-il se faire entendre tandis que les protagonistes restaient immobiles, retenant presque leur souffle. Et c'est là que Ringo changea légèrement de position, faisant craquer sa chaussure. Geoff Emerick nous assure que l'on entend ce (très) léger bruit parasite et c'est vrai.
Sur l'album récemment publié en version remasterisée, le craquement est audible sur le canal droit au timecode 4:50. Munissez-vous d'un casque ou augmentez le volume sonore pour l'entendre !

Geoff Emerick a mené par la suite une carrière remarquable d'ingénieur du son, travaillant régulièrement avec Paul McCartney, en particulier sur les sessions épiques de Band On The Run à Lagos (Nigeria), jusqu'au mixage du tout dernier album “live” de McCartney, Good Evening New-York City, ce qui fait qu'à seulement 63 ans, Emerick a connu toute l'histoire des Beatles, des origines à nos jours. Prodigieux !

mercredi 16 décembre 2009

Alain Robert a encore frappé


Alain ROBERT escalade la tour Ariane
par olemaitre
Ce grimpeur n'a froid aux yeux (ni aux oreilles d'ailleurs).

Fantastique coquille !

Relire un texte et tenter de repérer toutes les coquilles sans exception s'apparente à une mission impossible.

Mission impossible ? est d'ailleurs le titre du dernier livre de Pierre Moscovici, dont le blogueur vient de commencer la lecture. Est-ce un entraînement acquis progressivement en relisant les épreuves des livres des éditions AO ?
Toujours est-il qu'une fantastique coquille a été identifiée page 27 du livre.
Voici le contexte. Moscovici cite Alain Minc, pour qui : “L'élection, c'est l'Alternance avec une majuscule, la réélection c'est la France de Marc Bloch.

Le conseiller fait allusion aux réélections en apparence consensuelles de François Mitterrand (la “France unie” de 1988) ou de Jacques Chirac (ses 82% de 2002). Moscovici nous explique alors dans une note de bas de page que Minc se réfère à la phrase de Marc Bloch, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps d'ailleurs :
Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.
Or, si on lit avec attention le texte imprimé, voici ce que l'on constate :


N'hésitez pas à zoomer, vous n'en croirez pas vos yeux. Nous proposons ci-dessous un agrandissement pour celles et ceux qui n'y seraient pas parvenus.


Eh oui ! Magnifique lapsus, formidable acte manqué, fantastique coquille ! Pierre Moscovici a dû, tout comme nombre d'entre nous, vibrer au souvenir du score [du congrès] de Reims, qui avait vu les motions E, A et D atteindre des scores très proches (respectivement 29%, 25% et 24%). Ce congrès avait été suivi d'un score encore plus “vibrant”, celui des deux rivales Martine et Ségolène, arrivées quasiment à égalité après le vote surréaliste du 20 novembre : 67451 voix pour Martine Aubry, 67349 voix pour Ségolène Royal…

Sacré score,  pourrait-on dire en effet !

Mission impossible, saison 2
À propos de mission impossible, soyons persuadés que Ségolène a reçu les instructions suivantes sur magnétophone :
Bonjour Mme Royal. Cette femme (photo de Martine Aubry dans une enveloppe) tente de remettre le PS en ordre de marche. Votre mission, si toutefois vous acceptez de l'entreprendre, consiste à empêcher le rétablissement du Parti socialiste et à assurer la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Cette bande s'auto-détruira dans les cinq secondes. Bonne chance, Ségolène.
La bande ne s'étant pas auto-détruite en raison d'un bug informatique, nous sommes en mesure de vous la faire écouter.



Exagérerions-nous ? Avouez qu'il y a de ça !

jeudi 10 décembre 2009

Une foi(s) n'est pas coutume

Une “tribune” du président de la République a été publiée en première page du Monde daté du 9 décembre, anniversaire de la loi de séparation Église(s)-État, rappelons-le.

La faute de français (au sens de “langue française”) commise par l'auteur est à trouver dans la conjugaison. Quand le président de la République écrit “respecter ceux qui arrivent / ceux qui accueillent”, il commet l'erreur d'employer le présent. Mieux aurait valu écrire “ceux qui sont arrivés” quitte à préciser “pas toujours légalement, parfois contraints”, et écrire “ceux qui ont accueilli” en précisant “le plus souvent très mal”. Ainsi les choses seraient plus claires. La confusion entre le passé et le présent est trop fréquente dans notre société qui néglige l'enseignement de l'Histoire, du Temps qui a passé, qui passe et passera, qui n'est pas qu'une instantanéité du présent.

Sinon, une fois n'est pas coutume, reconnaissons que le dernier paragraphe de la tribune ne peut que recueillir l'assentiment du blogueur, pourtant volontiers irascible à l'endroit dudit président :
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation et, conscient de la chance qu'il a de vivre sur une terre de liberté, doit pratiquer son culte avec l'humble discrétion qui témoigne non de la tiédeur de ses convictions mais du respect fraternel qu'il éprouve vis-à-vis de celui qui ne pense pas comme lui, avec lequel il veut vivre.
Il reste à espérer (1) que le président pense ce qu'il écrit (2) qu'il a écrit ce texte lui-même, ce qui n'est pas sûr, et en tire des conclusions cohérentes et non contradictoires comme il en a la détestable habitude.

mercredi 9 décembre 2009

Portables en classe

Des élèves d'une classe de terminale ont pétitionné pour obtenir le “droit” d'utiliser leurs téléphones portables pendant les cours. Rien que de plus légitime. Il est normal de pouvoir téléphoner, répondre aux appels et envoyer ou recevoir des SMS pendant qu'un professeur fait la classe. Ce droit devrait même être inscrit dans la Constitution. Les adultes montrent l'exemple, heureusement, en n'hésitant pas à interrompre leur vie quotidienne pour, justement, répondre aux sollicitations de leurs téléphones mobiles, qui ont priorité sur tout le reste. Leurs enfants ont bien compris la leçon, et veulent l'appliquer à l'école. Quoi de plus logique ?

Woerth le justicier

Le grotesque le dispute à l'obscène. Lors du débat sur la fiscalisation des indemnités d'accidents du travail, au Sénat, voici comment Éric Woerth a argumenté (sic, confer article du Monde) :
Le trader qui au volant de sa Porsche se casse un doigt de pied parce qu'il a un accident de trajet sera arrêté pendant trois semaines et ne va pas payer d'impôt sur le revenu…
a-t-il observé, au cas où sa loi ne serait pas votée. Le Chevalier de la Justice Fiscale part à l'assaut des citadelles des traders. Ce n'était pas la peine de gravir l'aiguille de la République cet été, monsieur le ministre, pour fouler aux pieds les valeurs de notre République une fois de retour dans la vallée…

Dans Marianne, cependant, Edwy Plenel publie une tribune intitulée “l'amendement ignoble”. Voilà qui tranche avec l'entrefilet discret dans la presse gratuite reproduit ci-contre. Il s'indigne avec raison :
On ne pouvait imaginer symbole plus explicite d'une politique de violence sociale […] [L'amendement] exprime, comme un lapsus bavard, le cauchemar d'un capitalisme sans freins, mangeur d'hommes et de richesses, saccageant l'humanité et la nature.

Dans le tourbillon médiatique, ces quelques mots disparaîtront à la faveur de l'information suivante. On efface tout et on continue…

vendredi 4 décembre 2009

On s'en fout du foute-balle


Mais si vous saviez combien on s'en fiche, on s'en fout, on s'en tamponne le coquillard, comme disait mon grand-père y'a longtemps – on s'en “fout-bôle” de vos tirage au sort… Pas besoin d'une dernière minute  pour savoir que les fouteux vont se foutre sur la gueule en en venant aux “mains”.

mercredi 2 décembre 2009

Où sont les spams ?



Dans la rubrique “le meilleur du spam”, voici une vidéo qui n'est pas un spam, mais une nouvelle prestation de l'inénarrable JC Frog. Allez-y voir d'urgence. Le "Lundi au soleil" final est d'anthologie.

