Douglas Kennedy… et la Sécu
Le romancier américain Douglas Kennedy sait tenir ses lecteurs en haleine. Difficile de reposer ses livres une fois qu'on les a commencés ! Vivant désormais à Londres, l'écrivain est aussi un familier de Paris – où il a un pied-à-terre nous précise son site à la charte graphique élégante. Pour une fois, la vision qu'il a de la capitale française va au-delà des clichés anglo-saxons. Dans La femme du Vè (entendez : arrondissement), il raconte l'histoire d'un professeur américain contraint à l'exil suite à une terrible et injuste affaire. Il compte utiliser son petit pécule pour tenter de retrouver l'équilibre, partageant son temps entre l'écriture de son premier roman et la fréquentation des cinémas du Quartier latin. Mais rien ne se déroulera comme prévu, surtout quand il rencontre cette mystérieuse femme. Douglas Kennedy est roué et son sens de l'intrigue est exceptionnel, même si la chute finale pourrait ressembler à une gigantesque pirouette, mais je ne vous en dit pas plus.
Les désarrois de Ned Allen
De quoi avoir envie de lire un autre de ses romans, par exemple Les désarrois de Ned Allen. Ce commercial de choc croit en sa bonne étoile, qui va soudainement pâlir et l'entraîner dans une chute vertigineuse. À nouveau, Douglas Kennedy capte l'attention du lecteur avec talent. Mais ce qui est intéressant dans ce livre est aussi l'observation détaillée des mœurs professionnelles américaines, dont nous serions bien avisés de tirer tous les enseignements.
Quel rapport avec la Sécu ?
Et c'est ici qu'entre en jeu la Sécurité Sociale version États-Unis. Ces quelques extraits sont édifiants.
Voici par exemple ce que l'on indique à Ned Allen lors de son licenciement :
Votre indemnité de départ sera d'un demi-mois de salaire par année d'ancienneté. Vous bénéficierez de votre assurance-maladie jusqu'à la fin du trimestre en cours. Passé ce délai, vous aurez la possibilité d'obtenir une couverture sociale […] à condition de verser vous-même une cotisation mensuelle. (page 190)
Un peu plus loin, il apprend que, durant sa période de chômage, il devra trouver lui-même les moyens de cotiser à l'assurance-maladie:
Et l'histoire de l'assurance-maladie alors ? L'autre faux-derche qui me déclarait la veille que j'allais "bénéficier" de dix-huit mois de couverture avait simplement oublié de préciser que je devrais casquer pour. Et 326,90 dollars par mois, excusez du peu ! [le roman a été écrit en 1998, cette somme devrait donc équivaloir à plus de 400 € d'aujourd'hui.] (page 212)
Ned Allen en est réduit à accepter un boulot de télévendeur de logiciels. Les conditions sont draconiennes :
Je serais payé 5 dollars de l'heure, quarante heures par semaine, pas d'heures sups, pas de couverture sociale. Mais je toucherais dix pour cent pour chaque kit placé [329 $ pièce]. Le rendement minimal était de quinze unités à la semaine. Si je ne l'atteignais pas, j'étais viré.
Quant à sa collègue de travail Debbie, voici le genre de difficulté à laquelle elle se trouve confrontée :
Le premier janvier, ce serait aussi la date du premier anniversaire de son entrée à CompuWorld et aussi la date où conformément au règlement intérieur de la société, Debbie serait autorisée à faire bénéficier de son assurance-maladie un membre de sa famille autre qu'enfants ou époux, en plus de ces derniers. Je savais qu'elle comptait chaque jour la séparant du moment où sa mère, sans ressources ni Sécurité Sociale et dont la santé avait décliné au cours de la dernière année, pourrait enfin être placée sous l'aile protectrice de Getz-Braun. (page 32).
Des exemples à méditer
Des exemples à méditer ! Est-ce ce modèle-là que nous souhaitons adopter ? Observons aussi ces faillites de grands établissements financiers, au terme desquelles les fonds de retraite sont réduits à néant. Non seulement les employés sont licenciés, mais ils perdent de surcroît leurs cotisations de retraite. Génial, ce système !
Et que faisons-nous ? Nous laissons filer les déficits de notre protection sociale afin d'avoir les arguments pour la détricoter le moment venu. Le budget social de la Nation a été présenté avec un déficit de 9 milliards d'euros tout récemment. Autant dire que nous dépasserons allègrement la barre des 10 milliards en 2009. Est-ce bien responsable ?





