Voici le lien : http://jeromechoain.wordpress.com/2009/11/29/ou-sont-les-spams/

Bon spectacle !

mardi 24 novembre 2009

Madame Sarkozy

Madame Sarkozy vient de déclarer aux médias que “globalement” elle était ”totalement contre toute censure”. Nous voilà rassurés en dépit de l'adverbe ”globalement” qui rappelle un peu trop le “bilan globalement positif” des Démocraties populaires, dixit Marchais.

C'est l'excellent Daniel Schneidermann (Libé d'hier) qui évoque une autre Madame Sarkozy, ce en quoi je suis assez d'accord avec lui (au point de l'avoir évoqué dans ce blog le 6 mars 2008). Qui imite Sarkozy en adoptant le “parler cash” ? Qui cède au people, “ouvrant à Match les portes de sa chambre d'hôtel, jetant bas les garde-fous entre vie publique et vie privée, s'autorisant des pétages de plomb esthétiques, accordant une confiance absolue à ses intuitions et ses aspirations, volant d'une transgression à l'autre” ?
Non, il ne s'agit pas de Carla, mais de Ségo. Schneidermann pronostique non pas un cas de “psychiatrie lourde” (Peillon, pas fair-play) mais que Ségo “mime depuis longtemps, consciemment ou non, le comportement sarkozyste”.

samedi 21 novembre 2009

Tricheur !


Les hasards de l'actualité sont riches en symboles. Ainsi cette équipe de France qui se qualifie au moyen d'une “main” tricheuse… Mais ce ne sont que babioles en comparaison des tricheries de notre directeur-général.
  • Il triche en ne respectant pas la règle des règles, la Loi suprême : la Constitution. Inutile de s'appesantir, le gouvernement fantôme (son cabinet), le choix des lois à voter, l'influence sur la Justice, j'en passe et des meilleures.
  • Il triche en prétendant être l'arbitre de nos institutions alors qu'en réalité il joue lui-même les matchs, non sans avoir neutralisé au préalable les autres joueurs.
  • Il triche en prétendant recruter des ministres d'ouverture alors que ce ne sont que des traîtres ambitieux qui abandonnent leurs convictions une fois nommés.
  • Il triche en tentant de pistonner son fiston à un poste pour lequel il n'était pas qualifié.
  • Il triche en disant le contraire de ce qu'il fait dans les médias, inversant la formule de Lionel Jospin : “je ne dis pas ce que je vais faire et je ne fais pas ce que je dis”.
  • Il triche en s'appropriant des symboles de notre Histoire à bon compte.
  • Il triche en prétendant renoncer à des hypocrisies (la nomination des présidents des chaînes de TV) alors qu'au contraire il institutionnalise des pratiques honteuses.
Et il lui sera aisé de se qualifier pour la Coupe de France des directeurs-généraux, en 2012. Exactement comme les Bleus. En France, nous n'avons même plus d'arbitre – ah si, quand même : les électeurs. Espérons qu'ils seront assez lucide pour repérer ces “fautes” et, surtout, siffler la fin de l'odieuse partie commencée en 2007…

J'arrête là : on va dire que j'exagère !

Allez, pour vous remettre, écoutez donc Charlotte Gainsbourg, en  particulier sa version de Just Like A Woman. Elle au moins, elle ne triche pas !


Find more music like this on Charlotte Gainsbourg

vendredi 20 novembre 2009

La colère des imbéciles

La chronique de Jean-Claude Guillebaud est la seule page du Nouvel Obs Télé Ciné que je lise régulièrement car elle nous aide à réfléchir – une activité indispensable. Dans le dernier numéro, Guillebaud parle du Web et des commentaires parfois sans nuances qu'il compile. J'ai pensé à mes coups de gueules, forcément exagérés par définition, même s'il y a de ça. Le titre est sans ambigüité : La colère des imbéciles. Guillebaud ne diabolise pas Internet, il s'interroge seulement sur les risques d'aplatissement des statuts et des paroles, conduisant à mettre sur le même plan analyses lucides et diatribes haineuses, en raison notamment de la spontanéité permise par le Web 2.0 (collaboratif).

De quoi réfléchir à ma rubrique “humeurs” !

En essayant de trouver une version web de la chronique précitée sur le site du Nouvel Obs, j'ai appris que la régie publicitaire de la RATP venait d'interdire l'affiche reproduite ci-contre. S'agit-il de la colère des imbéciles ou de la conjuration des imbéciles ? Je vous laisse juge, ne voulant pas céder à ma colère… imbécile !

Enfants prodiges ?

Le blog de JCFrog, que je consulte régulièrement pour l'intérêt de ses découvertes, a récemment présenté une vidéo d'une sorte d'enfant prodige, Tommy Laban, capable à 11-12 ans d'interpréter Roxanne du groupe Police non seulement en chantant mais aussi en jouant de tous les instruments, à la manière d'un Paul McCartney : guitare, basse et batterie.

La vidéo force l'admiration, visionnez-là, c'est touchant et impressionnant à la fois.

Certains commentateurs du blog émettent des doutes, nous aidant à réfléchir en se posant la question suivante : s'agit-il d'un gamin qui aime vraiment la musique de Police… ou bien s'est-il laissé manipuler par ses parents, trop fiers de se tailler un franc succès sur le Web grâce à leur rejeton ? On pense au cas emblématique du petit Jordy, ou encore de ce groupe vocal de gamins des années 70, les Poppys. Dans les deux cas d'ailleurs, les droits de ces jeunes artistes ont été confisqués par des adultes profitant de leur jeunesse, et des procès en ont résulté. À des âges aussi précoces, il est vrai, la distinction entre “faire plaisir aux parents” et “faire ce qu' l'on aime au fond de soi” ne va pas toujours… de soi !

[Je n'ai pas réussi à en savoir plus sur ce Tommy Laban. Si vous avez des infos, n'hésitez pas à les transmettre par un commentaire.]

Identité et appartenances

Dans son numéro d'hier, Libération avait convié une soixantaine de philosophes à évoquer la question de l'identité nationale. Parmi eux, Michel Serres s'est attaché aux mots et à leur sens, d'une façon qui m'a parue instructive. Il distingue en effet d'un côté l'identité et de l'autre les appartenances (au pluriel).

Lorsqu'il affirme que “confondre l'identité et l'appartenance est une faute de logique”, il s'appuie sur le sens quasi mathématique des mots. L'identité nous définit tout entier et de façon exclusive. L'une des acceptions d'identité est “égalité”, non au sens républicain du terme, mais au sens de “est égal à”. Si l'on ne se définit que par l'identité, on s'enferme dans une définition unique alors que nous sommes par essence “multiples”. L'identité concerne le “je” (moi) tandis que “les” appartenances sont plurielles. La théorie des ensembles illustre parfaitement cela : il y a par exemple l'ensemble des Français, l'ensemble des chrétiens, l'ensemble des bretons, l'ensemble des fumeurs, celui des non-fumeurs, etc.

Les maths utilisent d'ailleurs un symbole différent pour désigner l'appartenance : soit x appartient à l'ensemble A (ci-dessus à gauche), qui n'a rien à voir avec x = A.

Si l'on confond l'identité et une appartenance, on s'enferme dans une définition réductrice et la folie nous guette. Si l'on n'est que français, on devient vite nationaliste et agressif (les guerres l'ont démontré). Si l'on n'est que breton, on devient régionaliste avec les excès que l'on connaît. Si l'on n'est que supporter du PSG, on devient rapidement un crétin avec ses banderoles insultantes. Si l'on n'est que chrétien, on voudra interdire à tout le monde l'avortement, la contraception et inscrire dans la loi l'obligation d'assister à la messe le dimanche…

C'est ce que Éric Dupin appelait dans un ouvrage “l'hystérie identitaire”. C'est aussi ce que relevait Alain-Gérard Slama dans son livre La Société d'indifférence (évoqué dans un article de ce blog du 13 avril dernier) :
La notion d’identité est totalitaire : elle enferme le sujet dans une appartenance, une religion, une différence qui le totalisent, qui prétendent le définir tout entier et dont il doit à tout instant répondre.
“Réduire quelqu'un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution” estime Michel Serres. Je dirais même plus : cela le condamne non seulement à être persécuté mais à persécuter les autres qui, par définition, ne sont pas de son identité et enfin à se persécuter lui-même en se rendant en quelque sorte imperméable à d'autres appartenances, enfermé dans sa solitude. Éric Dupin, à propos de son livre précité, le résume bien :
Or l’individu seul face à lui-même, lié aux autres seulement par l’argent et le marché, se trouve sérieusement en manque. La quête identitaire, plus ou moins artificielle, vise précisément à combler cette solitude. Pour retrouver une certaine harmonie, il vaudrait mieux que l’individu se réinvestisse plus dans la société – comme citoyen par exemple – ce qui lui permettrait de relativiser ses appartenances identitaires.
L'hystérie identitaire résulte en effet de la quasi-schizophrénie que constitue la confusion appartenance/identité : on peut devenir fou si l'on doit être à la fois défini tout entier par plusieurs appartenances… identitaires. Eh oui : l'être humain est multiple, c'est ce qui fait sa richesse. Ne nous laissons donc jamais définir par une seule identité, fût-elle nationale.

mercredi 18 novembre 2009

En quête d'orange

Orange m'a envoyé ce message (non, ce n'est pas un psychanalyste qui est représenté à droite) :


Dommage ! Mais l'annonce était exacte : cela ne m'a pas pris beaucoup de temps. Moins de 30 secondes, promesse tenue.

Information intéressante : le technicien, très compétent, que j'ai eu au bout du fil pour ce dépannage, m'a précisé à mots couverts que de telles enquêtes servaient à les noter en fonction des réponses des clients. On déplorera, une fois encore, que des entreprises telles qu'Orange ne soient même pas fichues d'assumer leurs défaillances, les reportant sur les êtres humains, comme si la faute devait leur être imputée personnellement – et non à l'entreprise dans sa globalité, qui est, en réalité, responsable de leur éventuelle mauvaise formation. On comprend encore mieux le désarroi des salariés : nombre d'entre eux sont envoyés au casse-pipe… puis morigénés pour leurs difficultés.

S'il fallait avoir un exemple concret de la nouvelle organisation du travail déplorée ici ou là, en voici un. Isoler les salariés dans leur culpabilité et dans la peur d'être sanctionnés, voilà des méthodes hautement répréhensibles.

mardi 17 novembre 2009

Big Brother est ton ami

Quand on évoque l'éventualité d'une dictature écologiste, votre interlocuteur trouve que vous “exagérez”. Comme la vocation de ce blog est, entre autres choses, d'exagérer (à bon escient s'entend), voici un exemple tout frais.

Aux Pays-Bas, un projet, baptisé avec un bon goût admirable, “Big Brother” (ci-contre, G. Orwell) prévoit de pister au GPS tous les automobilistes afin de les taxer au kilomètre parcouru. Le porte-parole du gouvernement promet que la facture ne détaillera pas les itinéraires, se contentant des kilomètres. La facture, certes, mais quid des ordinateurs qui auront enregistré les données ?

L'article du Monde indique que “seuls les populistes et les ultra-libéraux osent se montrer critiques”. Eh ben merde, alors ! Moi qui me croyais ni l'un ni l'autre, voilà qu'on me “classifie” à mon insu. Cette affaire est l'illustration exemplaire de la dérive écologiste. Car si vraiment il ne s'agissait que de taxer au kilomètre, il suffirait de placer des compteurs plombés (ou équivalents) dans les voitures et de les relever chaque année.

Mais non. On préfère installer une surveillance des déplacements. Il me semblait que la liberté d'aller et venir figurait parmi les libertés fondamentales. Trop simple, peut-être, pour être désormais garantie. À quand une taxation des litres d'air inspirés, ou, mieux, des caméras de vidéo-surveillance dans les chiottes pour vérifier qu'on ne consomme ni trop de papier-cul, ni trop d'eau de chasse (d'eau) ?

J'exagère ? Eh oui, encore une fois. Mais il y a de ça, non ? Imaginez les tentations des gouvernements autoritaires, comme celui de notre directeur-général, face à une telle base de données. Les exceptions pleuvraient pour autoriser la lecture des lieux fréquentés par les automobilistes, évidemment !

dimanche 15 novembre 2009

Royal caprice

C'est l'histoire d'un pauvre gars, Vincent, qui avait eu l'idée – folle ! – d'organiser un rassemblement de copains pour discuter politique et essayer de diffuser des idées. Seulement, il avait oublié d'inviter sa cousine, la grande pimbêche. Et la voilà qui rapplique tandis que les projecteurs se braquent sur elle. Très en colère, elle tape du pied, pousse une gueulante, se dit “chez elle quand même” et, pointant un doigt grondeur sur le petit Vincent, le prévient charitablement : “Que ça ne se reproduise pas, vilain !”

Le petit Vincent ne comprend pas ce qui se passe, se rappelant qu'elle n'avait pas voulu venir à un rassemblement à Marseille, quelques mois plus tôt, auquel elle avait pourtant été invitée.

Voilà comment une tentative de dialogue entre des rouges (décrépis), des roses (pâles), des verts (pomme) et des oranges (pas mûrs) se termine en scène de Guignol. Au moins n'aura-t-on pas évoqué le fond. Une réussite !

Addendum du 17 novembre
Remarque pertinente de Peillon (Libé) :
C'est tout le problème de ce qu'est le ségolénisme en France. Le vrai débat public […] est effacé par quelque chose qui est de l'ordre de la pipolisation.
Pipolisation, médias, ça ne vous rappelle pas un certain Nicolas ?

Addendum du 18 novembre
Ségolène Royal “licencie” Vincent Peillon. La fatalité de la personnalisation de notre vie politique tout entière axée sur l'élection du directeur-général de la République, est à l'œuvre. Une sorte de fascination pour le désastre, tel le vertige qui attire ses proies dans la chute, s'est emparée de la royale ségo. Une fois qu'elle aura licencié tous ses partisans, l'intégralité du PS, que sais-je encore, elle sera seule, drapée dans sa fierté victimaire. Et alors ?

Pour ma part, je ne souhaite qu'une chose : qu'elle ne soit pas réélue à la tête de “sa” région et qu'on en soit débarrassés, enfin, et qu'une chance soit offerte à un candidat de gauche de qualité pour 2012. Mais là, je rêve !

vendredi 13 novembre 2009

Une France monstrueuse ?


Extrait de Libération de ce vendredi 13
Plusieurs centaines de “niches” encombrent notre système fiscal. En supprimer est un objectif salutaire. Or à laquelle s'attaque-t-on en priorité ? À celle dont bénéficient les victimes d'accidents du travail. Pour un sarkozysme qui se veut protecteur des victimes et défenseur des valeurs du travail, voilà un “signal symbolique fort” adressé au pays.


Eric Woerth qualifie cette initiative de “juste et courageuse”. Il en faut, en effet, du courage pour s'attaquer aux plus faibles, aux accidentés de la vie…
  • surtout en plein débat sur le stress au travail et le harcèlement moral,
  • surtout après la vague de suicides à France-Télécom,
  • surtout au moment où s'engage un débat sur les valeurs qui fondent notre identité nationale,
  • surtout, ajouterons-nous, en pleine “journée de la gentillesse”.
N'y a-t-il pas quelque chose de monstrueux dans cet implacable cynisme, ainsi que le relevait Marie NDiaye ?

Cette fois, ce n'est pas l'auteur de ces lignes qui exagère. Car s'il existe un devoir de réserve, il en existe un autre, encore plus impérieux : le devoir d'indignation – exerçons-le sans relâche.

Éléments complémentaires
Extrait de la définition du mot “Monstre” dans le dictionnaire Le Robert : “Personne effrayante par son caractère, son comportement, spécialement sa méchanceté”.

L'équité consisterait-elle à additionner les injustices ? C'est probablement la différence entre l'équité et l'égalité.
La mesure de l'UMP est censée rapporter 150 millions d'euros. La défiscalisation des heures supplémentaires en coûte 4 milliards. Les études réalisées par la Sécurité sociale démontrent que la multiplication des heures supplémentaires engendre une augmentation des accidents du travail.
Patrick Roger dans Le Monde

Ajout du 14 novembre : consultation du site du Monde


Ah, le choc des publicités ! Les commentaires outrés ajoutés par les internautes méritent une lecture (lien vers l'article). NB : et une coquille sur le mot “accidentes” sans “é”.

Celui de Gipsy2, par exemple : “C'est sûr que les victimes d'AT sont des privilégiés. Pour mon cas 1 mois et demi de coma, paralysée pendant des mois, rééducation 6 jours sur 7 que je dois continuer moins souvent mais sans arrêter, traitement obligatoire et à vie que j'aurais aimé arrêter, mais que je ne peux pas, radios, examens selon mon état. En ce moment je n'ai rien d'autre que le traitement et je ne suis pas remboursée intégralement : TOUS LES JOURS JE PAIE POUR AVOIR ETE VICTIME.”

Ou le commentaire d'Yvette M. : “Quelle ignominie! De la part d'un gouvernement qui vote un bouclier fiscal pour les nantis et taxe les victimes d'accidents du travail. Si on taxait l'injustice les caisses de l'UMP seraient vides. Ont-ils rayé "égalité" et "fraternité" de la devise de la République? Regardez-vous bien dans une glace mesdames et messieurs les députés qui avez voté cette loi "monstrueuse"”

Et enfin celui de Jean : “L'UMP a choisi la journée mondiale de la gentillesse et, qui plus est, un vendredi 13 qui, comme chacun sait, porte chance, pour faire ce cadeau fiscal aux accidentés du travail ! La droite décomplexée et fière d'elle même depuis le Fouquets !”

Je suis cependant d'accord avec la remarque de Bigstop : “Il serait temps de supprimer toutes les exceptions et toutes les niches qui compliquent notre droit fiscal et mettent à mal le principe d’égalité devant l’impôt. Pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Il faut tout remettre à plat. Tout le monde doit être imposé suivant les mêmes règles. Si la fiscalité doit baisser, elle doit baisser pour tout le monde dans les mêmes proportions et vice-versa. Je suis convaincu que nous gagnerions en efficacité avec un système plus lisible.”

Mais, bien entendu, il faudrait une réforme globale, seule susceptible de rétablir l'égalité.

jeudi 12 novembre 2009

On n'arrête pas Le Progrès (de Lyon)

Ah, les coquilles, bugs et autres erreurs informatiques… Elles produisent d'amusants carambolages comme celui-ci, à la Une du Progrès de Lyon daté du 11 novembre.


Bigre ! Qu'allait donc faire le “couple de l'exécutif” le 16 novembre à Berlin ? Qu'ont-ils adopté de jour-là ? Une nouvelle loi ?

mercredi 11 novembre 2009

Pourquoi ?

Tous les enfants sont passés par là, vous et moi y compris, je veux parler de la période des “Pourquoi ?”
Aujourd'hui, grâce à l'innocence (?) des algorithmes de Google, il est possible de savoir sur quoi s'interrogent le plus fréquemment les internautes.

Vertige métaphysique ! Il semble donc que les internautes francophones se demandent en priorité pourquoi les musulmans ne mangent pas de porc, puis les raisons de la salinité de la mer et de la couleur bleue du ciel, ce qui est plus romantique.

Côté réponses, c'est sur “Pourquoi vivre” que le World Wide Web est le plus disert, avec un score de près de 12 millions, suivi de “Pourquoi pas”, une sorte de réponse à la question précédente qui ne manque pas d'humour !
En dernière ligne, avec tout de même plus de 6 millions de réponses, une question d'actualité : “Pourquoi travailler ?” J'ai la réponse, car je vis en France, la patrie dont Nicolas Sarkozy est le directeur-général et qui s'interroge sur son identité nationale : pour gagner plus, bien sûr !

Nos amis anglophones sont plus terre à terre si je puis dire. Voici ce que donne la requête “Why” sur le Google américain :


La couleur du ciel et celle de la peau de feu Michael Jackson sont les deux seuls points communs avec le pourquoi francophone. Le reste est plus “pipi-caca” avec l'étrange question “pourquoi ma merde est-elle verte”, qui laisse perplexe, moult interrogations sur les chiens (qui mangent de l'herbe ou leurs déjections), les chats (pourquoi ronronnent-ils, c'est une question fondamentale en effet) sans oublier la question philosophique essentielle : pourquoi les hommes ont-ils des mamelons (nipples).

De quoi être tenté de tester d'autres idiomes, comme l'espagnol :


Décidément ! Le ciel et la mer sont toujours au programme (salada signifie en effet salée et non salade), ainsi que le regretté Michael Jackson. On appréciera le romantique “Porque te quiero” (pourquoi je t'aime) . Nos amis hispanophones se distinguent en revanche avec les moustiques (mosquitos) et s'interrogent sur les rapports hommes-femmes, le classique (repris dans moult livres) “Pourquoi les hommes n'écoutent pas et que les femmes ne comprennent pas les cartes (géographiques, hein, pas “à jouer”).

Nous conclurons avec l'humoristique “Porque por que”, qui reçoit le prix de la requête.

lundi 9 novembre 2009

L'idéal de l'homme-marchandise

Serge Portelli est vice-président au Tribunal de Paris, président de la 12e chambre correctionnelle. Il est aussi essayiste. Dans “Le sarkozysme sans Sarkozy”, c'est en procureur qu'il dresse un véritable réquisitoire.
Le titre peut étonner, tant Sarkozy est présent à chaque page du livre. La thèse de l'auteur l'explicite : l'idéologie sous-jacente du sarkozysme, à ses yeux, dépasserait largement l'homme et… survivrait à son quinquennat. Bon…


La place nous manque pour rendre compte dans le détail de ce livre sévère. Nous mettrons l'accent sur la conception de l'homme qui résulte des gesticulations sarkozystes…

Travailler plus pour penser moins
À force de privilégier l'action, il est devenu impossible de penser. Le slogan du sarkozysme ressemble plutôt à “Travailler plus pour penser moins.” (p. 21), confirmé par une sortie maladroite de Christine Lagarde à l’Assemblée en juillet 2007 : “Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos manches.”

Une véritable haine de la pensée est distillée insidieusement : “La réflexion, qui permet d’appréhender un minimum la complexité de l’individu, est toujours évoquée comme une perte de temps, une soumission, une défaite du politique.” (p. 59) L'omniprésence médiatique de l'hyper-président a une raison évidente : “Le sens profond de ces excentricités est de réduire la pensée politique à de simples vignettes autocollantes, laisser croire que toutes les idéologies se valent, que les hommes sont interchangeables, que seule l’action compte.” (p.90)

Il nous reste à tenir bon : “Il faut s’habituer à cette occupation incessante de l’espace et du temps et savoir s’extraire à toutes forces de ce maelström fou qui interdit de penser.” (p. 8)


Et l'homme, dans tout ça ?
À propos des services publics, Portelli observe que “Le sacrifice donc, comme toujours, porte sur la composante humaine.” (p.77) Un phénomène général, souvent évoqué dans ce blog. C'est un fait, “L’humanité, c’est vrai, devient un luxe.” (p. 59)

Le plus grave, c'est que de tels errements se diffusent dans la société tout entière : “Si tout est possible avec le sarkozysme, rien n’est hélas impossible. Il ouvre la voie au pire, en installant des réflexes, des habitudes de pensée” (p. 192), ne serait-ce que par l'exemple qu'il donne :  “Triste modèle d’homme d’État que ce modèle de l’ubris que nous donne Nicolas Sarkozy. […] Ses gestes, son vocabulaire, son attitude deviennent non seulement une possibilité, mais, pour beaucoup, un exemple. Ses colères, son autoritarisme vont migrer dans l’ensemble de la société.” (p. 153)

Un exemple vite imité par les entreprises : “Il se trouve […] aux côtés d’hommes raisonnables, d’innombrables chefs, petits ou grands, persuadés que la férocité avec laquelle ils transmettent les ordres les plus absurdes les protégera de l’arbitraire du pouvoir dont ils les reçoivent.” (p. 233)

Mais de quel homme s'agit-il, en définitive ?
Avant tout chose, de l'étalon-fric – et malheur aux pauvres ! “Si l’homme riche, celui qui réussit, est le nouveau héros du sarkozysme, l’homme pauvre, le perdant, en est le paria. Non seulement il n’a pas de Rolex, mais il demande qu’on l’aide. […] Le sarkozysme est profondément inégalitaire, sans pitié pour les plus faibles, ceux qui n’ont pas réussi.” (p. 80)

Et si l'on dénonce les excès du président, il clame qu'il se contente de mettre fin à l'hypocrisie, mais sans bien sûr changer sur le fond : “Tous les progrès récents de la démocratie consistent, il est vrai, à passer de l’hypocrisie au cynisme.” (p.118)

Où se trouve l'explication finale ? Dans la notion de “marchandise” : “Ce modèle est celui de l’homme-marchandise : il se lève tôt pour travailler plus, être encore plus performant, plus rentable. Il veut gagner plus et consommer correctement. Obéissant, il ne perd pas son temps à contester ou à faire grève.” (p. 251)

Sordide lapsus
Un sordide lapsus révélateur avait d'ailleurs conduit le candidat à la présidentielle, dans son discours du 9 novembre 2006 à Saint-Étienne, à dire ceci : “Mais je suis également un humaniste au sens où je crois […] que l’homme a une destinée […] qu’on ne fait pas n’importe quoi avec l’homme qui n’est pas une marchandise comme les autres.” Ça vous paraît hénaurme ? La vidéo est en ligne sur dailymotion.

Portelli confirme : “On comprend mieux tout l’intérêt de l’homme-marchandise. Il se tait. Penché sur son ouvrage, attelé à sa tâche, il ne dit rien, il ne proteste jamais. Même le dimanche […] il se rend au supermarché pour pouvoir sans relâche consommer. […] La liberté n’est pas sa préoccupation. Son bonheur, il le trouve ailleurs.” (p. 253)


Vous trouvez que Serge Portelli exagère ?
 Il y a pourtant de ça. Et si nous ne nous en rendons pas compte, c'est que nous sommes comme la Grenouille ébouillantée :
“Une métaphore résume la façon dont les Français vivent le sarkozysme : plongée d’un coup dans une casserole d’eau bouillante, la grenouille tente de se débattre et de s’enfuir ; plongée dans de l’eau tiède dont la température monte lentement, elle s’engourdit et meurt sans presque s’en rendre compte.” (p. 249)

Ce tableau peut sembler outrancier. La lecture d'un livre permet de réfléchir lentement, de se faire une opinion à l'écart des turbulences médiatiques. Force est de reconnaître que le constat de Serge Portelli est pertinent – et rejoint d'ailleurs celui d'un Bayrou dans son récent essai, malheureusement occulté par la campagne des élections européennes. Il n'y a pas à dire : si nous ne sommes pas encore ébouillantés, au moins sommes-nous d'ores et déjà anesthésiés…

vendredi 6 novembre 2009

Dernier entrant

Petites réflexions toutes simples

Épisode 1
Votre téléphone mobile sonne, vous répondez et entamez une conversation.
Quelques secondes plus tard, c'est au tour du téléphone fixe de sonner.
Que faites-vous ?
Réponse à 95% : je mets en attente le correspondant du mobile et je réponds sur le fixe.

Épisode 2
Vous recevez quelqu'un dans un bureau et discutez de choses importantes.
On frappe à la porte.
Que faites-vous ?
Si l'on en croit l'épisode 1, vous virez comme un malpropre celui (ou celle) avec qui vous êtes en train de discuter et vous recevez immédiatement la personne qui vient de frapper à la porte.

Le dernier entrant a toujours priorité. Normal ?

Êtes-vous sûr(e) ? Oui - Non - Annuler

jeudi 5 novembre 2009

Paul McCartney : Highway

Voilà qui fait plaisir à voir et à entendre. De quoi avoir la pêche pour la journée.


Hein ? N'a-t-il pas la pêche, notre cher Paul, à plus de 67 ans ? Ce Highway live témoigne d'une highway life (Ha, Ha !)

dimanche 1 novembre 2009

Je suis riche !

On parle souvent d'inflation ces temps-ci, qu'elle pourrait nous aider à dévaluer nos dettes par exemple. Attention cependant : quand elle s'emballe, ça peut faire mal !


Ce billet de 100 millions de marks allemands datant des années vingt…


…et ce billet à la valeur faciale fantasmagorique de 5 milliards de marks, montrent que l'hyper-inflation est encore plus dangereuse que l'hyper-présidence. C'est peu dire !

Me voilà riche !

samedi 31 octobre 2009

Les éditions AO vous présentent 3 nouveautés

Les éditions AO - André Odemard, animées par votre serviteur, publient trois nouveaux livres. Ils sont d'ores et déjà disponibles sur le site www.ao-editions.com. Ce sont, dans l'ordre de leur numérotation dans la collection “mini-poche AO”, Terre à terre (n°2), Belle-Île, ma belle (n°8) et Les perles du prof de maths (n°11).


Terre à terre, de Sophie Latappy
La réédition de la journée particulière de Sophie, graphiste et céramiste. Un élégant petit livre de 56 pages format 10,8 x 13,5 cm, illustré de 22 photos.
Sophie raconte sa journée de céramiste, un éclairage intimiste et personnel sur la création, mêlant la terre, l’encre et le papier. Depuis les esquisses de motifs décoratifs jusqu’à l’organisation d’un Atelier en liberté, sans oublier de surveiller en permanence le « dragon bleu », ce four qui cuit ses poteries….
Prix franco de port : 13,90 €. Bon de commande ici.


Belle-Île, ma belle, de Sophie Latappy
Un joli livre format 10,8 x 13,5 cm, 48 pages généreusement illustrées de 17 photos et dessins. Plus de renseignements ici.
Sophie nous emmène dans un lieu qu'elle aime par-dessus tout, Belle-Île, au large de Quiberon… Elle quitte la maison, un peu tendue, un peu cafardeuse, laisse Calou avec le chat. Ça n’a l’air de rien comme ça  : trois jours en roue libre devant soi, trois jours désirés, attendus depuis des mois, ça se fête  !
Prix franco de port : 13,90 €. Bon de commande ici.


Les perles du prof de maths

Recueillies par Jean-Luc Tafforeau il y a bien longtemps, les expressions amusantes et bien senties de ce professeur, André Vinatier, gardent toute leur fraîcheur. Elles sont mises en valeur dans ce livre de 40 pages. Plus de renseignements ici.
Le professeur de mathématiques se distinguait par sa simplicité, son énergie et un franc-parler étonnant. Il laissait venir lapsus et formules à l'emporte-pièce avec une spontanéité revendiquée. Non seulement il déclenchait une salutaire hilarité, mais il s'assurait ainsi une autorité naturelle, pragmatique et sans façons, qui fit la preuve de son efficacité.
Prix franco de port : 9 €. Bon de commande ici.


Ces livres sont imprimés à Lyon par RapidCopy, 8, rue de l'arbre sec dans le premier arrondissement.

jeudi 29 octobre 2009

Mobilité : un oubli étonnant

Le supplément Économie du Monde daté du 27 octobre consacre un dossier à la “mobilité au travail” et à ses ravages – à France-Télécom ou au ministère de l'environnement. Un cadre témoigne :
Le 31 décembre 2008, à 18 heures, c'est par courriel que j'ai reçu mon ordre de mission. Il m'enjoignait d'être en poste le 5 janvier au matin, à Lille, à 500 km de chez moi et sur un poste déclassé.
Dès lors, faut-il convoquer des sociologues, des chercheurs et des consultants en ressources humaines pour comprendre le désarroi des salariés ? Le simple bon sens devrait suffire…

Plus étonnant : une dimension est totalement absente du dossier du Monde. Depuis une bonne trentaine d'années, les couples comptent dans la plupart des cas deux actifs et non plus un seul. L'épouse et les enfants ne font plus partie des “bagages”, comme dans l'armée ou dans certains corps de fonctionnaires, et c'est heureux ! Mais une dimension nouvelle s'ajoute aux mutations à tire-larigot : les couples sont séparés, l'épouse mutée à Lille et le mari à Nice. Une fois encore, on s'étonne et l'on se défausse en interrogeant des spécialistes.

Hypocrisie ? Cynisme ? On n'ose le croire…

La beauté du monde


À 2000 mètres d'altitude, entre Chamonix et le Plan de l'Aiguille. Les premiers rayons du soleil éclairent les mélèzes orangés, sur fond d'aiguilles de Blaitière et du Plan.


L'aiguille de l'M apparaît au détour d'un lacet du sentier. Pourquoi “de l'M” ? Nous vous laissons y réfléchir !


Le Brévent en majesté, photographié depuis le “jardin suspendu”. Le refuge du Plan de l'Aiguille est proche et le sentier recouvert d'une fine pellicule de glace.

mercredi 28 octobre 2009

Ombre et Lumières

Le Monde daté d'aujourd'hui n'a pas pu paraître pour cause de grève des ouvriers du Livre. Les abonnés du quotidien peuvent le lire sur leurs écrans, ce qui, soit dit en passant, est désagréable en dépit des considérables efforts consentis par les concepteurs du site Web.

Je voulais juste citer ici quelques phrases d'une tribune d'Erik Orsenna publiée à la page “Décryptages” qui me paraît intéressante au regard de l'usage du Web. Les voici :
L'obscurantisme n'est pas mort. On dirait même qu'il renaît. […]
Aujourd'hui tout savant, tout sachant doit passer devant une sorte de tribunal où il doit présenter ses excuses de tant savoir. On le conteste, on le discute. Pourquoi pas ? Mais souvent on le soupçonne. Vous imaginez bien qu'en tant que romancier je n'ai rien contre la magie de la fiction et son pouvoir irremplaçable pour expliquer le monde. Mais avouons que je m'inquiète quand je vois tant de gens tenir pour vrai le Da Vinci Code.

Plus besoin de compétence, ni d'expérience, ni d'aucune preuve à ce qu'on avance. La Toile, alias le Net, vous ouvre grand ses bras. Vous pensez que les attentats du 11-Septembre n'ont jamais eu lieu ? Bienvenue dans mon émission, développez votre point de vue devant des millions de téléspectateurs. Vous avez la certitude qu'aucun homme n'a jamais marché sur la Lune mais que la scène a été reconstituée par la NASA ? Quelle stimulante idée ! Venez donc nous en parler. Bref, les Lumières sont malades. J'aimerais vous dire que les dernières nouvelles de l'ombre sont meilleures. Hélas.

Voilà qui devrait vous inciter à lire l'intégralité du texte, disponible à l'adresse ci-dessous.

http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/10/27/c-est-de-l-ombre-qu-il-faut-faire-l-eloge-par-erik-orsenna_1259318_0.html

Je complète cet article d'une anecdote illustrant les conflits de “savoirs” et les contestations gratuites et sans fondement.

Il y a de cela de nombreuses années, je jouais au tennis de table dans un club, participant à des compétitions officielles organisées par la FFTT. En visite chez des amis, nous avions disputé un match en double (deux fois deux joueurs). Parmi les joueurs, un professeur de dessin. Au moment de changer de service, j'applique par réflexe une règle habituelle. Voilà le prof qui conteste ma façon de faire. Je lui précise sans forfanterie particulière que je ne fais qu'appliquer une règle officielle et connue, et que ça ne me dérange aucunement d'y déroger si vraiment cela l'ennuie. Or que me répond-il ? Que la règle que j'invoque n'a jamais existé et que lui, “le prof”, sait mieux que moi, modeste pratiquant licencié, ce qu'il en est.

Ce coup-ci, c'était le “sachant” qui, sachant chasser sans son chien, affirmait gratuitement qu'il détenait un savoir alternatif pourtant sans aucune validité, mais dont il était entièrement convaincu, au point de le défendre mordicus au mépris de toute rationalité…

vendredi 23 octobre 2009

De la manipulation naît la raison

Jean Sarkozy renonce à la présidence de l'EPAD (voir le site du Monde). Une phrase de l'article sonne curieusement :
Le fils cadet du chef de l'Etat a dénoncé la "campagne de manipulation et de désinformation" qui l'avait finalement amené à faire le "choix de la raison".
Paradoxe ou lapsus ? D'après Sarkozy Junior, la raison naît de la manipulation et de la désinformation. Une découverte sensationnelle ! S'il s'agissait vraiment de “désinformation”, pourquoi renoncer ? Cette petite phrase révèle en filigrane le naturel sarkozien : on manipule et on désinforme pour… avoir raison.

Quoi qu'il en soit, qu'il retourne à ses chères études et révise ses cours pendant les réunions du conseil d'administration de l'Établissement public – dont il fera partie, mais en tant que “simple” administrateur (ce qui est déjà pas mal).

jeudi 22 octobre 2009

Kindle : pas sexy du tout

Livre électronique ?
Nul doute que la lecture sur écran se développera… à condition que l'appareil de lecture soit attirant, agréable et commode. Il existe en effet des différences notables entre médias devenus numériques.

Le confort d'un lecteur MP3 est largement supérieur à celui d'un lecteur analogique*. Les lecteurs digitaux de films présentent des images magnifiques sur des supports légers. Le livre en papier, en revanche, a des attraits bien connus qui n'existent plus sur un “e-book” comme ce Kindle dont on parle beaucoup ces derniers jours – et que l'on commence à appeler “liseuse” en français, une bonne idée, éviter le franglais étant plutôt rare dans ce domaine.
Il n'est d'ailleurs pas si étonnant que le livre, pourtant de loin le plus facile à numériser (du texte), soit l'un des derniers à prendre le chemin du numérique.

Plastique dur, écran en 16 niveaux de gris (!), carrosserie débordant de l'écran bien trop grande (19 cm par 13,5 environ), manipulation peu agréable (écran non tactile), poids assez élevé (plus de 2 fois celui d'un iPhone), prix dissuasif (280 euros + les livres).

Ci-contre : autant la “liseuse” choisie pour la pub est sexy, autant la “liseuse” Kindle ne l'est pas, et laissera de bois les “amoureux” des livres…

Polyvalence
On dit qu'Apple prépare une liseuse (électronique). Je me demande bien pourquoi. L'iPhone est suffisamment polyvalent pour jouer ce rôle, quitte à en proposer un dont l'écran serait un peu plus grand. Pourquoi s'embarrasser de plusieurs appareils ? Téléphone, ordinateur portable, lecteur MP3, appareil photo**, cela fait déjà beaucoup. Raison de plus pour ne pas ajouter un e-book !
Le Kindle, comme toutes les autres machines trop spécialisées, disparaîtra dans les poubelles de l'histoire. La lecture se développera sur des écrans polyvalents, il n'y a guère de doutes là-dessus. Wait and see.

Impolitesse
Si l'on se rend sur le site français d'Amazon, une simple publicité renvoie sur la page en anglais. Les mesures et le poids ne sont pas convertis dans nos unités. Singulière impolitesse commerciale ! Il faut solliciter Wikipédia pour avoir des précisions.

(*) Plus léger, plus souple d'emploi, de petite taille. Il n'y a que les mélomanes capables de déceler la compression à l'oreille qui renâclent.
(**) L'une des raisons du succès des téléphones-appareils photos-lecteurs de musique.

Des chiffres et des lettres

Des nombres et des textes glanés çà et là.

Le déficit du budget de l'État
L'unité de mesure – un pourcentage du PIB – peine à illustrer son ampleur. 3% maxi selon les critères dits de Maastricht, plus de 8% chez nous actuellement (mais 12% en Grèce ou en Grande-Bretagne). Les valeurs absolues sont plus parlantes et font froid dans le dos : 141 milliards d'euros de déficit prévus pour 2009, à comparer aux 212 milliards de recettes fiscales. Il en résulte que l'on “dépense” environ 350 milliards en couvrant seulement… 40% de celles-ci, sans oublier le projet de grand emprunt (une grande bêtise ?) D'après Wikipédia, les dépenses de l'ensemble des régimes de Sécurité sociale représentent quelque 400 milliards d'euros. Si donc le déficit des comptes sociaux atteignait le même niveau que celui du budget de l'État, il serait non pas de 20 milliards, mais de… 160 !

Le salaire de Louis Gallois
Autre chiffre, intéressant lui aussi. Louis Gallois, président d'EADS (et ancien président de la SNCF) gagne 2,3 millions d'euros par an (Portrait publié dans Libé du 21 octobre). Contrairement à nombre de ses homologues des hautes sphères économiques, il a reversé la part variable de sa rémunération, soit 1,4 millions d'euros, à une œuvre caritative. Comme quoi il existe des hommes qui ont le sens des proportions. D'autres auraient pleurniché que leurs revenus insuffisants les décourageaient et leur donnaient envie d'aller exercer leurs talents dans d'autres contrées.

Des bulles encombrantes
En page 2 du Monde daté 20 octobre, Gérard Courtois livre une analyse lucide du débat public, rebondissant sans cesse de “bulle” en ”bulle” au lieu d'évoquer l'essentiel. En clair : les polémiques sur Polanski, Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy ou le procès Clearstream occultent la loi sur les jeux d'argent sur Internet, le redécoupage électoral, la réforme du Conseil supérieur de la magistrature ou l'explosion du chômage. Le chroniqueur conclut ainsi :
Le pouvoir est pris à son propre jeu : à occuper la galerie du matin au soir, à sortir une réforme de son chapeau tous les trois matins (*), à organiser son action comme un feuilleton télévisé (**), à brouiller les cartes politiques comme un joueur de bonneteau, il a fini par énerver le pays en le privant d'une vue claire et un tant soit peu partagée des problèmes et de leur hiérarchie.
Raton-laveur
Libé relève avec humour les métaphores animales employées dans les débats du procès Clearstream : pétoncle, serpent, poule, corbeau, pigeon, morpion, éléphant et, pour conclure, le raton-laveur de l'inventaire de Prévert. Quoi qu'il en soit, de Villepin sera peut-être le dindon de la farce. Attention : l'ancien Premier ministre n'a pas été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 45000 euros d'amende. Ah bon ? Eh bien oui : il s'agissait de la réquisition du procureur de la République et non du verdict des juges. N'allons pas trop vite en besogne.

Un article rondement bouclé ?
Terminons cet article rondement bouclé par la citation d'une phrase extraite du roman (amusant) de Marion Ruggieri, Pas ce soir, je dîne avec mon père :
Une affaire rondement bouclée qui m'était restée au-travers de la gorge.
Il semblerait que les affaires, comme Clearstream, soient généralement “rondement menées” plutôt que bouclées, et que la réquisition du procureur soit restée “en travers” de la gorge du “pauvre” de Villepin (et non au travers, sinon il aurait été transpercé et aurait dû “rendre gorge”).

(*) Amusant : pour ma part, je suis plus habitué aux “quatre matins” qu'aux trois ! Mais il est vrai que le rythme médiatique ne cesse de s'accélérer. Tous les quatre matins, ce serait insuffisant pour occuper la scène.
(**) Reste à espérer que nous ne connaîtrons pas la “saison 2”.

dimanche 18 octobre 2009

Le cadeau empoisonné du Général

En 1962, quand de Gaulle a proposé aux Français, par référendum, que les présidents de la République soient élus au suffrage universel direct, il n'imaginait sans doute pas ce qu'il en découlerait un demi-siècle plus tard.

Ni Pompidou, ni Giscard d'Estaing, ni même François Mitterrand, quoi qu'on en dise, n'avaient utilisé à plein les pouvoirs flous dévolus au président par notre Constitution. Jacques Chirac, en raison de sa longue cohabitation, n'a pas non plus été jusqu'au bout. Il fallait que ça arrive, c'était inévitable, et c'est arrivé. Ce que l'on désigne sous le vocable d'hyperprésident n'est en effet rien d'autre que l'exploitation à leur paroxysme des zones d'ombres de nos institutions.

Dans les entreprises, on a coutume de dire qu'un patron qui ne sait pas déléguer est un mauvais patron. Pas en politique. La logique de personnalisation de la Vème République joue à plein.

Désormais, le président décide de tout. La séparation des pouvoirs vantée par Montesquieu n'est plus qu'un vieux souvenir. Aujourd'hui, le président détient non seulement le pouvoir exécutif, mais décide des lois qu'il convient de voter (législatif) et n'hésite pas à influer les enquêtes et à changer sans cesse le droit pénal (judiciaire), nomme qui il veut où il veut, y compris dans les sphères économiques et médiatiques (le cinquième pouvoir). Aucun contrepoids n'existe plus. Mais les Français sont contents, un peu comme Thierry Lhermitte observant Jacques Villeret venant de commettre une bourde monumentale dans Le Dîner de cons et lâchant un “il est content" atterré.

Il y a en effet peu de chance que nous en sortions. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le comportement d'une Ségolène Royal ou d'un François Bayrou. Le refrain est toujours le même : “moi, moi, moi”. Dans une société de “people” et de stars, ça plaît !

Le cadeau du Général était bel et bien empoisonné. Il a mis du temps à incuber, mais le virus a déclenché le maladie institutionnelle – et le malade ne semble aucunement conscient de ce qu'il a malencontreusement attrapé…

Qui disait “ça va mal finir” ?

jeudi 15 octobre 2009

Le bon plaisir

Une fois encore, le blogueur court derrière le chroniqueur. Mieux vaut s'en remettre à des plumes expertes et citer deux extraits de la Chronique de Jacques Julliard (Nouvel Obs de ce jeudi) :
Je ne sache pas que de Gaulle ait jamais songé à nommer son fils Philippe au ministère de la Marine.
Et cette judicieuse remarque sur la désormais fameuse “ouverture" :
On notera pourtant que cette ouverture à gauche pratiquée par la droite comporte en général une limite, la politique fiscale.
Me permettra-t-on d'ajouter quelques notes personnelles ?
À force de jouer le tohu-bohu, de nous assourdir de tintamarre médiatique, à force de nous éblouir (et de nous aveugler) d'images masquant tout le reste, notre président (hyper ou infra) nous cuisine une tambouille mélangeant tout et n'importe quoi. Qu'il ne s'étonne pas, désormais, que de cette informe bouillie surgisse l'amalgame.

Trouvez un moyen de revoir le film Le bon plaisir, de Francis Girod, scénario de Françoise Giroud. Où quand la fiction est en deçà de la réalité… Et ne me dites pas que j'exagère !

Pour être tout à fait juste, je vous livre cette méditation de Philippe Val (que je livrais dans un livre, pardonnez-moi la pub), qui illustre avec effroi ce qui se produit depuis quelques semaines sur Internet :
L’opinion prime sur l’information. Le désir de croire l’emporte sur le désir de savoir. On va chercher sur Internet de quoi nourrir nos névroses et nos obsessions.
Attention en effet à ne pas confondre nos désirs (d'avenir, ha, ha !) et la réalité. À ne pas nous limiter à ce qui confirme nos coups de colère. Rien n'est simple…

mercredi 14 octobre 2009

Corde de rappel et fil à plomb

Le directeur du quotidien Le Monde publie rarement des éditoriaux. Quand il le décide, c'est que quelque chose de grave se produit. Dans le numéro daté de ce mercredi, Éric Fottorino évoque avec raison le scandale du projet de nomination du jeune Sarkozy à la présidence du plus important établissement public de France, l'EPAD (la Défense). Mon billettiste préféré, Robert Solé, imagine déjà que petit Jean est nommé à la présidence du Conseil constitutionnel afin d'y faire un stage de juriste “en vraie grandeur”. Attention : dans notre sarkozie décadente, la réalité dépasse souvent la fiction.

Le directeur du Monde emploie une formule dont les références alpines me ravissent. Après avoir affirmé qu'il y a des choses “qu'on ne s'autorise pas”, il relève que notre président, lui, “s'autorise”.
Pas de corde de rappel, pas de fil à plomb
…déplore l'éditorialiste avec raison. Que voulait-il dire exactement ? Que la verticale honorable du fil à plomb ne soucie guère notre hyperprésident, qu'il voudrait s'affranchir des lois de la gravitation ? Surtout qu'il risque de ne pouvoir redescendre la paroi difficile, raide et glissante qu'il vient de gravir. À moins d'être un as de la “désescalade”. De cela, je ne doute cependant pas…


Ci-dessus : la longueur clé du Fil à plomb, à l'aiguille du Midi, une pente raide, glacée et glissante que l'on ne descendra qu'en rappel… de préférence !

Il est vrai que faire la promotion de l'égalité des chances et, dans le même temps, pistonner son propre fils à un poste pour lequel il n'a aucune compétence, on ne peut faire pire. Quoique, attendons le prochain épisode !

dimanche 11 octobre 2009

L'effet sablier

Jean-Marc Vittori est éditorialiste au quotidien Les Échos. Dans le livre qu'il publie chez Grasset, L'effet sablier, il développe la même thèse qu'Alain Lipietz, ex-communiste devenu Vert, dans La Société en sablier (1996). Qu'un journaliste “libéral” rejoigne un économiste “communiste”, voilà qui en dit long sur l'évolution de nos sociétés !

La thèse est simple : la structure des revenus ressemblait autrefois à une pyramide – plus la richesse s'accroît, plus les effectifs diminuent. La période des Trente Glorieuses avait transformé la pyramide en “as de pique” : presque plus de “pauvres”, une classe moyenne nombreuse. Récemment, la tendance nouvelle est à la société en sablier, combinant une quantité croissante de favorisés au prix d'une “descente” des classes moyennes vers le bas – d'où le sous-titre du livre.

Le constat de Vittori est clair et sans appel. L'ancienne logique organisait le travail de façon à utiliser tout le monde (ou presque) à partir d'une organisation taylorienne et d'une hiérarchie à plusieurs échelons. Aujourd'hui, la hiérarchie s'est écrasée, les intermédiaires ont disparu, l'informatique ayant joué un rôle décisif dans cette évolution. Le culte de la performance a sélectionné drastiquement les être humains, donnant plus à ceux qui avaient déjà plus, et moins à ceux qui étaient “dans la moyenne”. L'individualisation a accentué le phénomène. Même la consommation s'articule désormais entre “masstige” (consommation en masse de produits de prestige) et “lowcost”. Jusqu'à la politique : Vittori relève que la campagne du candidat Sarkozy s'adressait à la fois au haut de la pyramide (le bling-bling) et au bas de la pyramide (le populisme). Exit les classes moyennes… réservoir habituel du Parti Socialiste.

L'auteur ne voit pas de solution, ce qui est plutôt effrayant. Contrairement à un Alain Lipietz, il récuse la protection sociale en tant que solidarité, la voyant encore comme une “assurance”, autrement dit un système plafonné. Selon lui, la partie supérieure du sablier rechigne de plus en plus à payer pour la partie inférieure – comme en témoignent les niches fiscales et les déficits croissants.
Une nouvelle société émerge, plus dure, plus inégalitaire, mais aussi plus mobile, plus libre. Nous ne pouvons pas la refouler. Mais nous pouvons la rendre plus juste.
Telle est la conclusion du livre. Un tome 2 serait donc nécessaire pour le “rendre plus juste”. Au Parti Socialiste de l'écrire ?

Aussi enchaînerais-je avec les propositions de l'économiste Thomas Piketty, qui cherche à rendre la société plus “juste”, sans rencontrer suffisamment d'écho d'ailleurs – y compris au PS.

Piketty propose de rationaliser notre système fiscal en le rendant plus efficace et précis, mesures que j'ai toujours estimées indispensables, par exemple :
  • Approche solidaire de la protection sociale (à l'inverse de Vittori) en rendant la CSG progressive en fonction de revenus.
  • Suppression progressive des niches fiscales pour redonner à l'impôt sur le revenu son rôle initial, quitte à afficher des taux plus bas, appliqués à une assiette plus large.
  • Séparation des rôles : politique familiale centrée sur les allocations familiales, largement augmentées, tandis que le quotient familial de l'IR serait supprimé.
  • Création d'une Contribution Patronale de Solidarité, assise par exemple sur les bénéfices, permettant de diminuer les cotisations liées aux emplois et de réduire l'incitation perverse à supprimer toujours et partout les êtres humains.
Ces mesures apportent des réponses au “sablier” : Réduire le chômage s'attaque à la partie basse de l'échelle des revenus, les plus défavorisés étant ceux qui n'ont pas d'emploi. La hausse des allocations familiales profiterait aux plus modestes, au lieu de s'accroître en fonction du revenu (plus on gagne, plus on déduit au titre des enfants, comme s'il était légitime que plus une famille a de revenus, plus elle soit aidée dans les dépenses qu'elle consent pour ses enfants !) La CSG progressive et la CPS (nouveau sigle qui pourrait faire grincer des dents) demanderaient à la partie supérieure du sablier de tirer les leçons de son enrichissement en termes de solidarité (on pense à la classe des “bobos”).

La maladie de notre fiscalité est d'appliquer des taux élevés pour un rendement faible. C'est ainsi que l'impôt sur les sociétés affiche un taux parmi les plus hauts d'Europe, mais que l'assiette, véritable gruyère (si tant est qu'une assiette puisse ressembler à un gruyère) est aussi la plus basse d'Europe. Il en est de même pour l'impôt sur le revenu. On cumule les handicaps : faire peur par un effet d'affichage de taux, obtenir un rendement fiscal faible, y compris dans ses objectifs de justice sociale (la progressivité, le “à chacun selon ses moyens”).

Que conclure ? Qu'il y a urgence : le sable s'écoule dans le sablier, accroissant le phénomène du déclassement, déclenchant des réflexes de peur par essence individualistes, tandis que la logique à l'œuvre ne cesse de détruire toujours plus d'emplois et de causer toujours plus d'insécurité sociale. L'organisation du travail “en râteau” (un responsable chapeautant sans intermédiaires un nombre élevé de salariés devenus des indépendants de fait, corvéables à merci) ne cesse de produire ses ravages, comme à France-Télécom. De plus en plus “pressés” tels des citrons (ou des Orange…) les salariés courbent l'échine pour ne pas être déclassés. L'échec récent de la manifestation syndicale contre la souffrance au travail le prouve.

mercredi 7 octobre 2009

Bon anniversaire aux codes à barres


Google nous signale que c'est aujourd'hui l'anniversaire des codes à barres, inventés le 7 octobre 1970 par George Laurer. Une application du laser, employé pour les lire, plus pacifique que les armes de science-fiction que l'on imaginait volontiers à l'époque.


L'occasion ici d'évoquer les codes-barres des ISBN, ces numéros uniques d'identification de livres, puisque les éditions AO - André Odemard, animées par votre serviteur, s'apprêtent à publier cinq nouveaux titres et une réédition – autant d'ISBN et codes-barres correspondants.

Signalons et remercions ici le site www.digilex.ch qui propose un utilitaire de création de codes-barres en ligne efficace et gratuit.


Derrière ces barres alternées se trouvent six jolis livres que nous vous proposons d'ores et déjà de commander sur le site www.ao-editions.com.
De gauche à droite et de haut en bas :
Ces livres sont au format 10,8 sur 17,5 cm (ou 15,5 cm pour ceux de Sophie), soit un format livre de poche. Ils sont illustrés de photos et dessins en couleurs. Imprimés en petites quantités, ils sont néanmoins proposés à des prix attrayants de l'ordre de 12 €. Plus de détails sur le bon de commande (format PDF) disponible à ce lien.